‹ Journal de ma vie, mémoires (volume 2)Chapitre 7 sur 38 · LETTRES INÉDITES ET AUTOGRAPHES · texte numérisé non relu

LETTRES INÉDITES ET AUTOGRAPHES

Dans son Répertoire (Bibl. Nat. Fonds Lat. 14225), le maréchal de Bassorapierre a conservé un certain nombre de lettres, copiées de sa main, dont quelques-unes se rapportent à des faits racontés dans ses mémoires. Ces dernières sont reproduites ici, avec renvoi au texte.

(Voir p. 166.)

« Monsieur, je me devrois contenter des fréquentes importunités que vous recevés de ma nièce de Beuvron sur le sujet de mes malheureuses affaires sans y adjouster encores celle de mes lettres; mais la nécessité ou je suis de remédier a mes dettes (quy sont depuis les quattre années de ma prison sy excessivement augmentées qu'elles me menassent d'une certaine ruine) me force de recourir a vous pour suplier très humblement Sa Majesté de ma part de me vouUoir continuer la mesme grâce que sa bonté m'avoit desja accordée l'esté passé, de remettre ma charge de colonel gênerai des Suisses entre les mains de quelque personnage quy luy soit agréable, capable d'y servir dignement, et de m'en donner aussy une honneste recompence, n'ayant autre moyen que celuy la de me garantir de mes créanciers. Je l'ay exercée vint et un an avesque honneur et gloire; le roy m'a souvent tesmoygné d'en estre satisfait, et les Suisses ne m'ont pas seulement rendu une entière obéissance, mais aussy des très grandes preuves de leur affection, laquelle m'obligeroit (s'il m'ettoit permis de donner conseil a Sa Majesté) de confier cette charge entre les mains de quelque proche parent

de M' le cardinal, non seulement parce qu'il est important qu'elle soit possédée par une personne seure et affidée, mais aussy pour la satisfaction personnelle des Suisses , quy croyront lors estre puissemment assistés et protégés de l'autorité de M' le cardinal. J'adjoute que cette considération faciliteroit extrêmement une puissante levée de Suisses sy Sa Majesté en avoit un jour besoin. Ce n'est point flaterie ny adulation quy me le fait dire, mais l'ardente passion que j'ay au bien du service du roy, laquelle ne desperira jamais qu'avesques ma vie, quelque rude traitement que j'en puisse recevoir. Faites moy la faveur. Monsieur, d'appuyer ma requeste des raysons que vous croyrés y devoir estre adjoustées, et puisque la bonté et la facilité des personnes quy sont dans l'employ leur attire l'importunité des malheureux, souffres, sMl vous plait, celle que vous fera parfois ma nièce de Beuvron sur le sujet de ma liberté, que je souhaite particulièrement pour vous pouvoir tesmoygner le recentiment des soins que vous avés de moy quy suis, Monsieur, etc. »

Cette lettre paraît devoir s'adresser au comte de Chavigny, qui s'intéressait vivement aux affaires du maréchal de Bassompierre, et qui était en même temps l'ami du cardinal de Richelieu.

(Voir p. 203.)

(f Monseigneur, Vostre Eminence sçait mieux que personne se que je suis, se que je vaus, et a quoy je suis propre; son jugement est sy clair qu'il ne faut ny se deffendre, ny s'excuser, ny contrarier a rien de ce qu'il aura décidé : aussi n'ay je maintenant recours a sa bonté que pour la suplier très humblement de ce ressouvenir des services que j'ay rendus a cet ettat, de ma longue détention et de mon immuable fidélité, m'asseurant que (sy Elle y fait reflexion) sa générosité ne permettra pas que j'achève de viellir et mourir inutile en une sayson ou le plus chetif soldat de se royaume peut au moins servir de nombre. Les années de ma captivité (quy peuvent avoir changé mon visage) n'ont point changé l'extrême passion que j'ay toujours

eue au service du roy, et les présentes occasions Faugmcntent de telle sorte que je me tiendrois du tout indigne, je ne dis pas de l'honneur d'estre un des premiers officiers de sa couronne, mais de porter le nom de simple gentilhomme, et du moindre de ses sujets, sy je ne luy offrois de nouveau ma vie (que Sa Majesté et V. Em. sont fidèles tesmoins que je n'ay jamais espargnée en la servant) pour estre employée sous l'honneur des commendemens de V. Em. en telle façon qu'il luy plaira la destiner, et sy par le passé quelqu'une de mes accions a despieu a V. Em. (dont je proteste n'avoir jamais eu le dessain) je luy en demande avec toute sorte de sommition les très humbles pardons que ma faute mérite, voulant espérer qu'elle sera touchée de la longue suitte de mes maux, et qu'elle me fera l'honneur de me rendre ses bonnes grâces affin que je puisse passer le reste de mes jours et mourir avec la calité, M"", etc. »

(Voir p. 256.)

Monsieur, quand je n'aurois jamais eu aucune part en vos bonnes grâces, ny mesme en vostre connoissance, celle que vous avés de mes grandes et longues peines seroit capable d'esmouvoir vostre charité a mon assistance. De trois maisons que j'avois, celle quy estoit en Alemaigne a esté bruslée par les Suédois, l'autre dont je porte le nom rasée par ordre du roy, et a celle quy me reste nommée Harouel (seule relique de trente mille escus de rente que mes pères m'avoint laissé) j'ay entretenu depuis quattre ans la garnison que S. M^é y a voulu establir, laquelle estoit suffisante pour la garder contre les surprises et coups de main, mais non contre le canon, n'ayant autre fortification que celle de ses fossés comme Lesigny, Fresne, ou Grosbois. On m'a donné avis que l'on voulloit faire desmolir quelques chasteaux en Lorraine, et que je devois prendre garde que le mien ne fut de ce nombre : c'est ce quy me fait adresser

a vous, Monsieur, et vous suplier très humblement de voulloir divertir ce dessain par vostre crédit, et par vos remonstrances fondées sur tant de pertes que j'ay desja faites, sur l'extrême ruine que celle cy me causeroit, et sur le peu de nécessité qu'il y a de me la faire souffrir, n'y ayant point d'aparence que les ennemis soint a l'avenir en ettat de tenir la campagne en Lorraine, ny d'y mener le canon, sans lequel ils ne sçauroint prendre ce chasteau, et contre lequel en suitte ils ne le sçauroint garder. Je ne désespère pas que la bonté de Son Eminence ne m'accorde cette grâce, puisque mesme je ne veux pas cesser d'espérer que touchée de la compassion de mes longues misères, elle ne me face bientost miséricorde en me procurant ma liberté quy luy sera le reste de mes jours absolument asservie. Sy ce bien me peut arriver, Monsieur, j'auray un soin très particulier de m'acquiter vers vous de toutes mes obligations passées, et de cette présente, quy me rendent parfaitement. Monsieur, etc. — Du 23"'" may 1638. »

(Voir p. 316.)

Lettre à M. d'Erlach.

« Monsieur, la mauvaise fortune ne cesse jamais de donner de nouvelles persécutions a ceux qu'elle a une fois commencé d'attaquer. Il s'est depuis peu trouvé des personnes assés malicieuses pour donner avis au roy qu'un gentilhomme nommé Scanevelle m'estoit venu trouver dans la Bastille, et qu'après m'avoir fait diverses propositions, je l'avois envoyé vers vous a dessain de vous convier de ne mettre la ville de Brisac entre les mains de S. M'é qu'a condition de me faire sortir de prison. Cette calomnie est tellement impertinente, et sy contraire a ma probité, et a l'extrême passion que j'ay au bien du service du roy (de la pure grâce duquel j'attans tout mon bien et ma liberté) qu'il semble qu'elle se confonde et destruise d'elle mesme. J'ay

APPEM)ICE. 3()9

creu neammoins, Monsiour, cslre oblige de vous adverlir que je ne sçay quy est ce Scanevelle, et que je ne l'ay jamais veu, connu, ny pratiqué, affin que s'il vous a dit quelque chose de ma part, vous sachiés que c'est très faucenient, et qu'au contraire j'employerois de tout mon cœur toutes mes plus instantes prières et persuasions a vous convier et conjurer par nostre amitié a vous conformer aux volontés du roy, et de luy donner toutes sortes de satisfactions en ce quy conserne Brisac, et que je crois vous donner ce conseil selon mon honneur, ma conscience et l'affection que je vous porte, et que c'est le plus conforme a l'utilité publique et a la vostre particulière. Je vous suplie très liumblement, Monsieur, de me mender s'il est vray que Scanevelle vous aye parlé de moy, ou sy l'imposture est complette^ et de me vouloir conserver vostre affection quy m'est fort chère, vous asseurant de la mienne très parfaitte et que je suis véritablement. Monsieur, vostre, etc. — Ce 2-1'"* d'aust 1639. »

V' lettre à M. des Noyers.

« Monsieur, sy M'' du Tremblay pour accreditter le discours qu'il m'a fait sur le sujet de Scanevelle ne m'eut quant et quant monstre la lettre qu'il en a receue du roy contresinnée de vous, il ne m'eut jamais persuadé que l'on eust peu donner un avis a S. M^é sy eslongné d'aparence et de vérité, ny qu'elle l'eut receu avec quelque sorte de doute de mon extrême pation au bien de son service. J'attans depuis neuf années de la seule bonté du roy la liberté dont il m'a privé, n'ayant jamais pensé ny recherché aucun autre moyen de me la procurer, et moins l'intervention du colonel d'Erlach quy seroit honteuse a un homme de ma qualité, et contre mon devoir. Je vous suplie très humblement, Monsieur, de me faire la faveur d'asseurer S. M^é et S. Em. de cette pure et nayve vérité, et que s'il se trouve que ce Scanevelle soit entré de mon sceu dans la Bastille, qu'il m'ait fait quelque proposition, ou mesme qu'il m'ait veu ou que depuis vint ans j'aye connu ou pratiqué aucun quy porte ce nom, ou lY 214

bien que j'aye envoyé ce Scanevelle ou quelque autre personne au colonel d'Erlach, ou que je luy aye fait porter aucune parole d'affaire ou de compliment, je me déclare coupable et criminel, et ne demande aucune grâce, comme je suplie aussi en toute humilité S. M^^ et S. Em. de me faire justice de l'auteur d'une sy lâche et sy infâme imposture, et de ce Scanevelle s'il a employé mon nom en quoy que ce soit. Je désire sy ardemment le progrès et l'advencement des affaires du roy que (bien loin d'en retarder l'effet pour mon interest particulier) je voudrois y employer de bon cœur ma propre vie sy elle y ettoit utile, et S. M^ ne tarderoit gaire a estre pleinement satisfaite du colonel d'Erlach sy j'avois autant de pouvoir sur son esprit comme le mien seroit porté a l'y disposer. Je luy escris pour le desabuser, en cas que quelqu'un luy ait voulu faucement parler de ma part, et comme je ne puis ny ne dois aucun commerce avec un estranger, quy ne passe par vos mains, j'y dépose ma lettre affin que vous en usiés selon que vous le jugerés pour le mieux, comme je vous en suplie très humblement. Monsieur, et de me vouloir conserver la part en vos bonnes grâces que j'y ay autrefois possédée comme vostre, etc. — 1639. 22'"" d'aust. «

2'= lettre à M. des Noyers.

« Monsieur, la lettre que je vous escrivis avant hier vous desclara sinserement ce que je sçavois sur le sujet de Scanevelle : je vous diray par celle cy ce que j'en viens d'aprendre, quy est que le dit Scanevelle vint trouver il y a quelques jours le sieur de l'Espinay trésorier des menus, quy prend quelque soin de mes chetives affaires, (lequel depuis deux mois je n'ay peu voir a cause d'une paralisie quy le tient au lit) et luy dit qu'il avoit esté nourry mon page, (ce quy est vray, mais son père vivant allors il avoit un autre nom) et qu'il s'en alloit en l'armée du feu duc de Weimark ou il avoit quelque charge, auquel lieu, s'il m'y pouvoit rendre quelque bon servisse suyvant les faux bruits quy couroint icy de ma liberté, qu'il le feroit

avec grande affection en reconnoissance de la nourriture que je luy avois donnée, dont ledit L'Espinay le remersia. Voyla, Monsieur, la seule chose quy jusques a maintenant est venue a ma connoissance. Le roy pourra faire interroger ledit Scanevelle et sçavoir de luy s'il a eu quelque conférence avec moy verbale ou par escrit, ou sy raesme il m'a veu depuis vint ans qu'il est hors de page; ce que je vous mende nayvement. Monsieur, comme je le viens d'aprendre en la présence de M' du Ti'ami)lay, comme je feray aussy tout ce que je pourray sçavoir a l'advenir, vous suppliant très humblement d'en asseurer le roy et S. Em., comme de la parfaite passion que j'ay a leur très humble service, et de me croyre asseurement, Monsieur, vostre, etc. — Ce 24"'^d'aust K)39. «

Page 1