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DE M. MIERTSCHING. 39
va porter de cabine en cabine. Sans ces boulets, nous péririons, je crois, et de froid et d'humidité. — Pour passer le temps, officiers et matelots tricotent et font de petits ouvrages qui ne demandent que peu de lumière.
30 novembre. — 330 R. Je fus hier à la chasse ; je Luai un lièvre, deux poules de neige et un renne. Les poules et le lièvre ont été de suite mis à part pour nos malades. — Voici comment nous devons manger nos pois cet hiver. Concassés au marteau , on les moud dans un vieux moulin à café. Avec un mélange d’eau on en fait une pâte qu’on cuit ensuite dans une serviette à la facon des puddings. On nous les sert ainsi, sans la moindre parcelle de graisse. Ce n’est pas suceulent, sans doute, mais enfin e’est quelque chose qui se mange. De tout ce qu’on met sur table, le quartier-maitre fait des portions aussi égales que possible, mais pour qu'aucun ne se plaigne d'être lésé, on tire ensuite ces portions au sort. — Nous avons treize malades, presque tous atteints du scorbut.
G décembre 1852. — En poursuivant hier un lièvre blessé que je me réjouissais d'apporter à nos malades, je suis tombé dans une profonde crevasse dont j'ai eu bien de la peine à me tirer. Jen suis quitte pour un pied foulé. Adieu la chasse pour longtemps !
15 décembre. — Grâce à Dieu, me voilà sur mes jambes plus tôt que je ne l’eusse espéré. J'ai tué ce matin un lièvre et un renne mâle avec un fort beau bois. À force de les avoir eu gelés, la peau de mon visage et celle de mes mains sont devenues d’une extrême délicatesse. J'ai peine à tenir mon fusil. Deux ou trois des matelots qui me sont les plus affectionnés m’accompagnent volontiers ; ils portent mon arme et quand j'abats un renne, se partagent entre eux le sang et les mousses
et lichens contenus dans le premier estomac. L'animal, du reste, est scrupuleusement apporté au quartier-maitre. — Sauf nos deux fous, il n’y a personne sur lAnvestigateur qui ne se ré-
jouisse de l’approche de Noël. Ce jour-là on fera un bon repas. Hélas ! pauvres nous !
25 décembre, — Noël est-il bien aujourd’hui pour moi la joyeuse fête chrétienne ? Pourquoi ne le serait-il pas? Le sujet de joie est-il donc si petit qu’il ne puisse déborder par-dessus nos tristesses passagères? O mon Sauveur, sois béni !
Le culte à commencé la Journée. À midi on a servi le repas bien impatiemment attendu. Les matelots avaient orné le pont de banderolles avec des vers et des peintures primitives représentant les divers événements de notre voyage. Chaque tablée possédait un respectable plumpudding. Puis le quartier-maitre, à l’insu de tout le monde, avait, pour ce jour-là, gardé une forte pièce de bœuf musqué qui à été saluée par d’unanimes acclamations. Les malades ont eu quelques mets délicats; l’entrepont a été éclairé tout le jour, vive jouissance appréciée par chacun.
31 décembre, — Hier, je suis tombé sur un petit troupeau de rennes, et j’ai eu le bonheur d’en tuer trois pesant ensemble 267 livres. — Voici le dernier Jour de l’année, d’une année bien difficile. Dieu soit béni de la protection dont Il nous a entourés et moi lout spécialement ! Ma santé est assez bonne. Et n'est-ce pas une immense bénédiction qu’Il se soit servi de mot pour toucher le cœur de mes Compagnons d’exil, en sorte que plusieurs s’oceupent des choses invisibles, veillent sur leur cœur, recherchent le service de Dieu et montrent par leur conduite qu'ils aspirent à une patrie meilleure? Mon Dieu ! continue à bénir mes efforts! Tu es fidèle Je le sais. Je ne Lai jamais cherché de tout mon cœur sans t'avoir rencontré, et les moments passés auprès de toi m’ont toujours laissé l'âme heureuse, en paix. [l m'est doux de penser que je suis entouré, fortifié par les prières de mes amis d'Europe. Ah! si le découragement voulait me reprendre, que je me demande bien vite :
« Est-ce par ma propre volonté ou par celle du Père céleste que je suis iei ? »
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