PREMIÈRE RÉVOLTE DU CAIRE
et les chargèrent; effrayés de se voir environnés par un tourbillon de cavalerie, les guides voulurent se retirer; mais, rencontrant sur leur route de nouvelles troupes de révoltés, la plupart périrent; le malheureux Sulkowski fut mis en pièces vis-à-vis d’une mosquée, dont on a fait un fort qui a porté son nom.
De notre côté, nous étions toujours à tirailler sur les habitants qui étaient derrière le mur; bientôt nous essuyâmes le feu d'une pièce de canon mise en batterie un peu sur notre droite; nous l’éteignîmes et nous plaçâmes 2 pièces de 8 et 2 obusiers de 6 pouces sur la hauteur où depuis ce temps on a bâti le fort Dupuy. On commença le bombardement de la citadelle sur la ville, et nous commençâmes aussi un feu vif sur la porte et sur la mosquée où se faisaient les rassemblements. Nous continuâmes jusqu’à la nuit; notre feu faisait de l’effet, les cris de sédition diminuaient.
Un homme vint à la porte et, après beaucoup de pourparlers, promit de l’ouvrir si l’on promettait grâce. Le général en chef, de son côté, faisait faire des proclamations. Enfin, à la nuit, nous entrâmes. A mesure qu’on avançait, on enfonçait les portes des maisons et l’on occupait les terrasses; il fallait aller avec précaution; on avait à passer dans des rues extrêmement étroites,
véritables coupe-gorges. Il n’y avait plus une âme clans les rues; on mil un bataillon dans la mosquée; nous nous retirâmes après avoir placé tous les postes ; le général fut rendre compte au général en chef, qui fut très satisfait de voir la révolte terminée.
L’embrasement avait été général en Egypte; tous nos postes avaient été attaqués; quelques barques avaient été égorgées sur le Nil. Un grand nombre d’habitants, pris dans les rassemblements ou par suite d’informations, furent fusillés ; ces exécutions continuèrent à la citadelle pendant longtemps. Beaucoup de crieurs de mosquées étaient du nombre.
Le 3 brumaire matin (24 octobre), des dépêches d’Alexandrie annoncèrent l’arrivée de bâtiments de guerre et de transport portant des troupes de débarquement; on les croyait turcs et russes1. Je reçus ordre départir sur-le-champ avec les citoyens Fouler, Cœuret; on nous envoyait pour commander les batteries de la côte dans le cas d’une attaque du port d’Alexandrie et
1. Le 19 octobre, 2 frégates portant pavillon turc avaient rallié Indivision anglaise qui croisait devant Alexandrie; elles furent renforcées, le 21, par 16 autres bâtiments.