‹ Journal de Marie LenéruChapitre 25 sur 34 · PRÉFACE XLVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLVII

notre pitié, ce que nous prodiguerons aurtoat, c'est notre admiration. Je n'hésite pas à prédire qae le journal de Maris- prendra une des premières places parmi les autobiographies céléhres. Sous sa plume les noms de Marie Bashkirtsejf et d'Amiel reviammt trop souvent pour qu'on ne soit pas fondé à croire qu'elle se considérât comme une rivale à laquelle une comparaison avec eux ne pouvait porter ombrage.Quant à moi, devant Marie Lenéru soupirant après le Dieu de son enfance, et en même temps esclave du démon detorgueil, hantée par des Visions d'amoureuse harmonie el succombant à de Vulgaires envies de fortune et toilette, trop fière pour se laisser plaindre, trop malheureuse pour ne pas avoir soif de consolation, un jour coquette, le lendemain désireuse d'être laide, sourde aux voix humaines mais l'oreille tendue aux appels des instincts lesplusopposés, je pense à Flaubert et à l'immense Tentation de Saint-Antoine.

Tandis qu'infiniment variées, les tentations passent et repassent, il en est une qui se cramponne à Marie et l'accompagnera jusqu'à son dernier soupir : celle de lagloire littéraire, et comme une tentation permanente se transforme vite en passion, Marie s'abandonne tout entière à la fureur d'écrire et, sans aller jusqu'à dire qu'elle en oubliera par moments ses rêves de gloire, je suis convaincu que la -certitude même de ne jamais parvenir à la célébrité ne Veut pas empêchée de se livrer éperdument au

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iTaoail. Cependant 11 est un point sur lequel le Journal ne nous renseigne pas. A-t-elle jamais, au cours de son existence littéraire, rencontré les mois d'heureux oubli que la joie de créer procure aux artistes sincères ? Pour eii:ir, f7 nest pas de succès qui ne paraisse bien pâle auprès de l'anxiété joyeuse avec laquelle ils voient les êtres sortis de leur cerveau acquérir une vitalité plus ardente que celle des médiocres humains. Le génie méconnu n'est pas toajours à plaindre, car l'ivresse de créer a marqué pour lui Vheure du triomphe. A ne se fier qu'aux apparences, Marie n'aurait pas connu cette consolation ; mais lorS' qu'il s'agit d'âmes compliquées comme la sienne, que signifient les apparences ?

Les Affranchis sont le chef-d'œuvre de Marte Lenéru, en même temps que son premier ouvrage dramatique. Elle y fait entrer tellement d'elle-même, qu'on pfiut le considérer comme un splendide épanouissement du Journal. Les scrupules de conscience qui tourmentaient la fillette au seuil du confessionnal revivent aVec le personnage d'Hélène Schlumberger. Comme il est nature, ces préoccupations morales iront en s atténuant dans les pièces qu'elle écrira plus fard.

Les Affranchis furent envoyés en 1908 à Catulle Mendès,par la poste, sans formalités préalables. Il lut très rapidement et par une dépêche enthousiaste fit Venir Marie. Madame Mendès, partageant l'admiration de son mari, présenta le manuscrit au concours de la Vie heu-

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