‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire Chinois (volume 2)Chapitre 15 sur 35 · DU 15 DBCBMBRB 1872 AU 12 JANVIER · texte numérisé non relu

DU 15 DBCBMBRB 1872 AU 12 JANVIER

Continuation des travaux et des recherches dans le Lao-yu. — Acquisition de deux oiseaux nouveaux [Pomatorhinus gravivox et Uragus Icpidus). — Désagréments du caractère chinois. — Administration d'un vieillard ; fête de Noël. — Les félins connus de la Chine. — Nouvelle espèce de vigne. — Un autre nouvel oiseau {Pnoepyga halsueti). — Réflexions sur Tannée qui finit. — Arrivée d'un prêtre chinois : mœurs chinoises. — Les poissons du torrent. — Les singes du Tsing-ling. — Préparatifs de départ; regrets. •

15 décembre 1872. — Inkiapo. Beau temps.

Repos du dimanche solennisé comme à Tordinaire, avec concours des chrétiens d'alentour, dans notre pauvre et vieille chapelle qui menace ruine.

Comme je suis à peu près sûr que mon Jihaginis sinensis est une bonne espèce nouvelle, et qu'il m'importe d'en acquérir d'autres échantillons en bon état, je décide un de nos chasseurs de la montagne à aller donner la chasse à ces oiseaux, qu'ils désignent sous le nom de Song-hoa^ky {la

poule fleurie des sapins). C'est un homme adroit, et je suis persuadé que l'argent que j'ai fait briller à ses yeux produira de bons effets. Il n'aura pas d'ailleurs besoin d'aller aussi loin que moi dans le Lao-ling^ d'où, après tant de peine, je n'ai guère rapporté rien de bon, si ce n'est quelques observations. Il n'est pas toujours vrai que « audaces fortuna ju\)at, »

16 décembre 1872. — Inkiapo. Encore très-beau temps, pas froid pendant le jour.

Enfin des chasseurs païens m'apportent un porcépic ; mais il est en si mauvais état, que je ne l'achète qu'en attendant mieux. Cet animal a les yeux très-petits , et deux pinceaux ou crêtes de longs poils rachidifortnes ornent son cou et son dos. Les piquants les plus longs sont vers le bas du dos, et mesurent un pied. Quand ce rongeur a •été dépouillé (les chasseurs tiennent à conserver le corps de la bête), la peau, écailleuse en dedans et extrêmement graisseuse, se trouve être si peu consistante, qu'elle se déchire d'elle-même, si on la soulève.

Ce porc-épic est sans doute le même que celui qui m'a été signalé à Moupin et dans tout le Setchuan occidental. Mais appartient-il à la même espèce que celui du Fokién, que M. Swmhoe a fait connaître sous le nom d^Hystrix subcristata? Mon spécimen est adulte, quoiqu'il n'ait qu'une taille médiocre ; mais l'on me dit qu'il y en a de bien plus gros que celui-ci.

17 décembre 1872. ~ Inkiapo. Encore très-beau temps. Pas de nouveauté.

Monté sur le haut de notre montagne, je poursuis inutilement un accenteur que j'ai reconnu pour être VAccentor montanellusj espèce de Pékin et de Sibérie. Il passe une très-grande volée de Monedula daurica : je note ceci parce que, bien que ce joli petit choucas noir et blanc soit extrêmement abondant dans la plaine en hiver, c'est pour la première fois que je l'aperçois ici tournoyant sur les flancs de nos hautes montagnes.

18 décembre 1872. — Inkiapo. Très-beau temps. Le baromètre marque 655"»" à une heure aprèsmidi.

Chasse sans grands résultats parmi les broussailles de nos montagnes. L'élégant Rhopophilus pekinensis, à la voix si douce et si variée, y est assez répandu dans les lieux les plus secs ; mais, ici comme à Pékin, cet oiseau insectivore se cache si bien et court si rapidement d'un buisson à l'autre, qu'il est irès-difficile de le tirer. Il ne se rend, d'ailleurs, que lorsqu'il est brisé par le plomb. J'ai observé que la même chose a lieu pour tous les oiseaux dont les jambes sont munies de muscles puissants comme dans celui-ci, dans les Qarrulaoûy les Pterorhinus^ et autres genres voisins.

19 décembre 1872. — Inkiapo. Temps doux, mais ciel mi-couvert.

Depuis quelque temps, un prêtre chinois se trouve dans notre vallée de Lao-yu, occupé à donner la mission aux chrétiens de ce district. Il est en ce moment à Tuy-kio-tsa, à trois lieues d'ici, et aujourd'hui je vais lui faire une visite» C'est l'occasion de voir si ce hameau un peu plus central peut m'offrir des ressources plus grandes que rinkiapo.

Je n'ai pas lieu d'être fâché de ma petite course, quoique je n'aie p^s trouvé à me caser là plus avantageusement qu'ici ; au contraire, la montagne y est plus nue et surtout plus impraticable encore. Mais j'ai rencontré des Chao-ho-lOy et, à la fin des fins, je suis parvenu à en capturer deux! C'est un Pomatorhinus de grandes proportions , et je ne connais rien de semblable en Chine. Autrefois, j'ai reçu à Pékin un Pomat. erythrocnemis, envoyé par M. Swinhoe; autant que mes souvenirs peuvent m'aider, il me semble que c'est à cette espèce de Formosa que mon oiseau ressemble le plus. Mais il n'y a aucune probabilité que ce soit la même, et, dans cette supposition, mon insectivore nouveau portera le nom de Pomatorhinus gramvoXj à cause de sa curieuse voix, si grave et si sonore, eu égard au volume de l'oiseau.

Comme je l'ai dit plusieurs fois, cette espèce affectionne les vallées et les broussailles les plus sombres. Il fuit de loin à l'approche du danger ; mais, s'il est surpris dans son travail de fouillage ou pendant son bain quotidien, qu'il prend dans un coin de ruisseau caché sous les rochers ou les

buissons, il y reste complètement immobile à vous regarder curieusement et sans apparence de frayeur. J'ai noté plus haut que, au moyen de ses pattes robustes et de son bec long et courbe, il cherche sous les débris des végétaux les insectes et les petites coquilles qui paraissent faire sa seule nourriture, du moins en hiver. Il aime aussi à becqueter ces bourrelets coriaces et de forme régulière dans lesquels les différentes sortes de Mantis ont déposé leurs œufs sur des branches d'arbre. Le Pomatorhinus gravivox est d'un olive uniforme en dessus et blanc en dessous, avec quelques taches noires allongées à la poitrine; une teinte roussâtre orne les oreilles, le front et les flancs. Il a la taille de notre merle.

Dans le môme sombre vallon, garni de grosses pierres toutes couvertes des lianes impénétrables d'une vigne sauvage un peu épineuse, où j'ai pris le ChaO'hO'lo^yai vu plusieurs autres oiseaux intéressants : un Pomatorhinus de petite taille, paraissant être le Pom, stridulus; un Carpodacus ou Uragus rose, dont le cri de rappel est nouveau pour moi, et tout une compagnie de Mecistura fuliginosa.

Vers la fin de la journée, j'aperçois un groupe d'oiseaux bruns, voletant de buisson en buisson sur le revers d'une montagne abrupte. La capture de l'un de ces présumés inconnus excite encore mon étonnement : c'est un Pterorhinus Davidi^ vieille et chère connaissance du nord de l'Empire. Cet oiseau a aussi la taille du merle, avec les for-

mes ordinaires des Garrulaœ; il a le bec courbe et jaune, et son plumage est d'un brun unifdnne. C'est une espèce permanente dans les montagnes de la Chine septentrionale et de la Mongolie, où elle est assez généralement répandue, quoique peu abondante; elle possède une voix agréable variée et un chant fort étrange. Il fait, parmi les broussailles, un nid composé de brins d'herbes et ayant la forme ordinaire de ceux de nos fauvettes; les œufs sont au nombre de cinq et d'une jolie couleur de turquoise, sans taches. Je possédais cet oiseau dès Tannée 1862, et je renvoyai alors au Muséum; mais ce n'est que plus tard que M. Swinhoe en fit la description sur un sujet que je lui donnai, et qu'il le fit connaître aux naturalistes sous les noms qu'il porte aujourd'hui. Le nouveau mot générique (ircepov, ptv) vient de ce que les soies raides qui couvrent les narines de cet oiseau ont un grand développement.

20 décembre 1872. Inkiapo. Ciel mi-couvert, temps refroidi, menace de pluie. Vers le soir, les nuages disparaissent.

Aujourd'hui, le chasseur Tc/ian^ revient du Laoling avec une véritable charge d'ithagines (neuf mâles et six femelles). Il a brûlé toute la poudre que je lui avais donnée, et perdu, dit-il, une douzaine d'autres oiseaux blessés. Ces gallinacés, paraît-il, vont maintenant par bandes de dix-huit à vingt individus, et fréquentent les bambouseraies sauvages. Le chasseur les a rencontrés, cette

fois, loin des chemins et en trois endroits différents, et il en a eu facilement raison, œs oiseaux ne connaissant pas encore le danger et n'étant qu'étonnés des coups de feu, sans chercher à s'éloigner.

Décidément, nous avons là une espèce remarquable, dont le trait différentiel caractéristique consiste dans la plaque d'un gris terreux qu'offre la poitrine, et dans le roux doré des pennes secondaires. La femelle, souvent plus forte que le mâle, a aussi la touffe de la tête plife longue que dans l'autre espèce. Le second éperon, ou ergot, n'existe que dans les mâles très-vieux, et pas toujours.

Mon homme n'a rencontré aucune autre espèce de gallinacé au Lào4ing,

21 décembre 1872. Inkiapo. Journée (couverte et froide) employée toute à préparer douze lîhaginis sinensiSy à nous trois. — Pas de nouveauté.

22 décembre 1872. Inkiapo. Le temps redevient beau. Repos et exercices religieux du dimanche.-

On a beau dire et beau faire ! je crois que je ne parviendrai jamais qu'à supporter le naturel chinois. Ce manque si universel de bonne foi et de franchise est bien fatigant à la longue, et il est dur de devoir toujours vivre comme au milieu d'ennemis. Même chez nos chrétiens, la religion, qui élimine tant d'autres défauts, ne fait tout au plus que diminuer ce fond général de dissimula-

tien et (le fourberie qui est dans le caractère du pays, qui est comme une seconde nature chez eux. Mon naturel enclin à juger en bien des personnes que je ne connais pas (jusqu'à preuve du contraire ) ne patiente parfois que peu de temps à l'égard des Chinois avec qui je me trouve. Il y a des moments où Ton se sent harassé, abattu.... Cela est malheureux pour moi, parce qu'il n'y a pas de remède. Aujourd'hui, soit pour le mauvais temps, soit pour toute autre cause, je me sens triste et de mauvaise humeur ; je me suis aperçu qu'on s'entend avec mes domestiques pour me tromper et me duper sur plusieurs choses, et je suis à me demander si je ne ferais pas mieux de transporter ailleurs mes vagabonds pénates.... Je crois pourtant que je n'en ferai rien pour le moment : car, où trouver en Chine des hommes d'une autre conduite? Il faut avouer que, dans mes voyages d'exploration dans cet empire, les privations et les fatigues matérielles sont l'une de mes moindres souffrances, et que ma force A* ada/ptation trouve vite des bornes quand il s'agit du naturel de ces peuples encroûtés de mauvaise civilisation.

23 décembre 1872. Inkiapo. Ciel couvert.

Je vais une seconde fois courir tout le jour dans les fatigantes montagnes de Tuy-kio-tsa, avec mes deux chasseurs ou domestiques. J'y capture une seconde paire de Pomathoriny^ gravivox^ mais je ne revois plus son congénère plus petit et à dos roussâtré,

dont je ne puis encore C9nstater Tidentité. Je tue encore trois jolis spécimens de ce joli Carpodacus à voix grêle et cadencée, pour lequel je veux proposer le nom de Carp, lepidus. Le mâle est tout rose, avec des teintes lustrées sur la tête ; la femelle est grise, flamméchée de brun. La queue de ce roselin est plutôt longue, et le bec un peu arrondi vers le bout. Cette espèce doit entrer dans la section des Uragus ( de Sibérie ) ; et peut-être, quand j'aurai vu des objets de comparaison, trouverai-je que mon oiseau est bien connu ailleurs. Cependant, pour le moment, la présomption est pour la nouveauté de l'espèce, attendu que deux femelles de VUragus sibiricus^ que j'ai eues à Pékin, ne ressemblent pas à celles que j'ai prises aujourd'hui. J'acquiers aussi un Accentor multistriatus^ une nouveauté pour cette région, mais que j'ai rencontré jadis au Setchuan en assez grand nombre.

24 décembre 1872. Inkiapo. Ciel couvert; temps humide et froid.

Bien que, pour le moment, je ne voyage pas comme missionnaire, mais comme naturaliste, et cela sans aucun scrupule, parce que l'étude et la connaissance des œuvres de Dieu tend à la gloire du Créateur de la nature, mes travaux et mes courses si fréquentes ne m'autorisent pas à me dispenser de toutes les fonctions de mon ministère. Sans compter les pratiques journalières de mon état, il m'arrive parfois de devoir prêter aux chrétiens in-

digënes les soins spirituels et de charité qu'il leur serait trop incommode d'aller demander à leurs pasteurs ayant charge d'àmes. Ainsi, hier matin , dès avant le jour, je suis allé porter les secours de la religion à un malade du voisinage , et aujourd'hui je commence ma journée par grimper au haut de la montagne pour administrer le vétéran des chrétiens du hameau, lequel, parvenu à Page de quatre-vingt-cinq ans (chose rare ici), et malade d'une bronchite, pense avec raison avoir atteint le terme de sa carrière et veut mettre ordre aux affaires de sa conscience.

Pas de nouveauté particulière. Capture d'un Tv/rdus ruficollis et d'un Monedulcb dcmrica : ce dernier oiseau était en compatgnie avec un Mon. neglecta. Ce fait est pour moi une preuve de plus que ces deux espèces, si distinctes d'ailleurs dans leur plumage à toutes les phases de leur vie, s'apparient ensemble assez souvent. Les hybrides qlti en naissent peuvent donner lieu à des erreurs de détermination^

SB décembre 1872 (Noël); Inkiapo; Meilleur temps qu'hier.

Aux chrétiens dé notre montagne s'en sont adjoints beaucoup d'autres^ venus de plus ou moins loin, môme de la plaine, pour célébrer ici les fêtes de Noël. Selon leur coutume, ils passent la nuit entière à chanter leurs prières dans Toratoire commun ; et je ne puis avoir que des sentiments de consolation et d'indulgence pour des gens qui ont

bien leur graad côté de bon. Les niesses de minuit et de l'aurore sont célébrées devant une nombreuse assistance et avec fréquente explosion de bruyants pétards : c'est la mode de la Chine.

Les jeunes nKmtagnards continuent à m'apporter des campagnols bruns : donc ce petit rongeur [Arvicola melanogaster) n'est pas plus rare dans ce pays qu'à Moupin.

26 décembre 1872. Inkiapo. Le ciel redevient très-serein.

J'envoie mon pékinois Ouang chasser à Moukior-pin; ce village chrétien est à trois journées plus à l'ouest, assez proche de la grande montagne de Thaé-péy'^chcmé

J'acquiers un magnifique Felis scripta^ que nous préparons aussitôt, peau et squelette, pour le Muséum, bien que j'y aie déjà envoyé cette espèce nouvelle du Setchuan occidental*

En dehors du Felia tigriSy du F. irhis (l'once), du F. pct/rdttë^ du F* Fontcmieriy du F. macrocelis et d'un lynx connu sous le nom dd ky^pao (la panthère des faisans), l'empire chinois renferme, à ma connaissance, six autres formes de chats sauvages, qui ont été décrites comme autant d'espèces distincte^ : Felia viverrina^ F. sinensiSy F. .micro- Ètëy F. tristiSy F,*scripta et F. mcmul.

Un Picus guenni màlé, qu-e nous préparons aussi, a le front rouge, et le haut et le derrière de sa tête sont d'un noir uni, tandis que d'autres Oiseaux de la même espèce et du même sexe avaient

cette dernière région garnie de quelques plumes isolées noire»; qui n'y forment pas un fond uni.

La belle et grande souris à dos rayé de noir ne paraît pas être une espèce exclusivement sylvaine, puisque nous en prenons aujourd'hui une dans notre propre maison.

27 décembre 1872. Inkiapo. Ciel très-serein; fort vent du Nord. A sept heures, le thermomètre marque + 8®, et le baromètre descend à 649 millimètres.

Le prêtre chinois qui se trouve dans noire vallée, le P. Tchang, m'envoie en cadeau quelques poires d'un volume énorme, mais d'une saveur très-médiocre, comme presque tous les fruits de l'extrême Orient. On veut me soutenir que le poirier qui porte ces fruits, gros comme des melons, est enté sur le peuplier nommé ta-yang : cela peutil être vrai ?

Précédemment, les chrétiens de cette montagne m'ont aussi offert deux bouteilles d'un vin rouge qu'ils ont fait eux-mêmes, avec un raisin sauvage qui croît au pays. Ce vin est doux et acide en même temps, et possède un goût particulier de framboise, mais il est très-faible. Comme je l'ai noté déjà, la tige et les branches de cette vigne sont épineuses, et je n'ai pas vu aillélirs cette espèce qui, ici, couvre tous les rochers.

On sait que les Chinois ne plantent point de vigne pour faire le vin, et que les boissons alcooliques dont ils font usage sont tirées des grains fer-

mentes. Cependant leur pays produit spontanément plusieurs espèces de vignes à fruit mangeable, et les montagnes de Pékin offrent communément le Vitis amurensiSy qui vaut biei^ notre Vitis vinifera d'Europe.

Une tortue fluviatile, qu'un homme de la plaine m'a apportée, me paraît identique avec l'espèce de Pékin, qui porte dans la science le nom de Gymno^ pus perocellatus.

28 décembre 1872. Inkiapo. Ciel mi-couvert. Le vent continue à souffler, bien que le baromètre soit monté à 661 millimètres.

Je bats tout le jour la campagne sans rien prendre de bon, ni rien voir. Je vérifie que tous les chênes à feuilles de châtaignier qu'il y a ici sont munis d'une écorce subéreuse, plus dense que notre liège ; on pourrait le nommer Quercus suhsvher. Je ne me rappelle pas que l'arbre de Pékin, qui a le môme feuillage, ait une écorce semblable.

29 décembre 1872. Inkîapo. Temps froid, assez beau, avec un peu de vent.

Des enfants chrétiens m'apportent un joli petit serpent annelé de rouge et de noir qu'ils viennent de prendre au fond de la vallée, je ne sais par quel hasard.

Un homme du massif des maisons où je logç part pour Sin-gan-fou, et j'envoie par lui une lettre pour M. Milne-Edwards, dans laquelle j'insère la description d^ VIthaginis sinensis^ du Pomatorhimi$

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gravivox et de VUragus lepiàxis^ ainsi qu'un aperçu des conditions de ce pays sous le point de vue de rhistoire naturelle. Les mammifères offrent biea aussi du nouveau , mais leur étude ne sera bien faite qu'au Muséum.

30 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps.

Aujourd'hui, je suis allé en campagne vers les

montagnes de Tuy-kio-isa. J'y ai pris la seconde espèce de Pomatorhinus^ qui est bien le typique Pom. stridultis; un Accentor multistriatvSy deux Rhop, pekinensis et sept Siva cinereiceps. Gela fera, avec trois autres pièces qu'on m'a apportées, de la besogne pour demain.

Mais la capture la plus intéressante de la jour»née est celle d'un Pnœpyga^ qui me paraît différer spécifiquement de mon Pn, troglodytoïdes de Moupin, et auquel je me propose de donner un nom qui m'est bien cher : Pnœpyga HaUueti,

31 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps.

Journée passée à préparer les animaux pris hier.

Ori m'annonce l'envoi prochain d'un ian (boisseau) d'oiseaux tués pour moi à Chekintsuén : bonne nouvelle !

Et ainsi finit cette année 1872 ! Je l'ai commencée par un rapide voyage en Angleterre; après quoi, j'ai dit adieu, peut-être pour toujours, à notre chère France, désorganisée par ses terribles revers, mais qui retournera, j'en ai la confiance, à l'ordre, à la santé morale, h la prospérité. Depuis

Putorius dai'idianus.

FpUs scripta. (Page ;08.)

janvier, je me trouve souvent en route, et cela peut durer ainsi encore longtemps. Cependant, il n'y a rien qui répugne à mes goûts comme les déplacements, la rupture des habitudes, les voyages, en un mot ! — Ici, personne ne songe à me faire des souhaits! Ceux que je forme, dans le silence de mon cœur, ont leurs objets principaux bien loin de moi, et l'éloignement me les fait aimer davantage. Ici, au milieu de cette fourmilière d'êtres humains qui sentent et pensent différemment que moi, je me trouve isolé.... Or, il n'y a rien de tel comme l'isolement et la solitude pour exaspérer le sentiment.

Bien que la fin de l'année ne soit qu'un point psychologique , et qu'un événement quelconque partage notre temps tout aussi bien, je pense qu'il n'y a pas d'homme raisonnable qui ne fasse quelque réflexion sérieuse en pareille circonstance. C'est alors que nous comptons du doigt les années qui ne sont plus pour nous ! Heureux si nous n'y voyons que des actions honorables, des actes de vertu et de bienfaisance! Nous en regretterons moins le passé, nous en redouterons moins l'approche du jour où il nous faudra, en tant que créature raisonnable, capable du bien et du mal, rendre compte de notre vie à Celui qui nous l'a donnée et conservée, et qui nous a dit quelle doit être notre conduite pendant notre pèlerinage sur cette terre.

L'homme a beau dire et beau faire, il ne se persuadera jamais que, du moment qu'il existe, il n'y

ait pas une cause de son existence, et que, du moment qu'il se sent un cœur insatiable et une âme qui vise à l'infini, son être ne soit pas immortel. Aussi, plus que le regret de ce qui n'existe plus, c'est la préoccupation de son avenir éternel qui fournit matière à ses méditations au passage d'une année à l'autre.

V janvier 1873. Inkiapo. Beau temps, avec vent. Baromètre à 648 niillimètres.

Aujourd'hui, fête chômée. Visite an vieillard moribond et à d'autres malades.

2 janvier 1873. Inkiapo. Vent froid au matin, neige au soir.

Journée employée en course dans la longue et étroite vallée orientale. Je m'y suis procuré différents bons objets, mais pas de nouveautés.

3 janvier 1873. Grande neige au pays, Inkiapo, Il passe de nombreuses volées de pinsons d'Ar-

dennes; le mauvais temps les pousse vers des climats plus doux.

J'envoie mon domestique Lw chercher à Cheklntsuen les oiseaux qu'on m'a annoncé avoir été tués à mon intention; et il m'en rapporte le Buteo asiatiçus (de très-forte taille), le Milvits melanotis, VAtheneplumipes, le Picus scintilliceps, le Turtur risoriics, le Gallinago solitaria^ le Phasianus torquatus, deux lièvres (Lepus tolaï) et quelques autres petits oiseaux.

4 janvier 1873. Inkiapo. Le temps redevient beau et le ciel serein. La neige fond vite, mais l'air est froid.

Je passe toute la journée à préparer nos nombreux animaux. Le Ouang revient de Mou-kia-piriy et m'apporte, dans le panier de son guide, un beau Tragopan de Temminck, deux Fregilus gracultcs^ un Turtur rupicola, un Anthus ceimnus^ un Casarka rutila. Ce canard rouge, me dit-il, est trèsabondant dans la plaine. Il a pris aussi, dans une grotte quaternaire, une paire de grandes chauvessouris fers-de-lance, ainsi qu'une murine de petite taille qui est arrivée vivante.. Ces deux espèces de chéiroptères me paraissent différer des huit ou ^dix autres que j'ai rencontrées précédemment en Chine et qui sont connues des naturalistes sous les noms de Vespertilio Davidi, de Vesperugo akakomuli, de Vesperus serotinus (de Pékin) , de Vespertilio moupinensis, de Rhinolopus larvatus, de Murina aurata , de Murina bucogaster (dU Setchuan occidental), et de Vesperugo pumiloïdes (du Kiangsi).

En traversant la plaine, mon chasseur a aperçu parmi les champs inondés plusieurs grands oiseaux roses, que je présume être des Ibis nippon. Il y avait encore des grues et des outardes.

Le hameau de Mou-kia-pin, où je pense me transporter tôt ou tard, est sis sur une colline plus qu'à moitié cultivée, et à dix H de distance des grandes montagnes boisées.

Le Thaérpéy-chan se trouverait à huit ou. neuf

lieues plus loin, et, d'après les chasseurs du pays, les flancs boisés de cette longue montagne nourriraient encore des Budorcas, auxquels les païens n'osent pas donner la chasse à cause de craintes superstitieuses. Il y a aussi là des cerfs de petite taille; des chevreuils peut-être.

5 janvier 1873. Inkiapo. Ciel nuageux, temps froid ; il gèle tout le jour.

Enfin le chasseur Tchang rentre aussi au logis, après dix jours de courses dans les montagnes intérieures; mais il ne possède qu'un seul Ithaginis! Cette fois, le temps n'a pas favorisé sa chasse ; mais je crains aussi qu'il n'ait cherché toute autre chose que ce que je lui avais, recommandé de prendre. Cet homme me dit que la vallée aux singes ne renferme plus que sept ou huit de ces animaux, parmi lesquels il y en a un seul de forte taille : ils sont à peu près inaccessibles dans les rochers où ils demeurent. Il prétend que les forêts du Lao-ling nourrissent un second singe, à longue, queue, plus grand, et qui vivrait sur les arbres. Je doute beaucoup de la vérité de cette information. Cependant il ne serait pas impossible que le Rinopithecifs de Moupin se trouvât aussi au Tsing-ling.

Des chrétiens de la plaine m'apportent de leur côté un Aquila bifasciata, en bon état. Cet oiseau a les couvertures des ailes très-claires, presque blanches, mais point de plumes scapulaires blanches.

6 janvier 1873, Inkiapo. Epiphanie, féte chômée. Ciel voilé et journée très-froide; à huit heures le themiomètre marque six degrés au-dessous de zéro.

Comme j'apprends que le P. Tchang va venir bientôt donner la mission ici, et que c'est la chambre que j'occupe qui est l'appartement destiné au missionnaire missionnant, il faut nécessairement que je me transporte dans un autre endroit. Sans la grande neige qui est tombée, j'irais passer quelques jours chez les chrétiens de Tuy-kio-tsa; mais maintenant ce projet n'est guère exécutable. En conséquence, iaussitôt que les peaux récemment préparées seront sèches, je quitterai ces montagnes devenues de plus en plus impraticables, et je des-^ cendrai dans la plaine du nord, pour continuer ensuite ma route vers Mou-kia-pin. C'est d'ailleurs là qu'il faudra passer quand je voudrai me rendre au sud de la chaîne. Pour le moment, je lâcherai de m'arranger ici, tant bien que mal, dans quelque maisonnette voisine.

7 janvier 1873. Inkiapo. Ciel couvert; neige au soir.

Je bats inutilement la campagne, dans l'espoir que le mauvais temps aura poussé dans notre voisinage quelque ermite ailé et inconnu des grandes montagnes. Je ne rencontre que des faisans, des TrochalopteronSy des Suthora^ des espèces ordinaires, en petit nombre.

Le grave et blême P. Tchang a annoncé son ar-

rivée ici pour aujourd'hui : c'est plus tôt qu'on ne pensait. Vite je fais mon pan-kia (changement de logis) ; et puis j'assiste à la réception qu'on fait à ce prêtre indigène. En dehors des cas de maladie extrême, le pasteur ne visite ses ouailles qu'une fois par an ; c'est un usage à peu près général dans toute la Chine. Il vient alors pour leur faire remplir leurs devoirs annuels de religion, et il reste parmi eux jusqu'à ce que tout le monde ait fini de satisfaire à ses obligations de conscience. Il est très-rare qu'il y ait des chrétiens qui s'en exemptent.

On sait que chez les Chinois, de même que chez la plupart des peuples anciens, il n'y a pas de milieu dans les sentiments. On y est ou extrêmement vil ou extrêmement orgueilleux; on rampe ou l'on domine; on est esclave ou tyran... Ainsi, le moindre des mandarins, souvent sorti des derniers rangs de la société, affecte des allures et un faste qui paraissent insensés aux yeux des Européens. L'Empereur n'est plus un homme, c'est un Dieu ou un Fils du Ciel; et ces millions de sujets, qui disputent aux grenouilles la boue des rizières, ne sont que des machines à produire des sapèkes...! Voilà ce qu'il y a en Chine, non pas en théorie, mais en pratique, en réalité. Et il y a si longtemps que cela dure ainsi, que tout le monde trouve que c'est la chose la plus naturelle du monde.

Il n'est donc pas étonnant que nos chrétiens et nos prêtres indigènes du Céleste Empire partielpeut plus ou moins aux idées de leurs compatrio-

tesv Aussi les uns s'évertuent-ils à prodiguer les signes de respect et d'honneur les plus excessifs (d'après nous), que les seconds acceptent pour le moins sans répugnance aucune. Ainsi, toute cette après midi, notre vallée retentit des fréquents coups de feu qu'on tire et des pétards qu'on brûle, sur un espace d'environ trois lieues^ c'est-à-dire, sur toute la route que ce prêtre chinois doit parcourir. Et, vers le soir, j'aperçois le Chén-fou (père spirituel), précédé et suivi d'un nombreux cortège d'hommes, s'avancer lentement et en silence (on comprend qu'il savoure les honneurs), assis sur sa chaise à porteurs ornée de rouge, qui est posée sur les épaules de quatre robustes •chrétiens. — Ces montagnes sont bien difQciles à parcourir, et le raide sentier en zigzag qu'il faut gravir pendant une heure pour parvenir à notre chapelle est singulièrement pénible! — Je m'attendais à ce que, là du moins, le grand personnage (dont je suis sûr que les frères manient tous les jours la bôche ou la charrue) fit grâce à ses porteurs.... Mais, pas du tout! Ceux-ci n'ont qu'à s'alterner plus fréquemment, et voilà tout.

Ceci n'empêche pas le P. Tchang d'être le meilleur littérateur du clergé indigène de ce vicariat. Il est vrai que ce n'est pas la littérature chinoise qui peut rectifier les idées, en accroissant le cercle des connaissances, et rendre un homme supérieur à certaines satisfactions puériles de l'amour-propre. Mais il est aussi juste d'ajouter que cette façon d'agir réciproque est dans la nature de ces

Orientaux, et qu'elle a un avantage réel, celui de sauvegarder le respect dû à rautorité, quelle qu'elle soit. On pourrait ajouter que c'est le culte de V autorité qui a conservé Tempire chinois, pendant que tous les autres royaumes de la terre se sont anéantis ou renouvelés plusieurs fois, surtout dans notre fière Europe. Aussi, malgré mes froissements personnels, je n'en veux point au bon P. Tchang pour ses manières mandarinales, ni à ses chrétiens pour leur excessive obséquiosité.

8 janvier 1873. Inkiapo. Ciel mi-couvert.

Je veux bien utiliser tout le temps qui me reste à séjourner parmi ces montagnes. En conséquence, muni d'un pao-dze (petit pain chinois cuit à la vapeur dans la marmite) et de quelques noix, je vais pendant tout le jour explorer encore une fois rinterminable vallée orientale, accompagné de mes deux chasseurs pékinois.... Tout y est neige, glace et verglas. Cela ne nous empêche pas d'y admirer des blocs de beau granité à gros cristaux de feldspath, et beaucoup de phyllades et de schistes tout remplis de Staurotides^ ceg curieux cristaux qui affectent la forme d'une croix.

Déjà, dans les lieux abrités, l'humidité produite par la neige commence à mettre la végétation en mouvement, et j'observe quelques fleurs purpurines d'un Xylosteum inconnu. Ce n'est jamais sans de véritables transports de joie que je suis témoin du retour de la vie végétale, du développement des bourgeons, de l'épanouissement des fleurs

surtout : c'est lemblème de la palingénésie humaine !

Dans les eaux limpides d'un torrent, qui n'est gelé que sur ses bords, je vois pour la première fois ici quatre grands et beaux poissons d'une espèce qui m'est inconnue. Je n'ai pas l'espoir et les moyens de m'en emparer : nos montagnards ne pèchent pas, et mes engins ne valent rien pour ces eaux bondissantes. Ah 1 s'il y avait ici maintenant l'adroite ligne de mon cher A. H. ! Je rêve en ce moment à ce parent bien aimé, au cœur si bon, si vaste. Et lui, peut-être en ce même jour, pensera à moi sur les rochers tremblants du phare de Biarritz, pendant qu'il retire des flots écumeux une louvine, un bar, quelque ferrille au moins....

OhîTcombien, au milieu de ces gens ignorants et niaisement dédaigneux, on sent le besoin de consoler son cœur et de fortifier sa volonté par la pensée de ses amis, par le rappel des affections!

Bref! le plomb de nos fusils peut du moins atteindre les habitants de l'air. Nous prenons deux Enicurus sinensîs à la longue queue fourchue, un élégant Enicurus scouleri^ un Suya striata, une nouveauté pour ces parages, sorte de petite fauvette à longue queue ; des rutîcilles aquatiques , une femelle de mon nouveau bouvreuil rose, et un Urocissa sinensiSj ce beau geai bleu, aux pattes et au bec rouges, à la queue longue et ondoyante.

Une obsei'vation curieuse ! Nul autre pays, peut-

être, ne fournit autant que la Chine des oiseaux à longue queue ! Est-ce pour cela que les hommes du royaume du Milieu aiment tant à porter leurs cheveux en queue?

9 janvier 1873. Inkiapo. Journée froide; ciel couvert.

Rien de nouveau. Matinée consacrée aux préparations taxidermiques. Il passe quelques aigles, des pinsons d'Ardennes, des choucas; je vois la première alouette de Tannée, dans cette montagne si déserte, maintenant. Je pense que c'est la variété qui a été distinguée sous le nom d'Alauda cantarella.

J'envoie le Ouang^ avec plusieurs autres chasseurs, voir s'il n*y a aucun moyen de me procurer un singe. 11 ne me faut plus qu'une dépouille de ce quadrumane pour décamper d'ici, et au plus vite. Ces cabanes de montagnes sont si petites, si misérables, que, depuis la venue du P. Tchang, je me trouve extrêmement gêné dans mon fumant réduit, et nous pouvons difficilement nous y livrer à nos travaux de métier. D'ailleurs, à côté d'un Chinois qui ne charge pas même sa pipe lui-môme, c'est une bien triste figure que fait un étranger s'exténuant de fatigue tous les jours, ne portant que des habitls communs. et se livrant sans cesse à des travaux vils...

10 janvier 1873. Inkiapo. Temps froid, ciel voilé ; il neige au soir.

La journée est employée principalement à encaisser mes collections et nos autres divers effets.

Une petite chouette fauve [Athene plumipes) vient se poser tout près de notre demeure, et bientôt après sa dépouille augmente le nombre de celles qui sont destinées au Muséum.

Au soir, les chasseurs sont revenus de la vallée aux singes, mais sans singe! Ils en ont vu, compté et poursuivi huit , disent-ils , les seuls . qu'il y ait là et dans toute la contrée. Les gens du pays, après, un mois de préparatifs et d'attente, en avaient pris quatre au piège : Tun s'est échapï)é, paraît-il ; deux sont très-jeunes et fort petits , et l'autre, une femelle adulte, a la tête abîmée. Le Ouang me raconte que cet animal ressemble au singe de Pékin, étant comme lui d'une couleur jaunâtre et ayant la queue de deux ou trois décimètres de long. Cependant, dans cette macaque-ci, les bras el le haut du corps offriraient une teinte grise, presque blanchâtre. Est-ce bien le Macacus tcheliensis du Nord ? Je répugne à le croire. — Je suis donc très-contrarié de ce que mon chasseur, à qui j'avais confié une bonne somme d'argent, n'ait pas acquis l'un de ces singes captifs. Il me dit, pour se justifier, que les chasseurs du lieu lui ont promis de prendre un sujet plus beau; mais cette capture n'est pas certaine! Et, avant qu'on trouve le moment opportun de retourner à cette vallée, les animaux capturés seront transportés ailleurs et vendus pour les jongleurs. Il est vrai que mon homme s'est trouvé effrayé de de-

voir débourser la valeur d'au moins une centaine de francs, pour obtenir le moindre de ces petits grimaciers... Il pense pouvoir en tuer lui-même, quelc^ue beau matin. Soit!

11 janvier 1873. Inkiapo. La neige couvre toutes nos montagnes.

Rien de nouveau. Nous continuons à faire nos paquets.

12 janvier 1873. Journée froide ; alternatives de soleil et de petite neige.

Comme je Tai noté plus haut, nous sommes ici entre le trente-troisième et le trente-quatrième degré de latitude; mais notre maison d'Inkiapo se trouve à treize cents mètres au-dessus du niveau de la mer.

C'est demain que je vais quitter définitivement cette vallée; j'irai d'abord à une demi-journée de route d'ici, dans un village chrétien qui a nom Ho-kior-djaéy au nord et en dehors des montagnes. Là, je chercherai les moyens de continuer mon voyage vers le couchant. Je loue donc aujourd'hui une dizaine d'hommes pour porter nos bagages jusqu'à ce poste, où il y a les restes d'une chapelle brûlée par les rebelles.

Tout de même, à la veille de mon départ, je crois m'apercevoir que ces montagnards semblent me regretter quelque peu; et de mon côté j'avoue que, malgré tout, je sens un peu de tristesse en quit-

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tant des lieux et des personnes que j'ai vus pendant soixante jours. Tant il est vrai que Thomme se fait à tout, et qu'il finit même par s'attacher à ce qui lui répugnait au commencement !

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