‹ Journal de Marie LenéruChapitre 15 sur 34 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

cheval et que j'ai une amuone, puis en racontant un tas de choses sur Pierre Lot! (I) et sur son dîner, j'ai dit qu'il m'avait promis de me dédier un livre, que son fils était dëguisë en ménestrel, (je ne saiii seulement pas ce que c'est) puis j'ai eu l'air de connaître une certaine dame de Gif dont je n'ai vu le non que dans l'Illustration et enfin bien d'autres choses. Je n'ai dit que ce qui me coûtait le plus, mais j'en ai dit bien d'autres. Mon Dieu ! que c'est donc laid de mentir, maïs c'est que c'est très difficile de dire la vérité, même dans soii journal. »

Elle ne se tracasse cepenJanl pas outre mesure, ainsi que le démontre ce passage :

« ... J'ai le grand malheur d'avoir une conscience scrupuleuse qui voit des péchés où je suis certaine qu'il n'y en a pas mais j'aime mieux les dire tout de même. »

Cette conscience ultrascrapaleuse se dévoile une fois de plus dans les lignes qui suivent et nous montre en même temps combien une âme, aussi glorieuse d'un succès de jeu, devra plus tard se tendre vers la gloire :

« ... nous sommes allées toutes les quatre jouer au tonneau, et c'est moi qui ai gagné, mais je n'était pas bien contente parce que je trouve que c'est trop

(I) Il ^t en relation avec la famille Leoéru.

PRÉFAC XXIX

difficile d'être charitable et humble quand il vous arrive des petits succès comme ça ... n

Le samedi 14 octobre 1888, elle écrit :

a Lorsque j'examine mes souvenirs et que je recherche les passages de ma vie, lesquels je voudrais tant faire repasser, il est un moment délicieux auquel je ne peux penser sans que mon cœur batte bien fort, ce moment, après ma première communion (ah I ma pauvre chère I *■* Communion, tu es tien loin dans le temps, mais bien près dans mon cœur I ) a été le plus doux de ma vie, par ce moment j'entends les 3 jours de ma retraite de Coniînnation, Andrée me disait : Ah t cette chère retraite, je ne puis y penser sans avoir envie de pleurer ! Eh bien voici bien des mois et en écrivant ces lignes qui me la rappelle, j'ai presque des larmes aux yeux. Jamais dans mes deux autres retraites, je n'avais tant d'empressement à me rendre k ces exercices, jamais je ne m'y était sentie si en famille ; notre prédicateur (esprit excessivement large) avait trouvé le chemin de tous les cœurs, très simple, un prêtre de campagne, il nous expliquait l'Evangile, si clairement, si nettement ; humble de cœur et d'esprit. Dieu lui avait donné l'intelligence des écritures et jamais après une instruction nous n'étions fatigués. Puis j'étais U entre Andrée et Gabrielle, j'avais fime piar connaître plusieurs des enfants du cathéchisme et je me sentais

tellement rapprochée d'eux que je les aimaiB beaucoup et m'intéressais à eux bien plus qu'avant... »

Aprèi un long silence, elle écrit, le 14 avril 1889, ces lignes dans lesquelles apparaît une première menace de la catastrophe :

« Dimanche des Rameaux. — Je ne suis point allée à la messe aujourd'hui, d'ailleurs voilà bien des dimanches que je n'y suis allée, parce que, ce que mon journal ne sait pas encore, c'est que mon rhume d'oreille commencé à la Grande Rivière a beaucoup augmenté et que maintenant je n'entends plus rien, aussi vaïs-je retourner à Paris consulter M. Boucheron (c'est le non de mon auriste) pour la 3* fois : de plus je viens d'avoir une petite maladie de la cornée, qui n'est pas encore tout à fait guérie et qui m'a rendu l'œuil très sensible et m'a longtemps enpèché de lire (je ne lis encore quetrèsmodérément)j'aîencore un gros rhume, un peu de névralgie (j'y suis sujette) Depuis un rhumatisme au genoux gauche, ils sont très raides, et je ne marche pas droit, je ne peux pas sortir sans dpnner le bras. Mes oreilles m'ennuient encore avec de gros bourdonnements. J'ai expliqué tout cela, quoique le journal soit plutôt un journal de l'âme, parce que je comprendrai' mieux les dispositions dans lesquelles, je suis. Aujourd'hui je suis d'assez mauvaise humeur (mais je crois que c'est en train de passer) je ne peux

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