‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · ToME II. Cinquième Partie* H · texte numérisé non relu

ToME II. Cinquième Partie* H

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** tercéder pour d'autres." M. de Saint-Maurice n*en dut pas moins déguerpir au plus vite: son crime était d'avoir été de la société des amis des noirs, et d'être poursuivi, au milieu de nous, avec acharnement, par un gentilhomme Franc-Comtois, qui dénonçait M. de Saint-Maurice poiur lui avoir fait brûler des châteaux. Or, peu de jours après, il se découvrit que le clabaudeur n*avait pas de château, qu'il n'était pas Franc-Comtois, qu'il n'était point gentilhomme ; ce n'était qu'un aventurier. ** M. de Cazalès, qui avait rempli la France et FEurope de l'éclat de son éloquence et de soïi courage dans l'Assemblée nationale, avait néan • *• moins perdu la faveur populaire à Coblentz. . " Quand il se présenta de Paris, le bruit courut, ** parmi nous, que les Princes ne le recevraient pas, ou le recevraient mal. Nous nous réunîmes 80 Langudociens, pour lui servir d'escorte, en dépit de lui-même. M. de Cazalès était l'honneur de notre province ; nous le conduisîmes ** ainsi chez les Princes» et il en fut bien reçu.

^^ Un député du tiers état, qui s'était fort dis- *' tingué, à la Constituante, par son royalisme, était " au milieu de nous. Un de nos Princes, s'adressant un jour à lui, dans la foule, lui dit : ^^ Mais, un tel, expliquez moi donc, vous qui êtes si *^ honnête homme, comment avez-vous pu dans le ** temps, prêter le serment du jeu de paume ?" Le député, interloqué de l'algarade, balbutia d'abord qu'il avait été pris à court . . . , qu'il ne de-

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vÎDaît pas les conséquences funestes • . . . Puis, se remettant aussitôt en selle, il répliqua avec vivacité : " Du reste, j'observerai à Monseigneur " que ce n'est pas ce qui a perdu la Monarchie ^* Française ; mais bien la réunion dç la noblesse, " qui est venue nous joindre, sur une lettre très- " touchante, de Monseigneur^ — Hola ! dit le prince, en le frappant doucement sur le ventre, appaisez-vou^, mon cher, je n'ai pas voulu vpus ** fècher par cette question/'

^^ Toutefois, avec le temps, on régularisa, tant '* bien que mal, quelque chose ; nous fûmes classés *\ par corps et par provinces ; on nous assigna des ** cantonnemens, on nous donna des armes ; les gardes*du-corps du Roi furent réunis, habillés, équipés, soldés, et bientôt ils présentèrent une troupe superbe, par sa tenue et sa régularité. La coalition d'Auvergne et le corps de la marine, " partie à pied et partie à cheval, se firent spéciale- " ment remarquer par leur discipline, leur instruc- •^ tibn et leur fraternité. Et l'on ne saurait trop admirer notre dévouement et notre abnégation : chaque officier ne fut plus, qu'un simple soldat, tenu à des pratiques, à des fatigues fort étrangères à ses mœurs, et soumis aux plus grandes privations, car il n'y avait point de solde, et beaucoup, dans le nombre, n'eurent bientôt plus d'autres ressources que la cotisation de leurs camarades plus heureux. Nous méritions un meilleur résultat, ou pour mieux dire, nous étions

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" dignes d'une meilleure entreprise. On avait ** soigneusement réuni tous les officiers des mêmes " régimens, pour qu'il présentassent le cadre tout ^< formé à leurs soldats, qui ne manqueraient pas, " pensions-nous, d'arriver à eux dès qu'ils les aper- " cevraient : tel était notre aveuglement ! C'est ^^ par un pareil motif qu'on avait réuni de même '* les gentilshommes par province, ne doutant pas ^' de leui^ heureuse influence sur l'ensemble de la population : notre maladie était de nous croire toujours désirés, attendus, adorés.

" Tous ces rassemblemens s'exerçaient et ma- ** nœuvraient publiquement, bien qu'aux interpella- " tions diplomatiques, à cet égard, il fût répondu " hardiment qu'il n'en était rien, ou qu'on ne manquerait pas de l'empêcher. Nous avions des généraux indiqués, un état-major formé, et tout " ce qui caractérise un quartier-général, jusqu'à " un grand prévôt. Insensiblement nos Princes *^ s'étaient environnés de tout ce qui constitue un véritable gouvernement: ils avaient des ministres pour lés affaires du moment; ils en avaient même pour la France, lorsque nous y serions rentrés ; " tant ce moment nous semblait infaillible et " prochain.

" M. de Lavilleurnois, dont il a été tant question " depuis dans une conspiration royale, et qui a *' été mourir à Sinnamary,. à la suite de Fructidor, " avait le ministère de la police. Il partit de " bonne heure pour aller l'exercer clandestine-

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" ment à Paris. Il m'avait pris en belle affection, ** et voulait absolument faire de moi son gendre. " Il employa de vives instances pour que je le " suivisse ; mais je m'y refusai : la nature de son " ministère me répugnait. Autrement quelles " différentes combinaisons dans mes destinées !

^* Nous avions aussi des rapports directs avec ** presque toutes les Cours. Les princes y avaient " des envoyés, et en recevaient à Coblentz. M^f " le Comte d'Artois fut à Vienne, je crois; mais " bien certainement à Pilnitz. La noblesse, en ** corps, écrivait à Catherine, dont nous reçûmes " un ambassadeur, M. de Romansoff. Cette Im- ** pératrice voyait avec plaisir se former un orage " dans le midi de l'Europe ; elle attisait volontiers " un incendie qui pouvait, lui devenir très-favor- " able, sans qu'il lui en coûtât rien; aussi se mon- " trait-elle chaude dans ses sentimens et passionnée dans ses promesses. Elle ne désespérait pas, dans cette circonstance, de rendre dupe Gustave III. dont la voisine activité lui était importune ; elle *^ Tavait décidé, dit-on, à la croisade, en le flattant "de s'en voir le généralissime. Je ne sais ci ce " prince, de beaucoup d'esprit et de talent, et " bien certainement un aigle pour son temps, s'en *^ laissait imposer. Ce qu'il a de vrai, c'est qu'il se montrait fort ardent pour notre cause, et qu'il annonçait le désir d'y combattre en personne. Quand il partit d'Aix-la-Chapelle, pour aller px€9idre en Suède les dernières mesures à cet

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•' égard, je Tai entendu, prenant congé de la " Princesse Lamballe, lui dire: 'Vous me reverrez "bientôt; mais encore suîs-je tenu, pour mon " compte, à certaines démarches, à certains ména-

gemens; car mon rôle est des plus délicats. Sa*

chez que moi, qui veux revenir combattre à la " tête de vos aristocrates chez vous, je suis chez

moî le premier démocrate dû pays, etc. etc.** Nous recevions même des envoyés de Louis ** XVI. qui présentaient des messages publics •* réprobateurs, et avaient des conférences confî- «• dentielles, peut-être tout à fait différentes. Du

moins agissions-nous comme s'il en avait été

ainsi, déclarant hautement qu'il était captif, et •• que nous ne devions tenir nul compte d'aucun " de ses ordres ; que nous devions prendre le

contre-pied de tout ce qu'on lui faisait dire;

que s'il nous exhortait à lâ paix, c'est qu'il nous ^^ demandait la guerre. Aussi je pense que nous

avons été bien funestes au repos de l'infortuné

monarque, et que noiis avons notre part spéciale *< dans le pardoti qu'il a Cotisacré dans son testa- " ment en faveur de ses amis, qui, par un zèle in- " discret, dit-il, lui ont fait tant de mal.

** Cependant notre émigration se prololigeaît, " en dépit de toutes Ifes promesses que l'on nous " faisait, et de toutes les espérances dont nous '* nous bercions ; car de quelles illusions, de quels •^ contes, de quelles absurdités li'abusait-on pas ^* nptre impatience, soit qu'on VoUMt prévenir

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lS16ï] DE L'£MP£REUR NAPOLEON. 103

^' notre découragement, soit qu'on &*abusât soi- '^ même? On s'est amusé à calculer^ d'après nos ^^ lettres et nos gazettes, que nous avions fait mar-» cher près de 2 millions d*hommes en moins de 18 mois, sans qu'il ait pourtant rien paru à nos *^ yeux. ^Mais, nous disaient en grande confidence " les hauts initiés, c'est que ces troupes ne mar- ^^ chent que la nuit pour mieux surprendre nps, ^^ démocrates, oti qu'elles ne passent de jour que. ^^ par pelotons et sans uniformes,' ou autre chosa " de même force. D'un autre côté, c'était une ^^ foule de lettres, que Ton se montrait les una '^ aiix autres, de tous les pays et des meilleures sources, en style énigmatique, que l'on croyait bien n'être intelligible que pour nous seuls. On ^' mandait à l'un que 50 mille cristaux de Bohème " venaient d'être expédiés pour son pays ; l'autre. *^ était prévenu de l'envoi très-prochain de 10 *^ mille porcelaines de Saxe; on annonçait à un " troisième 25 mille balles de cacao, et autres bê- ^' tises de la sorte.

Comment se peut-il, me dis-je, à présent, que les gens d'esprit, car il y en avait certainement beaucoup dans le nombre, que d'anciens minis^ '*tres qui nous avaient gouvernés, que d'autres " qui étaient destinés à le devenir, pussent donnet *^ dans de pareilles balivernes, ou que notre gros " bon ^ens, dans la multitude, ne nous ait pas " portés à leur rire au nez ? Mais non, nous n'en ** demeurions pas moins convaincps que nous tou-

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" chions au terme de nos espérances ; que ce mo- " ment approchait, qu'il était infaillible que nous "n'aurions qu'à nous montrer, que nous étions " vivement désirés, que tout serait à nos pieds. *

Ici l'Empereur, qui m'avait souvent interrompu pour rire et goguenarder, m'a dit, foW sérieusement : " Combien votre tableau doit être fidèle ; " car je reconnais là une foule des vôtres ! Vrai- " ment, mon cher, soit dit sans vous insulter, la "jactance, la crédulité, l'inconséquence, la sottise " même, l'on pourrait dire en dépit de tout leur ^ esprit, semblent être spécialement leur lot. " Quand parfois, voulant m'amuser, je me suis " laissé aller avec eux à lâcher les rênes et à encourager la confiance, j'ai entendu, moi, aux Tuileries, sous le Consulat et l'Empire, l'égal " de tout ce que vous me dites là : nul ne dou- " tait jamais de rien ; l'amour des Français pour " leurs rois avait passé tout entier à ma personne, " me disait-on ; je pouvais désormais faire tout ce "qui me plairait, j'en devais user, je ne rencon- " trerais jamais d'autres obstacles qu'une poignée " d'incorrigibles maudits de tous. Cette contre- " révolution, tant redoutée, m'observait un autre, " n'avait été qu'un jeu d'enfant pour moi ; elle "n'avait pas fait un pli dans mes mains. Et " croira-t-on ceci ! il n'y manquait, me disait-il " avec insinuation, que de substituer l'ancienne " couleur blanche, à celles qui nous avaient fait " tant de torts en tous lieux. Llmbécille ! c'était-

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^* là la seule souillure qu'il nous trouvât désormais. J'en riais de pitié, bien que j'eusse de la peine à me contenir ; mais pour lui, il était de la meilleure foi du monde, bien persuadé iqu'il était dans mon sens, et bien plus encore que l'universalité pensait comme lui *. Mais continuez ?"

* Il est sûr que c'est le propre des hommes de s'abuser sur le sentiment qu'on leur porte. A Coblentz, où nous jetions tant d'argent, où une jeunesse aimable et brillante, bien plus à craindre sans doute par l'excès que par le manque de son éducation, remplissait toutes les maisons, et parcourait toutes les familles: il était naturel de croire que nous devions y être aimés ; aussi nous croyions-nous adorés. Eh bien, lors de ma. déportation au Cap de Bonne-Espérance, un hazard bien singulier m'ayant placé sous la garde précisément d'un habitant de Coblentz, qui avait assisté aux instans brillans de notre émigration, j'eus un grand plaisir d'en reparler avec lui. Nous ne pouvions désormais, à cet égard, avoir de secrets l'un pour l'autre, 25 ans s'étaient écoulés ; eh bien ! il me disait : << Vous '' n'étiez pas précisément haïs ; mais le véritable amour était " pour vos^ adversaires ; car leur cause était la nôtre. La li- '^berté s'était glissée parmi nous, précisément au travers de <<vous autres; là, au milieu de vous, sous vos yeux mêmes, <<,nous avions formé des clubs 3 et Dieu sait si nous y riions " à vos dépens, etc* etc." Et plus d'une fois il lui était arrivé, me disait-il, mêlé à la foule qui faisait entendre des acclamations sur notre passage, de crier, avec bon nombre de ses camarades : " Vivent les Princes Français, et qu'ils boivent un peu dans le <<Rhin. Vous parlez de l'accueil que nous vous faisions," ajoutait-il ; << mais c'est celui fait à Custine qu'il eût fallu voir ! ^^Là, vous auriez pu juger de nos vrais sentimens: nous '< courûmes au-devant de lui ; nous couronnâmes ses soldats ; ** grand nombre d'entre nous s'enrôlèrent, et plusieurs en sont '< devenus généraux ; pour moi j'y ai manqué ma fortune» " etc. etc."

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^^L'apparition du Duc de Brunswick à Coblèntz, ** et l'arrivée du Roi de Prusse à la tête ^de ses troupes, furent un grand sujet de joie et d'espérance pour loute l'émigration. Le ciel s'ouvrait ^^ enfin devant nous, s'écrait-on, nous allions donc ^^ rentrer dans la terre promise. Toutefois les " gens de jugement et d'expérience prononcèrent, *' dès le premier abord, que notre crise aurait ^' l'issue de toutes celles qui lui ressemblent dans *' l'histoire ; que nous ne serions que des instru- '^ mens ou des prétextes pour les étrangers, qui " ne cherchaient que leur intérêt, et ne nous por* '* taient aucun sentin^ent.

" M. de Cazalès, que peu de temps avait formé " beaucoup, nous l'exprima avec bien de l'énergie. ^^ Nous considérions en extase les Prussiens qui ** défilaient dans les rues de Coblentz pour gagner " nos frontières. ^ Jeunesse insensée, nous dit-il, vous admirez avec sympathie cette troupe et tout son attirail; vous vous réjouissez de sa ^^ marche ; frémissez-^en plutôt ! Pour moi je " voudrais voir le dernier de ces soldats dans le *• Rhin. Malheur à qui appelle l'étranger dans " son pays! O mes amis! continua-t-il avec çha- *'leur, la noblesse Française n'y survivra pas: elle " aura la douleur d'expirer loin de son berceau. " Je suis plus coupable, qu'un autre, je le vois, et •* je fais comme tout le monde ; mais c'est parce " que je ne peux rien empêcher. Je le répète, *^ malheur à qui s'adresse à l'étranger, et s'en fip à "lui! '

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''Quel oracle de ^ sagesse que ces dernières pa- " rôles! Bientôt des faits eussent dû nous en con- ^^ vaincre, si nous eussions eu moins d'aveugle- " ment, ou s'il était donné à une multitude de '^ bien raisonner et de bien agir ; mais nous étions ** destinés, par nos misères mêmes, à enrichir This- " toire d'une des leçons les plus dignes de la mé- ^' ditation des hommes. Nous pouvions bien nous " compter 20 ou 25 mille en armes : certes, raie <^ telle masse, ardente, dévouée, combattant pour ses propres intérêts ; d'intelligence avec les élémens sympathiques du dedans ; agissant contre ^' une nation bouleversée^ dans l'agitation confuse ^^ de nouveaux droits, non encore consacrés^ pas ^^mème bien compris, pouvait porter des coups ^^ décisifs. Mais ce n'était pas notre force, ïios <^ succès, leur promptitude, qui eussent fait le compte des étrangers ? Aussi, sous le prétexte de cette influence même, et pour qu'elle s'exerçât, disaient-ils, sur plusieurs points à la fois, ^^ ils nous annuUèrenc en nous morcelant, et nous faisant pour ainsi dire prisonniers au milieu de leurs divers corps d'armées. Ainsi, 6 mille d'entre " nous, sous les ordres du Prince de Coridé, fu- " rent dirigés contre l'Alsace ; 4 mille, sous le Duc ^^ de Bouibon, durent agir en Flandre, et 12 à " 15 mille demeurèrent au centre, sous les deux *^ frères du Roi, pour attaquer la Champagne. '

** Le plan, les vœux de nos Princes avaient été ^^ que Monsieur, comme héritier du trône et le

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108 MON SÉJOUR AUPRÈS [Août

suppléant naturel de Louis XVL se proclamât

vu la captivité du Roi, régent du royaume, en

^' mettant le pied sur le territoire Français ; qu'il

** marchât, avec ses émigrés, en tête de l'expédi-

^* tion, et que les alliés, à sa suite, ne fussent que

^^ nos auxiliaires. Mais les alliés ne firent qu'en

rire, ils nous reléguèrent à leur queue, sous les

ordres et le bon plaisir du généralissime Bruns-

'^ wick, qui nous fit précéder par. le plus absurde

'^ des manifestes, dont il nous sauva du moins le

" ridicule et l'odieux.

Il est juste de dire toutefois, que parmi nous, quelques vieilles têtes, mieux avisées, n'avaient ^' pas été sans prévoyance à cet égard ; aussi " avaient-elles proposé, dans le conseil des princes, " disait-on, de se jeter, avant l'arrivée des alliés, sur quelque point de la France, et d'^y nourrir, pour notre compte, la guerre civile. D'autres, ^^ plus désespérés ou plus ardens, conseillaient de '^ se saisir . noblement des États de l'Électeur de " Trêves, notre bienfaiteur ; d'occuper Coblentz " et sa forteresse, et d'en faire, pour tous les mé- " contens Français, un centre de ralliement, un '* point d'appui indépendant du corps Germanî- • * que ; et quand nous nous récriions contre une *^ telle perfidie et une telle ingratitude, ils nous *' répondaient : Aux grands maux, les grands " remèâes. On ne sait ce qu'eussent pu produire *' de pareilles résolutions, qui étaient, ^u demeu- '^ rant, bien plus dans l'audace de nos jours^ que

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•* dans les mœurs d'alors. Aussi ne furent-elles pas suivies ; et d*ailleurs il était trop tard, nous

étions trop engagés au milieu des étrangers; *^ nous leur appartenions déjà, et nos destinées de- •* vaient s'accomplir ! . . .

'^ Quant à la multitude, nous étions loin de '* prévoir nos malheurs. Nous nous mimes en *^ marche avec allégresse. Il n'était pas un de ** nous qui ne se vît, à quinze jours de là, chez '' lui, triomphant au milieu de ses vassaux soumis, " humiliés, accrus. Notre confiance n*eût permis " là*dessus aucune observation, aucun doute ; j'en ** vais donner une preuve, qui, poiu m'être per- ** sonnelie et fort minutieuse en elle-même, n*en ** sera pas moins caractéristique pour tous. Nous ** traversions la ville de Trêves ; un de mes **' grands-oncles, lors de la guerre de la succes- " sion, en avait été gouverneur, pour Louis XIV^ ** durant la conquête. Je fus visiter sa sépulture ; ^^ elle se trouvait dans une chapelle des chartreux •* de cette ville. La chaleur de mon âge, celle *' du moment, me portèrent à vouloir lui élever un

petit monument, avec une superbe inscription,

analogue aux circonstances. Je ne doutais de " rien. Il n'en fut pas ainsi des bons religieux :

le prieur voulut que je m'entendisse avec M,

TAbbé, espèce d'évêque, et d'évêque Allemand.

Sa sagesse, sa tiédeur, en dépit de ses nombreux * ** quartiers, lorsque je lui débitais mon projet che- ** valeresque, me prévinrent d'abord fortement

et

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