‹ Journal de mon troisieÌ€me voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 25 sur 37 · GO · texte numérisé non relu

GO

Gros-becs

Colombiens

Phasianides

l'erdicicns

Échassiers

Palmipèdes

On voit par ces exemples que ce sont les oiseaux aquatiques et les oiseaux de proie diurnes qui offrent le plus d’espèces communes aux deux extrémités de l'ancien monde; tandis que les oiseaux insectivores et les gallinacés sont dans le cas contraire.

l'n fait digne d’étre remarqué, c’est que certains groupes d’oiseaux (et on pourrait étendre l’observation à d’autres groupes d’animaux) se trouvent

EX CHINE

cantonnés dans certaines limites et représentés par de nombreuses espèces voisines, cpii paraissent remplir aux mêmes lieux des rùles exactement identiques; tandis qu’ils manquent totalement sur d’autres points de la terre, où ils pourraient parfaitement vivre, sans qu’ils soient remplacés là par des espèces équivalentes. Ainsi, la riche et admirable tribu des Phasianides possède près de quarante espèces, dont plusieurs très-ressemblantes entre elles, groupées autour du massif thibétain ; tandis qu’elle n’a aucun de ses membres dans le reste du monde entier. Ainsi encore, c’est par trente et quarante qu’il faut compter les oiseaux, trèsvoisins entre eux, de la famille des cratéropodes que l’on trouve en Chine et dans les pays voisins, et qui n’ont aucun de leurs parents en Europe. D’après ces faits et beaucoup d’autres, pourraiton croire qu’un si grand nombre d’espèces voisines, quoique bien distinctes, ont été créées et placées ab origine toutes dans les mêmes lieux et avec des aptitudes et une organisation identiques, en laissant manquer de leurs représentants tout le reste du monde? Ne serait-il pas plus rationnel d’admettre (pie les types principaux des animaux et des plantes étant une fois apparus sur la surface de la terre, quand et comme il a plu au Créateur (ce qui sera sans doute toujours un mystère pour l’homme), ils ont subi des modifications qui les ont divisés en races, en variétés, en espèces, en genres..., qui ont continué à se propager près des lieux de leur origine? Nous comprendrions ainsi

pourquoi l’Amérique possède plus de quatre cents espèces de colibris, quand il n’en existe pas une seule en Afrique, dans l’Inde, dans l’Australie, où abondent aussi les fleurs, etcv etc., etc.

Reptiles. — On connaît en Chine une dizaine d’espèces de tortues , dont aucune n’est européenne. Sur dix-neuf sauriens il n’y en a non plus aucun d'Europe; de même, de trente-cinq ophidiens , aucun ne se retrouve en Occident. Les quatre salamandres connues de la Chine lui sont propres; et le monstrueux Sieboldia Davidi paraît différer de son congénère du Japon. Sur une quinzaine de batraciens anoures que nous avons rencontrés en Chine, deux sont rapportés à des espèces européennes : le Rana esculenta et le Rana temporaria. Il y a des doutes pour le Ilyla viridis, ou reinette.

Poissons d’eau douce. — Je ne veux rien dire à ce sujet sinon que les espèces d’eau douce sont relativement très-nombreuses ; qu’aucune d’elles peutêtre n’est européenne, à l’exception de l’anguille vulgaire; que le genre Salmo manque totalement à la Chine, et qde c’est avec l’Amérique septentrionale que notre faune ichtliyologique a le plus de rapports.

Animaux annelés. — Je n’ajouterai, en finissant, que quelques mots sur les animaux annelés ou articulés, {.'écrevisse n’existe pas en Chine, maison

EN CHINE

prétend qu'elle a été vue en Corée. En revanche, plusieurs espèces de crabes d’eau douce et de crevettes pullulent dans tous nos cours d’eau, à plusieurs centaines de lieues dans l’intérieur du continent, et jusqu’en Mongolie et au Thibet.

Les coléoptères du nord de l’empire appartiennent pour la plupart aux genres européens; mais ce sont des espèces presque toutes différant des nôtres. Aucun de nos carabes ne se retrouve en Chine ; et sur vingt espèces de cicindèles que j’y ai récoltées aucune n’est européenne. Il faut dire la même chose des [cerfs-volants, des cétoines , des hannetons : les trois hannetons- foulons que j’ai rencontrésdans ce pays diffèrent spécifiquement de celui de France. Mais certains autres insectes, comme le Coccinella labilis, le Cocc. duodecim-punctata, Y Hydrophilus piceus, etc., s’y trouvent partout, du nord au sud ; et notre Ægosoma scabvicorne abonde dans les arbres pourris de Pékin. Les melolonthides du genre Anomala sont particulièrement communs dans la Chine, de même que les cantharides; les Donacia sont remplacées par les Sagra. En avançant au midi, les insectes ressemblent à ceux de l’Inde et de la Malaisie, comme le prouve la capture que je viens de faire au Kiangsi d’un Trictenotoma et d’un Euchiride.

Quelques-uns des papillons communs de France vivent aussi en Chine; tels sont le Papilio machaon, le Vanessa antiopa, le Van. lo, le Pgrameis cardui, le Pieris rapœ, le P. Daplidice, le Leucophasia sinapis, le Leuconœa cratægi, le Lycæna bœ-

tica, le Polyommatusphlæas, le Polyom. virgaureœ, \e Macroglossa slellalarvm, Y Acherontia alropos, le Deilephila convolvuli , le Deil. elpenor. Notre vulcain , notre petite tortue, notre Robert-le -diable , notre carte géographique, noire citron , y sont représentés par des espèces correspondantes très-voisines. Le genre Zygœna, si riche en Europe, fait défaut totalement ; et sur quarante-cinq espèces de satyres que j’ai récoltées, aucune n’est européenne. Le ver à soie type, dont les Chinois eux-mêmes ne savent point indiquer la patrie originaire, a été rencontré par nous dans les monts Ourato, dans son état sauvage et primitif, et nulle part ailleurs. Au sud, les lépidoptères prennent un faciès tout indien, et on y voit voler les ornithoptères , les Leptocircus aux très-longues queues, les Papilio aux couleurs noires, les Diadema. Nos gracieuses dianes [Thaïs) sont remplacées par les genres Sericïna et Armaudia, dont les chenilles se développent aussi sur les Aristoloches ; tandis que les Parnassius des grandes montagnes du nord et de l’ouest ressemblent beaucoup à ceux qui voltigent à la cime de nos Alpes et des Pyrénées. Nos petons de nuit sont remplacés en Chine par d’autres nombreux Bombyx, dont quatre ou cinq sont utilisés pour obtenir une soie de qualité inférieure. Le géant de tous les bombicides de l’ancien monde, Attacus atlas, se propage en grand nombre sur le camphrier, et lait sa chrysalide dans de beaux cocons à mailles, dont les Chinois savent aussi extraire un til très-solide.

EN CHINE

Mais un fléau des papillons en Chine, c’est cette incroyable quantité qu’il y a dans ce pays de libellules (demoiselles) de toute sorte, que l’on voit occupées sans cesse à donner la chasse aux plus gracieuses d’entre les créatures ailées.

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