IL À ÉTÉ TIRÉ À
Quatre exemplaires sur papier
Cinq exemplaires sur papier de
4 8$.A40/ E Par LAFFON-LABEDAT | es Président du Conseil des Anciens.
Lorsque la Convention, après ses quatre années de dictature, se résigna à une apparente abdication,
c'était sous la pression d’une opinion qui réclamait
des élections nouvelles, sous le poids de limpopularité dont elle se sentait chargée, dans l'impossibilité de continuer ce régime despotique où elle se mettait au-dessus de toutes les lois sous prétexte qu’elle les faisait.
Cette Convention avait été élue sous la pression électorale la plus caractérisée qu’on ait sans doute rencontrée jamais, car il est rare que des factieux puissent s’emparer de la totalité des fonds secrets destinés à soutenir une grande guerre, et qu’ils soient
assez dénués de préjugés pour annoncer une grande
conspiration, enfermer sous ce prétexte les gens qui leur sont suspects et les massacrer. D'ordinaire, on s’en tient à supposer la conspiration ; parfois, on incarcère ; on va rarement jusqu'à massacrer. Si
lon juge, par l'effet obtenu sans tuer personne, de
celui qu'on n'a pu manquer d'obtenir quelques milliers d'individus, surtout en masse, on. ne doutera point de Pefficacité du système poussé | logiquement à ses conséquences ; Marat, qui n’était point si fou, obtint ainsi des élections presque salisfaisantes. Sans doute, point uniformément, car, Si sa circulaire avait produit leffet qu'il en espérait en quelques villes autour de Paris, ailleurs, on avait trouvé le procédé sommaire et on ne lPavait pas suivi. De là des faiblesses qu'il déclara regrettables. Il est vrai que, par la suite, on sut mettre au pas” ceux qui n'étaient point. sensibles aux arguments de la faction. Dès que, par la peur — et quelle! — on eut obtenu une majorité — combien discutable! =" pour condamner le roi à mort, la bataille s engagea Fe entre la majorité qui s'était ressaisie et la minorité qui, en faisant constamment appel à Léon opprima d’abord ses adversaires, puis, éprouvant des résistances, les Supprima par une insurrection de la plèbe, les proserivit, les tua ou les. emprisonna. Ainsi se rendit-elle la maîtresse des lois. De Paris, elle rayonna aux provinces, presque toutes insuroées contre elle. Elle en eut raison pour des motifs divers : le premier que, nulle part, les parlemen-. taires proscrits ne se trouvèrent capables de diriger. is la résistance ; que, républicains, ils s'adressèrent pour commander leurs gardes nationales à des royalistes, lesquels voulurent tourner au profit de leur cause une imsurrection qui cessa d’être légitime dès qu ‘elle cessa F ètre nAhones Ge fut R P cos ”
l'étranger tr ee Pins engagés que qui que ce ae à vaincre, s'ils ne voulaient périr, ils devinrent par
1à même les instigateurs de la défense, Pour cela, les patriotes se rallièrent à eux ; ils ne regardèrent point si leurs mains étaient souillées de boue et de sang : elles tenaient le drapeau ; ils ne virent que lui.
Les patriotes firent donc crédit aux factieux ; ils se battirent pour eux ; ils vainquirent pour eux. Ils tolérèrent que la plus insupportable tyrannie s’étendit sur la France entière, pourvu que le gouvernement révolutionnaire leur fournît du pain, de la poudre et du plomb ; pourvu que, contre les rois coalisés, 1l leur procurât les outils pour vaincre. Ils lui furent reconnaissants d’avoir suscité toutes les: forces vives de la nation, d’avoir écrasé toutes les résistances, et, fût-ce par la Terreur, d’avoir imprimé une (elle activité à la défense qu'elle dût triompher. Dans cette crise que la France traversa, là est lélément essentiel : n’en point tenir compte, c’est méconnaître à la fois ce qui en fait la grandeur et ce qui explique la soumission : sur le territoire entier, sur toutes les armées même, s’appesantit, sans que la * nation ni les soldats se révoltassent, la plus hideuse et la plus basse tyrannie. Mais cette tyrannie, pour ceux qui la supportaient, c'était la France délivrée et victorieuse. Avec ces mots : Patrie en danger, Salut public, Sûreté générale, tout devint licite à ceux qui détenaient le suprème pouvoir et tout presque fut justifié pour ceux qui mettaient au-dessus de tout le salut de la nation. Mais d'expédient elle s’érigea en sys- tème. Quiconque était déclaré suspect de conspirer avec l’étranger se trouvant proscrit el condamné, imaginer des conspirations devint le ressort principal du gouvernement et lhabituel moyen pour les factieux d’écarter des rivaux gênants, et de supprimer quiconque leur faisait ombrage. On ne se contenta même pas avec les conspirations utiles, on en
à JOURNAL DE MA DÉPORTATION
imagina d’oiseuses. Une sorte de vertige emportait. On tua pour tuer : l’assassin s’acharne ainsi sur sa victime morte et la troue à coups de couteau. Comme la pauvreté, l’ignorance et la crapule valaient un cerüficat de civisme, qu’il suffisait d’être sans-culotte pour être patriote, que tout sans-culotte recevait une part : du gouvernement : ce qui était le plus bas et le plus vil devint maître de la fortune, de la liberté et de la vie des citoyens. Les Comités dé Surveillance révolutionnaires furent patentés fournisseurs de l’échafaud. L’envie et la haine de ce qui était supérieur avaient. été, au début de la Révolution, entre les mobiles … principaux du Tiers état. Par jalousie de la Noblesse qui les primait, les bourgeois et les bourgeoises avaient prétendu non pas détruire les privilèges, abolis le 4 Août par une partie de la Noblesse même, mais abattre et persécuter les individus. Contre les bourgeois, les sans-culottes firent comme Les bour= geois contre les nobles. Ils y mirent moins de formes … et s’exprimeèrent en moins belle langue, mais la haine et l’envie étaient pareilles et les mesures se ressemblèrent. D'ailleurs, si les sans-culottes procuraient du gibier aux prisons, c’étaient encore des bourgeois qui ordonnaient les tueries. " La faction avait vécu de fausses conspirations ; ce. fut une vraie conspiration qui la renversa ; comment La et pourquoi? Parce que la faction était devenue. menaçante pour ceux-là mêmes qui, en ayant fait | partie, en ayant approuvé tous les actes, en ay ant. De 2 provoqué les pires mesures, avaient, dans les dépars ; tements où ils avaient été envoyés en mission, pris. une autorité qui, tournée en habitude, les rendait, moins souples’ et plus capables de révolte. Ayant, dans ces missions, acquis des biens, contracté des liaisons, commis des crimes dont on voulait leur …
demander compte, 1ls se coalisèrent contre celui qui, à présent, par tout ce système de conspirations découvertes, par ce jeu d’universelle dénonciation, s’était établi le maître. Les Français, et les Parisiens en particulier, s'étaient jusque-là prosternés devant ce fétiche de la légalité qu’on présentait à leurs adorations. Il suffisait que, sur un papier, se trouvât imprimé le mot Loi, que des titres y fussent énoncés et des cachets apposés, pour que chacun obéît sans résistance. Le pouvoir des mots était immense, et dès que c'était la Loi, on n'allait point regarder si elle avait été rendue, sous le regard d’une vingtaine de meneurs, par une centaine au plus de malheureux qui n'osaient pas même fuir. Quelles que fussent les mains qui en disposaient, la Loi restait la Loi : cette divinité obscure qui, depuis 1790, planait sur la France. La Nation étant une entité qui ne se manifestait point, le Roi ayant disparu, la Loi seule régnait : peu importait qu'elle fût mobile et contradictoire. On n'exige point des fétiches qu'ils aient de la suite dans les idées.
Disposer de la Loi, de la Convention qui fait la Loi, de l’imprimerie du Louvre qui imprime la Loi, des Sceaux qui authentiquent la Loi, c’est presque assez pour être obér. Et si les faiseurs de la Loi prononcent contre leurs adversaires la phrase fatidique, d'autant plus efficace qu’elle est moins claire : le Aors la Loi! quelque chose comme l’excommunication majeure, il s'élève une sorte d'horreur sacrée contre les proscrils. |
Les conjurés prirent possession de la Loi et ils osèrent prononcer le Aors la Loi. Les gardes nationaux qui, depuis plus d’un an, n'avaient point été convoqués et dont les bataillons du centre étaient, depuis le 10 août, quasi proscrits en masse, dont
les bataillons mêmes des faubourgs se sentarent suspects, dont les bataillons de la banlieue mwaspiraient qu'à abattre la faction, s’assemblèrent. Les plus : imides s’éenhardirent devant ce mot de Loi, Les plus factieux s’inchinèrent devant lui. Ils trouvèrent un. chef presque militaire, que la Convention avait nommé, etils marchèrent. Derrière la garde nationale, Paris, «les citoyens », les inconnus, la masse des bourgeois et des ouvriers ; foule anonyme qu'assemble l'espoir si longtemps vain d’une délivrance. Il suffit que le mouvement se soit prononcé ; il suffit. que la faction ait laissé échapper l'offensive, qu’elle soit réduite à se défendre, qu'après des alternatives qui, de cette journée du 9 ther midor, font le a étonnant des drames, elle ait dû se renrhé Piel “au oîte, elle est perdue. Comme une houle déferlant sur la place de Grève, la foule s’amasse ets a que par sa présence, elle détermine l'effondrement | de cette tyrannie, dont la délation fut le moyen de : gouverner, dont la légalité fut le ressort essentiel, à une légalité telle que “des robinet peuvent seuls comprendre, où, pourvu que la forme légale soit observée, pourvu qu'un texte puisse être invoqué, tout crime devient loisible et toute atrocité consacrée. )
En mettant en mouvement cette masse don 7 s'étaient servis pour se sauver eux-mêmes, les nouveaux conspirateurs n'avaient eu nul autre dessein que d'assurer sur le moment leur triomphe. Ils comptaient, une fois l’Incorruptible abattu, prendre sa place et gouverner l'empire par les mêmes moyens dont ils avaient gouverné les départements, ni meik leurs ni pires que ceux dont se servait la faction = » les mêmes. Mais la poussée fut irrésistible. Puis- 2 qu'ils avaient accusé les autres d'être tyrans, ils …
* Le LT 2 CE L. 0
À i \durent bien prendre le contre-pied de leurs actes,
entre-bâiller quelques prisons, rappeler un, certain nombre de députés proscrits, admettre des suppléants qui, jusque-là, s'étaient terrés ; des voix s'élevèrent alors, aceusatrices des anciens Comités de gouvernement : il fallut les écouter ; elles étaient de celles qu'on n’étoulle point. Puis, la faction remuait encore, et, pour achever de l’abattre, quel autre moyen que de faire appel encore à la masse, on peut dire conservatrice, à son avant-garde, à ces jeunes gens qui, s'étant soustraits à la réquisition ou s’étant échappés des armées, s'étaient donné pour excuse qu'ils combattaient les terroristes ? Une réaction se prononça quremporta jusqu'aux opinions, girondines, jusqu’à un gouvernement où les survivants de la Gironde étaient presque en majorité, qui menaça d'entraîner bien plus loin, jusqu'à la royauté consttutionnelle, .peut-être à la contre-Révolution.
Pour avoir voulu échapper à la tyrannie de la faction, les conventionnels subsistants ne se souciaient
point de perdre d’un coup tous les avantages que leur
avait procurés le pouvoir, et ils se rendaient compte qu’au train dont allait la réaction, ce n’était point leur œuvre seulement qui périrait, mais eux-mêmes. Par l'exécution de Louis XVI, ils s'étaient rendus solidaires, autant que par l’abohtion de [a royauté et
par toutes les mesures auxquelles tous, même les
prétendus modérés, avaient participé jusqu’au 31 mai 1793. Ce qui restait de dantonistes avaient été bien plus avant, et, dans le groupe des représentants en mission, presque tous montagnards,/on en eût trouvé beaucoup qui, par leurs actes personnels, s'étaient rendus plus criminels que les pires de la faction. Pour eux tous, il s'agissait de leurs têtes et leurs biens, et ils n'avaient d'autre moyen pour en