INVESTISSEMENT DE LA PLACE
près de là, des poutrelles et les autres bois nécessaires. Le lendemain matin, le passage fut disposé. On commença l'investissement de la place, dont les approches nous furent beaucoup facilitées par des jardins, des maisons et un aqueduc qui se trouvaient sous son canon. L’ennemi ne fut pas aussi complaisant qu’à Jaffa; il fil une vigoureuse sortie, où nous eûmes au moins 100 hommes tués ou blessés; cependant il fut reçu par nos troupes avec beaucoup de valeur et forcé, après deux heures de combat, de rentrer; il avait continuellement tiré de toutes ses bouches à feu ; ses mortiers avaient envoyé derrière la hauteur où se trouvait une division, plusieurs bombes qui firent beaucoup de mal; des Turcs étaient venus sur des canots dans le golfe observer la position de nos troupes. La place fut investie à environ cent toises. On campa derrière un rideau qui commençait à la hauteur dont j’ai parlé et qui s’étendait à l’est1. On établit l’ambulance dans un moulin près des marais, à portée de canon de la place ; l’ennemi n’y tira que les premiers jours. L’emplacement du parc fut au centre en arrière des divisions.
Le quartier général campa presque sur la partie la plus élevée du rideau, les tentes des aides de
1. C'est le coteau du Turon, qui court à peu près du sud au nord, parallèlement au rivage, à 1.500 mètres environ d’Acre.
202 JOURNAL DE L’EXPÉDITION ü’ÉGYPTE
camp et adjoints en avant, ensuite celles des généraux, derrière lesquelles étaient leurs chevaux, enfin les cuisines et les tentes des administrations. Une belle promenade était formée entre la ligne des tentes des aides de camp et celles des généraux.
Le 1er germinal (21 mars) on resserra la place. Nous apprîmes qu’une canonnade, que nous avions entendue en mer du côté de Haïfa, la veille au soir, avait eu pour résultat la prise d’une flottille française venant d’Egypte et portant notre équipage de siège avec tous les attirails y attenant, ainsi que des munitions de bouche. Les Anglais l’avaient attaquée avec leurs bâtiments de guerre; elle fut forcée d’amener pavillon U
Dans la matinée, nous entendîmes encore tirer le canon du côté de Haïfa; les Anglais étaient venus pour y aborder dans des canots soutenus par le feu de leurs chaloupes canonnières. Une partie avait mis pied à terre; nos troupes les attaquèrent à la baïonnette; ce qui ne fut pas tué ou pris se retira. Nous prîmes une caronade de 32 sur une chaloupe, dont nous nous emparâmes ; 20 Anglais furent faits prisonniers'2. 11 nous arriva
1. Il s’agit de la flottille commandée par le capitaine de frégate Standelet.
2. Le chef d'escadron Lambert, qui commandait à Haïfa, repoussa très habilement la tentative des Anglais (21 mars).