‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 2 sur 44 · Colline du Léang-shan, vue du nord · texte numérisé non relu

Colline du Léang-shan, vue du nord

CC. Couches de calcaire gris et bleu, dur, sonore, renfermant des coquilles, des madrépores, des bryozoaires, des spongiaires, etc.

HH. Houille en couche mince, ou lignite, renfermée dans des schistes garnis d'empreintes d'animaux marins récents et de plantes.

À. Argile jaune ou rousse, en couches plus ou moins molles.

GG. Grès rouge et jaune, à grain fin, très-dur, renfermant des orthocères.

C’C’. Calcaire dur, fossilifère, ressemblant en tout à celui du haut de la montagne.

Immédiatement au-dessus de la plaine alluviale, je rencontre de puissantes assises de calcaire bleuâtre gris, soulevées vers le nord, de manière à former avec l'horizon un angle d’une cinquantaine de degrés. Ces calcaires sont très-durs, et les morceaux détachés résonnent comme de l'acier: Ils renferment dans leur masse des coquilles bivalves et des coraux, et il me semble reconnaître des Productus et des Spirifer. Mais cette roche est si dure que j'ai beaucoup de peine pour en séparer des fragments qui contiennent ces pétrifications remontant sans doute aux formations siluriennes. Plus haut se voient quelques couches de grès rouge, très-dur aussi, une sorte d’argilolithe dont le grain très-fin est tantôt en masse uniforme, et tantôt mamelonné, variant en couleur du rouge au jaune et au gris terreux. Plus haut encore, je rencontre quelques couches de grès siliceux; et puis, en me dirigeant vers les mines de charbon, je traverse une série de couches marneuses dont les bords désagrégés fournissent un peu de terre cultivable. Toutes ces couches argileuses me paraissent être en siratification concordante avec celles des grès et des calcaires inférieurs; et c’est à leur partie supérieure qu'on exploite un dépôt de’charbon qui a environ un mètre d'épaisseur moyenne. Les schistes qui contiennent le combustible se séparent en feuilles tres-minces et noirätres qui présentent une immense quantité d’empreintes blanches de débris de végétaux et de mollusques marins rappelant tout à fait les for-

mes actuelles. Auprès des roches carbonifères (il y en a une seule couche, je crois) se trouvent des masses d’une argile bleuâtre, qui happe beaucoup la langue, et qui durcit à l’air; elle contient de grands blocs de pyrite blanche qui me paraissent représenter des matières organiques disparues. Mais, ce qu'il y a de très-surprenant pour moi, c'est que, immédiatement au-dessus de la couche carbonifère recommencent les puissantes assises de calcaire dur et sonore, et apparemment semblable à celui du bas de la montagne, pour continuer encore pendant cent ou cent cinquante mètres jusqu’au haut de la colline. Ces strates, fossilifères aussi, ont à peu près la même inclinaison que les autres couches de marne de grès et de calcaires qui sont plus bas. Les mines qui ont été ouvertes pour extraire le charbon, s’enfoncent sous les masses calcaires supérieures sur un angle de cinquante à cinquante-cinq degrés. :

Ce combustible est d’un noir brun; il répand en brûlant beaucoup de fumée et une forte odeur de bitume. On l'extrait (à la chinoise, c’est-à-dire fort mal) sur plusieurs points et au même niveau, et on l'utilise surtout pour cuire sur place l’excellente pierre à chaux que fournit le calcaire spathique et sonore, soit du bas, soit de la calotte de la montagne. Aussi, à cause de l’abondance de ces deux matières sur la même place, et de la commodité de transporter la chaux sur les eaux du Han-Kiang, le Léang-shan a-t-il le privilége de fournir de ce produit caustique toute la longue

vallée de Han-tchong-fou, bien que les pierres à chaux et même les marbres foisonnent sur plusieurs autres points. Il n’en est pas de même du charbon de terre : celui du district de Mién-shién étant d’une exploitation plus facile, et, sans doute aussi, de meilleure qualité, est plus demandé des ‘consommateurs que celui de cette montagne, qui n’est que du lignite.

Je trouve pour les mines de Léang-shan une altitude de huit cent soixante-six mètres, et le principal sommet de la montagne aurait environ mille mètres. |

En nous avançant vers le couchant, je remarque que les couches marneuses augmentent d’abord de puissance, et que, plus bas, elles sont suivies de strates de grès fin d’un rouge violet ou jaunâtre, qui continuent en descendant jusqu'aux calcaires gris. Les couches de ces sortes d’argilites forment une ceinture rougeâtre que les carrières nombreuses, ouvertes sur les flancs de la montagne et les ravins dénudés, laissent voir au loin sur toute la longueur et vers le tiers inférieur de sa hauteur.

Ce soir, nous n’avons que le temps d’entrevoir que ce sont ces pierres colorées qui renferment le plus grand nombre d’orthocères et d’autres céphalopodes roulés en forme de crosse. Demain nous y reviendrons pour essayer d'extraire proprement quelques restes de ces antiques animaux des terrains de transition.

Nous avions espéré trouver quelque cabane de

mineur qui fût logeable; mais nous n’en rencontrons aucune où il y ait place pour nous trois. Force nous est donc de regagner le pied de la montagne avant d’être surpris par la nuit. Il n’en était que temps! Nous devons marcher une heure dans les ténèbres avant d'atteindre le premier village chinois; et c’est avec peine qu’une façon de mauvaise auberge consent à nous donner un logement et de la pâte de froment pour notre souper. Nous dormons par terre, sur de la paille et sans couverture, par conséquent très au frais; mais l'air est tranquille et le temps est beau.

27 mars 1873. Léang-shan. Très-belle journée.

Levés de très-bonne heure, nous retournons à nos roches à fossiles, aux carrières à dalles rouges qui sont les plus rapprochées de nous. Je passe ma matinée à examiner activement une partie plus centrale de notre intéressante montagne, et à casser force cailloux. Avec ce que nous avons ramassé hier, nous avons de ces lourdes pétrifications autant que nous pourrons en porter à nous trois.

Les coquilles bivalves de moyenne taille, et des univalves à grandes proportions, ne se voient guère que dans la masse du calcaire dur. Les orthocères, ou coquilles cloisonnées coniques et droites, ne sont que dans les couches de l’argilite rouge ou jaune. Les céphalopodes à extrémité arrondie en forme de crosse se trouvent dans l’argilite et dans le calcaire.

C'est dans les dalles employées pour paver les voies publiques et usées par le pied des passants, que l’on voit bien ces mollusques cloisonnés si curieux. Sur un carreau poli de la ville de Han-tchong, j'ai observé deux orthocères longs et minces que le hasard a fait se trouver bout à bout en ligne, et unis par leur petit côté, de manière à simuler une seule coquille bien étrange. J'ai rencontré encore, sur un bloc de calcaire dur, au-dessous des couches carbonifères, un cône confus, qui a la forme d'une bélemnite, mais qui doit être un orthocère gigantesque, quoique je n’y aie pas observé de cloisons, gros comme une cuisse d'homme et long d'un demi-mètre. — J'ai trop peu présentes à la mémoire mes lectures sur les fossiles antiques, et je n'ai point en main de livre de géologie pour que je puisse dire les vrais noms de ces prédécesseurs des Ammonites.

Dans les localités visitées par moi, les orthocères sont nombreux et variés dans leurs proportions relatives : il y en a de la grosseur d’un tuyau de plume avec la longueur du doigt, jusqu’à l’épaisseur du bras avec une longueur proportionnée. Mais, comme je l'ai dit, c’est sur les pierres polies par les sandales de paille des voyageurs qu’on distingue bien les formes de ces êtres curieux qui peuplaient les mers des premiers âges.

Sur un bloc calcaire cristallin mais impur du bas de la montagne, je trouve une infinité de fragments de coraux, de spongiaires el de coquilles, qui y forment à la surface comme une véritable

mosaïque : c'est tout un petit musée pétrifié et incrusté sur cette roche. Il est dommage que je ne puisse pas emporter cette pièce entière ; mais elle pèse plus de cent kilos. Je me contente d'en détacher plusieurs morceaux, que j'enverrai au Muséum avec les autres pétrifications et empreintes du Léang-shan et d’ailleurs.

Dans ma course de ce matin, je confirme mes observations d'hier sur la lithostratie de cette montagne: j'aime à me répéter, parce que je suis porté à croire que ce site intéressant deviendra classique à cause de la multiplicité des formations diverses qui s’y trouvent réunies sur un petit espace et manifestées par les fossiles les plus nombreux. — La pierre rouge, argilite du grès calcaire, à grain très-fin et très-tenace, tantôt uniforme dans la masse de ses strates, tantôt mamelonné, tantôt rouge violet, tantôt bigarré, et tantôt jaunâtre ou bleuâtre avec des taches vertes, forme une couche presque horizontale, qu’on voit de loin entourant comme une ceinture le Léang-shan vers sa tierce partie inférieure. Cetle colline a cinq cents mètres de hauteur au-dessus de la plaine, et la couche carbonifère est à cent ou cent cinquante mètres au-dessous du sommet qui a un millier de mètres d'altitude. Toute la partie supérieure de la montagne consiste en calcaire gris, spathique, dur, sonore comme l'acier ou le verre ; d'innombrables blocs détachés des couches massives la hérissent partout, en simulant au loin une montagne boisée. L'étroite bande des schistes carbonifères est ca-

chée sous ce calcaire, ayant à côté d'elle l'argile smectique bleue, jaune, verte, selon les lieux. Audessous des couches à combustible, viennent les nombreuses strates de marne ou d'argile jaunâtre, pas dures en haut, mais le devenant beaucoup plus bas, au voisinage des grès rouges. Toutes les carrières de dalles exploitées sont ouvertes dans cette formation, et celle-ci repose Sur des grès plus grossiers et sur un calcaire ayant toutes les apparences de celui qui forme la calotie de la montagne. En reculant jusqu’au bord du Han-Kiang, j'y vois d’autres calcaires plus inférieurs, jaunâtres, à grain grossier. Tous ces divers terrains de sédiments sont en stratification concordante, et les couches en sont à peu près uniformément soulevées vers le nord, sur un angle de quarante-cinq à cinquante-cinq degrés.

Je pense que la roche cristalline qui a relevé toute cette série de terrains est ce granite massif qui a émergé si abondamment dans les collines que j'ai visitées naguère, à deux lieues au nordouest du Léang-shan, et dans cet océan de monticules qui commence à une lieue d'ici, au sud-est, pour s’étendre sans interruption jusqu’à la grande chaîne du Léang-shan.

Mais comment s'expliquer l'existence des couches de marne tendre, d'argile moile et de charbon bitumineux dont les fossiles démontrent le jeune âge, au milieu de ces puissantes assises, très-anciennes, de calcaire aussi dur et cristallin au haut qu’au bas des strates sans consistance?

Ici, on ne peut pas recourir à une cause générale de métamorphisme; elle n'aurait pu réagir sur la couche calcaire supérieure en laissant intactes les couches intermédiaires d'argile et de marne. Ne devrait-on pas admettre, pour ce calcaire spathique, une double formation aqueuse, séparée par une période d’oscillation ? Ou bien, ne pourrait-il pas se faire que le calcaire supérieur eût été renversé, déplacé et jelé là où je le vois, c’est-àdire, sur les formations plus récentes, dans un de ces cataclysmes violents qui, tout autant que les lentes oscillations de l'écorce terrestre, ont contribué à donner à notre globe le relief que nous lui connaissons? — Cetle dernière hypothèse m'expliquerait la similitude présumée des fossiles des deux couches calcaires; elle me sourit d'autant plus que, dans mes longs voyages, j'ai rencontré plusieurs fois des cas de dislocation et de renversement de grandes masses de rochers.

Quoi que l’on pense de mes suppositions et de mes observations elles-mêmes, il est de fait que toute la série des sédiments qui constituent le Léang-shan est fossilifère, et que les naturalistes futurs auront là.un site commode et très-intéressant pour étudier une page de l’histoire ancienne de la Terre.

Encore que la chaleur soit devenue très-forte depuis quelques jours, je ne vois guère arriver au pays les oiseaux de passage du Midi. Tous ceux que j'ai aperçus au Léang-shan aujourd’hui, con-

sistent en : bartavelle (Perdix chukar\, Pratncolo

indica, Ruticilla aurorea, Chlorospiza sinica, et Cyanopica cyanea. Sur la rivière Han-Kiang, il y aen- core beaucoup de sarcelles, de canards cazarkas et autres, et nous tuons sur la grève l’Ægialites philippinus, le Motacilla alboïdes, et le Motac duklunensis que je vois pour la première fois en Chine.

* Ce matin, à la fin de la nuit, j'ai ramassé sur le chemin un Eneplotrupes sinensis, ce nouveau et curieux bousier de Moupin, dont le corselet porte un appendice fourchu. Plus tard, parmi les fèves fleuries, je vois voler un grand nombre de Macroglossa stellatarum, une petite Lycæna ressemblant à notre Argus, et deux espèces de Colias, analogues à l’Edusa et à l’Hyale d'Europe.

En retraversant les rues de Han-tchong-fou, je vois étalés dans les boutiques des droguistes, comme matières à médicaments, des paites d’aigle royal, la tête et les pattes d’un Arrian (Vultur monachus), les quatre pattes grisâtres d’un félin de moyenne taille | Felis macroscelis?}, des pattes d'ours thibétain, une peau mutilée de hérisson plus petit et plus jaune que celui de Pékin, une tête de Muntjac (Cervulus lacrymans), les cornes d'un chevreuil très-adulte (Cervus pyargus), et celles d’un autre cervide, de médiocre taille, que je ne reconnais pas : celles-ci proviennent probablement de l’animal qu'on m'a dit avoir été tué, il y a peu de temps, dans les montagnes voisines du Tsing-ling, et qui doit être quelque chose comme le petit Cerf du Japon.

EN CHINE. : 13 - Dans les boutiques assez mal montées des marchands de pelleteries, je ne remarque que la peau de la grande panthère jaune, semblable à celle que j'ai acquise à Inkiapo, et d’autres peaux de panthères dont la couleur du pelage est plus claire, à peu près comme dans le Pardus Fontanieri de Pékin. Ilest probable que ce ne sont que des dépouilles de jeunes individus de l'espèce ordinaire de cette région.

Enfin nous rentrons à Ouang-kia-ouan à la nuit tombante, après une journée bien laborieuse, qui a été rendue plus pénible par un soleil qu'aucun nuage n’a voilé, qu'aucun arbre n’a adouci, etsurtout par le poids des spécimens géologiques dont tous les trois nous avons plein nos mouchoirs et nos poches. ®

28 mars 1873. Ouang-Kia-Ouan. Beau temps, très-chaud.

Aujourd’hui pas de course; repos relatif et préparations taxidermiques. Les hochequeues à dos cendré, tués hier, sont des mâles adultes : il s'agit donc ici, comme je l'avais supposé, d’une espèce que je n'avais pas rencontrée en Chine. C'est le Motacilla dukhunensis, ou mieux le Mot. baikalensis que M. Swinhoe a décrit dernièrement comme distinct du premier.

29 mars 1873. Ouang-Kia-Ouan. Pluie au matin ; beau temps plus tard.

Chasse aux insectes, qui sont peu abondants,

excepté un grand dyfique, à élytres marginés de jaunes, qui pullule dans les étangs artificiels des rizières, avec des Hydaticus et d'autres hydrocan-

thares.

80 mars 1873. Ouang-Kia-Ouan. Assez beau temps.

J'ai envoyé mes deux hommes à deux journées de route vers l’ouest, dans un village nommé Hong-gnaé-Kho, où le P. Vidi m'a dit avoir vu autrefois des salamandres qui, prétend-il, ne grandissent pas beaucoup ! il s'agirait alors d’une espèce nouvelle pour la Chine. Je serai seul dans mon ermitage jusqu’à leur retour, c’est-à-dire, pendant une semaine, je suppose.

Mes acquisitions d'aujourd'hui ne consistent encore qu’en quelques insectes insignifiants, et en un beau serpent noir annelé de rouge orange. Les hommes qui avaient aperçu ce reptile au coin d’un jardin, sont venus effrayés me prier de le tuer à coups de fusil; mais, quand ils ont vu que, après avoir amusé l’animal venimeux au moyen d’un bâton, je l’ai tout à coup saisi de la main au cou, et bientôt lué avec un peu de tabac jeté dans sa gueule béante, la frayeur de ces braves gens s'est changée en véritable admiration. Telle est toujours ma méthode de prendre les serpents sans les endommager, qu'ils soient grands ou petits, dangereux ou non.

31 mars 1873. Ouang-Kia-Ouan. Ciel presque serein, et temps chaud.

Rien de nouveau. Les saules sont maintenant en pleines fleurs et feuilles : j'y prends une bonne provision d’une grande et belle coccinelle rougerose, un cucurlionile à long bec, etc. Du reste, on ne voit presque rien sur ces sèches collines; c’est désolant! Espérons que mes jeunes gens me rapporteront des montagnes de l’ouest quelque chose de bon, qui compense la misère de ce pays.

Des araliacées épineuses et quelques rosiers sauvages composent seuls les rares buissons des environs de ma résidence. Je vois aussi quelques pieds d’un bel arbuste qui commence à ouvrir ses belles fleurs rouges ; c’est l’épineux coignassier du Japon, que'je n'avais point encore rencontré en Chine et que, certainement, les hommes de l’Empire du milieu ne sont point allés chercher chez leurs voisins d'outre-mer.

1er avril 1373. Ouang-Kia-Ouan. Très-beau temps. : Après le coucher du soleil, le thermomètre marque encore 20 degrés, le baromètre étant à 706 millimètres. |

Tous ces jours-ci, il passe beaucoup de pinsons d’Ardennes qui ne s'arrêtent au pays que pour se repaître des samares de l'ormeau. Aujourd'hui j'aperçois aussi cinq grues cendrées volant à tire d’aile vers le nord; mais, pas un autre oiseau de passage.

Depuis quelque temps je me donne beaucoup de peine pour essayer de capturer un rongeur, aquatique dit-on, qu'on m'a signalé dans un étang du

voisinage. Mais, ni les piéges, ni l'affût, ni les ex- ‘cavations pratiquées dans les galeries de cet ani-. mal amphibie, ne réussissent à me le procurer. J'ai quelque soupçon qu’il ne s’agit que du trop ‘vulgaire Mus decumanus ; mais, dans cette mare isolée, ses mœurs seraient devenues singulièrement aquatiques. On me dit qu’on ne l’a jamais vu qu’au moment où il sort de ses trous pour se jeter dans l’eau, où il reste caché pendant longtemps. Au bord de ses galeries, j'observe beaucoup de débris de Mactra bicornis, de Dytiscus, de coquilles vides et cassées de Paludina. 11 faudra bien pourtant que tôt ou tard ce mystérieux et rusé Chouy-lao-chou tombe en mon pouvoir!

2 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Ciel serein, journée très-chaude encore.

À midi, dans ma chambre qui est relativement très-fraiche, le thermomètre note 21 degrés ; et la campagne souffre déjà de la sécheresse.

Encore chasse aux insectes : parmi ceux que je capture figurent quelques gros hyménoptères carnassiers, à forme de bourdon, qui ont le vol et les allures de certains Anthrax. Ces insectes planent immobiles au même point de l’air, puis se jettent tout à coup sur leur proie, avec une telle vitesse que l'œil ne peul pas les suivre. — Ce combat perpétuel des êtres de la nature, qui se détruisent les uns les autres, est une Jpi inexorable du Créateur de toutes choses ! C’est par elle que le divin Architecte maintient l'équilibre entre les espèces

organiques. Les grands animaux vivent aux dépens des petits ; et les plus infimes d’entre ceuxci donnent à leur tour la mort aux colosses et à l'homme lui-même ! C'est tous les jours que le naturaliste observateur a devant les yeux des centaines de cas de ce Strugale for life universel, de cette antithèse cruelle, qui a lieu sur toute l’échelle de la création, soit animale , soit végétale, soit . même inorganique.…. Malgré cela, ce n’est jamais qu'avec un serremenl de cœur que je découvre une nouvelle application de cette loi fatale. Et aujourd’hui, la vue de mes bourdons insectivores me cause quelques moments de vraie mélancolie, dont je reviens en me figurant que, du moins dans les insectes, la sensibilité est moindre que dans les vertébrés et que, par conséduént, ils souffrent peut-être bien peu... Comment Dieu eût-il pu créer des êtres destinés régulièrement à périr de mort violente et souvent très-lente, et qui n’ont point üne faute morale à expier ?

Dans l’après-midi, pendant que je suis occupé à écrire ces notes, je suis attiré dans la cour de ma maison par un bruit sourd et continu, qui me paraît provenir d’un ouragan lointain. Je me suis trompé : c'est tout simplement un magnifique essaim d’abeilles qui est venu se pelotonner sur le tronc d’un grand troëme. Déjà depuis plusieurs jours, je voyais de nombreuses abeilles venir fureter autour de ma porle, dans tous les trous de nos murailles de terre ; elles cherchaient un abri pour la nouvelle génération de leurs sœurs. Elles

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ont sans doute trouvé une cavité qui leur a paru suffisante ; et, depuis ce matin, ces ouvrières empressées fréquentaient plus que jamais une large fissure qui est devant ma chambre. — Malgré tout mon amour des bêtes, je me trouve cette fois-ci assez peu flatté de mon harmonieux voisinage qui va rendre ma chambre inhabitable, si tout l’es- ‘saim vient à suivre les avant-courrières. — Il est fort heureux pour moi que le gros de la colonie ait fait une halte sur le vieux Ligustrum. Des Chinois, éveillés aussi par le bourdonnement de la nomade volée, arrivent bientôt armés de tout ce qu'il faut pour s'emparer de l’essaim ; et ils y réussissent sans coup férir et sans recevoir un seul aiguillon sur leurs têtes et sur leurs bras qui sont restés nus. Voici comment a eu lieu cette curieuse opération : Un homme commence par hisser tout doucement jusqu’auprès des abeilles un grand et vieux chapeau conique, suspendu au bout d’un long bambou. A l’intérieur du chapeau est attaché un morceau de torchon, en forme d’un battant de cloche. Cette toile ainsi que la paroi intérieure du chapeau chinois ont été préalablement mouillées d’eau salée. Cette substance y attire aussitôt l’essaim, qui finit par se fixer en masse immobile sur les surfaces mouillées d’eau salée. On actionne les mouches retardataires en les balayant doucement au moyen d’un bouquet de liges d’armoise (ou de Pyrethrum ?) attaché au bout d'une perche. Quand toutes les abeilles se sont trouvées pelotonnées, on les a transportées telles quelles, et sans crainte

d'en être piqué, dans une ruche qui avait été préparée dans la cour voisine.

On élève beaucoup d’abeilles dans la vallée du Han-kiang, surtout au milieu des montagnes. Ici, les ruches n'’offrent rien de remarquable et varient beaucoup de forme. Autant que possible, on les fait avec des troncs d'arbre creusés ad hoc. On me dit que, pour enlever le miel et la cire, on engourdit les mouches par des fumigations d’armoises brûlées ou bien des bâtonnets odorants ; ou, plus souvent, on les fait fuir momentanément de la ruche par la fumée des mêmes matières, et l’on coupe la portion des rayons qu’on désire. Mais jamais on n’a la barbarie de tuer l’essaim pour lui enlever son bien, comme dans quelques pays de l'Europe que je connais.

3 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Ciel serein, temps très-chaud, atmosphère impure.

Le baromètre se maintient à 705 millimètres : et à sept heures du soir, en plein air, le thermomètre marque encore 22 degrés. Cette chaleur, si brusquement commencée après des journées froides, est vraiment pénible à supporter ; mais c'est la campagne qui en souffre le plus. On me dit que, l’an dernier, les pluies étaient surabondantes à cette époque. Les saisons ne sont point régulières dans cette partie de l’Empire.

J'observe qu'ici le baromètre se tient bas avec les vents du sud, quoiqu'il fasse beau; et qu'il

monte quand le vent souffle du nord, bien qu'alors il pleuve ou neige souvent.

Aujourd'hui, je ne sors point de la maison. Je souffre un peu du foie. Je passe ma journée à écrire et ranger mes notes diverses. Je prépare aussi un petit Mus, à flancs jaunâires et à ventre blanc, qui a la même puanteur que notre souris commune : c'est sans doute l'espèce que j'ai déjà obtenue à Sin-gan-fou.

& avri! 1873. Ouang-Kia-Ouan. Encore temps sec et très-chaud; mais, vers le soir, un orage se forme, et il pleut un peu.

Ce météore était annoncé dès le matin par un vent d'est irrégulier, et par un brouillard jaune et très-dense qui voilait le haut du ciel.

Mon mal de côté m'oblige encore à garder la maison et à y utiliser mon temps comme hier.

Ce soir sont arrivés, avant l'orage et plus tôt que je ne l’espérais, mes deux chasseurs envoyés en exploration. Pour le coup, leur voyage n’a pas été inutile, car ils m'apportent cinq Oa-oa-yu vivants et deux nouvelles espèces de chauve-souris : c’est plus que je n’osais espérer.

Les salamandres, dont une mesure déjà près de deux pieds de long, sont bien les mêmes que le Sieboldia Davidi, de Tchong-pa; et un vieillard chrétien a dit à mes jeunes gens qu'il en a vu prendre jadis une qui pesait un peu plus de quarante livres chinoises, c'est-à-dire, vingt-cinq kilo. grammes. Ces hommes me disent que ces amphi-

biens sont loin d’être abondants dans les ruisseaux des montagnes occidentales : on n’en connaît que dans un seul cours d’eau, dont ils ont détruit, paraît-il, tous les poissons. Aussi, ces animaux y quittent-ils leurs claires eaux pendant la nuit, pour aller chasser aux grenouilles et aux vers de terre; ils mangent aussi des crabes, et mes bêtes en ont dégorgé plusieurs en route. Au rapport des pêcheurs, on ne voit de Oa-oa-yu dans la grande rivière que quand de grandes pluies d'orage y en ont entrainé du haut des ruisseaux.

Les Chinois ne pêchent le Sieboldia que pour en avoir la peau, qu’ils vendent aux pharmaciens ; ils en mangent rarement la chair qui est blanche et nauséabonde, comme je l’ai expérimenté précédemment.

Il paraît que la pierre à chaux abonde aussi dans ces montagnes de l’ouest de Mién-shién, à côté d’autres roches verdâtres que mes hommes n’ont pu me faire reconnaître. Du reste, ces régions sans bois ne nourrissent guère d'animaux, si ce n’est le faisan sans collier et le faisan doré : mon chasseur pékinois est fier d’avoir tué un de ces derniers, dont il veut porter la dépouille à la capitale, comme une rareté inconnue au Nord.

5 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Ciel couvert et gouttes de pluie pendant tout le jour : restes de l'orage.

Bien qu'il ne s'agisse pas d'une espèce inconnue, je suis fort content de posséder enfin ces sala-

mandres vivantes. Je ferai tout mon possible pour les conserver et les faire parvenir en vie à la ménagerie des reptiles du Muséum. Là, on pourra nourrir côte à côte l'espèce chinoise et l'espèce japonaise, et mieux vérifier ainsi si, et jusqu’à quel point, elles diffèrent ou se ressemblent entre elles. Quoiqu’un peu. fatigués et meurtris par deux grandes journées de voyage, dans un vase trop étroit, ces animaux paraissent jouir d’une bonne santé, et ils avalent sans respect humain les petits poissons que nous leur offrons dans l’eau. Ils sont lents dans leurs mouvements et ne craignent point la main qui les manie ; seulement, ils font entendre un petit cri, un petit glou-glou, quand on les touche. C'est pour cette particularité que les Chinois les désignent du nom de poissons qui crient. — Le fond de la couleur de ces salamandres est olivâtre; les poinis et les marbrures de couleur brune sont irrégulièrement distribués sur les différentes parties du corps et sur les divers individus. Un sujet très-jeune, qui est mort pres- , « qu'aussitôt après sa capture, a des teintes grisâtres.

6 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Pluie presque tout le jour. Jour des Rameaux, fête et repos.

Le joli petit Reguloïdes proregulus fait maintenant son voyage de migration vers les régions septentrionales. Du haut des saules et des rosiers fleuris qui entourent ma maison, il fait entendre d'agréables couplets, d’une voix assez variée et relativement forte.

7 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Le temps s’est remis au beau et la journée est assez belle.

Je pourrais maintenant songer à m’embarquer sur le Han-Kiang; mais il convient que je laisse passer la semaine sainte el les fêtes de Pâques. En attendant, nous utilisons notre temps de notre mieux : mes garçons chassent aux insectes pendant tout le jour, mais sans rien prendre d’important. Seulement, il y a sur les bords des rizières beaucoup de ces Brachinus de grande taille et à couleur ocracée ; point de vrais carabes. Je suis encore relenu à la maison par mon indisposition; j'observe un grand passage de Montifringilla, et j'entends, pour la première fois celte année, le chant sonore mais peu mélodieux du roselin ponceau (Carpodacus erythrinus).

8 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Beau temps.

Avant de quitter pour loujours ces pays, j’aurais désiré retourner encore au Léang-shan, pour en mieux étudier la structure et y recueillir d’autres fossiles ; mais l'état de ma santé ne me permet pas de me livrer à cette fatigue. Ne pouvant mieux faire pour le moment, j'y ai envoyé ce matin mes deux chasseurs, avec des instruments et des instructions. pour obtenir certaines mesures qui me manquent encore et faire de nouvelles provisions de pétrifications. Je leur ai donné deux ou trois jours pour exécuter mes commissions.

Sans m'éloigner beaucoup de ma maison, je capture un Ruticilla rufiventris $ qui était apparié

avec un Rut aurorea ©. Et comme les pluies ont . développé un peu la végétation, je fais aujourd'hui une assez bonne chasse d'insectes : une sorte de Balaninus, au long et mince bec, est trèsabondant sur les feuilles tendres des peupliers ; et un joli Chrysomela, taché en damier, foisonne parmi les rameaux pendants des saules pleureurs. Je prends aussi sur ces deux arbres plusieurs exemplaires d’un joli et nouveau mélolonthide, à formes sveltes et à élytres tachetés, comme dans certains Gnorimus d'Europe.

9 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Beau temps, trèschaud au soir.

Je suis très-fâché ! mes jeunes gens sont revenus hier au soir, très-tard, quand j'étais déjà couché, sans être allés jusqu’au Léang-shan. Pour leur excuse, ils disent que l'orage des derniers jours a fait tellement grossir la rivière qu'il n’y a plus de bateau pour le traverser, et qu'ils n’ont point su trouver un pont...! Vraies ou fausses, je suis . bien obligé de me contenter de ces raisons; mais, j'ai tout lieu de croire que, s’il s’était agi de leurs intérêts immédiats, ces gaillards, lestes et robustes, auraient bien trouvé le moyen de passer l’eau. Ils ont profité du prélexte pour reculer devant la fatigue et pour revenir le plus tôt auprès des amis qu’ils se font partout avec la plus grande facilité. Je serai juste ; et, au moment de la rémunération, je ne devrai pas oublier ce tour et plusieurs autres semblables qu'ils m'ont joués, au risque de

nuire gravement aux intérêls de mon œuvre dont ils ne comprennent aucunement la portée: Malheureusement, ils ne savent que lrop que jamais je n’ai su exécuter une résolution de sévérité...

Enfin ce matin, nous avons pris au piége ce fameux rat d’eau qui m'a tant intrigué, presqu’autant que le Chao-ho-lo d’'Inkiapo. Comme je le craignais, ce n’est point une espèce nouvelle, mais bien notre antique surmulot, qui a acquis dans cet étang des habitudes tout à fait aquatiques.

10 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Beau temps. Fête de jeudi saint, journée employée en grande partie en fonctions religieuses.

Le bon P. Vidi est venu s'établir dans une autre chrétienté du voisinage; et comme lui et ses chrétiens me font de pressantes invitations pour aller aussi chez eux, je me décide et me prépare à m'y transporter avec tous mes bagages, le lendemain de Pâques. Là, je serai plus près de la rivière Han, et j'aurai plus de facilité pour m'occuper des moyens de m'’embarquer définitivement pour Hankeou.

11 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Beau temps, avec grand vent de nord-est jusqu’après midi.

Aujourd’hui je passe une parlie de ma journée à piquer et à ranger dans les boîtes les insectes que nous avons capturés dans cette vallée; j'ai dû remanier un grand nombre de cantharides vertes, mal séchées et puantes. Je ne sais pas si les émanations de ces coléopières vénéneux sont dan-

sereuses el si, par la respiralion, elles peuvent exercer une aclion intoxicante sur notre organisme. Le fait est que je souffre tout le jour des douleurs inexplicables dans les voies urinaires : je crois que c’est l'odeur pénétrante de mes cantharides qui en est la cause.

Il paraîtrait pourtant que la cantharide n'est qu’un poison relatif : j'ai rencontré plusieurs fois des excréments de petits mammifères, qui ne sont composés que des débris de ces coléoptères vésicants, lesquels abondent tant ici maintenant, sur les haricots et sur les feuilles d’autres légumineuses sauvages. — En Chine, ce n’est que la grande et belle cantharide rousse que j'ai rencontrée sur le frêne et surtout sur le lilas sauvage; toutes les autres nombreuses espèces du pays vivent des feuilles des plantes papilionacées.

Les chaleurs et la pluie ont activé la végétation. Maintenant les ormeaux ont leurs samares presque mûres, et leurs feuilles ont acquis la moitié de.leur développement; les saules sont verdoyants; les pistachiers, après s'être dépouillés de leurs châtons, laissent voir leurs jeunes et aromatiques feuilles rousses, etc. Mais, en général, je suis étonné de voir en mi-avril la végétation si en retard encore, vu la latitude de ce pays et les fortes chaleurs qui ont commencé depuis longtemps.

Un autre sujet d’étonnement pour moi, c'est d'apercevoir si peu d'oiseaux de passage dans cette contrée : en dehors des oiseaux aquatiques, je n’y ai compté qu’une demi-douzaine d'espèces voya-

geuses. En plein printemps, nous en voyons beaucoup plus que cela à Pékin. Peut-être ces animaux voyageurs sont-ils détournés par l’aspect aride de ces collines déboisées, et suivent-ils, dans leurs migrations, la voie des grandes montagnes de l'Est et de l'Ouest? D'ailleurs, il est bien sûr que nulle part en Chine je n’ai vu des passages d’oiseaux que l’on puisse comparer à ceux que j’admirais, dans mon enfance, au pied des Basses- Pyrénées.

12 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Temps incertain el vent toul le jour. Samedi saint.

13 avril 1873. Ouang-Kia-Ouan. Ciel couvert, et pluie vers le milieu du jour. Fète de Pâques.

14 avril 1873. Pluie tout le jour. Je quitte définitivement Ouang-Kia-Ouan, et je me transporte à Ko-k1a-tchiao.

Dès hier soir, les messagers du P. Vidi sont venus chez moi, avec quatre chevaux et dix porteurs de bagages, afin que je puisse me rendre aujourd'hui au village chrétien de Ho-kia-tchiao (pont de la famille Ho) : il faut donc nous mettre en route ce matin, bien que le temps soit mauvais et refroidi considérablement, et qu'il pleuve d’une manière désagréable.

Heureusement, le voyage n’est pas très-long : nous sommes arrivés à notre destination en quatre heures.

Ce village n’est qu’à quelques li de distance de la ville murée de Tchen-kou-shien. La terre y est fertile et le pays est plus beau que celui que j'ai quitté. Les montagnes du Nord, d’un millier de mètres de haut, ne paraissent éloignées que d’une ou deux lieues.

Comme je l’ai noté déjà, le P. Vidi prend intérêt à l’histoire naturelle; dans ses moments libres, il s’est occupé à réunir pour moi quelques insectes, parmi lesquels je ne trouve presque rien de remarquable : c'est une preuve de plus de la pauvreté entomologique de cette région. Cepen- . dant, il me parle de plusieurs espèces de coléoptères qui paraissent intéressants, mais qu'on ne pourrait se procurer que plus tard.

45 avril 1873. Ho-kia-tchiao. Le temps est redevenu beau ; mais il fait froid, et les montagnes du Sud apparaissent toutes blanches de neige.

Après avoir envoyé mes domestiques à la ville, pour voir s’il y a moyen de louer un bateau pour notre imminent voyage, je vais visiter une colline ornée d'arbres et couronnée d’une pagode, que l’on aperçoit à une lieue au nord de notre chrétienté. Ce mamelon isolé, après lequel commencent les montagnes, est calcaire et recouvert de la terre quaternaire d'habitude. J’y trouve fleuri le sarmenteux Gledistchia spinosa, plante abondante au midi et que j'ai reconnue aussi au nord du Tsing-ling. Un autre petit arbuste épineux, un mi- mosa, est très-abondant et ouvre maintenant ses

grappes de fleurs d’un blanc mêlé de bleu. Mais l'arbre le plus remarquable est sans comparaison ce grand sapin, à longs cônes relevés, que j'ai rencontré aussi jadis près de Lon-gan-fou. On pourrait le nommer Abies sacra, parce que je ne l'ai vu qu'auprès des pagodes et dans les lieux réputés sacrés, à l'exception d’une seule vallée du Kokonoor oriental, où j'ai trouvé cette espèce spontanée et assez commune.

Mais je ne vois ni oiseaux ni insectes sur cette verte colline, si ce n’est le milan et la cantharide commune, qui est extrêmement abondante sur les diverses légumineuses. Quelques Cinclus pallasii s’apercoivent aussi sur les claires eaux d’une rivière assez importante qui, après avoir baigné le côté oriental de ce monticule, va alimenter plus bas des rizières qui sont réputées les meilleures de cette plaine.

En rentrant au logis, j'y trouve mes hommes revenus déjà de la ville, avec la bonne nouvelle qu'il y à une barque assez grande prête à nous prendre à bord à des conditions modérées. Elle est en partance, et elle peut se charger de nous porter ou faire porter jusqu'à m1 chemin de Hankeou.

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