DU 11 NOVSMBRB AU 9 DECEMBRE
Dépari de Sin-gan-fou pour le Tsing-ling. — Les brouettiers à la porte. — Voyage agréable. — Arrivée au hameau dlnkiapo ; àfbreé et atiiinaux des fnontagnes. — Choix d'une résidence chet leé chrétiens du Lao-^u. — Chasse à Tantilope de roche. — Mélange d'oiseaux, du Nord avec ceux du Midi, de plantes septentrionales avec les plantes méridionales : Ailanthus, Cedyela, Mélia, Catalpa, Paulownia, Magnolia. — \jh aniftial inconnu. iiApreilàble.... — - Chapelle des chrétiens indigènes; notre vie chez eux j occupations quotidiennes. — Chasse au léopard. — Nouvelle espèce d'îthagine.
1 1 ftovcfffibf e 1872. Départ de Sin-gan-fou pour le Tsing-ling. Beau temps. Pendant les huit jours que j'ai passés dans cette capitale, mon baromètre y a tenti une hauteur moyenne de sept cent yingt millimètres ; ce qui nous donnerait une altltode de cinq cents mètres à peu près.
Grâce B,n\ bons soins des missionnaires, j'ai loué une grande charrette à trois mulets qui porte tous nos bagages et au besoin ceux d^entre nous qui voudront s'y asseoir* Le chargement ayant
été fait hier au soir, nous nous trouvons prêts de bonne heure ce matin , et aussitôt nous enUions les longues et silencieuses rues de cette ville, qui me rappellent tant celles de Pékin.
Bien que les Tchang-mao n'existent plus, et que les mahométans se trouvent bien loin d'ici, les mandarins font tenir encore les portes de la capitale fermées jusqu'à sept heures du matin, et parfois plus tard. Pour nous, les gardiens ne font pas difflculté de nous les ouvrir dès le point du jour. — C'est une conséquence de l'estime et de la confiance qu'ont su acquérir les missionnaires du pays. — Seulement, aussitôt que les énormes battants ferrés commencent à crier et à s'entr'ouvrir lentement, une interminable procession de brouettiers chargés de légumes (comme on n'en voit qu'en Chine) qui attendaient ce moment à Textérieur se précipite sans interruption à l'ouverture, et nous oblige à rester immobiles pendant dix minutes, tout comme si les portes n'avaient été ouvertes que pour eux. Les Chinois, petits et grands, ne s'occupent que d'eux seuls. Mais il existe certaines règles que chacun est tenu d'observer dans les circonstances analogues : ainsi, les voituriers doivent toujours céder le pas aux brouettiers, et une voiture qui marche vers une ville le cède aussi à celle qui s'en éloigne.
Mais enfin, nous voilà en pleine et plate campagne! Elle est maintenant bien nue, bien triste, bien monotone. Nous nous dirigeons vers le sudouest, et à mesure que nous nous éloignons de
Sin-gan-fou, nous voyons les fermes brûlées et détruites devenir un peu moins nombreuses; il y a même quelques maisons intactes ou restaurées. Plus loin , des arbres isolés subsistent çà et là, et le paysage est un peu plus animé.
Les premiers êtres vivants que j'aperçois dans la plaine (après les flots de brouettiers et de bottiers qui nous avaient arrêtés au passage des portes) sont des vanneaux ordinaires qui courent et volent en troupes, légers comme des papillons. Plus loin , de méfiantes grues cendrées s'écartent bruyamment à l'approche des voyageurs, tandis que, près de tous les endroits humides, les bruyants casarkas rouges, couchés deux à deux au milieu des champs découverts, nous regardent passer tranquillement sans se déranger, et sans omettre denous saluer de leur cri si sonore, mais si ennuyeux. Rien n'est beau comme la campagne au point du jour, et il n'est pas de moment plus favorable pour examiner les animaux sauvages.
A l'approche des montagnes, la contrée nous offre un certain air de fraîcheur; les arbres deviennent moins rares, les catalpa en particulier. Les oiseaux y sont aussi plus nombreux. Je vois un beau faucon sacre, au plumage roux, passer près de nos têtes pour se précipiter, le cruel ! sur deux paisibles tourterelles qui roucoulent tranquilles sur la branche nue d'un paulownia à moitié sec. Bientôt après, c'est une chouette, à teintes ocracées, que nous apercevons faisant sa toilette au soleil couchant, posé^ sur la ruipe d'une muraillç
en terre. C'est sans doute une Athm$ glawo (ou plumipes, 8w.), espèce que j'ai rencontrée jadis dans la voisine Mongolie. Dans tous les buissons un peu touffus criaillent désagréablemaqt les gar«rulaces à lunettes, surtout à Tapprocbô dâ I4 nuit, pendant que les faisans à collier profitant 4^8 derniers rayons de Tastre du jour pour se répondre dans les cbamps découverts, en quête de leur rampas du soir. {Is ne se dérangent pas trop & notre passage.
En somme, c'est aujourd'hui une fort agréable journée de voyage. Et quoique je n'aie pas trouvé à dîner en route, je fais bravement à pied mes dix lieues, et cela d'autant plus allègrement que la vue des montagnes voisines, parmi lesquelles je vais me trouver bientôt , réveille en moi milli^ souvenirs, excite mille espérances de natura«' liste....
Enfin , vers cinq heures du soir, nous arrivons à la petite chrétienté de Che^fén-tsuén (la fontaine du puits de pierre). La charrette ne peut pas aller plus loin ; le terrain commence à être ondulé et il n'y a point de chemin carrossable.
L'excellent accueil que me font les chrétiens de ce village est de bon augure pour moi : je ne serai pas embarrassé pour trouver chez eux les moyens de continuer mon voyage.
Nous nous trouvons ici presque au pied des montagnes. Celles-ci paraissent assez hautes, roides et aiguës, et elles sont encore couvertes en partie de la neige qui y est tombée avant-bier. Les pierres
de taille vues en route et ici sont du granité, du gneiss, du calcaire bleu à grains trës-fms.
12 novembre 1872. Beau temps. Ciel serein. Arrivé à InkiapOj dans le Tsing-ling (vallée de l^no-
yu).
Comme dans cette vallée de Lao-yu, à l'entrée de laquelle nous avons passé la nuit, il y a plusieurs petites chrétientés assez distantes l'une de l'autre, et qu'on n'ft pas su me faire comprendre quelle était celle où je pourrai m'établir le plus avantageusement pour mes travauj^, je me résous à Ig^isser ici, pour le moment, mes bagages, et à aller moi-même d'abord choisir le lieu le plus convenable : c'est toute une affaire pour moi.
En conséquence, après avoir rendu heureu5^ mes hôtes en célébrant ce matin la sainte messe dans leur chapelle domestique, je me mets en route à sept heures, accompagné d'un domestique et d'un guide. D'abord nous marchons pendant une heure vers le couchant, en longeant les montagnes de près, et nous nous engageons ensuite dans une vallée étroite où coule une forte rivière d'eau limpide. Vers onze heures, nous laissons le torrent, et, après une ascension d'une heure sur une pente très-rapide, j'arrive à la chapelle des chrétiens d'Inkiapo.
Ces braves montagnards étaient occupés (comme tous les ans, à cette époque) à réparer le roide sentier en zig-zag qui mène à leur hameau. Ils sont tout ébahis en voyant arriver àl'improviste, au
milieu d'eux, un chén-fou (père spirituel) qui n'a point été annoncé, qui marche à pied, dans une mise assez prosaïque, et accompagné d'un domestique dont Tépaule est chargée d'un fusil!... J'incline à croire que cette dernière circonstance ne leur déplaît pas, car ils sont chasseurs presque tous.
La première impression que me fait la vue de ce pays n'est pas favorable. La seule maisonnette où je pourrai m'installer, à côté de la petite chapelle tombant de vieillesse, est à mi-côte d'une montagne de deux mille mètres d'altitude, laquelle est cultivée en partie et par conséquent déboisée. Les chemins 'y sont difficilement praticables en toute saison, et il faut, aller et retour, faire une grande journée de marche, pour se procurer les objets les plus nécessaires à la vie. Les bois véritables, me dit-on, les forôts avec leurs animaux sauvages, ne se rencontrent qu'à plusieurs journées à l'intérieur. En un mot, avant de me décider à planter ici mes pavillonsy il me faudra visiter les deux autres hameaux chrétiens de la vallée.
En attendant, j'accepte volontiers l'hospitalité qu'on m'offre pour ce soir à Inkiapo, et dont je déclare que. je veux, selon mon habitude, payer tous les frais. Je liens à rassurer tout d'abord ces gens relativement pauvres, qui se font un point d'honneur d'héberger à leurs dépens les prêtres qui viennent chez eux pour leurs besoins religieux.
Les bords du torrent ovi j'ai voyagé cp m^tin ne
mont offert que du gneiss verdàlre, des micaschistes très-siliceux et un peu de calcaire mélangé aussi de silice. Il y a peu d'arbres dans les montagnes, et Ton n'y en voit point de grands. Outre les paulownia et les catalpa qui croissent ici spon. tanément, il y a plusieurs autres végétaux qui me rappellent la flore du Setchuan : tels sont le Rhus vemicifera, un Coimus de grande taille, des Celastrus divers, plusieurs Riibiis et Rosa, un CephalotaocuSy un Juniperus à rameaux grêles et pendants. Le puant Cimicifuga montre communément ses tiges desséchées dans les terrains éboulés ; et sur tous les coteaux incultes croît en abondance une grande anémone , dont les têtes cotonneuses sont maintenant défaites et dispersées par le vent. D'autre part, des plantes de Pékin se propagent à côté d'espèces méridionales : le châtaignier, plusieurs chênes, le noyer, le grand fusain du Nord, Tailante, le cedrela, etc.
Chemin faisant j'ai capturé un Picus Gueriniet un Sciurus Pemyi; j'ai observé le long du torrent YHydrohata pallasiiy le Ruticilla fuliginosa^ le Chœina/rromis leucocœphalay VEmberiza castaneiceps et un Troglodytes^ que j'ai pris pour le Tr. fumigatus. Plus haut dans la montagne, j'ai aperçu des aigles de plusieurs espèces, et je crois avoir distingué un Rhopophilus pekinensis! Je ne m'attendais pas à rencontrer ici ce gentil oiseau, que jadis j'ai découvert pour la première fois dans les montagnes les plus nues du Nord et pour lequel le savant ornithologiste italien D' Giglioli a formé
V0TAG2 EN CHIWE. I — 10
le nom générique de Rhopophilus (ami des buissons), si bien adapté aux mœurs de cet insectivore.
D'après ce que j'ai vu en route ce matin, la population humaine de cette vallée est bien malheureuse ; elle est très-généralement affectée de goitres. Mais sur ce coteau d'Inkiapo les chrêtîefts sont exempts de cette hideuse difformité, el j*y al même remarqué plusieurs beaux types d'homnfws, à l'œil intelligent, aux traits fins et réguliers ei au teint assez clair.
13 novembre 1872. Inkîapo. Beau temps.
Course à la chrétienté de Tso-hnt^ k trois lleties plus haut dans la veillée. Routes difficîtes, ttetetiues plus difficiles encore par la fonte de la neige Toujours roches métamorphiques (gneiss, micaschistes, talcschistcB), ridées, cri&pé€?s, pHssêes dans tous les sens.
Le hameau de Tso4ou^ quoique plus centt'al dans la chaîne, est encore plus impraticable et moins propre pour m'y établir que celui que j'ai quitté ce matin; et d'après ce que me disent les deux principaux chrétiens qui m'oni acconn pagné, il y a pis encore dans les autres vallonsi Je suis donc forcé de retourner et de fixer mes pénates à Inkiapo, pour en faire le centre de mes excursions quotidiennes j jusqu'à nouvel ordre.
Les nouveautés géologiques que j'ai observées dans la journée sont le Trochalopteron Ellioti^ joli
oiseau de la laille du merle , dont la queue et les ailes arrondies sont ornées de vert doré ; le plumage du corps est olivâtre ei élégamment moucheté de gris d'argent, tandis que la région abdominale est teinte de foux pourpre. Cette espèce était encore inconnue aux naturalistes jusqu'à ce qtte je l'eusse rencontrée en abondance dans le Setchuan occidental : il paraît qu'elle n'est pas non plus rare parmi les monts Tsing-ling. J'ai entendu aussi le cti d'un autre oiseau inconnu, de la même famille, que je crois avoir déjà noté près Lon-gan-fou, sans pouvoir me l'y procurer; et j'ai pris, parmi les rochers nus, un Tichodroma muraria, ce rare et délicieux grimpefeau de muraille, dont lés' amples ailes, variées de noir et de blanc, sont colorées extérieurement du carmin le plus beau, tandis que tout le reste du plumage est d'un cettdré gai. Ici comme en Europe, ce charmant oiseau ne se voit que pendant l'hiver, alors que la froidure a -fait disparaître dans les rochers des hautes montagnes les araignées dont il fait sa nourriture ordinaire. J'aperçois aussi un grand faucon à dos bleuâtre, qui me paraît être le pèlerin, ou même le lanier.
Le seul niammifère observé est l'écureuil brun du Setchuan, et il paraît fort commun dans toutes ces montagnes.
Mes guides, qui sont chasseurs, m'apprennent que leurs rochers sont peuplés de Shan-yang (quelque chose comme notre Antilope caiidata de Pékin); qu'un, bœuf sauvage (peut-être un Budor-
cas) vit encore en petit nombre à deux ou trois journées de distance à l'ouest; qu'une espèce de singe jaunâtre se propage encore dans une vallée intérieure ; que le sanglier est très-commun partout; qu'on connaît encore au pays le porc-épic, le blaireau, le hérisson, la loutre, un ratd'eau,etc. En un mot, ces chrétiens me donnent l'espoir que je pourrai me procurer chez eux un certain nombre de mammifères plus ou moins intéressants ; mais ils ne savent m'indiquer aucun gallinacé nouveau, aucun oiseau inconnu.
Malheureusement, il n'est que trop vrai que toutes ces montagnes sont déboisées, et que ce n'est .que fort loin, dans le sud, que des vallées presque inaccessibles renferment encore des restes d'anciennes forêts. Or, il n'y a pas moyen d'aller m'établir dans ces régions.
Outre les arbres reconnus hier, j'observe aujourd'hui un petit chêne à écorce lisse, qui par ses feuilles coriaces, épineuses et persistantes, ressemble assez à notre yeuse et pourrait bien se nommer Quercvs ilicioïdes; puis le Kœlreute^na paniculata, le mûrier commun et le Broussonetia à papier, extrêmement abondant, etc. Mais YAlnus sinensiSj que j'ai vu si commun dans tout l'ouest du Setchuan, paraît manquer dans cette vallée de notre chaîne. 11 y a d'ailleurs ici plusieurs arbustes dont, à cette époque de Tannée, je ne piiîs reconnaître ni l'espèce ni le genre ; mais les tiges du bambou sauvage se voient dans tous les ravins frais.
EN CHINE. l;9
14 novembre 1872. A Inkiapo, Beau temps. Mon baromètre marque 666™™.
Aujourd'hui, mon second domestique vient me rejoindre ici, accompagné de six hommes robustes de la montagne, chargés du reste de nos bagages. Il m'apporte un pic mandarin^ à dessous trèsobscur, un Piciis scintillicèps^ et des Parus palustris et minor. Il a tué ces oiseaux hier, au pied, mais en dehors des montagnes.
Rien de nouveau pour moi, si ce n'est que, après nous être casés de notre mieux dans nos petites maisonnettes de terre, bien sales, bien ouvertes à tous les vents, je vais aux environs de notre demeure tuer un Tseu-hoa-méy de Pékin ou Rhopophilus, et un écureuil Perny. Puis, engagé par le beau temps, je monte jusqu'au haut de la montagne qui porte Inkiapo sur ses flancs. Il y a là une mare d eau qui ne contient maintenant d'autres êtres vivants que des larves de libellules et de bibionites, et une petite pagode d'où la vue s'étend au nord jusqu'à bien au delà de Sin-gan-fou. Du côté sud, ou vers le centre de la chaîne, les montagnes paraissent aller en s'avançant graduellement, et j'y aperçois des sommets qui ont certainement plus de trois mille mètres d'altitude.
15 novembre 1872. A Inkiapo. Très-beau temps.
Les principaux d'entre nos chrétiens ont organisé une partie de chasse à l'antilope de roche, et ils désirent que je les y suive. Ce n'est ♦pas bien loin : à un demi-kilomètre au nord de ma maison.
Lies chamois de Chine, ou shan-yang, sont répandus assez communément sur les versi^nts raidies et rocheux de ces montagnes moyennes. Voici comment la chasse se fait : les chasseurs s'étant postés en silence auprès des pointes de rochers où Tanin^al aime 4 s'arrêter on à. passer, les piquisurs commencent à battre Je bas des valions, et par leurs cris et par les pierres qu'ils font rouler sur le flanc des montagnes ils forcent] les antilopes à sortir des retraites où elles ont Tli^bitude de se tenir cachées pendant le jour, seules on deux à deux, et à monter vers les chasseurs. Si quelqu'une de ces pauvres bêtes vient 4 passer à la portée d'un fusil à mèche, le chasseur lui envoie deux ou trois cylindres de fer, ou fragments de gros fU de fer, dont Tariy^e a été chargée en guise de chevrotines.
Ici, comme à Pékin, au Setchnan, en Mongolie, au Tibet, on ne se sert guère de plomb pour projectiles , mais Ton emploie de la grenaille de fer pour les oiseaux et des morceanx cylindriques ie fer pour le gros gibier.
Le Shan-yang, paraît-il, est un animal fort timide et rusé, et nos chasseurs parviennent rarement & le prendre. Aujourd'hui, il ne nous a pas été donné d'en voir un seul, bien que les piqueurs prétendent en avoir levé deux ou trois.
Je suis impatient de vérifier si cette espèce ressemble ou non aux Caprico7mis de Pékin, ou à celui de Moupin, ou bien à la race grise des hautes montagnes tibétaines. M. A. Hilne-Edwards a décrit et
figuré, dans ses Recherches sur les mammifêreSy toutes ces diverses formes du chamois chinois, qui a partout la taille d'une chèvre.
Ltfi petite chassa me doi^ne de meilleurs résultats que l^ grwde. le tue deux Suthora^ ressemblant au ^,webbiania^ mais qui endiiTèrent par des proportions un peu plus fortes et par les teintes du i|i)«, qui sont olives au lieu d'être rousses. C'est, je crois, le même oiseau que celui que j'ai pris aboi^damnaept au Setchuan et que N. J. Yerreau:^ semble avoir confondu avec l'espèce précédente. Serait-ce l&Suthora ^î///wfiadeSwinhoe ? Cet oiseau paraît aussi commun dans ces montagnes, où, du reste, Top ne voit que peu de petits oiseaux.
16 novembre lâ72. {nkiapo. Ciel k moitié couvert.
Ce matin, je vais examiner les ver-sants septentrionaux de notre montagne, qui nourrissent des baissons et quelques arbres dans leurs pentes les plus verticales. J'y tire un Troclialopteron Ellioii^ ail Nisu/$ ordinaire diont les parties supérieures sont d'un cendré très-foncé, et un Siva cinereiceps. Ce dernier petit oiseau , remarquable par le gris soyeux des plumes de sa tête et par ses brillants yeux d'un jaune clair, a un peu les allures des mésanges, et, comme celles-ci, il parcourt les buissons par petites bandes, à fa recherche des insectes. Cette espèce faisait partie des nombreuses nouveautés ornithologiques que m'ont fournies les parties occidentales du Setchuan , et sa rencontre
dans ces montagnes doit encore me faire croire que j'y trouverai plusieurs autres animaux réputés méridionaux jusqu'aujourd'hui.
Mais c'est en vain que je poursuis mon oiseau inconnu de Tautre jour, qui crie d'une façon si forte et si étrange : ce doit être un Yanthocincla, ou bien un Pomaiorhinus de grande taille. Les montagnards lui donnent le nom de Chao-ho-lo , mot dont on peut rendre le sens par éteignez le feu^ parce que cet oiseau crie surtout à l'entrée de la nuit, au moment où Ton est censé avoir fini le repas du soir et ne plus avoir besoin de feu, et aussi parce que son principal cri, trisyllabique, est assez bien représenté par les trois mots chinois : Chao (brûler), ho (feu), lo contraction de léao (finir).
Encore aujourd'hui je vois voler des aigles que je crois reconnaître pour l'aigle royal [AquUa chrysaetos) et l'aigle impérial d'Orient (Aquila bifasciata). Il y a aussi des milans ; mais c'est toujours le Milvus melanotis, que l'on retrouve répandu sur la Chine entière.
Malgré les gelées qui ont commencé à se faire bien sentir et malgré la neige qui est tombée dernièrement et qui n'est pas encore fondue dans les lieux ombragés, quelques papillons du genre Collas (deux espèces) voltigent encore sur ces coteaux , en quête des fleurs tardives ; mais l'on se sent attristé en voyant quelques-unes de ces jolies créatures, aux ailes jaunes ou orangées,' tomber devant soi asphyxiées par le froid. C'est là pourtant leur mort la plus douce !
Je me surprends étonné de moi-même en réfléchissant au sentiment que je viens d'exprimer. Quoi ! je fais métier (pour le moment) d*ôter la vie à une multitude d'animaux qui ne me font aucun mal et qui servent d'ornement à la nature ; et puis je m'apitoie sur leur sort, si je les vois mourir de leur mort naturelle ou tués les uns par les autres! Cela paraît une contradiction, un vrai paradoxe. Et pourtant, cela est ainsi. Les besoins des collections, pour l'intérêt majeur de la science, me font oublier la cruauté de ces actes que je commets ou fais commettre. Mais je puis me rendre ce témoignagne que, en dehors de ces cas de nécessité j je me fais un scrupule de faire mourir le moindre des êtres vivants, de détruire même une plante inutilement. Il me semble que Thomme, le roi de la nature, doit respecter toutes les créatures que Dieu a placées autour de lui, quand il n'en a pas besoin, ou qu'elles ne lui deviennent pas nuisibles. S'il en avait agi toujours ainsi, notre terre serait autrement belle et riche qu'elle ne l'est !
L'arbre le plus ordinaire de ces montagnes me paraît être le chêne. Il y en a de trois espèces : celui que j'ai désigné du nom de Quercus ilicioïdes, le Quercus obovata , aux larges feuilles , et un chêne à feuilles de châtaignier. Ce dernier, qui devient un assez bel arbre, est ici, .comme à Lon-ganfou, muni d'une écorce subéreuse ; mais le liège, quoique léger, en est dur et sans élasticité. J'ai retrouvé ici mon grand Aralia du Setchuan, dont le tronc est garni de grosses et courtes épines et
dont les feuilles ressemblent un peu à celles du ricin vulgaire. Il y a aussi en abondance le Cedrela sinmsis , qui ne croit qu'en domesticité 4 Pékin , mais qui se propage ici à l'état sauvage. Autrefois j'ai noté que les jeunes pousses de cet arbre, qui a tout l'aspect de VAilcmtm gla^idulom, sont réputées un manger délicieux par les Chinois, qu^ad on les a fait macérer crues dans l'huile et le sal. Quelques grands pieds de Magnolia croissent sauvages dans un vallon frais et ombragé, et l'on me dit qu'ils portent des fleurs blanches au printemps, avant la naissance des feuilles, le pense que nous avons ici la même espèce que celle que j'ai vue dans la résidence épiscopale du Sin-gan-fou, et probablement aussi Tune des trois que j'ai observées jadis au Setchuan. A en juger par la forme des feuilles sèches et tombées que j'examine, cette plante ressemblerait bien au Magnolia yulan, qui a été introduit en Europe depuis longtemps.
Ainsi y en comptant celles qui sont connues du littoral chinois, ce pays nous fournit cinq ou six espèces de Magnolia, C'est un fait digne de remarque que ce magnifique genre, qui est richement représenté dans la flore actuelle de l'extrême Orient et de l'Amérique septentrionale, ne se trouve en Europe qu'à Tétat fossile , dans les formations tertiaires. Bien d'autres formes végétales et animales sont dans le même cas. U suit de 1& que les causes qui ont détruit la vie de ces plantes et de ces animaux dans l'occident de l'ancien monde
ne l'ont point détruite en Chine et en Amérique, et par conséquent n'y ont point existé.
17 novembre 1872. Inkiapo. Ciel mi-couyert.
Mes acquisitions de cette journée consistent en une musaraigne [Sorex) à longue queue, d'un brun rpusaâtre^ et en up épervier de petite taille [Accipiter Stevensonii) .
Noms ri^massons aussi des Helix^ des Bulimus et des Clausilia fort intéressants, qui sont des nouveautés pour moi, et sans doute aussi pour les naturalistes d'Europe.
Nos chriétiens, maintenant sans travail, vont souvent à la chasse du chamois. Je les y suis encore aujourd'hui. Celte fois, nous voyons deux de ces fauves, et, de plus, un chevrotin à musc ; mais tous passent hors de la portée de nos fusils. Néanmoins je lance du haut de ma montagne deux balles vers une grande antilope, qui galope précipitamn^ent à quelques centaines de mètres de distance; et les chasseurs chinois sont ébahis de voir mes projectiles frapper les rochers fort près de l'animal. C'est que leurs fusils ne portent qu'à quelques dizaines de pas.
m novembre 1872. Inkiapo, Beau temps, ciel serein.
Je passe presque toute ma journée à poursuivre, en vam, le mystérieux Chao ho-lo, dans les pentes à pic qui sont en face de notre maison, à un kilomètre de distance : cet oiseau inconnu est éfcon-
namment rusé ! Je tire un rouge-queue aurore, la buse à queue blanche et un albinos de Trochalopteron, de môme qu'un écureuil brun.
Quoique nos montagnards paraissent fort peu industrieux, je suis parvenu à en engager quelques-uns à dresser des pièges pour les petits mammifères. Aussi commencent-ils à me procurer quelques rongeurs intéressants. Ce que j'acquiers de meilleur aujourd'hui est un grand et magnifique rat fauve, qui a le ventre d'un blanc trèspur, et dont la très-longue queue est blanche aussi dans sa seconde moitié : c'est, sans doute, le Mus ronfucianus de Moupin ; mais là je n'ai point observé que la queue fût bicolore.
Je me trouve maintenant assez bien installé, à côté de la chapelle chrétienne où j'ai l'avantage de pouvoir satisfaire commodément à mes devoirs religieux et sacerdotaux. Mes deux Pékinois me servent la messe très-convenablement, et les chrétiens des alentours se font un devoir d'y assister, quoique souvent il ne fasse pas jour encore. L'appartement que j'occupe est celui où vient loger le missionnaire de ce district, quand il vient faire sa visite annuelle de la chrétienté ou administrer les malades. C'est une maisonnette de terre, à toit couvert de tuiles (luxe pour le pays) et n'ayant qu'une seule chambre, au rez-de-chaussée. Malheureusement, les murailles n'atteignent pas partout jusqu'au toit, et elles laissent un trop libre cours au vent. Cela n'est pas un trop grand inconvénient pour le moment, mais il en sera autre-
ment quand les grands froids seront venus : car, si je trouve à travailler utilement ici, je compte y rester plusieurs mois. Les meubles de la chambre sont une table, une petite armoire et une chaise de bois ; mes couvertures, qui composent mon lit, sont étendues sur un kang, ou estrade de terre, sous lequel on allumera le feu quand il fera froid. Le jour est donné par deux fenêtres garnies de papier, à la mode chinoise : les passants curieux y font bien quelques trous, avec leur doigt mouillé de salive ; mais cela n'a pas grand inconvénient dans un pays où l'on se tient habillé la nuit comme le jour.
Mes deux chasseurs logent dans une pièce semblable qui est en face de la mienne, et la petite cour qui nous sépare est juste assez large pour que je ne sois pas trop incommodé par les sonores ronflements de Tun d'eux et qu'ils puissent néanmoins entendre ma voix quand je les appelle. Nos petits appartements nous servent respectivement de laboratoire taxidermique.
Moyennant une somme modérée d'argent que je donne aux chefs de la communauté des chrétiens, que nous avons l'habitude d'appeler catéchistes, ceux-ci nous fournissent une nourriture suffisante, à mes deux hommes et à moi. J'aurais mieux aimé que la famille la plus voisine se fût chargée de ce soin : il y aurait eu moins d'embarras et de dépenses. Mais cela n'est pas d'usage ici.
On conçoit que la présence d'un missionnaire étranger soit un événement dans ce hameau perdu
au milieu des montagnes. Aussi tous les chrétiens des environs s'empressent-ils de venir [me faire leur visite et leur salutation et quelques-uns même m'apportenl-ils dés cadeaux d'œufs, de noix, de châtaignes. Ce sont de braves gens, simples et francs, el aussi intelligents que les premiers venus : c'est ce qu'on dit du caractère général des Chensinois et desChansinois. Tous, les habitants de la Chine ne sont donc pas ce que nous appelons des Chinois ? Parmi les chrétiens surtout , Il se trouve des personnes très-honorables , vertueuses et réellement estimables. C'est là l'effet de l'enseignement chrétien ; et il est consolant pour un missionnaire de le constater en juge impartial.
19 novembre 1872* Inkiapo. Temps couvert. Le baromètre marque 661 millimètres.
La plus grande partie de cette journée est employée à explorer les rives du grand torrent de Lao-yu, en marchant vers le haut de la grande vallée d'abord, et en m'enfonçant ensuite dans une interminable gorge venant de l'est.
Là aussi ce sont toujours les mêmes roches métamorphiques qui dominent : gneiss grisâtre et verdâtre, schistes divers et phyllades ardoisières, avec quelques blocs calcaires roulés dans le torrent. Le principal cours d'eau charrie des poutres de bonne dimension ; preuve qu'il y a encore des bois plus haut.
Les objets que je capture aujourd'hui sont :
trois rouges-queues à calotte blanche , trois Su^ ihora suffusa^ deux Siva cinereicepsy un troglodyte et tin écureuil. De plus , dans une petite source qui sort de terre, à pkis de mille mètres d'altitude, je pêche quelques grenouilles d'une espèce troruvelle, qui sont d'un Jbrunâtre olive en dessus, avec les cuisses marquées de raies confuses d'une teinte plus foncée, et d'un beau jaune au ventre, avec le dessous des bras rouges. La taille est celle de la Rana (emporariay dont ces animaux paraisseflt être tine race locale. Je voudrais donner à cette variété le nom de Rana chensinensis.
De leur côté, les chasseurs'chrétiens du hameau de Tuy-kio'tsa m'apportent la peau sèche d'une graûde panthère qu'ils ont tuée chez eux^ il y a plusieurs Infois. Je leur promets d'acheter cette pièce, pourvu qu'ils m'en apportent aussi le squelette qu'ils possèdent au complet.
Je m'aperçois avec plaisir que la nouvelle de ma tenue se répand parmi ces montagnes. D'autres chasseurs, étrangers ou inconnus à nos chrétiens^ tiennent aussi s'offrir à me procurer l'antilope des rochers, ainsi que le porc-épic ; mais c'est à des prix tellement déraisonnables, que je ne puis pour le moment conclure aucun marché avec eux.
20 novembre 1872. Inkiapo. Ciel voilé dans la journée; un peu de pluie au soir. Baromètre=658 millimètres.
La panthère que j'ai achetée (peau et squelette) est d'assez forte taille, et diffère de la race de Pé-
kin, qui a été désignée sous le nom de PardxAS fontanieri , par un poil plus court et par le fond d'un jaune plus foncé de son pelage, qui a la même nuance tant en dedans qu'en dehors des taches oculaires. Cet animal me rappelle beaucoup ceux de l'Inde ; mais, pris dans le Tsing-ling, région isolée du Sud et du Nord par des fleuves considérables, il ne peut manquer d'être intéressant à étudier.
Les chasseurs qui m'ont apporté ce félin me disent que certaines de leurs montagnes nourrissent le Tdwu-liou (Rhizomys), mais qu'il n'est possible de s'emparer de ce gros rongeur souterrain qu'au printemps ou en automne. J'avais acquis précédemment plusieurs animaux de ce genre, à l'ouest du Setchuan , et je sais qu'on en a aussi obtenu de Canton : il sera très-curieux de vérifier si c'est la môme forme spécifique qui est répandue dans ces différents pays séparés par des espaces infranchissables à cet animal , car il ne peut vivre que parmi les bambous sauvages des régions élevées. Or, l'âge de ces différents massifs montueux et de leur population animale et végétale paraît remonter à une très-haute antiquité.
22 novembre 1872,Inkiapo. Aujourd'hui laneige couvre nos montagnes. Baromètre = 658 millimètres, à 8 h. matin.
Similis simili gaudet ! La dépouille de ma pan* thère sert d'appelant, paraît-il. Cette nuit, une bête de ce genre peu aimable est venue dévorer le plus
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gros des trois chiens de mon premier voisin ; et ce matin, à peine ai-je terminé mes prières d'après la messe, que je vois accourir les chrétiens pour me demander en grâce d'aller donner la chasse au terrible rapace. Ils me disent qu'on Ta vu, à l'aube, se réfugier parmi de grands rochers qui ne sont qu'à quelques centaines de pas de notre maison, sur une pente presque à pic et garnie d'épineuses broussailles qu'il y a là. Un pareil voisinage n'est guère supportable! Je suis loin d'être et de vouloir être un Jules Gérard... Cependant, je pars aussitôt muni d'un revolver et d'un fusil bien chargé à balles, et accompagné de trois hommes armés de piques, pendant que d'autres se dirigent vers le fond de la montagne.
Arrivé sur les lieux, je commence par me glisser tout doucement jusqu'à une douzaine de pas de la retraite supposée de l'animal féroce, tandis que mes défenseurs en piques s'arrêtent haletants à une distance très-respectueuse, bien résignés, je crois, à me laisser toute la gloire du combat.... Puis, quand je suis posté, les deux autres montagnards descendus auparavant au bas du vallon commencent tout à coup à pousser les cris les plus sauvages qu'ils sachent imaginer, dans le but d'éveiller le gros félin qui digère son chien et de le faire paraître hors de son repaire.
Aussitôt, au travers des cimes des buissons qui me cachent, je vois se mouvoir quelque chose de jaunâtre, à l'angle du rocher suspect, puis rester Jmmobile.... Quoique le cœur me batte fort, j'a-
YOYAQE piî CHINE j ? — H
juste bien mon fusil et je lâche ma balle. Plus de mouvement là! Rien ne bouge, rien ne parait, rien ne s'entend. Évidemment, j'ai brisé le crâne à Tennemi. — Comme je connais bien la tenace vitalité de tout ce qui est chat^ ainsi que l'astuce cruelle de la panthère, je ne me déplace pas, et je tiens mon second coup prêt à partir à la première apparition, quand un souffle de vent, qui a rasé longuement les broussailles jaunies de la montagne, fait voler vers moi quelques plumes...! Hélas! j'avais pris la gorge d'une innocente bartavelle pour l'œil du léopard! La pauvre bête gît là, raide-morte, avec sa tête coupée en deux par ma balle. C'est égal, me dis-je en ramassant ma victime, je n'ai pas l'animal vorace, mais je me sens content d'avoir pu maîtriser mes nerfs, au point d'atteindre à balle un objet petit comme la tête d'une perdrix (Gaccabis Ghukœr),
11 est probable que la panthère, dont l'ouïe est si fine, nous avait entendus venir de loin, et qu'elle s'était éloignée, sans se laisser voir, à tra* vers les rochers et les arbustes qui encombrent ce flanc de la montagne.
Je ne savais pas encore qu'il y eût des perdrix rouges dans ces montagnes, mais je vois aujourd'hui, outre le corps du délit en question, une autre perdrix, à teintes fauves, que je pense être la Perdix barbata, de Mongolie. Le froid et la neige ont fait voyager jusqu'ici ces aimables oiseaux, qui abondent dans toute la Chine septentrionale.
Les espèces de cette famille sont représentées,
dans le Sud de TEmpire, par Télégant FrancoUn perlé et par la perdrix des bambous [Bambuskola thm^acica), dont une variété est indiquée au Yunnan et une seconde à Formosa (Bambuskola Fitchii et Bamb. sonorivox). La Belle Ile nourrit en outre une perdrix à couleurs terreuses, qui est remarquable par sa gorge dégarnie de plumes [Oreoperdrix crudigularîs). Cela nous fait huit espèces de perdrix pour toute la Chine, en comptant le Lerva nivicola, que j'ai rencontré dans le Setchuan occidental.
23 novembre 1872, Inkiapo. Le ciel se recouvre et nous menace encore de la neige.
La neige fondue et puis glacée rend tellement glissants ées sentiers de montagnes, qu'on a les plus grandes difficultés à s'y tenir debout. Malgré cela, je suis si impatient de faire la ccmnaissance de notre Ghao-ho-lo, que j'entends souvent crier vigoureusement dans un taillis qui est en face de ma chambre, que je pars dès le matin, pour lui donner encore la chasse. Cet adroit oiseau sait si bien se cacher dans les vallées les plus sombres et sous les broussailles les plus épaisses, que je ne suis pas étonné de voir qu'aucun de nos montagnards ne Tait jamais vu distinctement, quoiqu'il vive au milieu d'eux, et que tout le monde le reconnaisse à sa voix si curieuse, et sache dire que ce n'est pas un grand animal. Cela est singulier !
Mais, cette fois encore, mes recherches et ma
patience sont inutiles : j'entends bien mon criard insectivore, mais je ne l'aperçois point. Seulement, je constate que c'est un oiseau qui cherche sa nourriture sous les débris pourris des végétaux, en grattant la terre comme les poules, et qu'il aime singulièrement les petites coquilles terrestres, dont presque tous lès spécimens morts que je vois sous le taillis ont le dos brisé par son bec. Mais, ce qu'il y a de bien certain, c'est que, à en juger par son cri et par ses mœurs, c'est une espèce toute nouvelle pour moi, et dont l'acquisition me sera d'autant plus agréable qu'elle paraît plus difficile.
On voit passer souvent, aujourfl'hui encore, des aigles, des buses blanchâtres, le milan, de petits faucons et des éperviers.
Les pigeons sauvages, dits bisets [Columha livia ou intermedia)^ sont fort abondants dans les rochers du voisinage, malgré la guerre que les oiseaux de proie leur font constamment. Je fais l'observation que très-peu d'entre ces oiseaux possèdent toutes les couleurs primitives de l'espèce type . Tantôt c'est le blanc du croupion qui manque, tantôt le cendré-bleuâtre des parties supérieures est remplacé par des teintes plus foncées ou mélangées, etc. Seraient-ce des individus redevenus sauvages? Au contraire, le Columbarupestrisy ou pigeon à queue barrée, si universellement répandu dans les grandes montagnes de la Chine occidentale, conserve partout ses couleurs spécifiques saps altération aucqne, quoiqu'oii le
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trouve quelquefois uni aux bandes du Col. livia- Toutefois il est plus que probable que les diverses variétés de pigeons domestiques de la Chine proviennent de la môme souche que celles d'Europe, c'est-à-dire du biset vulgaire.
Du reste, la Chine continentale n*a fourni jusqu'ici que quatre espèces de pigeons : les deux dont il s'agit ici, une palombe à couleurs violettes et cendrées, que j'ai rapportée de Moupin [Dendrotreron Hodgsonii)^ et une autre vue aux mêmes lieux, mais non acquise, remarquable par ses teintes jaunes et vertes. On y trouve également quatre espèces de tourterelles : Turtur rupicola, T. sinensis, T, risorius, T. humilis, tandis que les deux grandes îles de Formosa et de Haïnan ont donné sept ou huit autres espèces aux recherches de M. Swinhoe.
Mes jeunes gens, que j'avais envoyés séparément à la chasse dès le matin, me rapportent un merle d'eau brun (Hydrobata Pallasii), un rougequeue à calotte blanche, un troglodyte et un Mecistura fuliginosa. Cette petite mésange, à teintes brunes, faisait partie de mes nouveautés ornithologiques du Setchuan.
Cela porte déjà à quatre le nombre des espèces nouvelles d^ oiseaux de Moupin, que je retrouve au phénsi méridional. Je crois môme probable que Texploration ultérieure des grandes montagnes du Chansi y fera découvrir plusieurs des animaux ^ que nous considérons encore comme exclusivement méridionaux.
24 novembre 1872. Inkiapo. Beau temps. A huil heures, le baromètre marque 669 millimètres, et le thermomètre 3 degrés, dans la chambre.
La journée est employée en travaux taxidermiques. J'acquiers aujourd'hui un autre Miw, nouveau pour moi, de taille moyenne, d'une belle couleur fauve en dessus et d'un blanc grisâtre en dessous, ayant une longue^ queue très-mince. Je donnerais volontiers le nom de Mus elegans à ce joli rongeur, aux formes si élancées et gracieuses. Une seconde souris, nouvelle aussi pour me» recherches, n'a que douze centimètres et demi de longueur totale; les oreilles sont très-larges, et la queue est assez poilue, surtout au bout. Les couleurs supérieures sont d'un fauve grisâtre, et celles de dessous d'un gris-blanc uniforme.
Le rat ordinaire de ces montagnes, dont j'acquiers tous les jours des échantillons, a la poitrine marquée, sur un fond gris, d'une tache blanche, qui est tantôt en croissant, tantôt de forme irrégulière, tantôt s'étend jusqu'à l'abdomen, et quelquefois manque tout à fait. Je m'étais procuré il y a quatre ans, à Kiou-kiang, un rat apparemment semblable, dont la poitrine était aussi ornée d'une tache blanche, et qui a recule nom de Mus Ouangthomo. Mais nulle part ailleurs je n'ai rencontré cette espèce, qui paraît fort commune dans cette région mésopotamiennede la Chine.
25 novembre 1872. Inkiapo. Très-beau temps.
Pas de nouveauté notable. Maintenant il y a fort
peu d'oiseaux au pays, et il faut courir beaucoup pour y voir autre chose que VEmbenza cioïdes et le Parus minor. Le chasseur Ouang et moi nous prenons aujourd'hui chacun un Trochalopteron EUioiL Cette espèce, qui parait abondante dans tout le Tsing-ling, a sur la tête une teinte cen* drée, que je ne me rappelle pas avoir observée dans les oiseaux tués au Setchuan occidental.
âô novembre 1872. Inkiapo. Ciel couvert et petite neige.
On m'apporte du haut de la montagne un hams* ter ou Cricetulus gris, qui me parait différer des trois espèces de Pékin et de Mongolie. J'acquiers aussi un Campagnol brun, qui est peut-être le même rongeur que celui que j'ai envoyé de Moupin et qui a été nommé Arvicola melanogastev par M. A. Milne-Edwards. Ainsi, la Chine ne nous a donné jusqu'aujourd'hui que deux espèces de ce genre : celle qui vient d*ôtre citée, et qui est remarquable par ses couleurs noires, même sous le ventre, eiV Arvicola mandarinus, que j'avais découvert dans mon voyage en Mongolie, à un millier de mètres d'altitude.
27 novembre 1872. Inkiapo. Neige.
Les chasseurs que j'avais envoyés dans Tintérieur de la chaîne m'en rapportent un Shan-yang: c'est une Antilope caudata^ qui me semble avoir un poil plus raide que l'animal de Pékin, et des couleurs plus obscures.
Le Tchang, qui est allé prendre cette antilope de roche jusqu'auprès des grandes forêts^ prétend qu'il vit là bien des bêtes et des oiseaux, dont on ne connaît pas même le nom.... Tant mieuxl
La neige qui couvre tout le pays, ayant mis les oiseaux en mouvement, je sors aussi et je tue un Rhopophilus pekinensis (dont j'ai parlé plus haut) et une paire de Carpodacus davidianus, oiseau pris pour la première fois dans le nord de la Chine, et que je ne savais pas non plus descendre jusque dans ces latitudes (33''-34« lat.). Ce gentfl roselin est tout d'un rose pourpré, et la femelle est grisâtre. C'est un oiseau rare partout et fort difficile à capturer, à cause de son naturel méfiant. II est stationnaire dans les buissons des grandes montagnes, où il vit de bourgeons et de petites graines. 11 pousse un pelit cri de rappel qui ressemble à celui du pinson^ et son chant est assez agréable, mais peu fort.
C'est M. Milne-Edwards, de Tlnstitut, qui m'a fait rhonneur de me dédier cette espèce, qui est Tune des premières nouveautés que j'aie envoyées au Muséum.
28 novembre 1872. Inkiapo. Beau temps. La neige fond.
Pas de nouveauté. Travaux taxidermiques, et capture de quelques animaux communs.
29 novembre 1872. Inkiapo. Beau temps.
Décidément, ce sont les rats qui auront la
pomme^ dans cette campagne du Tsing-ling ! J'acquiers aujourd'hui encore Une autre belle souris nouvelle, de forte taille, et qui a Téchine marquée d'une raie noire allant de la tête à la queue. Si cet animal diffère du Mus sylvaticus, il pourrait s'appeler A/tes dorsalis.
Nos chrétiens ayant encore organisé une chasse au Sïtan-yang dans le voisinage, je leur donne la satisfaction de les y accompagner. Cette fois-ci, on en lève plusieurs, et le chasseur Tchang a encore la bonne chance d'en abattre un, presque à bout portant. Ce chamois, que j'acquiers aussi, me paraît ressembler plus complètement à l'espèce pékinoise que l'animal rapporté des montagnes plus hautes de l'intérieur de la chaîne.
30 novembre 1872. Inkiapo. Beau temps.
La journée se passe sans autre nouvelle acquisition que celle d'un second exemplaire de Criceiulus^ qui a été déterré à environ deux mille mètres d'altitude.
Aujourd'hui nous avons le plus beau ciel et la plus pure, la plus splendide atmosphère que l'on puisse voir ; et pourtant le baromètre est fort bas (six cent soixante et un millimètres).
V^ décembre 1872. Inkiapo. Très-beau temps encore, avec le baromètre bas comme hier.
On m'apporte de Tuy-kio-tsa un Pucrasia xanthospila, dont le blanc et le jaune du cou me paraissent avoir une étendue différente que dans l'oiseau
(le Pékin : il faudra comparer. Ce gallinacé paraît peu connu des chasseurs du pays : il ne doit donc pas y être abondant.
J'envoie Tun de mes domestiques à Sin-gan-fou porter des lettres et acheter les phasianides qui pourraient se trouver au marché de cette capitale.
2 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps, doux, avec même hauteur barométrique.
Je monte jusqu'au sommet de la montagne qui porte notre hameau sur son flanc méridional. Mon baromètre y descend à six cent dix millimètres. Un pic un peu plus élevé paraît monter & cent mètres de plus que l'endroit où je suis parvenu, avec beaucoup de fatigue, à cause de la neige sans consistance. Gela ferait un peu plus de deux mille mètres d'altitude.
Rien de nouveau par là, sinon que j'y vois les fumées fraîches du musc, et qu'un aigle, de taille moyenne, qu'à force de sueurs et de déchirures j'étais parvenu à approcher presque à portée, quitte son bout de rocher au moment même où j'allais lui envoyer une balle.
Quoi qu'on en dise, je persiste à considérer lUquila bifasciata comme une espèce distincte de l'aigle impérial. Nous avons tué et rencontré assez fréquemment le premier oiseau, en Chine et en Mongolie, sans jamais lui voir des scapulairas blanches. Cependant, l'oiseau adulte, aux teintes brun-foncé, sur lesquelles brillent deux neigeuses épaulettes, est connu des chasseurs des environs
de Siwan et du nord-ouest du Pétchély. Les deux formes de Taigle impérial visiteraient-elles la Chine ?
On m'a tant parlé de la forêt du LaoAing et des animaux qu'elle recèle, que je me décide à profiter du beau temps au plus tôt, pour y envoyer mon chasseur Ouang, en compagnie d'un chrétien montagnard, qui connaît le chemin de cette partie centrale de notre chaîne. Je tiens à savoir à peu près ce qu'il y a dans cette région élevée, avant d y aller moi-même, dans la saison rigoureuse où nous nous trouvons.
Encore une nouvelle espèce de souris aujourd'hui! Deux sujets paraissant adulte^ : taille petite, couleur blond fauve , ventre d'un gris jaune (avec une tache blanche au milieu, dans l'un) ; point de mauvaise odeur.
3 décembre 1872. Inkiapo. Très-belle journée, ciel limpide et brillant. Au soir, grand vent. Le baromètre note six cent cinquante-quatre millimètres. ,
J'acquiers un Putorius, de moyenne taille, sans blanc à la gorge et au museau, & teintes généra^ les d'un fauve-brun, ayant la queue amplement poilue. Les gens de ma montagne disent que ce putois, pris dans une autre vallée, diffère de celui qui vient tuer leurs poules, plus souvent qu'ils ne le voudraient.
Un inconnu m'apporte à vendre un musc femelle, en chair. Malheureusement ce bel animal est trop
abîmé pour que je puisse en tirer parti; les chiens lui ont rongé le museau et d'autres parties du corps. Les couleurs supérieures sont d'un verdâtre-brun uniforme, fort élégant; la gorge porte une tache blanche régulière.
Ce chasseur païen, qui paraît connaître bien les animaux de ce^ montagnes, me dit que le Song-ky (nom pékinois de Teulophe) est rare au pays, et qu'il n'y a pas de Pé-mou-ky (lophophore).
De leur côté, les chrétiens, qui sont allés en grand nombre (déjà pour la troisième ou quatrième fois) chasser au chamois et surtout au porc -épie, s'en reviennent encore les mains vides. Ils ont bien. vu un de ces derniers, qu'ils nomment Hao-djou, parmi les rochers d'une haute montagne, mais il paraît que ce géant de nos rongeurs n'est guère empêché par ses longs piquants de courir prestement sur les rocs et parmi les broussailles, et qu'il est fort difficile à prendre, surtout pendant les neiges de l'hiver. On en tue quelquefois à la fin de l'été, en creusant dans leurs terriers.
4 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps ; le ciel se couvre au soir.
Malgré une entorse au pied, que j'ai attrapée en courant dans la neige, et qui m'oblige à boiter, je vais encore voir s'il y a moyen de surprendre l'imprenable Chao-ho-lo, Peine perdue! Je tire un Enicurus sinensis, dont le noir de la tête est porté sur un fond café plus marqué que je ne
l'ai observé dans les oiseaux tués au Setchuan.
Les Enicurus sont des oiseaux qui vivent au bord des eaux claires de montagnes, et qui sont remarquables par la blancheur de leurs pattes. La Chine en renferme trois espèces : Enic, scouleri^ Enic, schistaceus, et E7iic. sinensis. Elles brillent par l'éclat de leurs couleurs, qui sont un mélange du blanc le plus pur et du noir le plus profond, fort agréablement disposés. Les deux dernières espèces possèdent une longue queue fourchue, forme qui e valu le nom au genre, qui ne paraît pas remonter plus au nord que cette chaîne du Tsîng-ling.
A mon retour à la montagne, je trouve le brave chrétien Liou, du haut de notre montagne, qui m'apporte un beau blaireau en parfait état, dont le ventre n'est pas d'une teinte plus foncée que le dos, et dont la poitrine est d'un blanchâtre jaune, de môme que la queue. Est-ce là le typique Arctonyx leucoloemus Aq Pékin?
Parmi les différents blaireaux que le Muséum a reçus de moi, le professeur A. Milne-Edwards a distingué les trois espèces suivantes : Mêles leptorhynchus^ Arctonyx leucoUsmus et^r^c^. ohscurus. Les deux premiers proviennent de Pékin et le troi. sième de Moupin.
5 décembre 1872. Inkiapo. Il neige tout le jour, mais la neige fond à mesure qu'elle tombe.
Mon domestique Lu revient de Sin-gan-fou avec des lettres et dcu^ faisans, dont l'un à collier et
Tautre sans collier. Ce dernier parait être moins abondant* que Tautre. Il m'apporte aussi un paquet d'oiseaux que les chrétiens de Che-kin-stuén ont tués & mon intention hors de la montagne : Ampelia gamila, A thene glaux, Picus guerini, Turdus Naumanni et un T, fuscatus de petite taille. Il me dit qu'il a vu des grues et des outardes courir et voler dans la plaine, ce qui prouve que ces oiseaux hivernent ici.
6 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps.
Parmi les petits mammifères que les jeunes montagnards capturent pour moi, je trouve ce matin un Anourosorex squamipes, encore une de mes nouveautés du Setchùan occidental. Ce curieux insectivore 4 la courte queue filiforme paraît ici bien plus rare que dans cette contrée.
Ce soir le Ouang retourne aussi des grandes montagnes du Lao-ling, qu'il a trouvées couvertes d'une neige épaisse. Il a vite fait sa course. Mais je suis content de lui, puisqu'il a tué lui-môme et apporté une paire dUthagines^ d'espèce nouvelle.
Autant que je puis m'en souvenir, ce gallinacé diffère de son congénère de Moupin : 1" par sa poitrine marquée d'une large plaque d'un cendré terreux uniforme, 2° par le roux doré du dessus de la moitié des ailes, 3** par une taille un peu plus forte. Cette belle espèce chinoise pourra très-bien se nommer Ithaginis sinensis. Et ainsi le genre Ithaginis renfermera trois espèces, toutes bien caractérisées par leurs brillantes couleurs où do-
minent le vert-pré et le rouge-carmin : Ithag, cruenta, Ithag, Qeoffroyi et Ithag, sinensis.
C'est à deux journées de marche, au sud-sudouest dlnkiapo, que le Ouang a rencontré les Ithagines parmi les bambous sauvages et les rhododendrons. Un ouragan de neige avait poussé une bande de ces oiseaux jusque sur les pas du chasseur. En fait d'autres animaux, on a cité à ce jeune homme le Ling^tsong^yang (qui me parait être le Nemorhedus Edwardsi) et le Pang-yang^ qui vivrait plus à l'ouest. J'ai cru comprendre que, ici comme à Lon-gan-fou, on donne au Budorca» ce nom qui au nord indique VArgalL Le Oua-ky (Cerîornis) et le Kin-Jd (faisan doré) vivent aussi en petit nombre dans ces parages. Mais mainte* nant la neige les en a chassés plus au midi,
7 décembre 1872. Inkiapo. Beau temps.
Les acquisitions de la journée consistent : 1* en un Bacillus, brun et d'assez grande taille. Ce curieux insecte orthoptère, de la famille des Mantides, a été pris vivant dans un coin abrité de notre montagne; 2° en quelques crabes et scorpions, semblables à ceux de Pékin, apportés de la plaine; 3** en deux lièvres, tués également dans la plaine, que je rapporte au Lepus tolaï\ quoiqu'ils manquent de la teinte blanchâtre des fesses, ordinaire aux animaux de Mongolie.
Pendant tout le "jour notre vallée résonne des nombreux coups de fusil tirés sur un sanglier par un groupe de chasseurs indigènes. Ils en ont
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fait autant hier et avant-hier. Je m'aperçois qu'ici aussi l'on brûle beaucoup de poudre avant de mettre le gibier dans le sac. Mais il faut convenir aussi qu'il faut beaucoup d'adresse pour bien manier le long et lourd fusil à mèche du pays et qu'il faut être solidement robuste et leste pour courir sur ces raides coteaux.
8 et 5 décembre 1872. Inkiapo. Bonnes journées.
Je me prépare pour aller moi-môme explorer le LaO'ling, avant que les chemins ne soient devenus tout à fait impraticables.
Aujourd'hui j'achète un jeune chevrotîn à musc, tué dans le voisinage, et uti Pterorhinus lanceolatvs, pris au piège au haut de la montagne. Voici encore un oiseau de Moupin à ajouter à la faune chensinoise.