LE MONT CARMEL
endroit; nous nous y arrêtâmes une heure. La division se mit en marche et nous la suivîmes ; les chemins continuèrent à être beaucoup meilleurs, quoique, étant entrés dans les montagnes, nous eussions à monter et à descendre. Après un petit temps de marche, je perdis mon sabre turc, dont le cordon s’était cassé. Malgré les recherches que je fis, je ne pus le retrouver; j'en étais très fâché, bien qu’il me restât cependant un sabre français. Nous passâmes près d’un village bâti en pierre dans une assez jolie position; il était environné de bois, nous eûmes un petit ravin à franchir avant d’y arriver. La pluie redoubla et nous fûmes traversés jusqu’aux os; je m’arrêtai d’abord sous un arbre; mais, comme il était peu touffu, je n’y fus bientôt plus à l’abri.
Nous continuâmes la marche environ une lieue et demie plus loin, et nous nous arrêtâmes sur une petite hauteur, après avoir monté et descendu plusieurs fois. Nous attendîmes quelque temps nos équipages qui, ayant trouvé de meilleurs chemins, arrivèrent plus tôt qu’à l’ordinaire; nous eûmes un fort joli campement sous les arbres. Nous en brûlâmes plusieurs pour nous sécher et nous réchauffer. Nous aperçûmes de cette position le mont Carmel. Nous trouvâmes dans cet endroit un caméléon à qui nous faisions
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prendre les couleurs que nous lui présentions; c’est un petit animal ressemblant à un lézard.
Le 27 ventôse (17 mars), nous fîmes de bon matin de très grands feux ; on avait froid et l’on n’épargnait pas le bois ; on mettait le feu à des arbres entiers qui brillaient debout. A sept heures, nous nous mimes en marche; nous eûmes d’abord à descendre, puis à traverser au bas de la montagne un ravin peu considérable. Nous eûmes, pendant plusieurs heuresde marche, des montées et des descentes entre des montagnes; nous suivions d’abord la division Kleber, nous joignîmes ensuite la cavalerie qui était en avant. On s’avançait avec précaution, faisant bien éclairer les flancs. A midi, nous arrivâmes près d’un fort ruiné *, situé à la droite du chemin sur un monticule, à l’entrée d’une belle plaine enfermée entre des montagnes qui conduit au montTaboret à Tabarieh. Nous avions à notre gauche le mont Carmel. Là, nous fîmes halte près d’un ravin et nous déjeunâmes. Notre camarade Cœuret nous rejoignit alors, ainsi que les troupes qui avaient suivi la mer par Césarée, dont il nous apporta un croquis. Le contreamiral avait reconnu à Tantourah, entre Césarée
1. Sur la carte des ingénieurs-géographes (à 1/100.000°), ce fort est marqué : château d’El-Kireh ruiné. Il domine la vallée du Keisoun, qui coule à 1.500 mètres au nord.