‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 36 sur 43 · PREMIÈRE LETTRE DU COMTE DE LAS CASES AU GÉNÉRAL COMTE BERTRAND · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE DU COMTE DE LAS CASES AU GÉNÉRAL COMTE BERTRAND

*' Je viens vous consacrer le premier instant qui m'appartient. Voilà d^à plus d'un an que je suis loin de Longwood^ et dqmiB

* On a cru devoir joindre ici les lettres suivant^ du -Comte de Las Cases ^ I<> parce qu'elles se trouvent mentionnées dans l|i iettre précédente du Cpmte Bertrand» et qu'elles servent à^c^ compléter le sens et Tintelligence ; ^ parce qu'elles font ^cootnattre la candeur et la bonne fol qui présidaient à cette coires* pondance avec Iioogwood -, 3o enfin, parce qu'elles mettent à n^ème d'apprécier dignement l'aûsertion étrange du Sieur Goal* bum« qui recevant ces lettres et y répondant avec politesse, n'a pas ciaint néanmoins d'affirmer dans la chambre des commune», en une certaine occasiçn, que les expressions de leur, auteur ,^ préaentaient toujours, enveloppées d'une double inteiprétatiQu. Comment l'homme de bonne foi, a qui oat étéadn^sséeal^ \efffe» ci-dessa^„qui a reçu et jiojt ayo^ h) .ma Jlettjçe à Lopd

BathUXBtfiUrtOUt^pept-ll J9ie41£imfittre de dire que Iftft ftYpr<>flj^mnft

4% yifm.9^fl^m^ ^ présentent toujpui^ finYek)|p|iées 4'un!& 4$i{iMiï v^l^^fgféts^mï i Ceislie^, M. Gaiilbprn doit être dj^ile ^niMt de sens explicite et pronomicé^ ou bien, .il n'eptendpas le Fmnçiia^ Mais a«t*il lu ? ; a-t>il. mal lu ? , a-t-il voulu mal lire, et> sen^blable à j^ord BathuL^t, joe. s'exprimeraitMl pas,, ainsi q^e son. noble patron, dans ses fameuses délégations, iQuJUord HoUaiwli à9g»

lais.] i>B l'bmpereur napoléon. 259

ce temps, que de peines, de chiigrins, et de travers de toutes espèces ! ! ! Je laisse aux papiers publies à vous en instruire. J*écarteraî de mesf lettres toute parole, tout sujet <)ui pourrait aerrir de prétexte à vous en priver. Je veux feMîiliter de tout mon pouvoir le seid but que je me propose, celui de Cadre arriver jusqu'à vous les preuves d'une scfficitude qui va fiùre l'objet du reste de ma vie, J*ai trop présents la consolation et le bonheur dont m'étident auprès de vous autres, quelques souvenirs d'Europe, pour ne pas me vouer entièrement à vous procurer cette espèce de consolation ; 6, mes chers compagnons, qui remplissez à jamais mes pensées de chaque jour et de tous les momens ! Je vous écris donc au premier instant où je me trouve libéré de aurveiUaoce personnelle ; et tous les mou r^ulièrement à pareil jeur^ su moinaîe vous donnerai une semblable marque de mes soîna îaeesians. Des obstacles étrangers pourront les empêcher peut-être d'arriver jusqu'à vous -, mais de ma part, la mort fieule pourra m'y faire manquer ; et j'invoque ici, au nom de tous les seatimens, ceux qui, chargés de la censure de mes lettres, croiraient j trouver des motifs de les intercepter. Je les supplie de me faire connaître, afin de me donner l'occasion dé les éviter, les déviations involontaires de ma part qu'ib croiraient condamiiaUes. Ija morale publique ne saurait interdire lé besoin et la consolation des sentimens domestiques. Or, ce sont eux uniquement que je chercherai à satisfaire auprès de vous. ^ *

'* Je viens de recevoir en Autriche l'asile que j'avais demandé dès que je me suis vu inquiété dans ma liberté. Je me rendrai à lintz-aitdt que ma santé, qui est déplorable, me permettra de pouvoir supporter la foute. Les maux de tète que j'ai pris au €àp,'ne fbttt qu^accrôître et demeurent fort ûiqmétans. Je vais

la bbambie des pairs, non d'après ce qui est, oiais seulement ce qui led est avuitageux ? C'est le besoin surtout de mettre chacun Il mètùe* de juger du mérite des assertions du sieur Goulburn» qui a aitieBé la communication de ces lettres. La n^tigence» l'abandcMi qu'on y remarque démontrent assez combien peu elles étaient d^tinées à devenir puUîques.

260 MON séjOUR AUPRES [Allttée,

&ire usage des libres communications qui me sont permises désormais^ pour obtenir des informations précises sur toutes les personnes qui peuvent vous être chères. Aujourd'hui je ne puis vous envoyer que ce que j*al i*ecueilli indi^rectement.

'' Ma femme qui, par le plus grand des bonheurs, éprouvait le refus de venfa* à Sainte-Hélène, précisément au moment où j*en sortais moi-même, et qui est venue me joindre sur k^ grands chemins, où j'étais colporté comme un ballot, retourne à Paris, chercher mes autres enfims. Elle me mettra à même de vous donner quelques détails dans ma première lettre, touchant ▼dtre femille, celles de Montholon et de Goui^ud.

'^ J*ai pu m'assurer que S. M. Marie-Louise se portait ti^bien à 1\irme, que son fils h. Schœnbrunn y est resplendissant de santé et de beauté. La Comtesse de Surviltiers est retenue ici par une santé très-chancelante ; elle reçoit de temps k autie des nouvelles de son mari, qui est bien en Amérique. Ses deux, filles sont à merveille. L*a!née est une resemblance frappante de Tauguste chef de la famille. La Princesse Borgbèse, Madame-Mère, le Prince de Canino, le Cardinal Fesch, le Piince Louis, sont à Rome, et en bonne santé ; le reste de la famille, la Princesse Elisa, le Comte de Monfort, et la Princesse Murât, sont dans difiérentés parties de TAutriche. J*espère avec le temps pouvoir vous transmettre des détails pins directs et plus positif. J*éprouve le plus vif regret de n'avoir pu débarquer et me fixer en Angleterre. Je suis privé d'exécuter immédiatement moimême la recherche et Tenvoi de tout ce que j'imaginerais propre à porter quelques légères distractions sur votre afift^ux rocher. Cest un devoir religieux que j'ai sollicité auprès des Ministres Britanniques, et que je solliciterai chaque jour de nouveau, llfa constance ne désespérera jamais de les toucher sur ce point. Toutefois, quelque éloigné que je sois, je ne manquerai pas de remplir cet objet sacré à l'aide de quelque intermédiaire. Seulement vous recevrez plus tard et moins complets les résultats de mes eâbrts et de mes soins.

*' Soignez tous votre santé ; vivez pour la consolation, la ten-

1818*] DE l'BMB£HBUR NAPOLÉON. 26l

dresse^ le bonheur, et les vœux de oeus qui vous admirent et vQus aiment.

** J*ai reçu, en touchant à Douvre, une lettre de vous, du 92 Juillet, et une de Sir H. Lowe, du 29. Elles m'apprennent que vous avez reçu le peu de choses que j*avais adressées du Cap à Longwood, ce que je n*avais pas compris jusque là^ que vous avez reçu le titre éventuel que vous m'aviez remis et que je voua ai renvoyé, concernant l'argent que j'avais osé déposer aux pieds de l'Empereur, en partant, et que j'avais été assez heu« reux pour voir accepter, Sir H. Lowe m'apprend que tous lès . billets que je vous avais laissés à ce sujet, ont été n^ociés. J'espëre qu'on y aura fait strictement honneur. Je ne sais en* oore où j'en suis moi-même. Je n'ai pas eu jusqu'ici la possibi* lité d'écrire une ligne à mon agent de Londres, ni d'en recevoir auciuie.

** Je regrette bien de n*avoir point en mon pouvoir et à ma disposition, la relation des campagnes d'Italie. Cette époque éloignée, déjà étrangère à la politique de nos jours, a désormais tout le mérite de l'histoire. £Ue est vivement désirée. La science et les contemporains la réclament. Je m'estimerais heureux qu'elle f&t livrée & ma discrétion } et dans le cas où vous m'obtiendriez cette faveur, je vais pourvoir au moyen d'en profiter sans retard, en demandant dès cet instant à Londres, quelles seraient les formalités qu'on imposerait ici et Bt bas pour que ce manuscrit pût me parvenir. Je prierai qu*on veuille bien transinettre aussi la réponse qui me sera faite, à Sir H. Lowe, aiin que vous puissiez juger de votre côté si ce que l'on prescrirait vous semblerait convenable.

*' A votre tour, mon cher Général, écrivez-moi par toutes les occasions ; mandez-moi toutes les commissions qui 'vous viendront à l'esprit, sérieuses et frivoles, aisées ou diffîcilesi, n'importe. Dites-vous bien, répétez-vous sans cesse, que je ne vis que potir voua tous, et en vous tous. Mon corps seul a quitté votre rocher. Le Comte de Las Càsss.**

â6S MON SÉJOUR AUPRES [AnAée,

LETTRE DU COMTE DE LAS CASES A M. GOULBURN^ SOUS-SECRETAIRE D*ÉTAT, EN LUI ADRESSANT LA PRÉCÉDENTE.

" Monsieur, •' Francfort, 26 Jmnvier> 1818. .

" J^apprends de ma femme Vextrême bonté a?ec laquelle vous avez bien touIu, eh différentes circonstances, lui transmettra au nom de Lord Bathurst, à Paris, des nouvelles de moi et de oioa fils. ' Veuillez bien en recevoir mes remercimens et ma reconnaissance.

** Oserais-je (si, comme je le comprends, vous vous trouvez sous Lord Bathurst, à la tète de la direction des afiairea de Sainte-Hélëne) implorer de vous la foveur de me dirigmr sur certains points relatils à la correspondance avec cet endroit.

'* Oserais-je vousr solliciter, au nom de tous les sentimens qui peuvent habiter dans un cœur humain et sensible, de seconder, d'accord avec vos propres r^lemens, mes religieuses intention» de chercher à porter quelque consolation et quelque adoucissement aux douleurs qu*on y éprouve.

'' QBerais-je vous prier de m*obtenir de Lord fiathuxst, de savoir 8*11 me sera permis de faire parvenir à Longwood les livres^ brochures, papiers publics, et autres objets que je croirais y pou. voir, être agréables ; dans le cas de l'affirmative, vous priant. Monsieur, de vouloir bien désigner vous même la ^personne de. confiance que vous voudriez, pour en faire la recherche et Tachât à Londres, ne me réservant que d*en payer le montant à vos ordres.

'' Oserais-je vous prier, si, dans les lettres ouvertes que je vous adresserai pour Sainte-Hélëne, vous y aperceviez la moindre phrase douteuse qui put vous inquiéter^ de i*efiac«: vous-même de mon consentement, pour ne pas en gêner Texpédition^ et avoir la bonté de m*en prévenir, pour que je ne retombasse pas dans le même inconvénient.

** Vous pourrez lire^ Monsieur, dans la lettre que j*ai Fhonneur de vous envoyer aujourd'hmi pour Longwood, que j*y âds

la demandé d'un manuscrit (les Campagnes d* Italie) étranger à la politique du temps, maid précieux pourThUtoire et I^ iscicuice. Dans le cas ok Y on voudrait bieame le confier de Longwood, pourrais-je obtenir de vous que vous voulussiez bien m^en faciliter le prompt envoi, en prescrivant dès cet instant à Sir H. Loive, les Ibnaialkéa qu'il y aurait à remplir de part e| d'autre pour qtt^il 'pùt;me parvenir.

** Je sais, 'Monsieur, qu'au milieu de tous vos embarras, ce jq«ie j.*ose vous deman^kr peut multiplier vos sc^oa. . Toutefois, jeûner déKspèiv pas de les obtenir par la sainteté dêB,iaoti& qui me portent à vous les demander. Je vous eu aurai la.pU^s .vive er^ia plnsBinçére reconnaissance. C'est dans l'intention de me vendre le nu^s importun possible, et de simplifier d'autant l'objet de mes desin^ que j'ai cru poinroir m'adresser directement à voijm. Monsieur, an lieu de m'adresser à Lord Batbuist; ce en qMoî j'ose espérer que je.n'ai rien fieût d'inconvenable ; ce serait fort innocemment et tout à fait contre mon gré.

'' J'ai l'hoaneurd'è^^. Monsieur, etc.

Le Comte de Las Casi^s.**

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