novembre 1873. Koatén. Très-beau temps
Bien que ma petite course aux singes ait dérangé de nouveau mes fonctions intestinales, je sens avec satisfaction que l’état général de ma santé continue sa marche progressive. Mais une grande faiblesse, le manque d’appétit, la vue trouble, le pas chancelant, me démontrent que je n’ai pas lieu d'espérer pouvoir jamais guérir dans ces parages. Je désire donc me mettre en route aussitôt que je le pourrai, sans même attendre que l’on m'apporte les autres animaux que l’on m'a promis et que j’ai offert de payer très-libéralement, tels que le hanky , etc.
28 novembre 1873. Koatén. Temps couvert et tendant à se gâter.
Plus heureux (pie les jours précédents, mon chasseur a tué un beau singe jaune, qui était occupé avec sa bande à voler des raves. Quand sa balle a abattu cette pauvre bête, le petit qu’elle portait sur elle a été saisi et emporté par un autre animal de la troupe.
Le lidèlc trappeur 1', en m’apportant un Mus
EN CHINE
pyymœus, tout semblable à celui de Moupin, m’annonce que les faisans hanky se trouvent maintenant sur deux points de la montagne, parmi des bois de son voisinage. 11 est dommage que la maladie et l’absence totale de mes forces m’empêchent d’aller donner la chasse à ces gallinacés, qu’on me dépeint comme des oiseaux inconnus de moi et comme appartenant à plusieurs espèces...? Je me sens de plus en plus impatient de quitter ces lieux mortels pour nous, parce que, si la poitrine va un peu mieux, le dérangement stomacal et la lièvre cliao me tiennent toujours malade et dans une faiblesse désespérante.
29 novembre 1873. Koatén. Pluie froide, puis neige tout le jour.
Comme pour donner de la variété à mes misères, il me survient aujourd’hui un accès de pure fièvre intermittente !
Rien de nouveau. Je voudrais partir d’ici lundi prochain; mais, comment voyager à pied par ces atroces montées et descentes continuelles pendant six journées, épuisé comme je suis par tant de longues maladies? Je suis pourtant tellement impatient de m’en aller que, si j’ai des porteurs pour nos bagages, je n’hésiterai pas à tenter un effort suprême, quand même on ne trouverait pas la chaise à porteurs qu’on cherche pour moi.
30 novembre 1873. Koatén. Beau temps, forte gelée, matinée très-froide.
Deo gratias! je partirai demain pour Tsitou, et à pied, puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement. 11 y a quatre robustes montagnards qui se chargent de porter nos objets jusqu’à mi-chemin: là nous chercherons d’autres porteurs.
En me remettant le seul exemplaire de faisan Elliot qui ait été capturé dans ces montagnes, le chasseur Y me répète qu’autrefois on ne connaissait point cette espèce ici, et que ce n’est que depuis quelques années qu’elle a fait son apparition dans les parages de Koatén. Ceci n’étonne nullement celui qui connaît les habitudes voyageuses des autres phasianides.