PRISE DE MALTE
gauche s’emparèrent de plusieurs tours et forts; nous y aperçûmes bientôt de notre vaisseau flotter l’étendard tricolore. Toute la journée, les pièces de la place et des ouvrages avancés firent feu sur les troupes de débarquement, les galères maltaises les inquiétèrent aussi; on avançait cependant toujours un peu. A quatre heures, on fit aussi un débarquement à la gauche, vers les batteries du fort Sainte-Catherine, à la pointe de l’ile. Elles firent feu sur les canots tant qu’ils voguaient; mais, à l’instant où les premiers tirailleurs eurent le pied à terre, tout s’enfuit. On poursuivit les Maltais jusque sous les murs de la place, qui fut cernée le' soir1. Le feu de la mousqueterie fut très vif; la place répondit par une canonnade très forte, et, vers minuit, le feu cessa. Nous en conclûmes qu’on avait entamé des négociations.
Le 23 (11 juin), au matin, nous reçûmes ordre de chasser 4 bâtiments. Bientôt nous en aperçûmes plusieurs autres ; c’étaient 3 bâtiments danois allant â Tripoli porter un présent au dey. L’officier danois nous dit que 16 vaisseaux anglais étaient â hauteur de la Sardaigne. Nous
1. Le débarquement des Français dans l'ile de Malte fut opéré sur trois points différents : à la cale Saint-Paul (général Baragueyd llilliers), à la cale Saint-.Iulien (général Vaubois), près du port de Marsa Scirocco (général Desaix). La division Reynier reçut la mission d’occuper la petite ile de Gozzo (ou de Goze).
44 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPÏE
atteignîmes bientôt les autres bâtiments chassés, qui se trouvèrent ragusais, venant de Smyrne et se rendant à Alicante. Pendant la nuit, plusieurs chevaliers maltais, qui ne voulaient point se battre, se rendirent à bord du général avec leurs effets.
Le 24 (12 juin), au matin, le général envoya un parlementaire. Ordre fut donné, par un coup decanon, d’arborer le grand pavillon; un autre signal annonça que l’ennemi avait amené le sien. Il fut prescrit à chaque bâtiment de tirer 21 coups de canon, à quatre heures.
Après la canonnade, je reçus du généra! Dommartin ordre de me rendre à terre, ce que j’exécutai promptement; il me tardait déjà d’y remettre pied, j’avais été très malade en mer. Je fus, avec un de mes camarades, logé chez un ministre d’Etat vénitien, commandeur de Malte; nous y fûmes conduits par un révolutionnaire du pays, dont il nous parut que la nouvellemunicipalité fut composée. Nous reçûmes un excellent accueil de notre hôte, très brave homme, et nous nous trouvâmes à souper avec un chevalier de Malte, émigré (actuellement au service de la République), qui voulait à toute force être beaucoup plus patriote que nous ; nous eûmes beaucoup de peine à nous tenir de rire en nous entendant souvent, pendant le sou-