PREFACE XXXI
guère faire de lecture de pîété, les livres de messe étant écrits trop Bns. Comme lecture édifiante, j'ai la correspondance du père Lacordaire et de M™* Swetchine Q'en parlerai plus loin). »
Le journal n avance plus que par bonds très irrégU' lien. Nom sommes au 19 juin :
« I4ans. Est-ce assez singulier, je n'ai pas écrit une seule fois mon caractère, le récit de ses actes ne^uflît pas seul à se faire connaître, il faut aussi savoir quelle disposition vous a poussé à les accomplir ; me voici telle que je me connais en toute franchise : pas précisément orgueilleuse, je veux dire que je ne me préfère pas aux autres, mais cependant je suis très portée k m'élever au-dessus d'eux, au dessus de ceux que je n'aime pas et que je crois inférieurs à moi-même, généralement au dessus de tous ceux que je ne connais pas ; il me semble que c'est plutôt de la fierté très outrée, par conséquent approchant bien plus de la vanité que de l'orgueil parce que je préférerais être la dernière dans une société très choisie que la première dans n'importe laquelle ; chez moi c'est surtout l'orgueil de l'esprit, quand je me compare s'entend, car quand je m'examine je me dis que cet orgueil naît d'une intelligence médiocre et je ne me confie en rien dans mon intelligence dont je reconnais toute la fragilité ; quand je pense que si telle était la volonté de Dieu je
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deviendrais aussi bcte qu'une oie et précisément parce que )ele serais je ne m'apercevrais pas avoir baissé. Quand à l'esprit je crois que je l'aime trop et que parfois je le rapproche de la moquerie ; moi qui ne déteste rieri plus que d'être moquée, ce n'est pas à cause de l'opinion particulière de la personne qui se moque de moi, les opinions particulières me sont assez indifférentes (à moins qu'elles ne viennent de personnes que j'aime et que j'estime) mais ce sont ces opinions privées qui font l'opinion générale ! Et je dois avouer que l'opinion générale m'occupe assez, je crains énormément le ridicule.
« Quand au jugement je crois en avoir, en voyant une personne pour la 1 "^ fois je sais de suite son caractère ; mais je sais que le jugementse fausse si facilement et je subis tant les influences ! Ce n'est pas que je sois faible et que je renonce À mes opinions, mais c'est que je n'en ai pas encore et comme une fois qu'on en a je n'admets pas qu'on les abjure, avant de m'en faire j'attends àavoirplus de jugement et d'expérience. C'est la fidélité à ses sentiments et à ses convictions qui dans sa suprême extansion fait des martyrs !
« Je suis très loin d'être douce et pourtant mon naturel est plutôt doux mais depuis quelque temps je me suis fait ^^f Ib résistance des idées déplorables. Ainsi ces temps-ci, je lutte beaucoup avec maman pour ma toillette, ce n'est pas que je tienne énormément à être