‹ Journal de mon troisieÌ€me voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 14 sur 37 · DU 1" AU 30 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

DU 1" AU 30 NOVEMBRE

Séjour au I'okién occidental. — Nouvelle et grave maladie de M. David; danger de mort. — Retour il la vie, mais non à la santé; péripéties de la maladie. — Une dispute de famille chinoise; curieuse justice. — l’nc incursion de singes jaunes; détails sur les mœurs polygamiques de ces quadrumanes. — Perplexités du voyageur malade. — Préparatifs de départ pour retourner au Kiangsi.

1-2 novembre 1873. Koatén. lieux belles journées, avec la température descendue à huit degrés ce malin.

Même mauvais état sanitaire de nous trois, avec la différence que mon inflammation de la poitrine me fatigue de plus en plus.

On continue à nous apporter des oiseaux et des petits quadrupèdes pris au piège; mais, comme nos chasseurs ne savent employer qu’une soûle sorte de trappe, ils prennent toujours les mêmes espèces de bêtes. Cependant j’ai réussi à leur faire faire aussi des fouilles à la pioche; et ils ont pu saisir le lihizomys sinensis , ÏArvicola roux à ventre

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noir, et une taupe à long museau, qui ne me paraît pas différer de notre Talpa longïrostris du Setchuan.

3 novembre 1873. Ciel couvert.

Toute la nuit j’ai eu la toux, la fièvre et un violent mal de tête. Où tout ceci aboutira-t-il?

Plusieurs chrétiens d’autres parties de ce district sont venus passer ici les fêtes de la Toussaint ; ces gens ont aussi leur part de vexations à supporter chez eux. L’un de ces hommes, qui est maintenant au service du P. Calunga, est de la ville de Contak? C’est un nouveau chrétien, sans famille. 11 a dû fuir son pays natal, pour échapper aux tracasseries et aux persécutions, en laissant une vieille tante chez lui : leurs terres leur donnaient assez de riz pour vivre à eux deux. Mais, après son départ, les païens qui les cultivaient comme fermiers ont cessé d’en rien donner à la vieille femme, laquelle est morte de misère.... Et, ces jours-ci, on nous annonce que les bons voisins païens se sont tout bonnement partagé entre eux tout l’héritage du pauvre diable et de feue sa tante! — il n’y a que la Chine pour voir des faits semblables.

4 novembre 1873. Koatén. Ciel nuageux.

.Moins oppressé qu’hier, comme aussi mes deux

domestiques.

Le plus zélé et le plus adroit chasseur de ces montagnes est le nommé I : il ne se passe pas de

EN CHINE

jour sans que ce brave chrétien, originaire du Kiangsi, ne m’apporte des animaux. Malheureusement il ne chasse pas au fusil et ses pièges ne varienl pas; de plus, mes voisins, les montagnards, sont jaloux de lui, et ils font tout leur possible pour l’empêcher de chasser dans leurs bois, qui sont les meilleurs pour cela : aussi, pas de nouveauté.

5 novembre 1873 Koatén. Le vent de la nuit a cessé; mais le ciel est couvert.

Comme tous les jours, jusqu’à présent, je me suis levé au malin pour célébrer la messe, dans notre froide chapelle si largement ouverte au vent : mais un violent mal de tête me brise le crâne, et je suis en proie à un malaise indescriptible.

Heureusement, mes jeunes gens vont mieux, et le Ouang, étant allé à la chasse parmi les broussailles voisines, a la bonne chance d’v hier une do ces grandes mésanges que j’avais remarquées dès notre arrivée dans ces montagnes. Des oiseaux analogues de l’IIimalaya oui été décrits; mais il est probable que nous avons ici une espèce inédite, et dans ce cas notre belle mésange pourra bien se nommer Mucliloloplm* rex. Elle a la tête ornée d’une Imppe noire el jaune; les joues sont jaunes, ainsi que le dessous, avec une large raie noire médiane; le dos est d’un bleu cendré.

8 novembre 1873. Koatén. Beau temps.

Je me sens un peu mieux, mais je ne supporte

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pas la nourriture et il m’est impossible de travailler : c’est à peine si je puis écrire mes quelques notes quotidiennes et prendre les mesures et les signalements de tous les petits animaux qu’on m’apporte journellement.

Mon chasseur pékinois, qui paraît guéri, me revient aujourd'hui avec un Leiothrix luteci , charmant insectivore au bec rouge, à la gorge orange et aux ailes jaunes, que j’ai pris en abondance dans la Chine occidentale, mais qui n’avait point été signalé à l’est. Mais ce qu’il me faudrait, ce que je désirerais vivement, c’est un exemplaire adulte du singe jaune, dont je ne connais point encore l’espèce, et qui passe pour avoir un naturel beaucoup plus rusé que son congénère au pelage brun.

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