CHAPITRE XXXI
Observations sur la distribution géographique des animaux en Chine. — Animaux domestiques. — Mammifères sauvages ; oiseaux; reptiles; poissons articulés.
Je mets fin à ces notes de mon dernier voyage, en récapitulant ici mes observations sur la distribution géographique de quelques animaux de la Chine proprement dite et de ses confins immédiats.
Animaux domestiques. — Tous les chevaux indigènes que j’ai vus en Chine sont petits et trapus, et appartiennent à la race tartare. Les Chinois parlent des chevaux du Yunan comme d’animaux plus grands et plus élégants : je n’en ai point vu, même quand j’étais au Setchuan. Le cheval n’abonde nulle part dans cet empire, excepté en Mongolie; mais il est particulièrement rare dans le Midi. 11 en est de même de l’une, qui ne diffère pas de celui d'occident. Les mulets sont beaux et estimés à Pékin, et ils s’y vendent toujours quatre ou cinq fois plus cher que les chevaux. Le chu -
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meau à deux bosses est le seul que l’on connaisse dans la Chine, et il est employé en grand nombre dans les provinces du nord el du nord-ouest; cet animal résiste aux froids les plus vifs comme aux plus fortes chaleurs, mais il redoute les climats humides.
On peut dire que ce n’est que dans la moitié septentrionale de l'Empire qu’on utilise les animaux pour l’équitation et pour le transport des marchandises : partout ailleurs c’est la chaise à porteurs, la brouette et les épaules humaines qu’on emploie.
Le bœuf An nord de la Chine diffère peu ou point de la race ordinaire de l’Europe; il est remplacé au Midi par un zébu particulier et par le buffle ami. Ce n’est que dans les régions élevées des frontières occidentales qu’on nourrit le yak au long poil, avec sa variété sans cornes qui paraît être une race bien distincte. Le bœuf grognant vit encore sauvage au Kokonoor et au Thibet septentrional.
La race ovine offre trois variétés principales : celle du Nord, ayant une taille haute, la queue assez courte et très-épaisse; celle des provinces du centre-ouest, qui a aussi la queue très-adipeuse dans la première partie de sa longueur, avec de longues cornes allongées en spirales horizontales, et une troisième, répandue au Centre et au Sud, ayant la queue mince et les pieds laineux jusqu’aux doigts. La chèvre se trouve dans tout l’empire, et ne diffère pas de la nôtre.
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En général, les Chinois élèvent très-peu de bêles à cornes, parce qu'ils n’en utilisent point le lait, et peu la laine.
En dehors du grand et grès chien noir mongol , que l’on retrouve jusqu’au Thibet, et du carlin au front bombé de Pékin, les Chinois ne possèdent que des chiens sans distinction. Je ne sache pas qu’ils élèvent de ces animaux pour la boucherie, comme on le dit en Europe; et ce n’est que par exception que je leur ai vu manger de la viande canine, non pas à cause de sa saveur, mais pour les propriétés corroborantes qu’on lui attribue. Le chat chinois est le même que le nôtre, mais il est plus faible; je n’y ai point vu la variété à longs poils. — Ce peuple élève encore un petit nombre de lapins et de cochons d’Inde ( Cobages ) qu’ils ont reçus des Européens. Le porc du Nord parait absolument identique au nôtre; il est remplacé au Sud par l’espèce dite chinoise, qui provient d’une autre souche, et qui est remarquable par sa tête courte et par la peau plissée de son front. En Chine la viande de porc est considérée comme saine et légère à l’estomac, et c’est la première que les médecins permettent aux malades : en cela les Européens commencent à imiter les indigènes.
En fait d’oiseaux domestiques, les Chinois possèdent l’oie tuberrulée (.tnser cygnoïdes), nourrie en petit nombre; le canard vulgaire, élevé par milliers; le cormoran se multipliant en domesticité et employé pour la pêche; de nombreuses variétés de
poules, et le pigeon ordinaire, dégénéré en deux ou trois races. Tous ces oiseaux sont les mêmes dans tout l’empire. — Bien que la Chine soit la vraie patrie de tous les faisans , ce peuple n’a jamais songé à en élever aucun en domesticité, pas plus que le paon , qui vivrait encore sauvage dans les limites méridionales de leur empire. Ce n’est que depuis quelques années que les Européens lui ont procuré la dinde , qui n’est encore qu’un objet de curiosité.
Animaux sauvages. — A cause de la destruction presque totale des forêts, les grands mammifères sont très-rares en Chine, et nous n’y trouvons plus que les restes d’une faune qui a dû être trèsriche.
Le Macacus tcheliensis se propage en petit nombre sur les rochers, depuis les froides montagnes de Pékin jusqu’au Setclman et au Fokién. Le Macacus tibetanus vit dans le centre de l’empire, de l’ouest à l’est, dans les régions boisées. Le curieux Bliinopithecus roxellana n’a été observé que dans les hautes forêts du Tibet oriental et du Kokonoor. Un quatrième grand singe noir, inconnu, ayant une longue queue, est indiqué vers le Yunan et le Kouy-tcheou. M. R. Swinhoe signale le Macacus cyclopis à Formosa; le Mac. sancti joannis dans les îlots de Hong-kong, et le Mac. erythæus, à l'île de Haïnan. D’après le même naturaliste, un Hylobates et un Nycticebus existeraient encore dans la partie occidentale du Kouang-si. Cela ferait déjà
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neuf quadrumanes pour la Chine; mais il esl probable qu’il y en a davantage.
Chéiroptères. — Le total des chauves-souris observées en Chine par M. Swinhoe et par moi monte à trente-cinq espèces. De ce nombre, le Vesperus serotinus , le Vesperugo akahomuli et le VesperlUio Davuli ont été trouvés à Pékin. Quatre autres vivent à Moupin : Rhinolophus larvatus , Vespertilio moupinensis , Murina, aurata et Murina leucogaster. Le Vesperugo pumiloïdes est très-abondant au Kiang-si et au Setchuan; j’ai rencontré aussi le magnifique Phyllorhina Swinlioi au Kiang-si oriental, ainsi que l’espèce fructivore connue sous le nom de Cynonycteris amplexicaudata, qui est si commune à Hong-kong.
Mammifères insectivores. — Les Chinois citent le hérisson dans toutes les parties de leur empire; je ne l’y ai vu que dans deux endroits. La race qui abonde à Pékin est remarquable par scs teintes piles (dans les individus femelles!), et a été décrite par Swinhoe sous le nom d ’Erinciceus dealbutus. La race dont j’ai vu les débris sur les confins du Setchuan différerait de la précédente. La taupe commune de la Chine ( Talpa longirostris) est assez commune au Setchuan, au Chcnsi et au Fokién. C’est une espèce particulière de ce genre [Talpa insularis) que M. Swinhoe a trouvée à Formosa. La province de Pékin et la Mongolie m’ont fourni un lalpien (■ Ücaptochirm moschatus ) qui dif-
fère des vraies taupes par son système dentaire, et qui est remarquable par sa forte odeur de musc. Un fort curieux insectivore qui a les mœurs des taupes [Anourosorex squamipes ) vit en abondance au.Setchuan, au Ghensi et à Moupin. Le Nectogale elegans, remarquable par les reflets irisés que prennent ses poils dans l’eau, séjourne auprès des eaux claires des torrents et vit de poisons, à Moupin et au Chensi. Le nord de la Chine ne nous a fourni aucune musaraigne; mais le Scaptonyx f-usicaudatus a été pris au Tsing-ling et au Kokonoor. Le Selchuan et Moupin ont donné YUropsilus soricipes, le Crocidura atténua, ta, le Sur ex cylindricauda et le Sorex quadraticauda. D’un autre côté, j’ai rencontré au Kiang-si et au Fo-kién le gros Sorex murinus , qui pue tant le musc et qui abonde aussi à Canton, et un autre petit Sorex non encore décrit. De plus, M. Swinhoe indique une autre espèce de ce genre à Formosa.
Carnassiers. — Le grand tigre est répandu, heureusement en petit nombre, depuis les limites méridionales de l’Empire jusqueetycompris laMantchourie, ainsi que la panthère, qui offre la variété jaune au sud et au centre, et la variété ( Felis fontanieri ) à couleurs pâles, à Pékin et plus au nord. L’once, au doux poil blanc tacheté de noir, paraît limitée aux régions. septentrionales, tandis que le léopard marbré [Felis rnacroscelis) a été observé au Chensi, au Selclnian et à Formosa, aussi bien que dans la Malaisie. Le Felis chmensis et le Felis vi-
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verrina paraissent propres à la moitié méridionale de l’Empire et à ses grandes îles ; le Felis scripta a été pris au Setchuan et au Chensi, et le Felis tristis, le Felis micro tis et le Felis manul ont été procurés au Tchely et en Mongolie. J’ai vu aussi des débris de peaux de lynx provenant du Kansou et du Setchuan. Cela porte à douze le nombre des félins rencontrés en Chine.
Le Putorius sibiricus est répandu dans tout l’Empire et y forme trois ou quatre races distinctes* Un Pulorius à ventre jaune (Put. ustutus ) est propre aux plus hautes montagnes de Moupin, et une espèce analogue vit au Fokién. Une variété de notre marte habite la Corée et s’avance jusque dans la Chine septentrionale, tandis que les provinces du sud nourrissent communément le grand Martes flavigula. La fouine , qui est très-rare dans les montagnes de Pékin, ne paraît pas différer de l’espèce européenne. Trois loutres sont bien connues des Chinois : le Luira chinensis, qui fréquente les rochers de la mer; le Luira Swinhoi, qui vit dans les rivières, et la grande et rare loutre de mer ( Enhydris ), qu’on ne trouve plus que sur les côtes de la mer de Corée.
Le Fleuve-Jaune paraît être la limite septentrionale de l’ habitat du Viverra zibetha, du 1 iverrula malaccensis et du Paguna larvata , tandis que VUrva cancrivura se tient au sud du Fleuve- Bleu.
VHelictis moschata , qui offre la variété à ventre jaune aussi bien sur le continent que dans For-
mosa, n’a été pris qu’au midi du Yang-tsé. Trois blaireaux différents ont été rencontrés en Chine : le Meles leptorliynchus , s’étendant de Pékin au Fokién; le Meles leucolœmus, vivant à l’ouest, depuis la capitale jusqu’au Chensi inclusivement, et le Meles obscurus propre à Moupin.
L’ours noir à croissant blanc sur la poitrine et à museau roux [Ursus tibetanus) se trouve encore, quoique en petit nombre, dans toutes les grandes montagnes du nord et de l’ouest. 11 paraît qu’il existerait un autre ours, de couleurs grisâtres, vers la Mantchourie; mais le rare Airulopus melanoleucus n’a été rencontré que dans les forêts les plus élevées du Setcbuan occidental et du Kokonoor. C’est aussi seulement des forêts de Moupin tpie j’ai eu le curieux petit ursien à longue queue, dit Panda (. Ailurus fui gens), qui a été d’abord découvert dans l’Himalaya.
Le chacal n’existe pas en Chine; mais le loup vulgaire y est partout abondant, tandis qu’une espèce plus rare de Canis, peut-être le C. alpinus de Pallas, n’a été pris que sur les frontières occidentales du Petchely. De même qu’en France, le renard offre en Chine la variété à ventre noir et la grande variété à ventre blanc. Les races du midi paraissent différer du renard ordinaire, et M. Swinhoe en a décrit deux sous les noms de Vulpes hooly et de V. lineivenlris. Le petit renard, connu des naturalistes sous le nom de Nyctereutes procyono'kles , est répandu depuis Canton jusqu’au Léaolong, en s’avançant jusqu’à Han-keou.
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Rongeuhs. — Le porc-épicdc Chine, qu’ona voulu distinguer sous le nom d'Hystrix subcrislatus , est connu dans toutes les montagnes du sud et du centre jusqu’au Hoang-ho. Les plus grandes hauteurs du Setchuan et du Kokonoor nourrissent, à la proximité des neiges perpétuelles, une grande et belle marmotte, qui a reçu le nom d’Arctomys robustus. Le Spermoleyus mongoliens, une marmotte de la laille d’un écureuil, se propage en grand nombre sur les plateaux découverts de la Mongolie et jusque dans les plaines sèches de Pékin et du Chensi. La plus petite miniature de tous les lièvres connus du monde, le Lagomys tibetosnus, qui n’est pas plus gros qu’un rat, a été aussi rencontrée dans les montagnes de Moupin. Tandis que le sud de la Chine ne connaît que le Lepns sinensis, de la taille et de la couleur d’un lapin do garenne, le lièvre mongol ( Lepus lolaï ), qui ressemble beaucoup au nôtre, est répandu dans tout le centre et le nord de l’Empire, ainsi que dans la Mongolie. Le lapin sauvage manque absolument dans l’extrême Orient. La douce et élégante gerboise ( Dipus annulatus) broute l’herbe rare des hauts plateaux du nord du Tehély et de la Mongolie, et dans les mêmes localités se propagent en grand nombre deux jolies gcrbilles [Gerbillus psarnmophilus, Gerb. unyuiculatus ). C’est dans le nord-ouest de l’Empire que sont cantonnés les étranges rats-taupes : Siphneus psilurus, Siphn. Fontanieri et Siph. Armandi , genre dont on ne connaissait précédemment que la seule espèce
sibérienne. Ces gros rongeurs ont les ongles des pattes de devant énormes, ce qui leur permet de vivre sous terre à la manière des taupes. Les Rhizomijs , autres rongeurs à mœurs souterraines, sont des campagnols monstrueux et croissant jusqu’à acquérir le poids de trois livres chinoises, qui se nourrissent de végétaux, et vivent parmi les bambouseraies des montagnes vers trois mille mètres d’altitude. J’ai rencontré le Rhizomys vestitus au Chensi, au Kokonoor, au Setchuan et au Fokién. Je ne sais pas si le Rh. sinensis obtenu de Canton par les Anglais est une espèce distincte de la nôtre. La Chine n’a donné jusqu’ici que deux vrais Arvicola : VArvicola mandarinus , propre aux plateaux élevés du nord-ouest, et VArvicola melanogaster , rencontré dans les montagnes du Chensi, du Setchuan et du Fokién. Des Hamsters de taille moyenne (Cricetulus griseus , obscurus et longicaudatus) abondent dans la plaine de Pékin, en Mongolie et jusque dans tout le Chensi, et y causent souvent des dégâts considérables aux champs de blé et de haricots.
Je doute qu’il y ait au monde un pays où le genre Mus soit représenté par des espèces aussi nombreuses que dans cet Empire; moi-même j’en ai collectionné vingt-sept espèces différentes, et à ce nombre il faut ajouter plusieurs autres espèces trouvées par M. Swinhoe à Formosa. Sur ces trente et quelques espèces de rats et de souris dont est riche la Chine, une seule est sûrement européenne [Mus decumanus).
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Sur neuf espèces connues d’écureuils de Chine, deux paraissent être représentées aussi en Europe, car nous avons à Pékin un écureuil noir qui peut être considéré comme une simple variété de notre Sciurus vulgaris, et le Tamias stria lus, qui vit aussi en Pologne. Le Sciurus Davidi séjourne dans les monts Si-chan, du Petchely. Au Chensi méridional et au Setchuan, celte espèce est remplacée par une forme voisine ( Sciurus Pernyi ) et par le Sciurus Mac-Clellandi , qui vit aussi au Fokién, au Kiangsi, A Formosa et dans l’Himalaya. Les environs de Changhay ont donné le Sciurus chinensis , le Tchekiang le Sc. griseipectus , qui a le ventre roux ; et Canton, Formosa et le Fokién le Sciurus castaneivenlris. Je viens d’obtenir dans les montagnes occidentales de cette dernière province un écureuil qui diffère des précédents par une taille moindre et par sa poitrine teinte de jaune tendre (Sc. flavipectus).
Les écureuils-volants indiqués par M. Swinhoeà Formosa sontau nombre de trois: Pteromys kaleensis , Pteromys grandis et Pteromys pectoralis. Moupin, le Selchuan et le Chensi m’ont donné en plus le Pteromys alborufus, le Pteromys melanoplerus et une troisième espèce indéterminée, de moindre taille. Les bois du nord de la Chine continuent à nourrir encore le Pteromys xanthipes , qui y est très-rare. Je ne dois pas omettre de citer ici un dernier rongeur, que je viens de trouver au Fokién, et qui doit constituer un genre nouveau : ce trèscurieux animal a la taille et les couleurs cendrées
de la souris, avec les yeux microscopiques des sorex el une longue queue terminée par un bouquet de poils raides.
Ruminants. — Quatre formes de la famille des antilopes vivent dans la Chine : 1° Y Antilope guttorosa , au nord-ouest, sorte de grande gazelle, propre aux plateaux découverts ; 2° le Budorcas taxicolor , étrange animal ayant les formes du bœuf, avec la taille et les proportions de YOvibos, qui vit dans les plus hautes montagnes du Chensi, du Kansou et de Moupin, de même que dans l’Himalaya oriental ; 3° le Nemorhedus Edwardsii , de la taille du daim, habitant par paires les hauteurs boisées du Chensi, du Kansou, du Setchuan et du Fokién; et 4° le Nemorhedus caudatus , répandu par petites bandes dans les grandes montagnes rocheuses de tout l’Empire, où il est représenté par quatre variétés différentes : la typique s’étend depuis Pékin et la Corée jusqu’aux monts Tsing-ling au Chensi; le Setchuan et Moupin nourrissent le Nem. griseus elle Nem. cmereus,etFormosaeontient le Nem. Swinhoi, tandis que le Japon et Sumatra possèdent aussi leurs formes alliées de cette espèce.
Deux Ovis se perpétuent encore dans notre Empire : l’Oüis argali, devenu très-rare dans les hauts plateaux du nord-ouest, et F Ouïs nahoor , que j’ai rencontré au-dessus de quatre milles mètres à Moupin et au Kokonoor oriental.
Le Chevrotin à musc vit dans les montagnes à rhododendrons, non-seulement au Thibet, au Sel-
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chuan cl au Chensi, mais encore au Fokién et au Kiangsi d’une part, et à Pékin de l’autre, en Mon golie, en Corée et jusqu’en Sibérie. Les couleurs de celte élégante créature, dont l’aire d’habitation est si vaste, sont sujettes à varier considérablement, non-seulement suivant les lieux, mais aussi suivant l’àge et le sexe. Le musc sans musc, nommé Hydropotes inermis à cause des mœurs aquatiques qu’on lui a supposées, et qu’on croyait d’abord limité à quelques îlots du bas Yang-tsé-kiang, vit aussi, et en très-grand nombre, dans les collines qui longent le grand fleuve, aux environs de Kioukiang, et jusqu’au delà de Han-keou : c’est un animal très-prolifique. D’après mes renseignements, une espèce analogue habiterait aussi la Corée.
Les Cerfs de toutes grandeurs rencontrés en Chine montent à quinze espèces : le nord nourrit YElaphodus davidianus , le Cervus xanlliopygus, le C. mantchuricus , le C. silca et le C. pygargus; la frontière occidentale du Setchuan et le Chensi possèdent le Cervus Hippelaphus et le C. affinis (outre deux autres espèces ressemblant au C. manlchuricus et au C. silia), avec YElaphodus cephalophus et le Cervulus lacrymans; les provinces du sud du Yang-tsé ont donné le Cervus Kopschn elle Cervulus Reevesi; l’île de Formosaale Cervus Swinhoi et le C. pseudaxis, et Haïnan possède le Panolia frontata et le Cervulus vaginalis. Le Cervulus lacrymans et YElaphodus ccphalophus s’étendent depuis le Thibet jusqu’au Fokién, tant au nord qu’au sud du Fleuve-Bleu,
JOURNAL DK VOYAGE
Quant au Chameau sauvage , les renseignements que j’ai pris dans mes divers voyages en Mongolie et vers le Kokonoor m’ont fait croire que cet animal vit encore dans son état primitif et indépendant dans les régions inhabitées qui s’étendent à l’ouest du Kokonoor et du Kansou.
L’animal connu des Chinois sous le nom de Yé-lu (mulet sauvage) est VE quus hemionus , propre aux plaines mongoles, et que je ne pense pas avoir jamais été vu dans les limites de la Chine proprement dite.
Le Sanglier est abondamment répandu dans toutes les régions montueuses de la Chine. Celui du nord paraît identique avec le Sus aper d'Europe; mais la race de Moupin a été distinguée sous le nom de Sus moupinensis. Quant à celle de la Chine orientale, M. Swinhoe pense retrouver en elle le Sus leucomgstax du Japon, tandis que la petite forme de Formosa constituerait une espèce différente, Sus taïvanus.
Les anciennes descriptions de la Chine parlent du tapir, du rhinocéros, et de l 'éléphant, comme d’animaux vivant dans l’empire. Il est certain que ces pachydermes n’existent point dans les confins actuels du Royaume du Milieu.
Le seul édenté que l’on connaisse ici est le Pangolin ( Munis Dalmanni ), lequel habite en petit nombre les provinces méridionales, jusqu’au Fleuve-Jaune : cet utile animal, que les Chinois nomment perceur de montagnes , ne quitte que la nuil ses galeries souterraines, pour chercher les
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fourmis blanches et autres qui font sa nourriture ordinaire. C’est là une espèce que l’homme devrait protéger et propager dans tous les pays chauds, où les tliermites et les fourmis de toute sorte font tant de dégâts.
Je ne pense pas qu’il existe en Chine beaucoup d’autres mammifères terrestres que ceux que je viens de passer en revue. Et sur ces deux cents espèces, je n’en vois qu’ime dizaine qui soient européennes; encore plusieurs d’entre celles-ci offrentelles des caractères différentiels tels, que les naturalistes ne voudront pas les identifier aux animaux similaires de notre occident. D’un autre côté, la faune japonaise ne paraît non plus comprendre qu’unc douzaine des quadrupèdes qui vivent sur notre continent ; mais, je ne saurais rien dire de précis à cet égard, parce que je ne possède que des notions incomplètes sur les animaux de ces régions isolées.
Oiseaux. — Comme j’ai le désir et l’intention de publier un catalogue historique des oiseaux qui ont été observés en Chine jusqu’aujourd’hui, je ne veux pas m’étendre beaucoup ici sur ces animaux et sur leur habitation. Je noterai seulement que le nombre des espèces chinoises consignées dans mes listes monte déjà à sept cent soixante-quatre < c’est-à-dire deux cent trente-deux de plus que toutes celles de l’Europe. Sur ces sept cent soixante-trois oiseaux, il n’y en a que cent quarante-six qui se retrouvent aussi en Europe, c’est-à-dire un peu
moins d 'un cinquième. D'un antre côté, l'Amérique septentrionale nourrit une soixantaine d’espèces qui vivent en Chine, et qui sont surtout des espèces aquatiques.
Voici dans quelles proportions se répartissent, en Chine et en Europe, quelques-unes des familles ornithologiques principales :
Sur 43 espèces d e Rapaces diurnes de Chine, 19 sont aussi européennes.
liapaces nocturnes
Fissirostres
Grimpeurs
Tenuirostres
Lan i ides
Gobe-mouches
Turdides
Sylviens
Mésanges
Corvidés
Slurnides