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de guerre, obéiront à un ordre de paix. C'est ici un duel entre dirigeants, entre minorités dirigeantes, comme toujours d'ailleurs, entre ces minorités par lesquelles vit le genre humain. Ce que quelques hommes ont voulu, quelques autres peuvent, admirablement et sans la moindre utopie, ne plus le vouloir. Tout dépend de la force, de l'autorité, de la mortelle insistance de leur veto.... Peut-être ne fautil même pas exagérer la tâche. Gardons-nous du mysticisme en politique. Attendez le jour où les intellectuels — à la suite de quelques-uns d'entre eux évidemment plus hardis — attendez le jour où les intellectuels oseront s'en mêler. C'est la seule éventualité que le prince de Bulow redoutait à l'égard du socialisme. « Le goût et la mode n'y sont pas », disait tout bonnement un de nos ministres des affaires étrangères. Un beau jour on enfoncera une porte ouverte, peut-être est-elle déjà enfoncée, mais personne n'oserait en répandre la nouvelle. Tout ici est d'une telle iocrissene. Ce serait vaudevillesque, si ce n'était à en mourir de chagrin. Oh, madame, je vous l'avoue, pour moi, en dehors de « l'obligation à la guerre » il ne resterait pas grand 'chose de la guerre. Le <' goût du risque " est individuel. Il n'a pas besoin de mobilisation générale !
A Alice L. — Comme je voudrais que tu fasses un sort à cette grande valeur qui est en toi ! Car
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il ne suffit pas d'être un esprit de premier ordre, d'avoir une culture superbe et assez de talent pour trouver I expression de l'un et de l'autre. La vraie difficulté de nos carrières de lettres est qu'il ne suffit pas d'être de force k les remplir, il faut encore Us inventer. Je me rappelle, dès le début, je sentais biea de quoi je serais capable, mais îl me semblait que je ne trouverais jamais un sujet de pièce ou de roman. J'enviais les savants qui sont assurés de ne pas manquer de travail pour le lendemain. Au passage d'une pièce k une autre, j'ai encore cette impression : « il n'y a plus de sujet pour moi. ' Je sais maintenant que c'est une illusion, on trouve les sujets de la même manière qu'on les traite, en les voulant, en cherchant, en s'obstinant. Si ça ne vient pas aujourd'hui, ça viendra demain. Peut-être ne se donne-t-on pas du talent, mais à coup sûr, on se donne sa carrière. Il ne faut même pas s'en exagérer l'effort, à la manière de Flaubert, bien romantique. C'est toujours de nos pareils que nous devons triompher, en esprit, en travail, en talent...
A Mad. Mardrus. — Il faut se garder, je crois, de faire un mérite à un artiste de sentir comme tout le monde dans une épreuve commune, alors que dans la commune épreuve de la vie personnelle, ils savent si bien sentir plus que tout le monde, avec une acuité qu'on appelle « originalité », mais qui est pour
moi la ^ande épreuve de degré et de qualité, la vie réelle de l'émotion.
A Rachtide. — Ces criminels étourneaux parlent des « passions humaines », mais où sont les passions humaines dans cette course à l'héroïsme et au sacrifice universel ? Et la conclusion sacrilège qu'ils tirent de ce déchirant martyre c'est que « l'homme est un loup pour l'homme »!
27 nov.
A M. de F... — Pour la paix, ma pauvre amie, je me demande comment il faut s'exprimer pour arriver k se faire comprendre, et je serais bien révoltée d'une pareille méconnaissance du pacifisme, de la guerre et des hommes devant la guerre, chez un prélat chrétien, si je ne savais que sa mission en Ce monde est autre que celle de penser. Le pacifisme n'a jamais été, désarmer devant Vagresseur, ce serait le suicide, mais désarmer l'agresseur. Quant à parler des passions humaines dans une guerre comme la nôtre, c'est un véritable crime de lise -héroïsme. Où sont les passions humaines dans ce martyre volontaire de tous les peuples ? La guerre par raison d'Etat ne sert aucune passion humaine, elle sert une idée fausse : Voilà pourquoi, le jour où les pacifistes seront revenus du champ dé bataille,
— s'ils en reviennent — nous aurons besoin, à côté de l'effort militaire, toujours nécessaire, mais non suffisant — cette guerre l'aura prouvé à FAllemagrne — nous aurons un furieux besoin de leur effort et de leur dévouement à la paix, si notre victoire ne doit pas être annulée par la guerre qui reviendra dans cinquante ans. '
28 novembre.
Hélas, je leur écris à tous la même chose et pourtant je le recopie ici avec un grand effort de patience. A" force de redire la même chose, j'esfjère trouver un jour la formule claire, simple, la formule qui porte enfin, qui porte sur tous...
A tante Eugénie. — On dit l'armée anglaise splendide et, enfin, au point. Elle te prouve déjà, mais c'est un genre de satisfaction qui ne va pas sans grondement de colère au fond, sans un terrible haussement d'épaules. Non, je ne suis pas de ceux que les prochaînes offensives épanouissent. Qu'on dise « il le faut » et qu'on se taise. On ne doit pas exulter de pareilles victoires. La victoire ? II la fallait, voilà tout. Assez de réminiscences et de lieux communs : Une victoire ne se chanté pas, elle se pleure.
A Marie G... — Vous me parlez de Wilson...
Oli I ce n'est pas cUns les journaux qu'il faut chercher des interprétations 1 Le fait que les petits neutres d'Europe ne répondent pas à son geste — ce qu'il n*a jamais vraisemblablement attendu — n'est rien k câté de ce fait que le geste a eu lieu. II faut tout ignorer des genèses historiques pour ne pas donner leur importance aux chiquenaudes initiales. « Idéalisme » ? f>Aais il n'y a pas une démarche des hommes qui n'ait son mobile et son point de départ dans une idée. La guerre actuelle est plus riche en idéalisme, en mysticisme forcené que tous les programmes des pacifistes. Quelle idéologie que cette définition allemande, et pas seulement allemande de l'Etat 1 C'est la guerre qui exige qu'on meurt pour une idée, ce n'est pas la paix. Et comme on reconnaît les livres et les paroles, comme on reconnaît les idées — assez récentes d'ailleurs — comme on reconnaît les idéalistes responsables dans le cataclysme actuel I Idées fausses économiques, Idées fausses ethnologiques, marottes absurdes sur la « psychologie des peuples », interprétations traditionnelles et livresques des historiens, recours aux moyens surannés et d'ailleurs inopérants, il n'y a que cela dans les guerres modernes, n n'y a pas jusqu'à la résignation générale aux « passions humaines », cette scandaleuse rengaine, qui ne soit l'idée fausse, le préjugé impardonnable, l'idéologie prétentieuse des cerveaux. On ne décrète
pas une mobilÎBation générale pour satisfaire les passions des gens qu'on arrache A leurs foyers. La guerre pour les peupW, pour tous les peuples, c'est Cobâssanct aux lois. Et conclure que cela qu'on ordonne, ne peut pas être empêché, que prendre des mesures en vue de son empêchement futur est de « l'ïdéa' lisme », n'est qu'un exemple de rimbécillîté partielle où le préjugé peut conduire les gens, pour le reste normaux et intelligents.
6 mars 1917
A Henry Marx — Je suis sûre que Magdeleine dira de belles choses, et qu'elle saura éviter de choquer des sentiments honorables et nécessaires. Il ne s'agit pas d'énerver notre esprit de lutte : Porter la discussion sur le terrain des larmes et de la pitié, hélas I nous sommes tous d'accord : La division n'est pas là.
Mais il n'y a pas deux mondes : « L'intellectuel » et le réel. « L'intellectuel » n'est qu'une plus grande application, une plus grande attention au réel.
Lorient, mai 1918.
A M'"^ Duclaux. — Pour qui votre Victor Hugo ? Je vous plains d'être obligée de relire tout son fatras. Les grands poètes eux-mêmes ne sont faits que pour de grands instants. C'est un écueil que la continuité, la longévité du lyrisme. Les plus beaux héritages poétiques sont ceux des poètes de quelques volumes : Shelley, Vigny, Mary Robinson.
A Marie-Aimée. — On me chicane Qaudc comme on m'a chicané Philippe Alquier. On n'aime jamais la supériorité dans la nuance exacte où on la souhaite. On n'aime, au fond, que la supériorité qu'on méprise.
Ohl la critique, vous avez parfaitement raison, un critique n'a jamais prouvé que lui-même. Quant à la sensibilité, ne vous laissez pas impressionner. Les jeunes m'ont admirablement vengée, à cet égard,
Croyez qu'en matière de sensibilité j'ai, moi aussi,
mes exigences et les œuvres qui satisfont ces messieurs sont fort loin de les combler.
A M. A... — Vous écrivez des vers, a Cela console », disait Goethe. Moi, j'avoue que l'œuvre d'art ne me console pas plus que vingt minutes de gymnastique suédoise. Cela me fait un bien de même nature. Cela vous tient en forme et vous permet de vous passer d'être consolé.
A M. A... — Le danger passe, mais la douleur reste. Et dire qu'on publie autre chose dans nos revues et jusqu à des romans et qu il n'existe pas un esprit d'homme ou de femme qui ne fasse passer n'importe quoi avant le problème de la paix...
Castlereagh refusant de subordonner l'Europe à une police internationale dont l'armée russe serait le plus puissant élément. Ce système ouvrait à la Russie les territoires de tous les états confédérés pour exercer sa garantie aux points les plus éloignés de l'Europe. 11 répondait aux déductions logiques qu'Alexandre tirait de la Sainte Alliance — au nom de la très sainte et inviolable Trinité — et des traités antérieurs « Une alliance limitée pour des objets définis est une chose ; une union universelle pour agir pour une action commune, dans des circonstances qui ne peuvent être prévues, est une toute autre chose. L'admission, dans les conseils d'Europe, d'un nombre de petits états, serait ouvrir la porte aux intrigues
et aux périls qui sont réduits à leur minimum dans une alliance étroite. La difficulté de distribuer exao tement l'importance des membres constituant une telle assemblée, a été démontrée par la constitution de ta Diète fédérale, dans laquelle le faible p>ouvoir électoral donné à l'Autriche et à ta Prusse les a conduites à une rivalité pour gag»^ ^^^ adhérents. » Loin qu'une telle ligne pût conduire au désarmement, l'influence décisive appartiendrait aux ^os bataillons. 11 est à craindre que l'empereur Alexandre se déguisât à lui-même, sous le langage d'une abnégation évangélique, l'ambition d'usurper dans la nouvelle confédération d'Europe, la position prépondérante que l'Autriche a obtenue dans la confédération Germanique.
A M. A... — Et puis, vous savez, je ne saurai jamais marier les gens, j'ai horreur des confidences et je n'y pousse pas. Anormal, n'est-ce pas, pour un écrivain ? Mais leur fatras est tellement banal, tellement copie, à la manière de... J'en ai si peu besoin comme écrivain, et j'en suis k tant de lieues comme femme.
Comme écrivain, je prends d'eux ce qu'ils ne savent pas et, comme femme, je ne prenJ» rien. Je ne demande de confidences conscientes qu'à l'histoire.
^Ooo'^lc
1 *' août
Hélas I oui, un monde de héros. J'admire.
surtout envie de pleurer et d'enrager. Il est dai rèux d'être gardé pendant quatre ans en présc d'un objet admirable. Oui, un monde de hé Sera-t-il plus facile d'y aimer après qu'avant ï mystère profond de la personne qui obtenez les gi des amours, qui les obtenez de ceux qui les donu' les exigeants, les difficiles, les implacables, en c résidez-vous donc ?
Valeur personnelle, nous réclamons le carac alors que vous êtes esprit, seraît-ce que nous ré mons l'esprit quand vous êtes caractère ?
Conclusion : si j'aîme ce héros et non pas celui ce sera pour une nuance en lui qui était là avant V roîsme, et je ne parle pas de l'amour aveugle, mais l'amour -amitié, de l'amour-estime, de t'amo reddition morale, mystère de la personne. O titudo I...