PREMIER ASSAUT
mousqueterie et le tir du canon de la place. L’emplacement de la batterie de brèche fut déterminé à 50 toises de l’enceinte et vis-à-vis une grande tour, contre laquelle elle devait être dirigée. On avança le long de l’aqueduc; on prit poste dans un réservoir qui formait une espèce de redoute carrée et l’on perça l’aqueduc pour avancer par des boyaux que les sapeurs commencèrent de suite.
Le 5 germinal (25 mars), on mit en batterie les pièces destinées à chacune d'elles, et on continua la construction de la batterie de brèche, qui devait être armée de 8 pièces de canon, savoir la caronade, 3 pièces de 12 et 4 pièces de 8. La tranchée fut poussée de l’aqueduc vers la mer et communiqua du bord de la mer à la batterie Digeon par un boyau.
Le 6 (26 mars), on plaça dans le réservoir une pièce de 4 destinée contre les sorties. L’ennemi en fit une ce jour-là; il fut repoussé avec perte; nous eûmes quelques hommes tués et blessés.
Le 7 (27 mars), on fit les dispositions pour battre en brèche le lendemain et donner l’assaut. On fit commencer, à quatre heures de l’aprèsmidi, le feu des différentes batteries; celles de mortiers eurent ordre de tirer à minuit; on forma près de l’aqueduc un dépôt où l’on fit placer les échelles, les fascines et les dépôts de munitions.
206 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
Le 8 (28 mars), à quatre heures du matin, tes batteries Grisete t Digeon commencèrent leur feu, s’attachant à détruire successivement les batteries et à éteindre les feux des tours du front d’attaque Toutes les autres batteries continuèrent à tirer. A cinq heures, la batterie de brèche commença son feu. Dès qu’il fit jour, l’ennemi riposta de son canon et d’un peu de mousqueterie; en peu de temps, le feu de la plupart de ses pièces sur le front d’attaque fut éteint. Mais, comme on ne pouvait atteindre leurs mortiers placés dans l’enfoncement, ils continuèrent à bombarder notre batterie de brèche, sur laquelle ils s’attachèrent à tirer et qu’ils inquiétèrent beaucoup. Au bout de deux heures, nous ne pouvions faire feu à cette batterie que de 2 pièces; le reste était démonté ou hors d’état de tirer par suite du bouleversement de l’épaulement, qu’on répara cependant plusieurs fois sous le feu de l’ennemi.
Cependant, à midi, la face de la tour attaquée fut percée, et il s’éboulait beaucoup de maçonnerie dans le fossé ; toutes les troupes étaient dans les tranchées et les dispositions pour l’assaut furent faites. Quoiqu’on vit que le fossé n’était pas comblé, et qu’il y avait encore une assez grande distance pour que les terres éboulées atteignissent le trou qui conduisait dans l’intérieur de la tour; comme on observait un très grand silence chez