‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 1 sur 44 · DU 26 MARS AU 15 AVRIL · texte numérisé non relu

DU 26 MARS AU 15 AVRIL

Exploration du Léang-shan; nature lithologique de cette intéressante montagne; fossiles nombreux : Orthocères, Spirifer, Productus; lignite à fossiles modernes. — Calcaire sonore. — Nuit passée peu commodément. — L'Eneplotrupes sinensis, le Motacilla baikalensis, et autres animaux capturés. — Réflexions sur

la guerre intestine des animaux. — Un essaim d’abeilles; méthode chinoise pour s’en emparer. — Prise de cinq Sieboldia Davidi en vie; histoire de ces énormes salamandres. — Insectes du printemps dans la vallée du Han; cantharides, leurs émana- ‘ tions nuisibles à la santé — Trois jours à Tchen-kou ; l’Abies sacra.

26 mars 1873. Course au Léang- “Shan. 9° temps. 2 Des collines quaternaires qui entourent Etung-

kia-ouan, ce centre provisoire de mes courses, l’on VOYAGE EN CHINE. u—{

2 JOURNAL DE VOYAGE n’apercoit point Han-tchong-fou, qu’on ne dit éloigné que de trois ou quatre lieues. Mais, en tournant les regards vers la plaine qui porte ce cheflieu de département, qui fut jadis capitale de tout l'empire, c'est-à-dire vers le couchant, on y dislingue, à sept ou huit lieues de distance, deux collines nues et arrondies qui bornent l'horizon de ce côté, et qui paraissent isolées soit de la chaîne du nord, ou Tsing-ling, soit de la chaîne du sud, ou Lan-shan. Ces collines semblent plus élevées que la plaine de quatre à six cents mètres. Celle de gauche, la plus haute, porte Ile nom de Han-shan (mont sec), parce que, disent les Chinois, les eaux y abondent; celle de droite, plus allongée, s’ap- -pelle Léang-shan (mont froid), parce qu'on la voit - toujours en feu ou en fumée, à cause de ses nombreux fours à chaux. C'est de cette dernière montagne qu'on m'a dit que proviennent toutes ces pierres fossilifères que j'ai rencontrées jusqu'ici dans cette vallée. | Je pars donc ce matin avec mes deux domestiques pour éxplorer la Froide-montagne, qui flambe et fume ! Après avoir cheminé pendant trois bonnes heures, partie dans les monticules quaternaires, partie dans la plaine immédiate et alluviale du Han-kiang, nous arrivons à Han-tchong-fou à midi.

+ A cette heure, mon baromètre y marque 723 millimètres, et le thermomètre 18 degrés, à l'ombre, avec beau temps et atmosphère calme. Par consétquent, Han-tchong doit avoir à peu près la même

altitude que Sin-gan-fou, c'est-à-dire près de quatre cent soixante-dix mètres.

Nous traversons cette ville de l’est à l’ouest dans toute sa longueur; la rue principale est bordée de boutiques qui y attirent beaucoup de monde. Après avoir marché encore trois heures dans le même sens, nous passons en barque le Han, et nous nous trouvons au pied du Léang-shan vers le soir. Encouragés par le beau temps et pressés du désir de nous rendre compte au plus tôt des sites fossilifères, nous y faisons dès aujourd’hui une première et rapide ascension, sans savoir où nous pourrons trouver un gîte pour la nuit.

Voici ce que j'y observe, en fait de roches, en parcourant le versant septentrional de la montagne‘ de l’est à l’ouest :

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