‹ Journal de mon troisieÌ€me voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 22 sur 37 · décembre 1873. Tsitou · texte numérisé non relu

décembre 1873. Tsitou

Comme une très-ample expérience m’a appris que ce climat est nuisible à ma santé et que je ne puis pas travailler utilement dans ces pays, je songe à me rendre à Kiou-kiang, pour aller à Changhav. Si, dans cet intervalle, mes maladies disparaissent et si les forces me reviennent, mon désir serait d’aller de nouveau au Tché-kiang, passer une saison à explorer les mers chinoises pour le compte de notre muséum national. Et même plus tard, si le cœur m’en disait, je voudrais pousser jusqu’aux îles Philippines, et employer un an entier à collectionner dans ces riches régions. Ce n’est qu’après ces travaux que je rentrerais définitivement en France, en passant probablement par le Japon et l’Amérique.

Pour le moment, force m’est de prolonger mon séjour à Tsitou; car, d’après ce qu’on me dit, les mois de décembre et de janvier sont les plus mauvais de l’année pour traverser le grand lac Po-yang, du sud au nord, et les bateaux ne veu-

lent point naviguer pendant l’hiver. Or, dans mon état de santé et avec les grands bagages que j’ai, c’est la voie d’eau que je dois prendre nécessairement.

D’un autre côté , je regretterais beaucoup de quitter cette contrée sans m’être procuré quelques autres animaux qu’on m’y indique encore, et sans avoir aussi renvoyé mon chasseur Ouang à Koatén, pour essayer d’y prendre les mystérieux faisans en question....

La plus grande partie de ce mois se passe avec un temps beau et relativement chaud. Il commence à faire froid vers la fin ; et, tout le jour du 31, il tombe une neige abondante.

Pendant ces vingt-cinq jours, mes collections se sont accrues de plusieurs acquisitions intéressantes. Le 17 décembre, j’ai tué trois beaux exemplaires d’un Hierax que je ne sais à quelle espèce connue rapporter : ils ressemblent à un oiseau que j’ai déjà vu entre les mains du P. Heude, et que nous avons cru, sur une simple indication d'habitat, être le Ilierax sericeus. Aux chasseurs du voisinage j’achète VUrva cancrivora , le Canis procyonoïdes, 1 ’Helictis moschata, le Viverrula malaccensis , le Felis chinensis , et le Paguna larvata ; mais ces hommes ne parviennent pas à me procurer le Cervulus ni l’Hystrix du pays.

Parmi les oiseaux nouveaux que j’ai observés au pays, je dois mentionner un magnifique aigle impérial, à scapulaires blancs, et un grand aigle pygargue [H. Albicilla ), que j’ai trouvé cou-

vant déjà ses œufs, au 20 décembre, sur un grand arbre qui borde la rivière de Kien-tchang. Je ne pensais pas que cette espèce s’arrêtât tant au midi pour nicher.

Ma guérison ne procède que lentement et fort irrégulièrement. La fièvre part et revient capricieusement avec ses sueurs si dangereuses; ma poitrine est toujours engorgée et je tousse beaucoup; mon estomac et les intestins sont toujours malades et les digestions très-difficiles. Malgré tout cela, il y a une tendance marquée vers le recouvrement de la santé et des forces, et je puis faire quelques promenades sans fatigue.

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