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tuel de mon traineau. Joseph Mac-Kay, notre orphelin, porte sur le sien le bagage el les vivres.
Ce qui me consola un peu des souffrances du voyage, c’est que je pus faire un baptême dans une hutte sauvage. Cette hutte, en forme de cône tronqué, était si petite, que je ne pouvais m'y tenir debout. La jeune mère de l'enfant étendit son unique couverture sur les branches de sapin qui servaient de parquet. Cette couverture élait loin d’être neuve et propre, mais la pauvre mère n'avait rien de mieux. C'est agenouillé là-dessus que je dus procéder aux cérémonies du baptême. Le Frère Rousser m'assislait.
Nous repartimes de là à quatre heures du matin. Nous allâmes prendre notre diner dans la maison d’un excellent Indien montagnuis. La maîtresse du logis, en apercevant plusieurs traîneaux se diriger vers sa maison, s'était empressée de remplir un grand chaudron de lapins sauvages, mets appétissants auxquels nous flmes honneur.
Le 7 février, vers deux heures du soir, nous arrivions à notre chère Mission Saint-Joseph. Le R. P. Dupire m'accueillit avec joie, et bientôt la population du Fort- Résolution, connaissant mou arrivée, s’empressa de venir me saluer. Je passai deux jours à Saint-Joseph, le samedi et le dimanche.
Déjà le R, P. JoussanD était parti depuis dix jours pour Saint-lsidore, afin d'y préparer sa pauvre maison pour n’y recevoir.
M. Camsell repartit le samedi. Mais moi j'étais bien aise de passer le dimanche à Saint-Joseph. La petite population de ce poste en fut très heureuse.
Là je me procurai un nouveau traîneau, parce que celui de l'Indien de la rivière au Bœuf ne devait pas aller plus loin. Je repartis le 14 pour la Mission de la Nativité, Profitant du sentier ouvert par M. Camsell et ses compagnons, nous allions bon train, Cette marche accélérée
me donne quelque espérance d'arriver à la Nativité pour la fête du 17 février.
Le 11 février était le cinquante-deuxième anniversaire de ma naissance. Aussi, au campement du soir, le Frère Rousser voulut faire de l’extra pour le souper. Outre les mets habituels, c'est-à-dire un peu ds viande de renne, fl me servit du riz aux pommes. Après le souper, nous commençômes une petite causerie que la tourmente vint bientôt interrompre. Le vent et des tourbillons de neige nous avertissaient qu'ilétait temps de nous glisser sous nos couvertures et de nous y tenir enveloppés de notre mieux, Le vent devint si furieux, que les arbres craquaient autour de nous ct menäçaient de nous écraser dans leur chute, J'eus l’idée toute la nuit que le cinquante-deuxième anniversaire de mü naissance pourrait bien étre le dernier de ma vie. Changer de place, il n’y avait pas à y penser par le temps qu'il faisait. Ma ressource était de me confler à mon ange gardien. Je lui adressai bien souvent la prière Angele Dei, sans oublier de prier aussi les anges gardiens de mes deux compagnons.
Le 13, lever de grand matin, à une heure après minuit. Le déjeuner traditionnel a lieu comme de coutume, en pleine nuit, mais l’insomnie causée par le froid avait fait disparaître toul appétit, chez moi du moins. Nous partons à deux licures et demie et nous marchons jusqu’à huit heures du soir, afin d'arriver à la maison d'un bon Montagnais. C'est celle de Nigalti (le Bègue). Il est parti pour la chasse aux rennes, mais les gens de sa famille et quelques personnes qui se joignirent à elle nous reçurent avec respect et empressement. Nous pûmes nous reposer un peu dans cette halte, où nous rencontrâmes quelques premiers signes de civilisation.
Nous n’étions pas loin de la Mission Saint-Isidore ; j'avais hâte d'y arriver: nous nous levâmes donc à une
heure du matin et, à l’aube, nous surprenions le P. Jous- 8ARD, qui venait de faire une tournée de trois jours dans le bois pour chercher un gros orignal.
J'annonçai tout de suite au Père que, comme ses Indiens n'étaient pas encore réunis autour de la Mission, j'allais continuer ma route pour me rendre à la Mission de la Nativité et tâcher de m’y trouver pour notre grande fête du 17 février, afin d’y renouveler mes vœux avec nos Pères et Frères et de présider la cérémonie, Après le déjeuner, le Frère RowssET se mit à l’œuvre pour nous préparer des galeltes et des provisions, et à midi nous nous remeltions en route,
EH ya 120 nulles entre le Fort-Smith et le Fort-Chipewyan. Il fallait se dépécher et accélérer la marche pour arnver le 46 au soir. Nous eùmes cependant celte bonne fortune, car à neuf heures du soir nous embrassions nos Frères de la Nalvité. Vous dire toute leur joie de mon arrivée n’est pas chose facile ; mais la joie était bien réciproque.
Le 17, j'eus la consolation de renouveler mes vœux avec nos Pères et Frères de la Nativité, mais, par exemple, je n’avais pas une belle voix pour faire l’exhortation d'usage. La veille, voyant que noschiens commençaient à se lasser, j'avais marché souvent et très vite. J’avais pris chaud, pus froid, et je m'étais sérieusement enrhumé,
LeR. P. ne CaawBeuit et le Frère LARUE étaient arrivés quelques jours auparavant de notre Mission de Notre= Dame des Sept-Douleurs, de sorte que nous nous trouvâmes huit Oblats a renouveler nos vœux. Il y eut donc grande fête à l’église el fête aussi au réfectoire, malgré l'extrême pauvreté de la Mission,
La chère Mission de la Nativité entretient un pensionnat-école de vingt-quatre enfants. Les ressources y sont très précaires, et, par-dessus le marché, sur trois Frères
— Ad —
deux sont malades depuis longtemps, et rien n’annonce la fin de leurs souffrances.
Le R. P. Pascaz a un serviteur marié, mais il a plus d’ennui que de profit avec ce monde. Il est bien embarrassé pour faire marcher sa Mission, nourrir son nombreux personnel et suftire à tout. Lui et le R. P. LE Dovssar travaillent très sonvent du matin au soir comme des mercenaires. Ils travaillent même au-dessus de leurs farces, et cela au préjudice de leur santé. Je suis persuadé que si nos Pères de nos provinces de France, d’Angleterre et du Nouveau-Monde voyaient nos Pères PAscaz et LE Docssai, et, je puis ajouter, presque tous nos Pères du vicariat, travailler comme des malheureux pour vivre, et négliger forcément ainsi l'étude des langues nécessaires, la théologie et la préparation de leurs instructions, ils feraient de nouveaux sacrifices pour nous procurer des Frères.
Nos bonnes Sœurs de charité du Canada qui dirigent l’école ont voulu profiter de mon séjour à la Nativité pour me faire confirmer les enfants ayant fait leur première Communion l’année dernière. Ils étaient au nombre de sept, auxquels j'adjoignis un enfant montagnais, J’administrai ce sacrement le 24 février.
43 mars. Aujourd'hui je reprenaus le chemin de Saint- Isidore. C'est principalement pour cette Mission que j'ai fait le long voyage de la Providence ici. Pour le retour, nous n'avons pas mis plus de temps que pour l'aller: deux demi-journées nous ont suffi; mais pour faire le voyage en si peu de temps, il faut se lever de grand matin et ne pas s'amuser en roule.
Cette fois, le R. P. JoussarD était aux aguets. Il s’est empressé, en nous voyant arriver, de sonner ses cloches, je ferais mieux de dire ses clochettes, car il a suspendu ensemble deux cloches du noids de 8 à 10 kilogrammes.
Les Indiens du Fort-Smith arrivèrent pour la plupart durant les semaines de la Passion et des Rameaux. J'ai pu Jeur faire des instructions bien régulièrement durant près d’un mois.
Le jour de Pâques, nous avions quatre-vingt-huit communions pascales ; le nombre total s’est élevé à cent quatre, et il y a encore quelques Indiens qui n'ont pu venir. Vous voyez par là que nous avons, nous aussi, nos consolations. Nos populations sont clairsemées, mais généralement elles savent profiter de la présence des missionnaires et elles nous donnent des chrétiens pratiquanis.
La Mission du Fort-Smith est bien pauvre. Pour réunir nos Indiens, nous n’avons qu’une salle qui sert en même temps de cuisine. A l'extrémité, le R. P. JoussarD a pratiqué une petite chapelle d'environ 8 pieds carrés: il se propose d'agrandir ce local.
Aux jours de grand concours, il y avait impossibilité d'admettre tout le monde, et cependant on avait rempli ma chambre, contiguë à la salle, ot les gens étaient pressés aomme des anchoïs.
7 ma. Aujourd'hui nos Indiens sont tous dispersés, cherchant de quoi vivre, mais nous les reverrons encore pour Ja plupart avant mon départ.
Durant la mission, plusieurs faits me firent connaiire leur foi pleine de simplicité. Ainsi, un jour, je vis revenir au confessionnal un homme qui était venu la veille. Je lui demandai s’il avait oublié quelque chose dans sa confession. « Non, dit-il, mais je viens me confesser maintenant pour ma femme, Elle ne se porte pas bien et n’a pu venir de si loin; comme j'ai pitié d’elle, je voulais me confesser une seconde fois, à son intention. »
Le dimanche des Rameaux, le R. P. JoussaRD, après avoir béni les rameaux, en faisait la distribution; mais
comme la maison et la chapelle étaient envahies de tous côtés et que la circulation était impossible, j’annonçai que chacun recevrait son rameau à la porte, en sortant, ei j’avertis de baiser la main du prêtre et le rameau en le recevant. Un petit garçon, au lieu de baiser le rameau, le prit entre ses dents et sortit aussitôt avec sa prise,
Ce même dimanche des Rameaux, ma mitre étant exposée sur une crédence, fes sauvages, en passant devant, se signaient, priaient et faisaient la révérence. C'est ce que me ditle R. P, JoussarD après la cérémonie.
25 ma. Après avoir donné la Mission à Saint-Isidore, j'ai cru devoir revenir à la Nativité pour régler plusieurs affaires importantes et y rencontrer les Indiens, J’arrivai ici après quaire jours de voyage, le 22. Les Indiens n’ont pu arriver encore qu’en petit nombre ; la glace du lac Atthabaskaw les arrête pour la plupart. Mais j’espère qu'ils arriveront au premier jour et que je pourrai les voir presque tous avant de retourner au Mackenzie. Les RR. Pères, les Frères et les Indiens de ia Nativité sont très heureux que je sois venu les voir.
+ IsInonE, év. d’Arindèle, 0. m. 1.