mars 1873. Ouang-lvia-oüan. Temps Couvert
Rien à noter aujourd’hui. Je me prépare à aller demain jusqu’à cent li de distance, an sud, pour voir si, dans la localité nommée Pa-lco-clum, il y aurait quelque chose à faire pour moi. Dans le cas (non espéré) que cet endroit fût favorable, je pourrais m’y établir pour quelques mois, afin d’y explorer le Lcm-chan.
20 mars 1873. Course à P'd-ko-ckan. Journée sombre.
Partis de bonne heure, nous arrivons à l*a-kochan vers quatre heures du soir, ayant fail dix lieues de chemin en dix heures de temps.
Cet établissement chrétien, assez considérable, n’est pas non plus un lieu qui me convienne pour mon but : il n'y a là que de petites collines, Joules granitiques, se ressemblant toutes, cultivées à leur base et sur leurs lianes, et parfois coin cries au sommet de Quercus sinenéis , île (J. obovala et d’un troisième chêne à feuilles moyennes. Point de broussailles ou de fourrés d’importance, et parlant point de place pour la nature spontanée. Ce ne
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sont pas des bois, mais dos taillis composés do petits arbres, proprement entretenus par la main do l'homme. Au bas des vallons existent partout de belles rizières, auprès desquelles on voit quelques Cunilinglmmia , des aulnes [Alnus xinensish le Liquidant bai' /’ ormosana cl le h'orlunen siuensis.
Les collines les plus élevées peuvent atteindre jusqu'à cinq eeiits mètres d'élévation au-dessus de la plaine du Han; et depuis les bonis de cette rivière je n’y ai Vu que îles roches granitiques. Ces granités, faciles à se désagréger, continuent jusqu’à la grande chaîne du Lün-than , qui est encore à trois ou quatre lieues plus au sud. Les plus liantes de ces montagnes qu’on aperçoive d’ici me paraissent avoir près de trois mille mètres d'altitude.
Dans toutes ces collines si propres, il y a pénurie d’oiseailx et de plantes herbacées. J'y observe seulement un beau myosotis, qui commence à ouvrir ses Heurs bleues et roses, et une autre belle borraginée, dont la fleur d’un bleu foncé sent le lilas ordinaire.
21 mars 1873. Pa-ko-chan. Beau temps. Le thermomètre à huit heures : trois degrés ; le baromètre : six cent soixante-seize millimètres. Nous avons donc un millier de mètres d’altitude pour cette chapelle.
J’emploie toute ma journée à parcourir ces collines si proprettes, si jolies, dans tous les sens. Je capture une paire d ’Oriles glaucogularis et un lie-
guloïdes proregulus. Les autres oiseaux rencontrés sont les Garrulax sannio et perspiciltntus , le Picus guerini,t le Phasianus clecollatus, le Turdus Nnumanni , YYanthia cyanura et le Rulicilla aurorea . Je vois aussi, dans une belle bambouseraie qui tapisse le fond d'un vallon, un oiseau inconnu qui m’intrigue beaucoup. C’est une sorte de très-petit Oropneuste , d’un olivâtre roux, ayant un cri presque semblable au toc-toc du troglodyte vulgaire. Je n’ai pas pu parvenir à m’emparer de cet intéressant vagabond, qui butinait tout seul parmi l’épais feuillage des bambous; mais je l’ai vu de si près que je me suis assuré que c’est un oiseau inconnu de moi et non compris encore dans les catalogues ornithologiques de la Chine.
Les rares arbustes, rosiers et ronces, de ces collines, sont tous des espèces que j’ai rencontrées jadis plus au sud de l’Empire; et ce faciès méridional qu’offre la vallée du Han-Kiang est surtout remarquable, comme je l’ai déjà noté, â partir du lit de celte rivière.
Outre les arbres déjà cités, je dois encore nommer YElœococca, abondamment cultivé pour son huile, et le vulgaire pin chinois, qui ressemble tant à notre Pinus maritima. Quant aux bambous domestiques de cette contrée, ils*nc croissent pas au delà de l’épaisseur du poignet. Je dois noter encore que, en récoltant ce soir quelques rameaux fleuris de YAlnus, j’ai observé que ses bourgeons prêts à montrer les feuilles répandent une odeur aromatique très-prononcée.
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Los autres captures de cotte journée consistent on quelques insectes des genres Cincindela et Brachinus , deux espèces de petits sauriens, et une espèce nouvelle de petit poisson pêché dans une fontaine isolée. Nous prenons encore au bord des rizières, nues maintenant, des crabes à carapace non dentée, semblables à ceux de Tftin-kia-kho.
Ici aussi j’ai trouvé quelques Chinois qui possèdent des fusils à mèche : ils s’en servent en hiver pour chasser le faisan, le sanglier et le lièvre. 11 y en a parmi eux qui ont pénétré jusque dans la chaîne du Lan c-han : les espèces animales qu’ils me disent se trouver dans ces montagnes considérables sont les mêmes que celles de la chaîne du Tsing-ling, moins le Budorcas, VA ntilope Edwardsii et Vlthaginis sinensis. En un mot, il n’y a rien de nouveau pour moi, ni ici ni dans les environs, et il ne me restera plus qu’à penser à descendre au Kiangsi. Car, après Pa-ko-chan, j’aurai eu épuisé toutes les stations chrétiennes de ce département, que l’on m’avait indiquées comme pouvant offrir des ressources pour mes travaux...
22 mars 1873. Retour de Pa-ko-chan à Ouang-kiaouan. Bon temps, ciel couvert; air calme, sans être pesant.
Nous sommes sur pied dès trois heures du matin, et bientôt prêts à reprendre la route de Ouangkia-ouan. Je regrette beaucoup que ce site de Pako-chan n’offre pas de ressources suffisantes pour mes collections, car il y a là un établissement
chrétien plus commode que tous les autres du même genre, pour pouvoir m’y installer avec mes domestiques et tout mon attirail de naturaliste, et la vie y est facile. Mais, si ces agréables conditions me faisaient rester ici pendant le printemps, la venue de la saison des pluies m’obligerait à y prolonger mon séjour durant tout l’été, et cette perte de temps ne serait compensée par aucune acquisition de valeur.
Tous les pays sont beaux avec le beau temps ! Aujourd’hui, ces monotones collines me font meilleure mine que lorsque j’y suis venu. La végétation semble faire un peu de progrès ; on entend chanter quelques oiseaux : un Lusciniapsis , différant peu par le voix du Lusc, bvevipennis de Moupin ; le bruant élégant, aux sourcils et à la gorge jaunes; le rouge-queue aurore; le geai d’outremer, Mais ici quel triste printemps, en comparaison de celui de notre France, et pour les lleurs, et pour les oiseaux, et pour les gentils insectes de toute classe, si nombreux, si variés en Occident !... Et pourtant je suis en ce moment entre le trentedeuxième et le trente-troisième degré de latitude. Mais la monotonie et la pauvreté des productions naturelles semblent être le caraefèro de la plus grande partie de l’empire chinois.
Aujourd’hui j’ai remarqué que le frêne du Midi ressemblai! moins au Fraxiw* Runtfeancn qu’à notre Frax. ovnus , cl qu’il est aussi l’un des arbres communs que l’on trouve le long des cours d’eau de ce pays.
EN CHINE
Je rencontre encore, comme an Selchuan septentrional, des champs cultivés en Aconüus ( Napel lus?) ; cette plante si vénéneuse est très-recherchée pour la pharmacie chinoise.
En antre objet bien plus intéressant attire aussi mon attention, quand je me retrouve sur la plaine immédiate du llan-Kiang. Parmi les larges pierres rousses employées aux fréquents petits ponts de la route, j’en remarque plusieurs qui sont fossilifères : parmi d’autres fragments de coquilles appartenant aux âges paléozoïques, je compte distinctement trois Orthocères , (h1 la longueur et de l’épaisseur du doigt. — 11 faudra que j’aille examiner les carrières d’où proviennent ces pierres de taille, et que je me procure des échantillons de ces pétrifications qui remontent au delà des formations carbonifères.
23 mars 1873. Ouang-kia-ouan. Peau temps.
En rentrant hier au soir dans notre quartier général provisoire, on m’a annoncé la bonne nouvelle que le P. Yidi est aussi arrivé dans un village peu éloigné d’ici, après avoir abrégé de moitié le temps présumé de sa mission. Et, dès ce soir même, ce missionnaire italien, qui vil ici depuis plusieurs années sans voir d’Européens, a la bonne pensée de venir chez moi au moment même où je songeais ù lui faire ma visite.
Ce monsieur, qui parait instruit et très-intelligent, est originaire de Vérone et a fait ses études dans un collège organisé à la manière allemande. Les
éléments de l’histoire naturelle qu’il a étudiés avec goût l’ont mis en état de comprendre (chose fort rare parmi les hommes de notre profession) que l’étude de la nature est bien autre chose qu’un caprice de curiosité, qui n’est bonne tout au plus qu’à occuper les loisirs des personnes désœuvrées. . . . Aussi n’ai-je pas besoin de justifier , auprès du P. Yidi, l’ardeur avec laquelle je m’occupe de recherches d’histoire naturelle, et lui-même se fait-il spontanément un'devoir d’expliquer aux chrétiens du lieu que je ne suis ni un espion, ni un fou, ni un condamné à la glèbe , ni un homme désœuvré et incapable de rien faire de mieux que de courir après les bêtes, d’arracher des herbes et de casser des cailloux.
J’avoue que l’un de mes chagrins les plus sensibles, quand je me trouve avec les hommes de ma robe, fort respectables d’ailleurs pour leurs vertus et leur science théologique, mais trop étrangers aux découvertes des sciences d’observation, c’est de me voir quelquefois, à propos de mes occupations d’histoire naturelle, l’objet d’une sorte de pitié et de leurs railleries sur ce qu’ils appellent une toquade, ou une perle de temps.
Quelques-uns, il est vrai, accordent que sur tant de missionnaires européens qui vivent en Chine il y en ait un qui distraie de son temps quelques jours pour former les collections qui lui ont été demandées et qui sont destinées aux galeries nationales. Mais il en est peu qui conviennent que
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les questions d’histoire naturelle puissent sérieusement intéresser les ministres de la religion catholique. Les opinions des naturalistes sur l’àge du monde, sur celui du genre humain lui-même et des êtres vivants qui peuplent la terre, sur l’existence, la nature cl l’époque du déluge de Noé, etc., ne sont que de pures hypothèses, quand ce ne sont pas des impertinences.... On ne sc doute guère que c’est la connaissance complète des êtres que nous voyons sur notre planète, et de leur mode de distribution, l’étude de leurs relations avec les fossiles, qui doit nous apprendre le dernier mot sur les questions les plus vitales qui puissent intéresser l’esprit humain! — Un jeune et fervent missionnaire, bien ferré sur sa théologie et sur l'histoire, mais dépourvu de toute notion de géologie, s’écriait naguère, à la vue d’une coquille siliciliée que je venais de retirer d’une roche dévonienne , que c'était là une preuve évidente que le déluge mosaïque avait aussi couvert la Chine.... (C’était un spirifer plus ancien que la houille.) D’autres, à l’exemple du pieux auteur de la Relicjion devant la science, après avoir avancé que le nom de science ne convient pas aux connaissances naturelles, croient avoir tout dit et pouvoir expliquer toutes les formations antiques et tous les dépôts fossilifères, en attribuant aux lois de la nature et à la vie organique des premiers âges une activité qu’elles ne possèdent plus aujourd'hui ; de manière que la période classique des six ou sept mille ans doit suffire
abondamment pour expliquer tout ce (pie nous voyons dans notre globe, etc...
Le P. Yidi m’apprend que, dans son dernier voyage à la partie orientale du département, il a vu porter deux peaux fraîches d’un grand Felis , bien différent du Kin-tsien-pao ou panthère commune. D'après sa description, je comprends qu’il s’agit du Felis macroscelis, ce léopard aux teintes cendrées variées de larges raies noires, (pie j’ai rencontré aussi à Moupin, et qui vit jusque dans les grandes îles de la Malaisie. 11 me dit aussi qu’à une demi-journée de distance à l’ouest de Mién-Chién , il existe un ruisseau où jadis il a pris lui-même des Oa-oa-ya (salamandres) de moyenne taille : voilà une indication précise qui me fait le plus grand plaisir et dont je profiterai avec empressement. Est-ce mon Sieboldia , ou une autre espèce inconnue d’amphibien ? Je vais essayer d’en obtenir des exemplaires vivants.
24 mars 1873. Beau temps. Course à Fony-kia-
yny.
Le P. Yidi a passé la nuit dans notre résidence, et il a tout disposé pour «pie je puisse aller avec lui passer deux jours dans un village qui est à trois lieues d’ici, au sud de la rivière. Je pars d’autant plus volontiers qu’on me dit que, sur une pierre de taille près de laquelle nous aurons à passer, il y a une sauterelle pétrifiée ! ainsi que d’autres fossiles.
Cette fois, c’est en barque que nous traversons
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le Han-Kiang, qui est toujours couvert d’oiseaux [wrèls â partir pour le Nord. Le Casarka rutila commence à être moins abondant: il remonte dans la Mongolie et au Tibet, où ce beau canard niche et est l’objet d’un respect superstitieux qui lui est fort utile.
J’observe, sur le rivage, que les cailloux roulés par les eaux sont des grès siliceux jaunâtres, contenant des grains noirs de quartz lydien; il v a aussi quelques morceaux de calcaire paraissant carbonifère.
Cette fois-ci, notre petit voyage se fait à cheval; et cinq ou six autres cavaliers forment notre escorte d’honneur. Au passage d’un canal sans pont, l'un de nos guides qui se faisait remarquer par sa mise prétentieuse, une sorte d’élégant, de gommeux, s’engage bravement dans l’eau dans un endroit dangereux où son mulet perd pied et disparait momentanément sous l’eau. Notre jeune étourdi Hotte à la surface et gagne la rive à la nage, moins effrayé qu’humilié de sa mésaventure et surtout du piteux état de ses beaux babils de soie : nous nous efforçons de retenir le rire qui pointe sur nos lèvres, pour ne pas ajouter à la confusion de ce pauvre garçon, qui est obligé d’achever sa course à pied, humble comme une poule mouillée.
Quand nous sommes arrivés à la pierre aux fossiles, je trouve que la prétendue sauterelle pétrifiée n’est autre chose qu’un fragment d'un échinoderme quelconque ; la pierre est un grès cal-
caire d’un rouge jaune, très-dur, et contient aussi des traces d’orthocères. On me dit que ce bloc, qui forme l’angle d’une maison, provient du Léanchan , colline située à trois ou quatre lieues à l’ouest de Han-tchong-fou, et où il existe aussi de la houille. C’est, paraît-il, des nombreuses carrières de cette montagne que viennent toutes ces grandes dalles, rouges et jaunes, fossilifères ou non, que l’on voit employées aux constructions de cette plaine : il faudra aller jusque-là.
Ce soir arriva de Sin-gan-fou un courrier du P. Yidi qui lui apporte des lettres: il y en a aussi pour moi. L’une de celles-ci, écrite par mon correspondant de Changhay, m’apprend que les journaux de cette ville 011L annoncé le prochain envoi en Chine de deux expéditions scientifiques françaises... ! l’une pour explorer le Tonking cl le Yunan, et l’autre, sous la direction de Al. Dabrv, pour explorer la Chine centrale. Cette nouvelle inattendue, et que je trouve presque étrange, ne laisse pas de me causer un plaisir indicible, d’abord, parce que je vois que les malheurs de la patrie ne font pas oublier à mes compatriotes les questions scientifiques; ensuite, parce que j’aurai moins de regret de laisser inexplorée celle importante région, sachant que d’autres Français y viendront bientôt pour compléter l’œuvre d’investigation et d’étude que je n’ai pu que commencer....
25 mars 1873. Fong-kia-yng. Belle et chaude journée, connue hier.
EX CHINE
Après les fonctions religieuses pn r lesquelles nous célébrons la fête de l’Annonciation, nous allons, le P. Yidi et moi, visiter une sépulture qui jouit de la vénération des chrétiens du pays, et même de celle des païens des environs. C’est là que fut enterré, il y a prés de deux siècles, le premier missionnaire < ; ii i a implanté la foi chrétienne dans cette contrée. La tradition n’a point conservé ici le nom de cet apôtre, mais l’inscription chinoise de la pierre tumulaire dit que c’élait un prêtre français, appartenant à la compagnie de Jésus (j’ai su ailleurs qu’il s’agit d’un P. Fabre, natif d’Avignon). C’est, à lui que doivent leur ori-, gine toutes les chrétientés de celle vallée de Hantchong, oïi il a laissé la réputation d’un saint. Aussi son nom y est-il invoqué journellement, autant par les païens (pie par les chrétiens, et son tombeau est-il un lieu de rendez-vous pour les malades, fidèles et infidèles, qui ont foi dans la puissance de son intercession. On lui attribue plusieurs miracles.... Mais je me suis aperçu que ce n’est pas toujours avec raison. Ainsi, l’on raconte (jue, dans un temps de persécution, un mandarin ennemi des chrétiens voulut faire abattre la pierre tumulaire qui porte l’inscription chinoise, niais qu’aux premiers coups de marteau le monument commença à verser du sang; ce qui fit renoncer à cette destruction sacrilège. On montre encore les marges de la fente, que l’on dit teintes du sang miraculeux. Or, voici ce que j’y ai vu de mes yeux : la pierre (un grand bloc de
marbre en parallélogramme, planté verticalement en terre) porte en effet une fente transversale, laquelle est incessamment roussie, et non rougie, par une matière étrangère; mais celle-ci n’est que de l 'oxyde <1e fer, dont abonde la masse de celte pierre calcaire, et que l’eau pluviale dissout et fait suinter sur les bords de la fente !... Heureusement, la réputation de vertu et de sainteté de l’apôtre de Han-tchong repose sur des titres plus sérieux que celui-là.
Une autre preuve de la vénération dont jouit le P. Fan (nom vulgaire du missionnaire en question), même dans la population païenne, c’est qu’on a érigé en son honneur une pagode qui est desservie par des bonzes, dans l’une des gorges du Tsing-ling. Voici ce que dit la tradition du pays à ce sujet : « Un jour que ce saint prédicateur traversait les grandes montagnes, les hommes qui portaient ses bagages refusèrent de le suivre, en disant que cette route était infestée de tigres et qu’on ne passait jamais là sans que quelqu’un fût enlevé et dévoré par ces animaux. — Ne craignez rien, leur dit le missionnaire; et après avoir fait quelques prières, il bénit ces montagnes.... » Depuis lors, dit-on, oneques plus il n’arriva qu’un voyageur fût tué par le tigre dans ces parages. Et c’est pour cela qu’on lui érigea une chapelle, où sa statue représentant plus ou moins un prêtre catholique en costume d’église est journellement invoquée par les passants craintifs.
Comme je ne suis point allé dans le lieu dont il
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s’agit, c’est par ouï-dire que je raconte ce que je viens de dire, et sans garantir l’authenticité de celle histoire ni même l’existence de la pagode de Hanshien-sheng.
Après dîner, je retourne à Ouang-kia-ouan, pour me préparer à aller demain visiter la montagne aux pétrifications. Dans celte course, en fait d’animaux, je n’ai acquis qu’une jolie petite tortue, remarquable par sa carapace pointillée et par la longueur de sa mince queue; c’est peut-être un jeune de VEmi/s sinensis , espèce qui parait rare dans cette vallée.