AFFAIRE DE KAKOUN
peu de paille et d’orge. A peine avions-nous traversé une espèce de marais, où restèrent embourbés beaucoup de chameaux et de baudets, que nous aperçûmes l’armée ennemie sur la crête des hauteurs, prenant une position sur nos flancs; leur gauche, composée de gens de Naplouse (anciens Samaritains) était appuyée à un mamelon d’un accès difficile ; la cavalerie était formée à droite. Nos tirailleurs les amusèrent et donnèrent le temps à la division Lannes d’arriver; alors l’armée se forma. La division Kleber était à la gauche, la cavalerie au centre et la division Lannes à la droite. On marcha en avant; et les ennemis, qui commençaient à descendre de la montagne, voyant ce mouvement, battirent en retraite. Nous les poursuivîmes sur tous les points ; ils ne firent de résistance que vers leur gauche, parce que le pays, plus coupé, leur offrait plus d’avantage; ils furent cependant forcés après avoir perdu beaucoup de monde. Le général Kleber avait chassé leur droite après une légère fusillade. Du haut de la montagne sur laquelle nous étions, nous vîmes leur cavalerie qui défilait dans une plaine en se retirant vers Acre. Nous avions pu faire marcher peu d’artillerie dans cette affaire ; une partie resta embourbée dans des marais très profonds et ne put accompagner les mouvements des divisions.
188 JOURNAL DE L’EXPÉDITION ü’ÉGYPTE
Après avoir beaucoup couru dans les montagnes et avoir suivi la cavalerie ennemie environ une lieue et demie, le quartier général fit un mouvement rétrograde, et nous vînmes près d’un Santon à l’endroit où nous avions commencé l’attaque. Nos chevaux étaient extrêmement fatigués quoique nous en eussions changé; nous avions beaucoup marché, et dans des chemins affreux. A la nuit, nous aperçûmes de loin le parc ; il employa toute la nuit à passer le marais d’environ trois quarts de lieue qui nous séparait de Kakoun. Ce fut également la nuit que nos équipages arrivèrent ; nous essuyâmes auparavant une forte pluie. Nous campâmes sur une petite hauteur.
Nous eûmes dans cette affaire une quarantaine d’hommes tués ou blessés. Le chef de brigade de la 69e demi-brigade 1 fut tué.
Le 26 (16 mars), au jour, nous partîmes par un temps pluvieux. Nous eûmes environ une lieue et demie de chemins affreux, les plus mauvais que nous eussions encore rencontrés ; à chaque pas, nos chevaux s’abattaient, plusieurs restèrent dans les bourbiers. Nous arrivâmes à l’entrée d’un bois et nous trouvâmes meilleure route. La division Ivleber était campée à cet