Le puits de Refah ou Raphia
154 JOURNAL DE L’EXPÉDITION ü'ÉGYPTE
éloignés de l’armée et quelle était notre force. On reconnut alors que les divisions avaient dû faire fausse route et s’égarer dans le désert. Bonaparte en était très inquiet. Après une demiheure de halte, nous repartîmes pour revenir en arrière au-devant de l’armée. Après quelques heures de marche, nous aperçûmes des feux. C’étaient la cavalerie et une division qui étaient bivouaquées au Santon; elles nous apprirent que l’avant-garde s’était égarée sur la droite1 dans le désert, et qu’elles-mêmes, ayant longtemps suivi ses traces, ne s’étaient aperçues de l’erreur que très tard; l’avis en avait été envoyé au général Kleber.
Comme nos équipages n’étaient pas encore arrivés, et que j’étais extrêmement fatigué par une marche de plus de 15 lieues, je me couchai en tenant mon cheval par la bride. On me vola mon manteau, ce qui me fâcha beaucoup, les nuits étant fort fraîches; et, malgré toutes les perquisitions, je ne pus le retrouver. Quoiqu’il fût très tard quand nos chameaux arrivèrent, nous dressâmes nos tentes, prévoyant que le lendemain on ne pourrait partir de bonne heure. Il est difficile de se faire une idée du plaisir qu’on goûte
1. Au lieu de suivre la route de Khan Younès, la division Kleber s'était engagée sur celle de Gaian. qui s'éloigne rapidement de la mer. L'erreur n’avait été reconnue qu’après plusieurs heures de marche ; on éprouva de grandes difficultés à rejoindre la bonne route.