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1er janvier 1853.— Nous commençons l'année avec #2° de froid. La glace nouvelle est épaisse de quatre p eds quatre pouces.— Voici le plan du capitaine : Au premier printemps une expédition, dont je ferai partie, quittera le navire et, se dirigeant vers le sud-ouest, tâchera d'atteindre le fleuve Mackensie ; nous le remonterions jusqu’au fort de Bonne-Espérance qui appartient à la compagnie de la Baie d'Hudson. Avec son aide nous arriverions en Angleterre, où nous provoquerions l’envoi d'un navire pour le printemps 185%, si toutefois l’Anvestigateur n’a pu, durant l'été de cette année-ci, opérer son passage en tra versant là mer qui nous sépare du détroit de Barrow. À vues humaines, il me semble impossible que, faibles comme nous sommes, nous puissions accomplir un tel voyage par des contrées désertes et glacées. Mais je ne veux pas envisager les choses à vues humaines.
Le scorbut fait des progrès. Un matelot à perdu toutes ses dents, l’une après l’autre, et ses jambes commencent à devenir noires.
Au {er janvier 1852 nous nous étions tous pesés sur la ons recommencé la même
grande romaine, aujourd'hui nous av 35 livres de
cérémonie; chaque homme a perdu, en moyenne,
son poids.
11 janvie:. — Je n’ai pas souvenir d’avoir encore eu si froid. Le thermomètre marque #0°. Les ressorts des fusils et des serrures sautent l’un après l’autre. — Les rennes, selon leur instinct dans les grands froids, quittent l'intérieur du pays et s’approchent du rivage. Nous en avons tué quatre ces jours derniers. C’est un précieux supplément, mais nous sommes 76 pour le partager. La peau même de ces animaux, bouillie longtemps, coupée en lanières et salée, devient un aliment.
25 janvier. — Mes maux de dents ont recommencé ; j'ai parfois bien abattu. — Nos deux aliénés ne
la fièvre; je suis tentissent d’une manière effrayante
sont pas mieux. Leurs eris re
dans le silence de notre longue uit. — Hier un mate tant à demi gelé s’est laissé choir dans l'escalier pont. Son bras s’est cassé comme du verre, Capitaine porte lourdement le poids de tant lui soit en aide et à nous tous !
31 janvier, —
lot rende l’entre- — Le pauvre de détresses. Dieu
449 R. La semaine dernière le temps n’a pas permis de chasser; aussi quand, ce matin, on a annoncé que du gros gibier s'était montré du côté de l’est, chacun s’est précipité dans cette direction. Moi, j'ai { routier. Je me suis dit : « Ils vont cffrayer le gibier; alions-nousen tranquillement du côté de l’ouest. » J'ai en eflet tué rennes, pesant ensemble 170 livres.
22 février 1853. — Le soleil à reparu, mais C’est pour éclairer une triste position. Nos hommes sont ré blesse extrême ; les moins invalides des traineaux le sable du rivage, el
ait comme un vieux
deux
duits à une fais’emploient à charger sur à l’étendre de manière à former une large route dans la direction de la haute mer. Une surface sombre facilitant la fusion de la glace, on espère, par R, hâter la libération de notre Investigateur. On y trav plus de persévérance que de foi, et l’on se prend à hocher mélancoliquement la tête en mesurant de l’œil cette longue route grise. — Notre ferblantier est malade; c’e place. Je suis OCCupé à confectionner un gamelles.
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st moi qui le remgrand nombre de
28 février. — On commence à augmenter
un peu la nourriture de ceux qui devront avec moi
entreprendre, dans six semaines, le long voyage vers le fleuve Mackensie. Un regard sur nous, notre maigreur, notre faiblesse :
; Un regard sur ces centaines de milles qu’il nous faudra faire par la neige et la
glce attelés aux trainçaux chargés... Ah! il y aurait de quoi désespérer. Dieu nous donne de diriger sans cesse un
autre regard vers cette main qui nous à déjà tant de fois délivrés !
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3 mars 1853. — Aujourd’hui le capitaine a fait connaitre son pian à tout l'équipage réuni : « La provision de vivres ne pouvant durer tout au plus que jusqu’en novembre, il est mdis-
ensable, si l’on ne doit recevoir de secours qu'au printemps de 185%, de décharger le vaisseau d’un certain nombre de bouches. En conséquence, quatre officiers et vingt-six matelots, dont les noms sont désignés, se rendront au port Léopold , à l'extrémité du détroit de Lancaster (environ 500 milles de distance). Là ils doivent trouver un dépôt de vivres , vêtements, combustible, laissé en 1848, et ils ont bonne chance de retour par quelque baleinier.
« L'expédition de huit personnes pour le fleuve Mackensie se rendra, par le détroit du Prince de Galles, dans l’île de la Princesse royale, où l'Anvestigaleur même à laissé en 1850 un dépôt considérable avee un bateau. Là nous attendrons que la débâcle des glaces nous permette d'atteindre por eau la terre de Wollaston et le fleuve Mackensie.
«Le reste de l'équipage, y compris le capitaine, demeureront sur le navire qu'il désire ardemment ramener. Si, en 1854,
aucun secours n’est venu, et que le passage continue à être
fermé, ils prendront eux-mêmes la direction du port Léopold.
« Pendant un mois avant le départ, chacun des voyageurs recevra ration entière. »
Cette communication du capitaine, écoutée dans un religieux silence, a jeté un grand trouble dans les esprits. Ceux qui partent, cfirayés du long voyage, envient ceux qui restent. Ceux-ci les jalousent à leur tour. Grâce à Dieu, il y en a quelques-uns pourtant qui acceptent paisiblement leur lot, ne doutant pas que ce ne soit sa main qui le leur dispense, et se confiant en son amour.
3 mars. — Les forces reviennent rapidement avec l’augmentation de nourriture. Les restants écrivent à leurs amis d'Angleterre. Ces lettres arriveront-elles jamais? — Les trai-
neaux devant être tirés à bras d'hommes, il importe de les charger le moins possible. Nous n’emporterons donc que le strict nécessaire. Chacun de nous fait un ballot de tout ce qui lui appartient et le remet, contre reçu, au Capitaine, Si, les uns et les autres, nous atteignons l'Angleterre, c’est là que ces choses nous seront rendues. Ce n’est pas sans un soupir que j'ai reufermé là-dedans mon journal de voyage. Il m'a coûté de m'en séparer plus que de toute autre chose.
T avril 1853. — Cette après-diner je me promenais avec le capitaine, et nous causions mélancoliquement de notre séparation. « Si vous revoyez l'Angleterre, me dit-il en me tendant affectueusement la main, et que là vous n’entendiez plus parler du capitaine Mac Clure et de son monde, vous pourrez vous représenter que son corps git quelque part, enveloppé dans la bonne fourrure que vous voulez bien me laisser... Mais soyez sûr en même temps que, jusqu’au dernier moment, mon Sauveur aura été mon unique espoir, et que je serai mort dans la ferme croyance qu’à sa voix divine, un jour ce pauvre corps sortira du tombeau. »
À peine M. Mac Clure achevait-il ces paroles, qu'un matelot s’approchant lui fit remarquer un point sombre qu'on voyait au loin se mouvoir sur la glace de la haute mer, probablement quelque bœuf musqué. Le point noir s’avançait, grossissait. [l ne nous semblait plus que ce fût un bœuf; que pouvait-ce être? Comme nous examinions de tous nos yeux, accourt un second matelot qui s’écrie: « Des hommes, des hommes ! Un homme seul, d’abord, et puis un traineau plein d'hommes ! »
Nous nous regardämes, M. Mac Clure et moi, sans dire un mot et nous acheminämes pressant le pas. Je sentais le courage renaitre en moi.
« Le chemin qu’ont fait ces Esquimaux pour venir jusqu’ici, me disais-je, nous pouvons le faire aussi bien qu'eux, avec
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eux ! » Le succès de notre périlleux voyage ne me semblait plus impossible. Puis 1 y avait 21 mois que nous n'avions vu d’autres hommes que nous, et, plus qu'aucun de mes compagnons, je me faisais une fête de serrer la main à ceux-ci. Des Esquimaux sont toujours un pet pour moi des compatriotes.
Plus nous avancions, plus le cœur me battait. Tout à coup, le personnage le plus rapproché, et dont nous pouvions déjà distinguer le noir visage, nous erie nettement en bon anglais : « Je suis le lieutenant Pim, du vaisseau le Résolu, capitaine Kellet.….» Quelle nouvelle ! la joie, le ravissement, m'ôtaient presque les sens. Ce n’était pas un rêve : Dieu avait eu pit'é de nous; nous étions sauvés |
Et nous de courir vers cet homme et de lui prendre les deux mains tout tremblants d'émotion. Nous voulions parler, témoigner notre joie, notre reconnaissance ; le cœur était si plein qu'il n’en pouvait rien sortir. Alors le noir étranger nous mit au fait en quelques mots : c'était bien un Anglais, le lieutenant Pim. Il devait ce teint à la lampe allumée chaque nuit dans leur tente.
Et nos compagnons, quand la nouvelle leur arriva ! Plus d’angoisses ! Tous les maux semblaient à leur terme. Nous touchions aux côtes d'Angleterre ! Guéris pour une heure, les
salades sautèrent à bas de leur couche et se trouvèrent réunis sur le pont. C'était une surprise, une allégresse, un bourdonnement de bonheur. Jamais, peut-être, situation ne fut en un clin d'œil plus complétement changée. Cette scène ne sortira as de ma mémoire. Je m'arrête, je sens que mes paroles ne sauraient absolument pas la décrire.
Chacun était suspendu aux lèvres de Pim ; des actions de grâces montaient vers le ciel. Tous les cœurs étaient en haut.
Les hommes de Pim arrivèrent avec le traîneau; re fut une nouvelle agitation, un nouvel échange de bienvenue, de salu-
tations fraternelles.
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