‹ Journal de l'expédition des portes de ferChapitre 11 sur 17 · EX · texte numérisé non relu

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L’histoire de ces villes d Afrique n’existe pas;

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les documents militaires et civils sont détruits ; ce n’est que dans les Pères de l’Église que l’on pourrait retrouver quelques renseignements. Des fouilles bien dirigées amèneraient probablement la découverte de nouvelles inscriptions, qui rendraient une pareille entreprise aussi profitable à la science qu’intéressante pour les arts.

Le théâtre, situé sur le penchant d’une colline, a environ cent vingt pieds de façade. L’ensemble présente un aspect imposant et simple. Les collines nues et monotones qui bornent l’horizon de cet édifice sont loin d’avoir l’éclat et la richesse des perspectives que l’on admire depuis les gradins du théâtre de Taormine, et les colonies militaires ont dû sentir se mêler à leurs plaisirs l’amertume des souvenirs de leur admirable patrie.

Les deux temples sont remarquables d’exécution; le plus petit est celui que le temps a respecté davantage. M. le maréchal gouverneur a prescrit de rétablir ce dernier temple, dont une des faces seulement est renversée; ses pierres couvrent le sol; elles sont même tombées depuis peu d’années, car la tradition des Arabes conserve encore

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le souvenir du monument dans son entier. Il n’y a donc que des pierres à replacer les unes sur les autres, et dans la position quelles occupaient, pour rendre à l’Afrique un monument du meilleur style.

Le bel arc de triomphe est presque entièrement debout; quelques-unes des pierres de la plus haute assise, tombées éparses à ses pieds, sont dans un état parfait de conservation.

La teinte dorée dont le soleil a coloré cet élégant monument est rendue plus brillante encore par l’opposition de la verdure changeante des trembles et de la sombre verdure des caroubiers qui l’entourent.

S. A. R. a conçu la pensée de faire transporter à Paris l’arc de triomphe de Djimilah, comme un témoignage historique de la conquête de l’Afrique, et de le faire élever sur une des places de la capitale, avec cette inscription : L’armée d’ Afrique à la France. Il ne manquerait à ce magnifique trophée que ses trembles, ses caroubiers et son soleil.

L’exécution de ce projet n’est pas aussi difficile qu’on pourrait l’imaginer au premier abord. Les

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pierres numérotées seraient aisément transportées par des mulets jusqu’à Constantine, et le trajet par les grandes routes ne rencontrerait aucun obstacle.

Cent mille Français qui, depuis dix ans, portent les armes en Afrique, qui ont conquis au prix de leur sang deux cents lieues de pays, bâti d’immenses établissements, supporté des fatigues et des privations inouïes, servi la patrie de leur intelligence et de leur courage avec un dévouement sans exemple, seraient heureux et fiers de retrouver dans Paris ce noble souvenir de leurs travaux.

A midi, toutes les distributions étant terminées,

la première division et le convoi se mettent en mouvement pour prendre position sur l’Oued-

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Dahad. La seconde division reste en position à Djimilali, pour hâter le départ des convois arabes, dont les mulets n’ont pu être rassemblés dans la matinée. Elle doit rejoindre la première division à Sétif.

La route présente de grandes difficultés à la sortie de Djimilah. Elle franchit d’abord un ravin profond qui est impraticable dans la mauvaise saison, puis se prolonge sur une suite de collines, où de nombreuses ruines annoncent que les Romains avaient protégé , de ce côté comme de l’autre , par des établissements fortifiés , les approches de la ville. Bientôt nous suivons un col, et nous parcourons de là un plateau immense, au bout duquel se dessinent le Bou-Taleb et la chaîne des monts Aurès, la seconde crête de l’Atlas.

On rencontre un grand nombre de sources de très-bonne eau. Au bord de quelques-unes sont creusés de grands bassins en pierre, évidemment taillés par les Romains; ces bassins ne reçoivent plus les eaux des sources, soit qu’ils aient été déplacés, soit que les sources elles-mêmes se soient ouvert une autre issue.

A quatre heures la première division arrive à l’Oued-Dahad. L’industrieux soldat, formé par quatre campagnes en Afrique, déploie la plus ingénieuse activité pour organiser le campement, et la troupe, peu fatiguée, prend gaiement son bivouac.

Le lundi 2 1 octobre, à six heures, par un temps superbe, la première division quitte l’Oued-Dahad; elle s’élève, en suivant la rive gauche de l’Oued- Bagalieth, jusqu’à Kasbaïte (les monts delà Table). Une balte d’une heure repose le soldat; quelques Kabyles, attirés par le bruit des clairons, se montrent sur les âpres rochers qui dominent notre position, nous observent avec une curiosité sauvage et inquiète, puis disparaissent tout à coup.

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La division pénètre dans le défilé, après avoir traversé un des cours d’eau qui forment l’Oued-

Bagalieth, et, s’étendant sur la rive gauche d’un autre ruisseau , elle arrive à onze heures au col de Mons, d’où elle débouche dans la vaste plaine qui s’étend de Tififech à Dra-el-Amar. Cette plaine, au temps de la grande occupation romaine, était couverte de villes riches et puissantes, et traversée par d’admirables voies , qui reliaient entre elles toutes les cités célèbres et mettaient en communication le désert et la Méditerranée.

L’occupation du col de Mons par les Romains est écrite en nombreux caractères dans cette curieuse région de l’Afrique. Leurs ouvrages sont si bien conservés que l’on retrouve jusqu’aux gué-

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rites des factionnaires romains. Tout est en pierre de taille, casernes, postes, caponnières pour aller d’un ouvrage à l’autre. A l’entrée nord-est du col était située la ville de Mons, protégée par une ceinture très-étendue de forts détachés, liés par des caponnières à une citadelle à double enceinte, dans l’intérieur de laquelle se trouvaient les citernes principales et le temple.

La fontaine du milieu du col est protégée par un ouvrage de fortification , et la sortie par deux postes. Les tremblements de terre n’ont pas été les seuls fléaux qui ont couvert le sol de ruines ; les Vandales, qui n’ont bâti qu’à Bougie et qui ont dévasté partout ailleurs, brûlèrent cette ville, et les traces de l’incendie sont encore visibles.

Au dire des archéologues, ces barbares furent secondés dans leurs dévastations par les indigènes eux-mêmes, qui, plus tard cependant, en 534, marchaient sous les étendards des Romains , et contribuaient à faire remporter à ces derniers une grande et définitive victoire entre Stora et Bône, où Gelimer, dernier roi des Vandales, fut fait prisonnier par Bélisaire.

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Dans les inscriptions bien conservées que l’on voit ici en grand nombre, il serait possible de retrouver quelques documents historiques.

Plusieurs tombeaux romains attirent notre attention. Six sont debout, une vingtaine, renversés; tous ont été ouverts et brisés par les Arabes, qui sans doute y cherchaient des trésors.

La colonne fait halte auprès d’une source minérale dont l’eau exhale une forte odeur de bitume.

La première division se met en marche à midi : elle se dirige sur Sétif. Une nombreuse députation des marabouts de la montagne, portant sur

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leurs vêlements blancs le grand chapelet noir .à rubans jaunes, vient saluer le prince.

Les chefs des tribus, dont les physionomies expriment un étonnement sauvage à la vue de la colonne qu’il leur est permis d’approcher cette fois en amis, apportent à S. A. R. le tribut qu’on appelle Y alfa, c’est-à-dire des provisions abondantes pour les hommes et pour les chevaux.

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Au delà du col de Mons, comme après tous les cols que nous avons franchis depuis Constantine, il n’y a pas de pente à descendre. Ce sont de gigantesques degrés qui mènent à des plateaux successifs, dont celui de Sétif, où nous sommes parvenus, est le dernier et le plus élevé; il domine de trois mille cinq cents pieds le niveau de la mer.

On découvre, au sud, toute la chaîne des monts Aurès; à l’ouest, le commencement des contre-forts des Bibans, et au nord, le petit Atlas. Sur cette vaste étendue, l’œil n’aperçoit ni un arbre, ni une maison; ici les Arabes sont nomades, mais ils cultivent beaucoup, et la fertilité de cette terre, où presque toutes les eaux sont salées, est extraordinaire.

La montagne de Sidy-Brao, pic isolé sur ce vaste plateau, produit l’effet le plus bizarre. Au pied se trouve une ville romaine assez bien conservée, l’ancienne Gemella, distante de Sétif de cinq lieues. Plus loin est Milah. De là jusqu’à Médeah, on compte sur la route dix à douze villes romaines en ruines.

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El-Mokrani, kalifat de la Medjana, vient audevant du prince royal avec une suite de plus de trois cents cavaliers, que l’on voit accourir de

tous côtés sur les dunes chargées de chaume. Cette plaine immense n’a point d’autre genre de végétation.

Les principaux cheikhs portent des burnous rouges, noirs ou verts.

Nous découvrons bientôt Sétif, entourée de hautes murailles d’une teinte chaude et vigoureuse, qui se détache sur la teinte brillante de la plaine, pendant que celle-ci est plongée d’une manière uniforme dans les feux du soleil couchant.

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Nous nous élançons pour voir ces constructions de plus près, et nous ne tardons pas à y arriver, suivis par les grands de la contrée, accourus de /quinze lieues à la ronde.

Les soldats turcs au service de la France couronnent la crête irrégulière et dentelée de la muraille; leurs habits variés de forme et de couleur, leurs longs fusils sur lesquels ils se reposent ajoutent à l’effet du tableau pittoresque que nous admirons.

Sétif est encore entourée de ses anciens remparts, qui ont trente pieds de haut, et qui sont flanqués de loin en loin de grosses tours carrées; sur celle du milieu de la face du nord flotte le drapeau français.

Ces constructions ne sont pas des premiers temps de la ville, mais remontent probablement à l’époque de Bélisaire.

La forteresse a un caractère byzantin très-prononcé, et l’on retrouve dans ses murs des pierres taillées pour d’autres destinations. Certaines portent des inscriptions.

L enceinte de la ville (sitifis) et ses monuments.

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qui étaient moins beaux que ceux de Cuiculum, sont détruits. En explorant les ruines, nous voyons fuir un serpent de plus de cinq pieds de long, et dont l’espèce, qui atteint, dit- on, à de plus grandes dimensions, est totalement inoffensive.

Les lions ne sont pas rares dans cette contrée, où les attirent de nombreux troupeaux; leur taille est supérieure à celle des autres lions de la régence. On remarque à Sétif un tremble de la plus rare beauté, et d’une grande vieillesse. Au pied se trouvent trois fontaines, dont les inscriptions romaines ont été surmontées d’un croissant grossièrement gravé.

Le spectacle de ces sources, entourées de soldats français et de sauvages descendus du mont Bou-Taleb, était singulièrement pittoresque. Déjà le soleil s’abaissait vers l’horizon, et nous admirions les effets sublimes que produit, sur le vaste panorama ouvert à nos regards, l’alternative des rayons solaires, des orages et des arcs-en-ciel, lorsque la tempête, éclatant tout à coup, vint nous forcer à rentrer au bivouac.

Nous y trouvâmes heureusement pour nous sé-

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cher la paille et les chardons ramassés le long de la route par les soins du soldat, que l’expérience a instruit à ne dédaigner aucun moyen de prévision, et qui n’est jamais entièrement pris au^dépourvu par les événements.

La seconde division avait quitté Djimilah à six heures du matin; après une halte d’une heure à Kasbaïte, elle gravit la montagne et arrive à Sétif une heure après la première.

A la chute du jour, nous entendons deux coups de fusil tirés aux avant-postes; bientôt nous avons la triste explication de cette alerte, de la bouche du colonel Changarnier : un caporal coupait des chardons pour faire du feu, au moment où quatre cavaliers arabes sortaient du camp. Un de ces cavaliers s’était approché du caporal, le fusil incliné vers lui; il avait tué cet infortuné à bout portant, et, piquant des deux, il était parvenu à se soustraire au feu de la sentinelle.

A compter du 22 octobre, le séjour du corps d’expédition se prolonge pour le temps nécessaire à en achever l’organisation. C’est au point que nous occupons maintenant que les convois arabes,

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dirigés par les chemins de traverse, doivent se réunir, et qu’il faut attendre une température plus favorable pour reprendre les opérations commencées. Les troupes reçoivent l’ordre de faire des vivres pour une semaine. L’établissement de Sétif demandait d’ailleurs des travaux considérables. Le bataillon turc qui y tient garnison depuis quelques jours occupe l’enceinte la plus moderne de la colonie romaine établie après la grande invasion des Vandales. Cet ouvrage, auquel on a donné le nom de fort d’Orléans, avait encore deux faces en état de défense, mais que des amoncellements de terre et de pierres rendaient faciles à escalader sur plusieurs points. L’enceinte romaine paraissait d’ailleurs trop étendue pour être défendue par un corps peu nombreux. M. le maréchal prescrit en conséquence d’établir dans l’intérieur une coupure qui en réduit le développement à des proportions convenables.

Des ordres sont donnés en même temps pour réparer et couvrir le plus tôt possible les bâtiments construits par les Turcs dans l’intérieur du fort; des mesures sont également prises pour

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rétablir les voûtes des tours antiques, destinées à servir de magasins d’approvisionnement.

Sétif est le point stratégique de la vaste plaine qui s’étend de Tunis aux Bibans, et qui se prolonge par le petit désert, en passant un col peu élevé, jusqu’auprès de Tlemcen. Les routes qui, partant de Constantine , suivent la plaine des Abd-el-Nour, et celle qui remonte la vallée de l’Oued-Bousselah , se rencontrent à Sétif; à ce point aboutissent également les routes de Bougie, de Zamorah, d’Ouennougah, des Portes de Fer.

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L’occupation de cette importante position, résolue depuis longtemps, paraît devoir devenir définitive : M. le maréchal ordonne au commandant du génie de presser l’étude du terrain et de commencer immédiatement les travaux.

Pendant les journées suivantes, douze cents travailleurs d’infanterie sont mis à la disposition de M. le colonel Bellonnet, commandant le génie de l’armée.

La plaine de Sétif n’a nulle part moins de six lieues de largeur : elle est bornée au sud par des chaînons qui se dirigent à peu près de l’est à l’ouest, et dont la hauteur est d’autant plus grande qu’ils sont plus au sud du fort d’Orléans. On en distingue cinq qui forment autant d’horizons superposés et sans continuité; au milieu de la plaine s’élève le Sidy-Brao, qui apparaît à sa surface comme une île sur les flots.

Cette plaine de Sétif domine de trois mille cinq cents pieds le niveau de la mer (le. fort d’Orléans ne le surmonte que de trois mille trois cent cinquante pieds). Elle s’abaisse légèrement vers le sud pour se relever ensuite au pied de l’Aurès.

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Une telle élévation devrait donner un abaissement de température moyenne de 6°, et cependant plusieurs expériences ont donné constamment 1 70 6o pour température des sources près du tremble, sous le fort d’Orléans. Ces sources sont donc thermales. Elles ne changent pas de volume d’une manière sensible, et c’est probablement à leur présence cpi’il faut attribuer le con cours de la population sur ce point.

Le premier des plans successifs que l’on aper çoit dans le sud est le Djebel-Jousif, qui fait suite au Djebel-ïdim. Ce sont des chaînons peu élevés. Le troisième paraît se rattacher à l’Atlas en passant par Idim. Au plus éloigné appartient le Bou-Taleb, dont les cimes rocheuses et aiguës se dessinent sur un horizon très-profond. A cette chaîne principale appartient le Djebel-Mazit, qui la termine à l’ouest. On voit ensuite le plateau se prolonger et s’unir aux plaines du versant méridional, de telle sorte qu’une large voie de communication semble s’ouvrir dans le sud entre l’Ouennougah et la chaîne de Bou-Taleb. A l’ouest, l’horizon rie Sétif est fermé par le Dje-

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bel-Morizan, et plus loin, par le Dra-el-Amar, qui se joint sans doute à l’Ouennougah par des montagnes moins élevées. Au nord, le Djebel- Magrève, le Djebel- Anini et le Djebel- Sommai) (points géodésiques), se dressent comme des pics saillants , apparence qu’ils doivent à l’extrême dépression des cols qui les unissent. La fracture dans laquelle pénètre l’Oued -Bousselah sépare le Sommah des montagnes de Zamorah, dont le principal sommet est déterminé par la triangulation.

Nous avons dit que l’origine de Sétif, comme lieu d’habitation , est probablement due à ses sources, qui ne changent pas essentiellement de volume pendant toute l’année. Ce fut dans tous les temps un lieu d’échange entre les produits de la plaine, ceux des montagnes et du petit désert (Djérid), et, plus tard, entre ceux de l’Europe et du Sahara. Les Romains trouvèrent Sétif existant comme ville agricole et commerciale; elle dut, sous leur domination, devenir un poste militaire important, sans avoir jamais été une ville trèsforte ; la disposition du terrain et les faibles mu-

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railles de la première époque romaine le démontrent. Ces murailles, dont l’enceinte a été relevée, avaient près d’une lieue de développement; elles étaient flanquées de tours carrées : leur épaisseur était de quatre pieds ; les tours avaient dix pieds six pouces de face. Rien n’annonce qu’il y eût une citadelle dans la partie supérieure de la ville.

Cette première enceinte est aujourd’hui rasée au niveau du sol; ses matériaux ont dû servir à la construction de l’enceinte du Bas-Empire, dont une partie subsiste encore. La date de la construction de cette seconde enceinte, ou plutôt l’époque la plus reculée à laquelle on puisse la rapporter, est donnée par une inscription qu’on lit sur la face est. La pierre sur laquelle elle est tracée appartenait à un monument consacré à Théodose et Valentinien. Elle fut employée comme moellon dans la nouvelle enceinte, qui doit dater, comme celles de Guelma, d’Anouna, de Russicada, etc. etc. du règne de Justinien, si ce n’est dune époque moins rapprochée de l’invasion des Vandales.

Un puits creusé dans cette enceinte, à une

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profondeur de plus de trente pieds, n'a rencontre que des décombres, et il est probable que le sol en avait été exhaussé à dessein.

Les matériaux employés pour la construction des murs de Sétif sont d’un beau choix, mais ils résistent peu aux influences atmosphériques; presque toutes les inscriptions ont disparu. La pierre est un calcaire gris-bleu marneux et bitumineux. On y voit quelques fossiles, entre autres une huître de l’espèce ostrea sinuosa.

Les carrières d’où les pierres ont été extraites s’ouvrent sur le flanc même des collines de la ville supérieure : on y remarque beaucoup de fragments qui appartiennent au grès vert le mieux caractérisé. Certains échantillons se distinguent difficilement du grès vert de Champagne.

Il existe très -peu d’ouvrages en briques dans les ruines ; le mortier même , dont les Romains faisaient usage avec tant de profusion , y est assez rare. On peut en conclure que dès cette époque le bois manquait aux environs de Sétif. C’est ce que Salluste disait de la Numidie entière : Ager arbori infeciindiis .

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La citadelle de Sétif, à laquelle, comme nous l’avons dit, on a donné le nom de fort d’Orléans, présente une enceinte rectangulaire, flanquée par dix tours. Ses murs, qui ont près de neuf pieds d’épaisseur, sont construits en belle pierre de taille, qui, ainsi qu’on l’a fait observer pour la seconde enceinte , avaient servi précédemment à d’autres constructions, ce qu’indiquent suffisamment les

moulures et les inscriptions tumulaires qu’on remarque sur plusieurs d’entre elles. La hauteur de l’enceinte était de plus de trente pieds, mais en plusieurs endroits la partie supérieure du mur s’est écroulée, et, au moment de l’arrivée de la colonne expéditionnaire sur ce point, d’énormes pierres de taille, recouvertes de terre ou de dé-

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combles, donnaient en plusieurs endroits un accès facile dans la citadelle. Pour la rendre propre à la défense, M. le maréchal fait déblayer le pied de l’escarpe de toutes les pierres qui lencombraient, et prescrit de relever le mur, avec ces matériaux, jusqu’à seize pieds de hauteur.

La partie la mieux conservée des bâtiments est la face nord-ouest; on conserve à cette partie de l’enceinte toute son élévation en la régularisant.

Les tours, qui sont en assez bon état, pourronl , avec peu de travail, être converties en magasins, et les belles fontaines qui sortent presque du pied de fenceinte donneront constamment une eau abondante.

La citadelle peut contenir mille hommes; une garnison de cette force fournirait par jour cinq cents travailleurs, qui, en les supposant munis de tous les instruments et agrès nécessaires, mettraient l’enceinte en état de défense en quinze ou vingt jours ; un seul bataillon pourrait ensuite perfectionner l’œuvre et terminer en deux ou trois mois les travaux ; d ne resterait alors à s’occuper que des dispositions du casernement. Les écuries

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du bey, bien qu’en grande partie démolies, conservent encore quatre murs dont il serait facile de tirer parti.

La pierre à chaux abonde dans les environs ; le plâtre se trouve à peu de distance ; le défaut de bois seul opposerait quelque obstacle à l’exécution des travaux. D’après les ordres du maréchal , le cheikh du Ferjouiali, Bou-Akkas, devra envoyer des bois de construction tirés des montagnes comprises dans l’étendue de son commandement.

Le temps devient pluvieux; le plateau de Sétif étant très-élevé, le froid s’y fait vivement sentir.- La tribu des Ammers apporte du bois, mais en petite quantité; la distance à laquelle se trouvent les terrains boisés en rend l’exploitation lente et difficile. Les tribus environnantes fournissent de la paille, qui est exactement payée par l’administration militaire.

Le caractère du soldat n’est point altéré par ces contrariétés inévitables. Abondamment fourni de vivres , il semble se livrer au contraire à sa gaieté naturelle avec un élan plus vif; il se promène malgré la pluie, la couverture sur le dos, consul-

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tant du regard les nuages et le vent, se promettant un plus beau jour pour le lendemain , et charmant les ennuis de celui qui s’écoule par la danse et par les chansons.

Le mercredi 2 3 octobre , nous continuons de séjourner à Sétif.

La pluie a continué pendant la nuit; les augures de la veille, exposés aux railleries de leurs camarades, se prêtent volontiers aux plaisanteries dont ils sont l’objet. Le prince parcourt les bivouacs; il admire l’adresse ingénieuse du soldat

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