ÉTAT-MAJOR
Chef de l’état-major : M. le capitaine de Biarre.
Officiers d’état-major : MM. le capitaine Robert, le lieutenant de Besson.
Commandant l’artillerie : M. le lieutenant la Portalière.
Commandant le génie : M. le capitaine Derville.
Sous-intendant militaire : M. Robert (faisant fonctions).
Service de santé : M. le docteur Viton.
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Un jeune peintre, M. Dauzats, a eu l’honneur de recevoir de S. A. R. l’invitation de suivre la colonne expéditionnaire.
Les troupes reçoivent l’ordre de compléter leurs vivres et leurs fourrages pour les journées des 18 et 19. La viande seule devant être distribuée chaque jour, un troupeau de deux cents bêtes à cornes suit la colonne : des ordres sont donnés pour que l’administration militaire s’occupe constamment de faire de nouveaux achats de bestiaux.
Le prince , d’accord avec le maréchal , règle l’ordre de marche du lendemain. La présence de S. A. R. au milieu des troupes, et ses rapports avec elles, leur donnent toujours une impulsion admirable : de son côté, le maréchal, auquel l’armée aime à rendre justice, sait stimuler le zèle tout en maintenant une discipline rigide. Le respect de la propriété est observé avec une telle rigueur, que des jardins sont côtoyés ou traversés par cette multitude de soldats sans perdre un seul fruit.
Le chel Ben-Assedyn, cheikh de Zouaga, dont nous avons déjà parlé , amène au prince des chevaux
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pour lui, et un troupeau de moutons, de la paille et de l’orge pour le service de toute la colonne.
Ben-Assedyn est énorme; son teint basané, sa constitution musculeuse, sa physionomie énergique, sont en harmonie parfaite avec son caractère; jamais il n’a fait sa soumission aux Turcs;
aussi paraît-il ému de se trouver pour la première fois au milieu des chrétiens.
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Ses paroles sont sages, mesurées, de bon augure. Elles annoncent qu’un grand pas est fait vers la soumission des Kabyles.
Les diverses tribus arrivent par fdes de trente à quarante hommes apportant le mets national, le couscoussou, pour la division du duc d’Orléans, qui le fait distribuer aux soldats , dont la franche gaieté indique qu’ils savent apprécier ce présent.
Les lairges sébiles se vident rapidement. L’heure du repos suit de près l’heure du banquet. On s’endort en songeant à la France, dont le doux et mélancolique souvenir revient souvent à l’esprit au milieu de ces contrées à demi sauvages.
Le vendredi 18 octobre, de Milah à Ma-Allah.
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La diane trouve le soldat éveillé par la pluie, qui tombe depuis quatre heures du matin; la division d’Orléans se forme à six heures et demie.
Au moment du départ, toutes les tribus voisines, dirigées par leurs kaïds à cheval, apportent processionnellement à S. A. R. quatre-vingt-dix plats de couscoussou, pesant chacun dix livres. Le soldat fait honneur à ce repas avant de se mettre en marche.
La pluie rend le chemin difficile, mais elle cesse à neuf heures, après la première halte.
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Le pays que la colonne traverse ressemble aux environs de Constantine; l’Atlas présente ici son aspect ordinaire, et il n’y a certainement pas de chaînes de montagnes plus difficiles à décrire que celles dont les anfractuosités tourmentées bordent une ligne de deux cent cinquante lieues sur près de quarante lieues de largeur.
Les spahis , commandés par quatre bons officiers bien connus (MM. de Prémonville, d’Huart, de Vernon et de Larochefoucauld) , font leur service à merveille; les troupes marchent avec agilité, et le convoi énorme que nous traînons après nous conserve un ordre remarquable.
La colonne traverse successivement plusieurs petits cours d’eau presque à sec.
Vers onze heures, la grande halte a lieu à l’Oued- Credjas, à peu de distance de la Djemaâ-el-Boucbi, auprès de ruines romaines assez bien conservées, et d’un établissement militaire qu’on nous dit être un des castra stativa qui occupaient le pays. L’eau du ruisseau suffit abondamment à tous les besoins de la colonne. A midi et demi les deux divisions se remettent en marche, en suivant
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un tapis de fine pelouse grise et jaune, parsemée d’oasis de verdure, qui indiquent les douars ou les ruines romaines.
Près des sources d’eau douce qui coulent sur notre chemin , ou que l’on nous indique , on trouve des eaux salées et même des morceaux de sel gemme rose, blanc ou violet. Le pays, assez peuplé, est entièrement soumis, et le passage de la colonne à travers les douars ne change rien aux habitudes de la population , dont il est si intéressant d’étudier les mœurs et la manière de vivre.
Un violent orage éclate vers trois heures et retarde un peu la marche de la division.
Elle s’avançait alors dans une vallée assez large, mais dont k s terres détrempées trahissent à tout moment le pas des hommes et des chevaux. Les vieux soldats, exercés à ces épreuves, s’étaient prudemment munis d’un bâton qui rendait leurs chutes moins fréquentes; mais la gaieté, si naturelle aux Français, leur prête un auxiliaire encore plus sûr. La fureur des vents et l’obstination de la pluie n’excitent dans la colonne que des plaisan-
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teries qui courent avec elle, et qui vont d’un bout à l’autre stimuler l’ardeur de sa marche. Au moment où l’on touche au but de la journée, le ciel s’éclaircit tout à coup. Un bon soleil couchant pompe l’humidité des vêtements du soldat et lui fait attendre patiemment le bivouac.
Il est près de cinq heures quand on arrive au fort de Beni-Kecha ( communément appelé Ma- Allah). Le camp est tracé sous la protection de ce fort. Les troupes bivouaquent en carré.
Le prince royal reçoit avec distinction Bou- Agaz, cheikh du Ferjouiah, qui, jusqu’à présent, n’avait été qu’imparfaitement soumis aux Français; ce chef influent est accompagné de cent cinquante cavaliers. La députation des Abd-el-Nour, dont le chef, s’est élevé au pouvoir par des crimes atroces, vient ensuite : les uns et les autres apportent des présents que le prince rend avec usure.
La nuit tombe, de grands feux s’allument. Le 2 e léger, qui est composé en grande partie de méridionaux , ainsi que toute l’armée d’Afrique , fait un feu énorme autour duquel on suspend les objets et les vêtements pénétrés par la pluie. La
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gaieté devient communicative et bruyante ; les soldats se rappellent la chanson pa toise et la ronde du village, amusements de leurs fêtes, ils les mêlent de bouffonneries où se révèle la vivacité natu relie du Gascon et du Languedocien. Une voix plus grave entonne enfin la Marseillaise de l’Afrique :
Allons, soldats de l’Algérie,
Le jour de gloire est arrivé !
et deux mille voix reprennent en chœur ce chant national, longtemps répété par les échos de
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l’Atlas, mais que finit par couvrir le bruit des tambours battant la retraite. Des soldats français seuls peuvent terminer par des fêtes une journée aussi rude.
Le samedi 1 9 octobre , nous allons de Ma- Allah à Djimilab.
La nuit est belle, mais froide comme la précédente, et le son mat des tambours indique que la rosée est abondante. La montagne de Bouclier!
se colore bientôt à son sommet des premiers rayons du soleil levant. A ce signal, la musique arabe de
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Bou-Agaz salue le prince : cette musique, différente de la nôtre par le rhythme et le nombre des notes, est cependant combinée avec une science réelle; probablement elle fut écrite au temps de la grandeur des Arabes , lorsque les arts et les sciences florissaient parmi eux.
Après la cérémonie de 1 investiture de burnous donné à Bou-Agaz, nous visitons Ma-Allah, où les Romains avaient un établissement thermal d’eaux ferrugineuses. S. A. R. accepte des rafraîchissements offerts parles Turcs.
Quelques pierres éparses sur le sol indiquent seules la place où fut Ma-Allah.
A sept heures le prince donne le signal du départ, après avoir fait sortir de la colonne les hommes les plus excédés par les fatigues de la veille, qu’il veut, dans leur intérêt comme dans le nôtre, laisser à Ma-Allali; mais, conduits au fort sous la direction d’un officier, ils en escaladent les parapets, et nous les retrouvons une lieue plus loin à leurs compagnies respectives.
Le pays est très-peuplé. On voit partout des douars dont les habitants se tiennent assis ou
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accroupis sur les rochers et se font un spectacle de notre passage.
Vers onze heures, un défilé assez long retarde la marche de la colonne. Pendant que la première division et les bagages le traversent, la deuxième division reçoit l’ordre de faire sa grande halle. La colonne s’arrête après avoir passé le défilé et attend la deuxième division.
A une heure, les deux divisions se mettent en marche et gravissent les rampes escarpées qui escaladent çà et là un pays triste et aride. Deux maraudeurs arabes sont arrêtés et conduits au quartier général après avoir été désarmés.
Nous pénétrons par un col peu élevé flans la
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vallée de l’Oued-Bousselah , que nous remontons jusque vers trois heures du soir. Cette rivière est le Budellus, qui donnait autrefois son nom à l’ancienne station romaine appelée caput Budelli. Les ruines de cette importante position se trouvent, en effet, à la tête de la vallée. La colonne se prolonge parallèlement à la voie romaine, dont elle retrouve presque partout les traces ; elle s’élève ainsi sans trop de difficultés jusqu’au col de Djimilah. Les Romains avaient fait de grands travaux dans cette partie de la montagne; les ruines de nombreux postes indiquent qu’ils éprouvaient le besoin de s’établir fortement pour résister aux populations belliqueuses qui habitent les montagnes voisines.
La voie s’élevait par l’arête culminante du contre-fort; elle en suivait la crête depuis le point où se réunissent les différents cours d’eau qui forment le Budellus jusqu’au col, dominant à la fois tous les ravins qui se prolongent des deux côtés. De distance en distance, des points fortifiés la protégeaient, et au col même se trouvait un poste avantageusement placé pour défendre le passage.
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La voie, maintenant en partie recouverte par les terres d’alluvion, a été détruite sur quelques points par les ravages des eaux. On distingue encore des tours carrées construites en pierre de taille. Il paraît possible de rendre ces ruines utiles à la défense du pays, en déblayant les terres mobiles qui se sont accumulées autour d’elles et en les environnant de fossés.
La domination romaine a laissé son squelette immense couché tout entier sur ce vaste pays; en l’étudiant, on voit ce que fut, pendant sa vie, ce colosse que rien n’a pu faire oublier depuis qu’il a disparu du monde qu’il remplissait presque seul.
L’étude du système d’occupation des Romains serait d’une grande utilité : ce n’est qu’en marchant sur leurs traces que nous donnerons une haute importance à notre magnifique conquête.
Le pays est complètement déboisé, sauf les oasis qui entourent les douars, et des vallées arrosées avec l’intelligence ingénieuse des Maures. Il ne produit que du blé, mais fort abondamment, comme on peut en juger par la quantité de chaume que l’on trouve sur la route.
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Guidés par la vue du marabout de Sidy-Osman , construit avec des pierres énormes sur la crête d’une montagne à pic, nous traversons la fertile vallée de l’Oued-Bousselah , égayée par des moulins, des plantations de toute espèce et des cultures qui n’ont aucun rapport avec les nôtres.
Un pâtre jouant de la cornemuse, assis sur des ruines romaines, s’interrompt un instant pour
nous saluer, et continue à jouer, tout en contemplant ce spectacle nouveau pour lui.
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Ce petit tableau a tout le charme d’une idylle antique.
La colonne marche, monte, se développe, se replie, comme un long serpent aux écailles diaprées, qui roule péniblement ses larges anneaux à travers les rochers nus.
La grande chaleur n’a point amorti la gaieté du soldat; les saillies méridionales semblent éclore plus nombreuses encore que dans la journée de la veille.
Au moment où nous débouchons sur le col, un spectacle d’une imposante majesté frappe d’admiration la colonne, qui s’arrête en silence.
Le Sidy-Nour, le Seba-Reboun et le Babor, dont le front est couvert de neige, dominent de leurs crêtes dentelées le vaste horizon de montagnes qui s’étend devant nous; un splendide soleil couchant éclaire les plans divers de cet immense tableau, qui passe successivement par toutes les nuances du violet clair au noir foncé.
A cinq heures du soir nous découvrons Djimilah; la roche dans cette partie est un calcaire bleu marbré de blancs fragments de bivalves.
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La colonne se rallie et descend à Djimilah par des pentes de marnes noires sillonnées de nombreux ravins qui prennent leur origine à Sidy-Aïssa.
La première division arrive au bivouac à six heures; la deuxième prend position à sept heures et demie.
La lune, qui éclaire notre arrivée, épargne au
table confusion d’un bivouac nocturne.
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Les troupes de la garnison dirigent les nouveaux venus; en quelques instants les feux brillent et le dîner est préparé. Une heure après, tout se tait et s’endort.
Le dimanche 20 octobre, nous reconnaissons la position de Djimilah.
Elle est d’un abord difficile; le terrain présente à l’occupation des obstacles que de grands travaux pourront seuls surmonter; l’importance de ce point est cependant immense, et les Romains le savaient, puisqu’ils y avaient établi une ville puissante. L’occupation de l’Afrique par ce grand peuple s’appuyait, d’un côté, sur le littoral, et à l’intérieur, sur la longue ligne des plaines élevées qui conduisent de Carthage à l’extrémité occidentale de la Mauritanie, en tournant les divers chaînons de l’Atlas. Les points principaux du littoral se rattachaient par des routes transversales à cette grande voie. Pour tracer ces routes, il était nécessaire de dominer les vallées dans lesquelles elles devaient passer, et d’occuper tous les points stratégiques, quel que fût d’ailleurs le désavantage de leur position. Telle fut la cause de l’établissement de Djimilah.
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Cette ville est en effet très-rapprochée de Djigelly; elle est peu distante du col très-déprimé de l’Arbarès, par lequel on passe du bassin de l’Ouedel-Kebir ( dont l’Oued-Djimilah et l’Oued-Bousselah sont des affluents ) dans le bassin côtier de Djigelly. Djimilah se trouve presque sur le méridien de Djigelly, à quinze lieues environ de cette ville. La route de Constantine à Sétif, par Milab et Djimilah, est d’ailleurs une excellente ligne de défense.
Tracée à peu de distance des montagnes habitées par les Kabyles, fortifiée comme les Romains l’avaient fait , elle assure la tranquillité du pays et couvre la route qui se développe sur la plaine des Abd-el-Nour.
De magnifiques monuments romains existent encore à Djimilah. L’arc de triomphe, le temple, le théâtre et plusieurs tombeaux, attestent la somptuosité de l’antique Cuiculum. On voit encore, sous les pierres, des cendres et du charbon; l’étude des monuments et la lecture des inscriptions prouvent que ces édifices sont antérieurs à l’invasion des Vandales; c’est le seul point de l’Algérie
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où l’on ait jusqu’ici retrouvé des monuments dont la construction a certainement précédé le règne de Justinien. La colonie des Cuiculitaniens, couverte de tous les côtés par des positions avancées, parvint-elle à résister au conquérant ? ou bien , ce qui est peut-être plus probable, les Romains, après la victoire de Bélisaire, ne répugnèrent-ils point à s’établir au milieu de ces populations montagnardes, qui avaient été évidemment les auxiliaires des Vandales? Une étude plus longue des monuments peut seule donner la solution de ces questions.
Les matériaux qui ont servi à la construction des beaux monuments de Djimilah ont dû y être apportés de loin, car les environs ne présentent que ces marnes noires dont nous avons parlé, et qui donnent au paysage un aspect sombre et sauvage. L’arc de triomphe est construit avec un calcaire de couleur claire , dont le gisement est ignoré. La plupart des autres monuments, le temple et particulièrement le théâtre, sont en marbre travertin rose, et se font remarquer par la netteté des détails d’architecture et la beauté du poli.
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non explorée, qui peut offrir une mine inépuisable de découvertes à la science et aux arts. Nous parcourons sur ces ruines un espace immense, couvert de fûts de colonnes en pierre ou en granit d’Europe, de chapiteaux, de sculptures et de mosaïques. Le prince choisit trois de ces chapiteaux, qui lui seront envoyés à Paris.
Les inscriptions sont nombreuses, et plusieurs paraissent offrir un curieux intérêt historique. Nous en rapportons quelques-unes.
La partie droite de l’inscription manque.
Ces deux médaillons font partie de l’une des deux mosaïques de Djimilah.
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