IT22] JUIN
— Quelques jours après l'arrivée du Roi à Versailles, deux officiers se présentèrent pour entrer dans les appartements. Le sieur Pernau, huissier de la chambre, leur dit : « Messieiu's, on n'entre pas. » Ces officiers le traitèrent de (jfueux (în jurant, et se retirèrent. Peu après, on vint dire au sieur Pernau que deux de ses amis l'attendaient dans une hôtellerie. Il y alla, et comme il entrait dans la chambre , ces deux officiers vinrent à lui comme des furieux et le blessèrent de plusieurs coups d'épée au visag^e et ailleurs. Un trompette du Roi , qui était alors dans une chambre audessous, monta au bruit, mit l'épée à la main et empêcha les officiers de tuer le sieur Pernau, et les désarma, après avoir eu lui-même une main percée d'un coup d'épée.
M. le duc d'Orléans, informé de cet assassinat, ordonna de chercher ces deux officiers, qui s'étaient déjà sauvés, et protesta qu'ils seraient pendus à Versailles , sans avoir aucun égard à leur qualité ' .
— Le conseil du commerce fut alors supprimé et rétabli comme il était avant la Rég^ence, et fut composé de MM. Amelot, le Peletier Desforts, de Saint-Gontest et de Machault, conseillers d'Etat, Dodun , contrôleur général des finances, Bidé de Granville, maître des requêtes, et d'Argenson, lieutenant général de police; à ce conseil devaient être admis les syndics et députés des négociants de Paris et des autres villes du royaume.
— M. le cardinal Dubois fut à Glagny, où il proposa à M. le duc du Maine que s'il voulait donner sa démission de la charge de grand maître de l'artillerie, le Roi le rétablirait dans ses honneurs et prérogatives; sur quoi ce prince dit : « Je suis prêt à donner cette démission, pourvu que ces honneurs passent après ma mort à mes enfants. » Le
* Marais, Revue rétrospective, 2^ série, t. VIII, p. 207, appelle ces deux officiers Rotteville et Saint-Just; il ajoute que ce n'était pas à Pernau, mais à son frère, avec qui ils avaient eu une querelle à Paris, qu'ils en voulaient.
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cardinal lui répondit : « Mes pouvoirs sont bornés à la démission pure et simple. " Ainsi la chose demeura en cet état.
— Le 1"* de juillet, à cinq heures du matin, un complice de Cartouche fut roué vif, et deux autres furent pendus, après avoir fait passer la nuit aux juges à l'hôtel de ville, où ils dénoncèrent quantité de gens que les archers furent enlever dans leur lit pour les conduire en prison.
— Le jour précédent, on amena de Lyon deux charrettes pleines d'hommes et de femmes tous superbement vêtus.
— Il y avait alors plus de cinq cents personnes des deux sexes dans les prisons du Chàtelet et de la Conciergerie, complices du même Cartouche.
— Le même jour, on publia un arrêt du conseil d'État, qui ordonnait que les engagistes du domaine du Roi fissent faire les réparations nécessaires aux biens dont ils jouissaient par engagement.
— On en publia un autre qui portait que les rentiers de l'hôtel de ville recevraient les arrérages échus, à commencer du 1^'' juillet, après avoir justifié de la validité de leurs contrats, suivant la liquidation du visa.
— On en publia un autre qui ordonnait la perception des droits nouvellement rétablis sur les huiles , sur le savon, etc.
— Le 27 de juin, la cause intentée entre le prince et la princesse de Conti fut encore agitée à huis clos à la grand'chambre, et le Parlement prononça que la princesse resterait encore six mois dans le monastère de Port-Royal, au bout duquel temps il lui serait libre de retourner avec le prince son époux s'il le jugeait à propos; mais il ne prononça rien sur la séparation , comme devant être jugée par le Roi à sa majorité.
— On afficha à la Banque le huitième avis portant que les 24^, 25® et 26" Hstes étaient données aux notaires afin
que les porteurs d'eflets de la Banque? eussent à leur déposer les mêmes effets dans le 15 de ce mois.
— M. le duc du Plaine fut aussi sollicité de donner sa démission de la charge de colonel [jénéral des Suisses , en faveur de M. le duc de Chartres, quoique le feu Roi en eût accordé la survivance au prince de Dombes.
— Les sieurs Tiepolo et Foscarini, ambassadeurs de Venise, arrivèrent à Paris, et M. le comte de Ger^jy, nommé à l'ambassade de Venise, eut ordre de s'v rendre.
— On apprit alors que le grand maître de Malte, Espagnol de nation , y était mort ' .
— On continuait d'appliquer tous les jours à la question ordinaire et extraordinaire plusieurs complices de Cartouche et d'en exécuter toutes les semaines huit ou neuf sur la roue et sur la potence.
— On assurait qu'une femme qui était à la Conciergerie, avait déclaré aux juges qui l'interrogeaient que s'ils voulaient lui assurer la vie dans une prison perpétuelle, elle dénoncerait plus de six cents personnes de distinction qui avaient équipage et qui étaient des bourgeois considérables ; mais que si on lui refusait cette grâce, elle ne déclarerait rien , malgré toute la torture qu'on poiuTait lui faire subir.
— Le 4, on conduisit en prison une fdle qui logeait en la rue des Jardins, dans une chambre au quatrième étage; elle passait pour très-sage et pour ne voir personne dans sa chambre; elle allait même presque tous les jours se confesser au curé de Saint-Paul, et cepejidant il se trouva qu'elle était complice de Cartcuche et receleuse, et convaincue d'avoir prêté l'oreille aux coups de sifflet que les
* I^e grand maître de jMalte qui mourut en 1722 était Italien et se nommait Marc-Antoine Zondodari; c'était son prédécesseur, mort en 1720, qui était Espajjnol. 11 s'appelait Raymon Perellos de Roccafull. (Voyez Vertot, Histoire des chevaliers de Malte; Paris, 1778, 7 vol. in-12.)
voleurs faisaient la nuit pour signal dans la même rue , et d'avoir descendu par sa fenêtre un panier attaché à une corde , qu'elle retirait à elle après que les filous y avaient mis ce qu'ils avaient volé d'argenterie, et jusqu'à des calices, qu'elle portait ensuite dans son tablier chez des orfèvres ou autres particuliers, qui lui en donnaient en deniers comptants ce qu'ils jugeaient à propos, et dont elle rendait à ces filous ce qu'elle voulait.
— Le 14, on pendit à la Grève un jeune homme de vingt-deux ans, neveu du suisse de la Banque, qui était encore actuellement prisonnier.
On y roua vifs en même temps deux autres complices de Cartouche, dont l'un se nommait La Rivière.
— Le 18, on y pendit le nommé PéHssier, qu'on avait amené de Lyon à Paris dans son carrosse à six chevaux. On assurait que si les juges avaient voulu lui accorder la vie dans une prison perpétuelle , il aurait donné des assurances pour recevoir une somme de dix-huit cent mille livres qui était en dépôt dans les mains de gens dont il aurait donné connaissance , et qu'il aurait déclaré beaucoup de particularités. On assurait aussi qu'il avait huit cent mille livres à la Banque de Venise, et une autre somme considérable à Genève, ce qui fut perdu par sa mort. Il ne fut condamné qu'à être pendu, parce qu'il n'y avait pas de preuve qu'il eût assisté à aucun assassinat sur les grands chemins, ni qu'il en eût lait aucun en particulier. Il résidait seulement à Lyon pour découvrir les marchands ou autres personnes qui devaient en partir avec de l'argent, il en donnait aussitôt avis aux complices de Cartouche, pour les voler ^et assassiner sur la route de Paris ou d'ailleurs. Il avait pris le titre de marquis, avait un gros équipage, fréquentait les personnes les plus distinguées de Lyon, les régalait souvent avec magnificence, et jouait dans les meilleures compagnies. Il mourut sans avoir voulu rien déclarer et sans se confesser.
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— Le jeudi 23 de ce mois, une partie des clianoines de Notre-Dame étant arrivés à la clia[)elle de Saint-Thomas pour y chanter un ohit et y célébrer la messe , furent bien étonnés de la voir profanée d'une manière qui faisait horreur. On avait démonté la serrure de la porte, on la trouva à terre pleine d'ordures; on en avait barbouillé la porte, la table de l'autel, le tableau et le tapis qui couvrait l'autel. On trouva dans un coin de la chapelle Je crucifix de l'autei rompu et dans un tas de pareille ordure, et les chandeliers disparus. On trouva aussi dans la chapelle un billet qui disait que si on ne cessait bientôt de rompre et de pendre publiquement comme on faisait depuis quelque temps, on verrait aussi bientôt le feu aux quatre coins et au milieu de Paris.
— Le 23 , entre neuf et dix heures du soir, on surprit dans un cabaret, à ta Râpée, les trois scélérats qui, le matin du même joiu% avaient souillé la chapelle de Saint- Thomas de Gantorbéry en ré(>lise de Notre-Dame , lesquels faisaient alors actuellement rôtir un crucifix entre deux maquereaux sur un (;ril. On les mena au Ghàtelet et peu après à la Goncier(jerie. On assurait qu'on les avait trouvés comme immobiles, ayant les yeux en haut et la bouche ouverte sans pouvoir parler, et que le curé de Sainte-Marguerite étant survenu et leur ayant donné sa bénédiction , la parole leur était revenue, et ils avaient alors avoué avoir fait plusieurs profanations dans i'é^jlise de Sainte- Geneviève deNanterre, en celle de Saint-Etienne des Grès et en d'autres éghses.
— Le 24, à sept heures du soir, on pendit la nommée Jeanneton, qui vendait des bouquets de fleurs à la porte de l'Opéra et au bas du grand escalier du Palais-Royal, pour avoir été complice du vol qui se fit aux Gobelins en 1721, de plusieurs pièces d'écarlate et de drap bleu pour des sommes très-considérables. Le jour précédent, on l'avait conduite à la (Jrève, où étant arrivée, elle dit avoir
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beaucoup de choses à déclarer. On Ja fit monter à l'hôtel de ville, où elle resta toute la nuit et jusqu'au lendemain sept heures du soir, ])endant lequel temps elle accusa les nommés Liard frères, de la compa(>nie des Gent-Suisses de la garde du Roi, qui tenaient chacun un gros cabaret au Roule, un cabaretier de la rue des Petits- Ghamps, pour avoir acheté de l'écarlate pour se faire un manteau et une jupe à sa femme , le tout pour dix écus ou trente livres , le cabaretier du Ghef de Saint-Denis aux Porcherons, un cabaretier de la Grève nommé Duvau, un autre cabaretier, un chirurgien, et deux boulangères et quantité d'autres personnes, on disait au nombre de plus de cent cinquante, qu'elle avait accusées d'avoir acheté partie de ces étoffes et autres effets volés. G'était une belle fille, concubine du nommé La Rivière, rompu vif quelques jours auparavant \
— On pendit en même teujps le cabaretier de la Haute- Borne, chez qui Gartouche avait été surpris.
— On assurait que quelques-uns de ces scélérats avaient déclaré qu'ils avaient résohi entre eux de mettre bientôt le feu chez tous les épiciers et chez tous les vendeurs d'eaude-vie de la ville et des faubourgs de Paris.
— Le 24 de ce mois, quatre hommes à cheval sortant de Juvisy, qui est à quatre lieues de Paris, étonnés de voir un cheval extrêmement gros, quoiqu'on en eût vidé les entrailles qui étaient à côté et fraichement tirées, l'un d'eux ayant mis pied à terre fut curieux de découdre le ventre du cheval qu'on avait cousu, pour voir ce qui pouvait le rendre si gros quoique sans intestins. L'ayant décousu , il fut bien surpris et même effrayé d'y trouver un homme tout nu, percé de plusieurs coups de poignard, à qui cette ouverture donna lieu de respirer et de donner encore des signes de vie. Les trois autres cavaliers mirent pied à terre à ce triste spectacle. On retira le blessé, l'un
' Elle se nommait Marie-Anne Roger. (Voyez, sur la grande Jeanneton, la monographie de Cartouche, par M. A. Fouquier.)
lui donna une chemise, l'autre une veste, l'enveloppèrent d'un manteau et le portèrent au plus vite dans une hôtellerie de Juvisy, disant à l'hôte de leur donner une chambre et de faire bon feu pour un de leurs camarades qui se trouvait mal. Par la permission de Dieu, en entrant dans cette hôtellerie, le blesse reconnut les quatre voleurs, qui s'v trouvèrent par hasard , qui l'avaient réduit en cet état , et qui après avoir è(jorgé son cheval et après l'avoir poignarde lui-même et dépouillé, le croyant mort, l'avaient cousu dans le ventre de son cheval. Ces charitables Samaritains, là-dessus, firent aussitôt venir un chirurgien et la brigade de la maréchaussée pour panser le blessé et pour arrêter les quatre scélérats , qui se défendirent si vigoureusement que quelques archers furent tués et blessés; l'un d'eux fut aussi tué, les trois autres furent blessés et enfin pris et garrottés.
— On assurait que les forêts de Bondy , de Sénart et de Sentis étaient pleines de voleurs. Dans celle de Seul is on trouva, le 15 de ce mois, une femme grosse à qui ces malheureux avaient ouvert le ventre après l'avoir poignardée.
— Le 22 , la Banque fit afficher un nouvel avis portant que \es 27^, 28® et 29*" listes étaient données aux notaires.
— Le 24, on pendit sous les bras le frère du nommé Cartouche; il n'avait que treize ans et devait rester en prison jusqu'à ce qu'il fût en âge d'aller servir comme forçat toute sa vie sur les galères. Mais il se trouva mal à la potence au bout d'une demi-heure ; on l'en descendit et on le transporta à l'hôtel de ville, où il mourut peu après. On l'enterra à l'hôpital des Filles de Sainte-Catherine.
— Le troisième frère de Cartouche demeura en prison jusqu'à ce qu'il fût en âge plus avancé pour être pendu.
— On apprit alors que l'ile de Malte était investie par une grosse escadre de vaisseaux turcs, qui devaient bientôt être rejoints par ceux de Tunis, d'Alger et de Tripoli.
On assurait que cette nouvelle avait tellement étonné
le cardinal Dubois, qu'en se levant il avait culbuté la table qui était devant lui.
Cette nouvelle donna lieu à plusieurs raisonnements. On prétendait que cette entreprise s'était résolue lorsque l'ambassadeur du Grand Sei^jneur était à Paris, afin d'en(>ager l'Empereur à faire marcber des troupes dans le royaume de Naples pour défendre la Sicile qui est voisine de Malte, et que par ce moyen la Hongrie en étant plus dégarnie , les Turcs eussent lieu d'y faire des progrès, et que la guerre étant une fois engagée, M. le duc d'Orléans pourrait se rendre facilement maître du royaume de Naples et de Sicile, pour y établir M. le duc de Chartres et faire d'autres entreprises aux Pays-Bas.
— Le premier jour d'août, j)lusieurs jeunes seigneurs de la cour furent exilés; savoir : le duc de Montmorency, fils du duc de Luxembourg, le duc de Retz et le marquis d'Allincourt, tous deux fils du duc de Villeroy, le duc de Boufflers, le marquis de Villars, fils du maréchal de Villars, et le marquis de Rambure, qui fut mené à la Bastille comme le plus coupable. Ils étaient accusés de crimes infâmes commis entre eux dans le parc de Versailles sous les fenêtres de l'appartement du Roi ; ce qui fut d'abord aperçu par M. l'évéque de Fréjus, à qui cela fit horreur. Le Roi voulant savoir le sujet de la disgrâce de ces jeunes seigneurs qui l'accompagnaient toujours dans ses plaisirs innocents, et M. le maréchal de Villeroy lui disant que c'était pour des badineries de jeunes gens, le Roi lui répliqua : « Je veux le savoir. » On lui avoua la chose en des termes qui ne pouvaient choquer sa pudeur ^
— Le même jour, on congédia trois cents commis du visa.
* On dit au Roi qu'on exilait ces jeunes seigneurs parce qu'ils avaient arraché des palissades. (Voyez dans Marais, Revue rétrospective, 2« série, t. VIII, p. 220, 221 et 222, des détails plus crus et plus circonstanciés sur cette affaire.)
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— On assurait qu'on allait travailler pendant deux mois à une révision pour tâcher de découvrir les faux certificats de liquidation des effets visés.
— Le 6, le marquis de Saillans, neveu du capitaine aux (jardes, accompagné de deux valets de chambre, fit une gageure d'un million contre M. le duc de Bourbon , le marquis d'Entragues et plusieurs autres seigneurs intéressés de part et d'autre, de faire deux fois la course de Paris à Chantilly, qui en est à neuf lieues, et d'avoir fini la seconde conrse à midi, avec des chevaux en poste. Le marquis monta à cheval à la porte Saint-Denis, à six heures du matin , et à la seconde course il revint de Chantilly à la même porte Saint-Denis à onze heiues et demie, avec gain de cause et avec l'applaudissement des gagnants, qui l'attendaient sur un échafaud qu'ils avaient fait dresser sous cette porte, et sur lequel il y avait plusieurs seigneurs et plusieurs dames intéressés dans la gageure pour et contre. Le marquis avait gagné un quart d'heure par course; il avait trouvé des relais de chevaux prêts de distance en distance, malgré la pluie qui tomba depuis sept heures du matin jusqu'à trois heures après midi sans discontinuer'.
— Le 10, sur les quatre heures après midi, M. le maréchal de Villeroy étant dans sa chaise à porteurs, fut arrêté et obligé de monter dans un carrosse de M. le cardinal Dubois, dans lequel on le mena coucher à Villeroy, au-dessus d'Essonne, sur le chemin de Fontainebleau, accompagné de M. Dulibois ^, gentilhomme de la chambre du Roi , et le lendemain on lui fit prendre la route de Lyon, dont il avait le gouvernement, où il était exilé jusqu'à nouvel ordre. On n'en disait pas le sujet. Tous les habitants de Versailles en furent consternés, ne sachant quelle
' Selon Barbier, le pari était de vingt mille livres; de douze mille seulement, selon Marais.
— Dartagnan, selon Barbier; Marais défigure légèrement le nom de ce gentilliomme, il l'appelle Dalibois.
suite devait avoir cette affaire, qui s'était passée pondant que le Roi était dans le parc à la chasse.
On prétendait que c'était pour avoir tenu quelques discours au désavantage de M. le duc d'Orléans, qui étant entré le matin du même jour dans la chambre du Iloi, dit qu'il était temps d'instruire Sa Majesté de l'état de son royaume; sur quoi, M. le duc de Bouibon (^t M. l'évéque de Fréjus se retirèrent afin que M. le duc d'Orléans put le faire librement. M. le maréchal de Villeroy, comme gouverneur de la personne du Roi , s'approcha en disant qu'il avait droit d'assister à ces conférences, ce qui obligea M. le Régent de se lever et de se retirer sans faire éclater son indignation contre le maréchal, pour n'avoir pas suivi l'exemple de M. le duc de Bourbon et de M. l'évéque de Fréjus, Son Altesse Royale n'ayant pas voulu perdre le respect du au Roi; mais l'après-dînée, M. le Régent fit expédier l'ordre qui fit exiler ce maréchal.
Voici d'autres raisons touchant l'éloignement de ce maréchal, rapportées dans une lettre-circulaire : « L'autorité royale n'est comptable qu'à Dieu de ses desseins et de l'exécution de ses projets. Cependant les Rois et les dépositaires de leur puissance veulent bien quelquefois par bonté manifester les raisons qui les font agir. Il est de certaines circonstances où la sagesse les sollicite de renoncer à leurs droits pour confondre les malintentionnés et pour ne pas scandaliser les faibles; telle est la conjoncture présente.
» M. le maréchal de Villeroy, gouverneur de Sa Majesté, vient de recevoir un ordre d'aller à son gouvernement (de Lyon). Il serait triste qu'à l'occasion de cet éloignement le public pût soupçonner le zèle et la fidélité de ce maréchal pour (le Roi) son maître. Il faut rendre justice à la droiture de ses intentions; mais en même temps le gouverneur présumait trop de la dignité de son emploi ; il affectait un air d'indépendance que l'autorité souveraine et que
ceux qui en sont les dépositaires ne doivent pas tolérer. Ses prétentions ne convenaient ni à Sa Majesté, ni à l'honneur des princes du san^. Il voulait, pour ainsi dire, s'élever un trône particulier pour opposer à la réfjence, comme si l'autorité royale pouvait être divisée. Sans toutes ces indiscrétions qui n'attaquent point la probité du maréchal, nous aurions encore la satisfiiction de le voir auprès du Roi. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas dans les places importantes. Il faut savoir mesurer ses démarches et se soumettre à l'esprit d'un (gouvernement qui ne se propose que la (jloire du Roi et le bonheur de ses sujets ' . »