novembre 1873. Koatén. Deux jours pluvieux
Malgré un grand mal de tète, la toux et la fièvre, je continue à me sentir mieux portant; cependant,
EN CHINE
je garde le lit, à cause des sueurs Irop abondantes qui me surviennent au moindre mouvement. Mes garçons aussi vont mieux : Deo gratias!
Je commence à songer sérieusement aux moyens de m’en retourner au collège de Tsitou ; mais quelles difficultés! Je dois à la justice de dire que, à une seule exception près, ces chrétiens chinois, malgré les lettres de recommandation qu’ils ont reçues de leurs anciens missionnaires, se montrent bien froids pour venir à mon aide : avant tout, ils cherchent à m’arracher le plus d’argent possible : voilà les gens pour lesquels nous travaillons! Nous serions bien malheureux si nous devions compter sur leur reconnaissance.
Le brave P. Colunga est plein de bonnes dispositions à mon égard, dans tout ce qui dépend de son service personnel; mais il peut bien peu, lorsqu’il s’agit des autres : il ne comprend même pas le jargon sauvage de ces montagnards! Tous ces jours-ci il est occupé à acheter ses provisions de riz pour l’année, à raison d’un quart d’once d’argent par trou (14 livres chinoises) : c’est quatre ou cinq fois plus cher qu’à Tsitou.
20 novembre 1873. Koalén. Beau temps.
Mon mieux continue; demain je pourrai me lever. N’ayant pas ici de charpentiers qui puissent me faire des caisses, pour y enfermer nos collections, je fais confectionner quatre grands paniers en bambou qui en tiendront lieu.
Mes acquisitions zoologiques d’aujourd’hui con-
sistenl en un lièvre ( Lepus sinensis) grisâtre rare ici, et en un Rhizomys. A propos de ce dernier gros rongeur, mes montagnards me soutiennent qu'il en existe deux espèces, qu’ils distinguent sous les noms de Tchou-liou et de Tchou-lun , qui vivraient parmi leurs bambouseraies les plus élevées : Quien lo sabe?
21 novembre 1873. Koatén. Beau temps.
J’ai pu dire la sainte messe ce matin, ce que je n’avais pas fait depuis dix jours. Mais, je crois que je suis encore éloigné de ma guérison : le froid que j’ai dû subir m’a occasionné des défaillances qui ont duré plusieurs heures!