‹ Journal de la régenceChapitre 19 sur 32 · QUATRAIN · texte numérisé non relu

QUATRAIN

Villerov, ton exil met le comble à nos maux. Quand pour les soulager, je demande aux échos : Que plaindrons-nous le plus, l'Etat ou Villeroy? De leur mourante voix ils répondent : Le Roi.

— Le 9 de ce mois, madame la duchesse de Bouillon mourut en mettant une fille au monde. C'était la troisième femme que ce seigneur avait épousée étant duc d'Albret. Elle était fille de M. le marquis de Barbezieux, et se nommait mademoiselle de Gulant.

— On assurait alors que l'armée des Turcs s'était avancée du côté de la Sicile pour y tenter une descente, afin qu'étant maîtres de cette île ils pussent s'emparer plus facilement de celle de Malte, qui a toujours tiré ses vivres de la Sicile.

— M. le maréchal de Villeroy partit seulement le 16 de sa maison de Villeroy; et le 14 il avait écrit à M. le Ré^jent pour le prier d'ordonner que son valet de chambre, et son cuisinier qui avait coutume d'apprêter son potage, allassent le rejoindre, ce qui fut exécuté.

' La rédaction de ce fait-Paris, comme on dirait aujourd'hui, est, selon Marais, de Fontenelle, de l'Académie française.

— Le 17, madame la duchesse de Ventadom- eut ordre de se retirer à la maison de la Muette au bois de Boulogne.

— Le 16, M. l'évêque de Fréjus partit de Versailles pour se retirer à l'abbaye de la Trappe, sans en parler à personne, excepté à son valet de chambre qu'il avait chargé de deux lettres, l'une pour le Iloi et l'autre pour M. le Régent, avec ordre de ne les présenter qu'à certaine heure, afin d'avoir du chemin d'avance pour n'être pas atteint ni détourné de son dessein. On l'obhgea pourtant de revenir continuer ses fonctions.

— Le 15 , le Roi fit sa première communion en l'église paroissiale de Versailles, par les mains de M. le cardinal de Rohan , grand aumônier de France. Les coins de la nappe étaient tenus par M. le Régent et par M. le duc de Chartres.

— Le 13, M. le duc de Charost, l'un des quatre capitaines des gardes du corps , lut nommé gouverneur du Roi \ Sa Majesté fit d'abord quelque difficulté d'agréer ce seigneur, estimé d'ailleurs pour sa probité et pour sa piété , à cause du départ précipité du maréchal de Villeroy, Sa Majesté n'ayant pas même voulu manger le soir de son départ.

— La Banque fit afficher le dixième avis portant que les 31% 32*^ et 33" listes avaient été données aux notaires.

— Le 20 , les certificats de liquidation étaient montés à cinquante pour cent.

— On apprit alors que le mariage de mademoiselle de Beaujolais était conclu avec l'infant don Philippe, frère puîné du prince des Asturies , pour lequel mariage le sieur

^ Dans les provisions accordées au duc de Charost , et qui sont en effet du 13 août 1722, il est dit que « l'âge et les infirmités du niaréclial de Villeroy ne lui permettent plus de remplir les devoirs assidus et les fonctions importantes qu'exige la charge de gouverneur. »

Stocart, marchand de la rue Sairit-Honoré , devant les Pères de l'Oratoire, eut ordre de faire travailler à cent mille aunes de ruban.

— Le 22, M. le cardinal Dubois fut déclaré premier ministre, laquelle dignité devait lui rapporter deux cent mille livres par an.

Ce cardinal céda pour lors la surintendance des postes à M. Dubois, son frère, à qui il avait cédé avec peine, en 1720, la char(je de secrétaire du cabinet du Roi, dont ce cardinal jouissait depuis la mort de M. de Gaillières.

— Le 29, on publia un arrêt du Parlement qui condamnait trente-sept voleurs de la compagnie de Cartouche.

— Le 2 de septembre , on en publia un autre du même Parlement qui condamnait trente-trois de ses complices, les uns à être pendus, d'autres au fouet et à être flétris d'un fer chaud.

— Le l^*" de ce mois de septembre, le sieur Durieux, principal du collège du Plessis-Sorbonne, fut exclu de la société de Sorbonne, ainsi que M. de Francières, par deux lettres de cachet * .

— Le 5 , on enregistra au Parlement un édit du Roi portant création et rétablissement des officiers municipaux et autres, comme de gouverneurs, de lieutenants du Roi, et de majors des villes closes du rovaume, de maires, de

* Lettre à la Faculté de théologie^ qui exclut les sieurs du Rieu et de Francières de toutes assemblées, même de celles de Sorbonne.

u Chers et bien amés, n'ayant pas lieu d'être satisfait des sienrs du Rieu et de Francières, notre intention est qu'ils soient exclus de toutes vos assemblées générales et particulières, même de celles de la maison de Sorbonne, et privés de toutes les fonctions du doctorat. A cet cFfet, nous vous défendons de les y admettre et à eux de s'y présenter jusqu'à nouvel ordre, et à peine de désobéissance. Si n'y fûtes faute, car tel est notre plaisir. Donné à Versailles, le 30 août 1722. »

lieutenants de maires, d'assesseurs, d'échevins, de consuls, de capitouls, de jurats, de secrétaires, de ^oreffiers des hôtels de ville, de leurs contrôleurs anciens, alternatifs et triennaux; des offices d'avocats et de procureurs du Roi desdits hôtels de ville ; de syndics des paroisses et de p^reffiers des rôles des tailles et des autres infipositions ; d'archers, de hérauts, de hoquetons, de valets de ville, de tambours, de portiers, de concierges et d'autres offices de pareille nature.

— Le même jour, le Parlement enregistra une déclaration du Roi portant révocation de la survivance attribuée par l'édit de décembre 1709, et portant rétablissement de la paillette ou du droit annuel des offices et charges, à l'exception des officiers du Parlement, de la chambre des comptes et des autres cours supérieures, que le Roi exceptait du payement dudit droit annuel.

Par l'enregistrement de l'édit et de la déclaration ci-dessus, le Parlement déclara ne l'avoir fait que pour obéir aux ordres du Roi , réitérés par une lettre de jussion qui lui avait été j)Oitée le jour même de l'enregistrement, et à condition de faire au Roi , en tout temps et en toute occasion , des remontrances au sujet du rétablissement de tant d'offices si onéreux au public.

— Le 9, le Parlement condamna quatre-vingts complices de Cartouche.

— Le même jour, on pendit le nommé Jean Langlois, orfèvre, proche la rue des Boucheries au faubourg Saint- Germain , pour avoir acheté de l'argenterie volée par ces filous ; on en fustigea et en fleurdelisa plusieurs des deux sexes, qui furent aussi bannis.

— Le 10, on commença la vente de soixante et onze demi-queues d'eau-de-vie, saisies sur le sieur Carré, marchand de vins , par les maîtres et gardes de la communauté des marchands épiciers.

— Le 15, on publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu

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le 29 juillet, qui ordonna de faire une imposition à titre de supplément de capitation extraordinaire sur ceux oui avaient fait des fortunes considérables, à l'occasion du commerce du papier, depuis le P'" de juillcît 1719.

— Le 17 de ce mois, on publia un autre arrêt du conseil d'Etat, qui ordonnait aux particuliers de retirer leurs papiers qu'ils avaient déposés à la Banque dans le reste de ce mois, faute de quoi ils étaient déclarés de nulle valeur.

— Le 24, oa en publia un autre qui ordonnait : V Que les particuliers domiciliés à Paris, qui avaient représenté des effets et fourni leur déclaration au visa ^ pourraient, dans la quinzaine pour tout délai , retirer leurs déclarations avec ]es titres et les actes qu'ils avaient depuis rapportés aux sieurs commissaires de la liquidation pour justifier de l'origine desdits effets; lesquelles déclarations, titres et actes devaient être rendus aux notaires qui avaient signé les déclarations, sur les notes imprimées, portant reconnaissance que lesdits notaires devaient en donner aux chefs dépositaires du visa. 2° Que les particuliers porteurs d'effets, domiciliés dans les provinces, feraient la même chose, dans un mois aussi pour tout délai. Après lesquels délais lesdits effets ne pourraient plus être rendus , mais seraient mis au nombre de ceux qui devaient être brûlés et anéantis. On devait : P Commencer par brider les pièces du bureau de la correspondance , qui étaient les états fournis par les notaires du nombre d'extraits qu'ils avaient délivrés, avec les registres qui y avaient rapport, et ceux qui avaient servi à enregistrer les avertissements envoyés par les sieurs commissaires aux particuliers. 2" On devait aussi brûler les pièces du bureau du dépôt des extraits des actes des notaires, qui étaient lesdits extraits, les registres et les états. 3" Les pièces du bureau des dépouillements des extraits, qui étaient les registres des

remises et les états. 4" Les pièces du bureau du dictionnaire, T. II. 27

qui étaient les tomes de l'ancien et du nouveau dictionnaire , les bulletins de renvoi , les feuilles de dépouillement et les dépouillements des extraits des actes. 5^ Les registres du bureau des grands livres, qui étaient les tomes ou volumes des grands livres et répertoires d'iceux ; ceux des livres d'extraits , ceux des livres à colonnes , ceux des livres d'effets et de subdivision. 6° Les pièces du bureau des listes, qui étaient les registres de numéro et les états sur lesquels on avait formé les listes. 7^ Les pièces du bureau du dépôt, tant de la commission générale que des sieurs conseillers d'Etat, qui étaient les registres et les feuilles des décisions, les requêtes, mémoires et placets. 8^ On devait aussi brûler les pièces des bureaux des chefs dépositaires, qui étaient les registres de numéros tenus par les sieurs commissaires , les registres de numéros tenus par les premiers commis, les journaux, les bordereaux et les déclarations des particuliers , les mémoires et les états.

— Le 25 , le Roi badinant avec M. le comte de Gharolais sur le bord d'un bassin du parc de Versailles, le comte de Gharolais tomba dans l'eau, où il se serait noyé si un particulier ne se fût jeté dans le bassin pour le secourir; d'où l'ayant retiré, le comte de Gharolais lui donna douze louis d'or, et le Roi lui assigna une pension de cent cinquante livres par an.

— Le 16 octobre, le Roi vint de Versailles coucher à Paris.

— Le 17, Sa Majesté alla ouïr la messe en l'église de Notre-Dame, après laquelle il prit le chemin de Reims, accompagné de M. le duc d'Orléans, de M. le duc de Chartres, de M. le duc de Rourbon , de M. le comte de Gharolais, de M. le comte de Glermont, de M. le prince de Gonti, et de M. le duc de Gharost, son gouverneur, et alla coucher au château de Dammartin.

— Le 18 à Soissons, le 19 à Fismes, et le 20 à Reims.

— Le 17, on commença à brûler les papiers et les registres du visa^ dans une cage de fer de la forme d'un lit, de dix pieds de hauteur et de huit pieds de largeur, grillée de gros fils de fer de tous côtés , en haut et jusqu'à terre, afin que rien ne pût s'échapper du feu; au fond de laquelle cage on avait mis plusieurs grosses barres de fer, posées sur de grosses pierres de taille , pour mieux soutenir le poids de ces registres et résister à l'ardeur du feu. Cette cage était phicée au milieu de la cour de la Banque.

— On ne sera peut-être pas fâché de trouver en cet endroit l'extrait d'un mémoire touchant la sainte ampoule, qui se conserve à Reims depuis un grand nombre de siècles * .

Suivant ce mémoire, la sainte ampoule est un trèspetit vase de verre, qui renferme ce qui reste du saint chrême dont saint Rémi, archevêque de Reims, se servit pour baptiser le roi Glovis, premier du nom et premier roi chrétien, et dont on prend une partie avec une spatule d'or qu'on mêle sur une patène d'or avec du saint chrême ordinaire , pour faire l'onction à nos rois lors de leur sacre et de leur couronnement.

Cette ampoule est la même qui fut apportée miraculeusement à saint Rémi , par un ange en forme de colombe, au lieu du saint chrême qu'apportait un diacre, qui ne put passer à cause de la grande foule de personnes dont l'église était alors remplie , et qui y étaient accourues pour voir la cérémonie du baptême de ce monarque nouvellement converti. Lequel miracle est rapporté dans la préfiice qui se chante à la messe du jour de la fête de saint Rémi, et dans la vie du même saint, composée par Hincmar, archevêque de Reims, en l'année 850, c'est-à-dire plusieurs siècles après l'événement de ce miracle , qui est

' Ce Mémoire est de l'abbé de Yertot. Il a été recueilli dans les Mémoires de i' Académie des inscriptions et belles-lettres, où il se trouve au tome 11, p. 619.

approuvé par les savairts, v.n plus (jraiid nombre que de ceux qui le rejettent '.

' On lit en marge : a Une infirmité a empêché la suite jusqu'au mois de décembre. 5) Le sacre de Louis XV eut lieu le 25 octobre. Voici la liste des personnes qui y assistèrent :

PAIRS ECCLKSIASTIOUES,

M. Tarclievêque duc de Reims.

M. l'archevêque duc de Laon.

M. l'évèque duc de Langres, excusé pour cause de maladie et représenté par M. l'évèque de Châlons.

M. l'évèque comte de Beauvais.

M. l'évèque comte de Châlons, repi'éscnté par !M. l'évèque de Novon.

M. l'évèque comte de Noyon, représenté par M. l'ancieu évoque de Fréjus.

PAIRS L A ï Q l' E s .

M. le duc d'Orléans, Régent du royaume, représentant le duc de Bourgogne.

M. le duc de Chartres, représentant le duc de JNormandie. M. le duc de Rouiljon , représentant le duc d'Aquitaine. M. le comte de Charolais , rej>résentant le comte de Toulouse. M. le comte de Clermont, représentant le comte de Flandre. M. le prince de Conti, représentant le comte de Champagne.

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