‹ Journal de Marie LenéruChapitre 2 sur 34 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

c'est que quand je suis descendu pour me faire coifler j'ai dit à maman que je savais très bien toutes mes leçon donc voilà parresse et mensonges, moi qui voulait tant être exemplaire, je commence bien ma journée, quand on pense qu'iLn est pas encore midil

« Ce matin Je nai pas bien fait ma prière du tout, du reste le matin je ne la fait pas trop bien, je crois que c'est parce que je n'ai pas tant peur de mourir que le soir. »

A la date du 24 décembre 1886 :

«Que je suis heureuse! Je suis en état de grâce depuis ce matin, car je commanirm ce soir à la messe de mimât ; c'est en revenant de chez Rendall que nous sommes allées nous confesser maman, tante Alice, Fernande et moi ; d'abord j'ai été très effrayée d'y aller de si bonheur. II était onze heures et je trouve qu'on avait bien trop de temps de commettre d'autres péchés, mais enfin malgré ce temps je crois que je ne me suis pas encore rendu coupable d'autres fautes.

«Je crois que j'ai eu la contrition parfaite, je serai si heureuse!

« Demain I que j'aurai de choses à dire. »

Possible, mais le journal tien porte pas trace.

Du 1^ février 1887 :

« Je n'ai qu'un tout petit bout de temps car nou

PRÉFACE IX

allons dîner, alors je commence vit«. Je suis assez contente de moi aujourd'hui je n'ai pas perdu mon temps, seulement je crois avoir fait une ou deux petites craques assommantes qui viennent me gScher toute ma journée.

Hier j 'ai ! u dans Victor Hugo Zaharie en somme c'est son histoire ; son éducation h été faite par un prêtre qui lui enseignait son à peu près car comme il le dit car toutes les religions sont da à peu près et qu'on brise Ftsprit des enfants en la leur enseignant maïs quhettreasement il ne leur en restait pas toujours tant que cela preuvre Voltaire, où a-t-il la tète ? eh bien est-ce que c'est la chose que Voltaire a fait de mieux? est-il permis de penser comme cela, dans ses poésies il a bien recours à Dieu ! pourquoi blâme-t-il son culte, ce n'est pas non plus lui aussi ce qu'il fait de mieux, maintenant qu'il est mort il ne doit plus penser comme cela | ah ça j en ai bien U conviction.»

Le Dimanche 13 février, elle prend une grande r&olulion :

« Encore une nouvelle entreprise ! Espérons qu'elle

réussira I J'ai entrepris de faire un idéal de la vie que

je tâcherai de suivre autant que i>ossible mais je ne

promet rien ».

Et maintenant, un peu de coquetterie:

«■ Oh I que je suis contente 1 que je suis contente l

X PRÉFACE

VoiU que quand je suis rentrée maman me dit de remonter parce qu'elle a des choses à ramasser, moi, je remonte tout tranquillement, puis voilà que quand je viens faire mon journal je vols que maman a oublié une boîte sur la table je vais, je regarde, qu'est-ce qpe je vois ? un ravissant onglier, mais ravissant, ravissant I aussi tout à l'heure je vais l'essayer et j'essayrai de tout, de la lime, du ciseaux, de ta brosse et de la peau, plus tard, quand il y aura de la poudre, dans la boite à poudre, je ne manquerai pas de m'en servir. »

Elle en est encore à s'étonner de peu :

« Madame L. G. est partie il y a quelques jours et nous a invitée à dîner pour quand nous passerons à Paris, tant mieux car elle est très aimable, mais elle est un peu drôle, par exemple elle appelle son gendre monsieur et lui l'appelle madame, puis elle a une horreur profonde pour l'embrassage ah quelle typesse ! »

A présent, un petit drame :

« Je tiens aujourd'hui à écrire longuement, nous sommes allées au cours comme à l'ordinaire, c'est Marie qui nous y a conduit avec Cari, nous étions arrivées trop tôt mademoiselle n'y était pas, comme il fallait que Cari promène, Marie dit à Fernande : d Mademoiselle nous n'avons par le temps d'attendre, madame m'a donné une lettre pour remettre k M"° C...,

PldFACE XI

voulez-vous la lui donner n certaiment dit Fernande, mais voilà qu'elle reconnaît l'écriture de tonton et lûen vite elle s'empresse d'ajouter : mais après tout Marie puisque nuunan vous a dit de la remettre vous même vous le lerez. D'où venait que Fernande changea si vite dès qu'elle reconnut l'écriture de son père, c'est que depuis longtemps tonton Lionel trouve qu'on nous donne trop à faire et qu'il a dît qu'il l'écrirait à mademoiselle C—, de sorte que toutes deux nous avons eu très i>eur en pensant à l'accueil qu'elle allait faire à cette lettre, sûrement elle va faire sa bouche, heureusement qu'elle l'a lue pendant la leçon de Monsieur Chab.,- et que je ne l'ai pas vue le faire ; mais quel changement ! voilà qu'elle a été charmante I une pluie de minette ! ce qui ne lui arrive pas tous les juurs et de plus j'ai décroché un 10 pour mes dattes, mais avec M"^ C... cela ne pouvait pas se passer comme cela, nerveuse comme elle t'est et maman l'a bien vue ; en allant lui dire au revoir, elle avait une paltitation si forte qu'elle en était toute tremblante. Elle a répondu à tonton Lionel, je voudrais bien bavoir ce qu'elle lui dit, pauvre M"« C...

«La leçon de M. Chab.... a été très interressante. elle était sur Molière, mais'ce que je trouve très triste c'est que ce pauvre Molière ait terminé sa vie comme pour rire, en jouant le malade imaginaire ;

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