‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 18 sur 44 · DU 30 SEPTEMBRE AU 31 OCTOBRE · texte numérisé non relu

DU 30 SEPTEMBRE AU 31 OCTOBRE

Départ de Tsitou pour le Fokién. — Faligues du voyage. — La grenouille épineuse. — Mauvaises dispositions des chrétiens indigènes. — Montagnes porphyritiques du Fokién. — Singes du Fokién;, méthode chinoise pour empêcher ces animaux de croître. — Faiblesses en route; le voyageur se fait trainer à la remorque.— Arrivée à Kaotén. — Heureuse rencontre d’un missionnaire européen. — Ressources zoologiques des montagnes fokiennoises : mammifères, oiseaux, poissons nouveaux.— Difficultés à propos de l’argent. — Plantes du pays. — La chasse

à la trappe.

30 septembre 1873. Départ de Tsitou pour Koalén. Ciel chargé et un peu de pluie de temps en temps. | x

Le bon M. Rouget pousse l’amabilité jusqu’à M’accompagner, avec tous les élèves du collége, Pendant une heure de chemin, non content d’avoir Caché parmi nos bagages de précieuses provisions

de bouche pour une grande partie du voyage.

Nous avons marché pendant dix ou onze heures

dans cette première journée, ayant fait à deux

heures notre première halte à Pakan, et nous étant arrêtés pour la nuit à sept heures et demie, dans la petite ville de Xaopi. Avant de parvenir à cette dernièr® localité, nous avons dû marcher pendant une heure sur des collines fort difficiles.

Le pays que nous avons traversé ressemble beaucoup à celui de Tsitou : c’est un mélange de monticules et de petites plaines cultivées en riz. Nous avons vu du grès rouge dans la première moitié du voyage; dans la soirée, ce sont des roches granitiques que nous apercevons sur notre route, et beaucoup de silex jaunâtre ou du quartzile,

Nous avons observé ce matin trois aigles, de taille moyenne, et sept dans l'après-midi : ces oiseaux tournoyaient sur les collines, en jetant d'une voix inlerrompue et assez faible un cri qu'on peut représenter par ces syllabes : Æioukiou-kiou. Je pense que c’étaient des aigles impériaux (Aquila hœliaca). Nous avons rencontré aussi le drongo noir, ou Dicrurus cathæœcus; mais point de nouveautés.

À l'endroit de notre halte du milieu du jour.se trouvaient plusieurs grands camphriers, soûs lesquels le sol était joncé de vieux cocons réticulés de l’Attacus Atlas. En fouillant dans les détritus de bois pourri de camphrier, j'ai trouvé quelques débris d'Euchiride : est-ce que ce beau coléopttre se propagerait aussi dans ces arbres?

Je ne me suis pas trop mal camperté pour un malade; et bien aquè mes \ambes eoient d'une

faiblesse toute nouvelle pour moi et comme raidies par des douleurs rhumatismales ou par un effet de la maladie, j’ai pu suivre le pas lent de mes porteurs de bagages. Seulement, comme ma vue vacille et que je chancelle souvent, je suis obligé de faire rester l’un de mes domestiques à côté de moi, en cas que je vienne à perdre l’équilibre. Je suis encouragé par l'espoir que le changement d'air hâtera ma guérison.

1e octobre 1873. Voyage de Tsttou à Ouang-maotsaé. Très-beau temps.

Aujourd’hui, nous ne faisons guère que monter et descendre parmi des collines qui deviennent de plus en plus difficiles : comme hier, nous tenons la direction du nord-est, Quelques-unes des montagnes que nous longeons paraissent avoir jusqu’à quinze cents mètres de hauteur. Elles ne sont couvertes que de broussailles; l’un des arbustes les plus communs est le châtaignier sauvage; sur ces petites châtaignes je récolte, chemin faisant, cinq ou six exemplaires d’une nouvelle et curieuse espèce de Balaninus, à très-long bec effilé, dont les élytres sont traversées de deux raies blanches. Le Rubus (pinnatifida ?\y est aussi abondant, cette aubépine nous prodigue ses fruits mûrs, dont le goût aigrelet désaltère notre soif. La flore automnale est peu variée, mais assez belle; les bords des ruisseaux sont ornés de Commelina aux fleurs bleues, de Balsamines pourpres, de Patrinia (Valeriana) à fleurs blanches, de Campa-

nula, etc. Parmi les arbres plantés autour des pagodes, j’observe deux nouvelles espèces de chênes à feuilles persistantes, et quelques pieds de Podocarpus, étrange conifère à larges feuilles.

Quoique exténué de forces, j’ai fait des eflorts pour suivre de près mes gens pendant les douze heures de marche de cette fatigante journée : ce n'est que dans l'après-midi que, par l'effet des rayons d’un brûlant soleil, je me suis senti sur le point de rendre les armes...

La maison où nous sommes logés ce soir n'esl qu'un hangar de montagne, ouvert à tous les vents, puisqu'elle n'est formée que de clairesvoies de bambous. J’ai la bonne fortune de pouvoir acheter ici des œufs de poule, ce qui vaut mieux pour mon souper que les citrouilles bouillies à l’eau qu'on nous a servies en route, hier et au- "jourd’hui.

Toutes les montagnes que nous avons gravies, dans cette seconde journée, sont porphyritiques cl jaunâtres, avec des grains grisâtres.

2 octobre 1873. Arrivée à Ouang-mao-tsaé. Trèsbeau temps, avec vent du nord, comme hier.

Les mêmes roches porphyritiques et dioritiques continuent à se montrer exclusivement. Notre voyage est très-pénible, et nous ne faisons que passer d’une montagne à l’autre sur des pentes fort raides ; le chemin est un escalier continuel, où il faut monter et descendre sans cesse : aussi ai-je de ia peine à y manier mes jambes atteintes de

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