C'est la forêt de Meski
184 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
soutenir; on trouva tous les hommes étendus par terre et sans tète ; elles furent portées en triomphe à Acre et expédiées à Constantinople. Un seul homme s’en sauva ; nous en fûmes informés devant Saint-Jean d’Acre ; il était à bord du vaisseau anglais le Tigre. C’était un des officiers de la troupe; monté sur un bon cheval, il s’écarta un peu des autres et ne fut joint que plus loin par ceux qui le poursuivaient. Atteint et blessé par eux, il tomba de cheval et contrefit le mort. Pressés de retourner là où il y avait le plus de butin, ils le laissèrent pour mort et allèrent, sans lui couper la tête, à l’endroit où étaient tombés les autres Français. Comme il était loin de la route, en s’en retournant après cette expédition, ils ne revinrent plus vers lui. La blessure était légère ; il se remit un peu et cherchait à rejoindre notre camp lorsqu'il fut rencontré par des Arabes. Ceux-ci, le trouvant nu, ne le tuèrent pas, parce qu’il n’y avait rien à gagner ; ils espérèrent qu’en le conduisant à Djezzar, ils seraient payés. Ils emmenèrent donc leur prisonnier à Saint-Jean d’Acre. Là, heureusement pour cet officier, un Anglais se trouvait chez le pacha lorsqu’il y fut présenté ;il futde suite réclamé par le commodore Smith, dont Djezzar n’osarepousser la demande, dans un moment où il prévoyait avoir besoin de ses services. Cet officier partit quelque temps
CAMPEMENT A MESKI
après pour la France sur un batiment anglais1 2.
Nous nous arrêtâmes un instant pendant que la division Kleber fit ses dispositions pour se mettre en route. On fit partir de cet endroit deux bataillons commandés par un général de brigade -, pour aller vers Césarée et suivre les bords de la mer jusqu’à Haïfa. Le contre-amiral Ganteaume était chargé de reconnaître un endroit où les bâtiments qui pourraient nous arriver trouveraient un mouillage. Notre ami Cœuret fut de la partie.
Après une demi-heure de halte, nous marchâmes dans un assez bon chemin. Deux heures avant la nuit, nous arrivâmes à un village qui se trouvait dans un fond3. Au moment où l’on mettait pied à terre, et où la cavalerie débridait, on aperçut tout à coup un corps de cavalerie ennemie qui s’était tenu cacbé derrière un rideau. On n’eut que le temps de monter à cheval et l’on fut à leur rencontre ; voyant qu’ils avaient manqué leur coup, ils se retirèrent. S’ils eussent attendu quelques minutes avant de se mon-
1. Cet officier était Augustin Delesalle, lieutenant au 3' régiment île dragons. L’intervention de sir Sidney Smith est relatée dans la Narration historique du courrier François Ragé, publiée par le Carnet de la Sabretache (1900, p. 280).