CHAPITRE XXXI
Observations sur la distribution géographique des animaux en Chine. — Animaux domestiques. — Mammifères sauvages; oiseaux; reptiles; poissons articulés.
Je mets fin à ces notes de mon dernier voyage, en récapitulant ici mes observations sur la distribution géographique de quelques animaux de la ‘ Chine proprement dite et de ses confins immédiats.
ANIMAUX DOMESTIQUES. — Tous les chevaux indigènes que j'ai vus en Chine sont petits et trapus, et appartiennent à la race tartare. Les Chinois parlent des chevaux du Yunan comme d'animaux plus grands et plus élégants : je n’en ai point vu, même quand j'étais au Setchuan. Le cheval n'’abonde nulle part dans cet empire, excepté en Mongolie; mais il est particulièrement rare dans le Midi. Il en est de même de l'âne, qui re diffère pas de celui d’occident. Les mulets sont beaux et estimés à Pékin, et ils s’y vendent toujours quatre
ou cinq fois plus cher que les chevaux. Le cha- YOYAGE EN CHINEe | hi — 2\
meau à deux bosses est le seul que l'on connaisse dans la Chine, et il est employé en grand nombre dans les provinces du nord et du nord-ouest; cet animal résiste aux froids les plus vifs comme aux plus fortes chaleurs, mais il redoute les climats humides. |
On peut dire que ce n’est que dans la moitié septentrionale ‘de l'Empire qu'on utilise les animaux pour l'équitation et pour le transport des marchandises : partout ailleurs c'est la chaise à porteurs, la brouette et les épaules humaines qu'oi emploie.
Le bœuf du nord de la Chine diffère peu ou point de la race ordinaire de l'Europe; il est remplacé au Midi par un xébu particulier et par le buffe arni. Ce n’est que dans les régions élevées des frontières occidentales qu'on nourritle yak au long poil, avec sa variété sans cornes qui paraît être . une race bien distincte. Le bœuf grognant vit encore sauvage au Kokonoor et au Thibet septentrional.
La race ovine offre trois variétés principales: celle du Nord, ayant une taille haute, la queue assez courte et très-épaisse : celle des provinces du centre-ouest, qui a aussi la queue très-adipeuse dans la première partie de sa longueur, avec de longues cornes allongées en spirales horizontales, et une troisième, répandue au Centre et au Sud, ayant la queue mince et les pieds laineux jusqu'aux doigts. La chèvre se trouve dans tout l’empire, et ne diffère pas de \a nütre.
En général, les Chinois élèvent très-peu de bêtes à cornes, parce qu'ils n’en utilisent point le lait, et peu la laine.
En dehors du grand et gres chien noir mongol, que l’on retrouve jusqu’au Thibet, et du carlin au front bombé de Pékin, les Chinois ne possèdent que des chiens sans distinction. Je ne sache pas qu'ils élèvent de ces animaux pour la boucherie, comme on le dit en Europe; et ce n’est que par exception que je leur ai vu manger de la viande canine, non pas à cause de sa saveur, mais pour les propriétés corroborantes qu'on lui attribue. Le chat chinois est le même que le nôtre, mais il est plus faible; je n’y ai point vu la variété à longs poils. — Ce peuple élève encore un petit nombre de lapins et de cochons d'Inde (Cobayes) qu'ils ont recus des Européens. Le porc du Nord paraît absolument identique au nôtre; il est remplacé au Sud par l'espèce dite chinoise, qui provient d’une autre souche, et qui est remarquable par sa tête courte et par la peau plissée de son front. En Chine la viande de porc est considérée comme saine et légère à l'estomac, et c’est la première que les médecins permettent aux malades : en cela les Européens commencent à imiter les indigènes.
En fait d'oiseaux domestiques, les Chinois possèdent l’oie tuberculée (Anser cygnoïdes), nourrie en petit nombre; le canard vulgaire, élevé par milliers ; le cormoran se multipliant en domesticité et employé pour la pèche; de nombreuses variétés de
poules, et le pigeon ordinaire, dégénéré en deux ou trois races. Tous ces oiseaux sont les mêmes dans tout l'empire. — Bien que la Chine soit la vraie patrie de tous les faisans, ce peuple n’a jamais songé à en élever aucun en domesticité, pas plus que le paon, qui vivrait encore sauvage dans les limites méridionales de leur empire. Ce n’est que depuis quelques années que les Européens lui ont procuré la dinde, qui n’est encore qu'un objet de curiosité.
ANIMAUX SAUVAGES. — À cause de la destruction presque totale des forêts, les grands mammifères sont très-rares en Chine, et nous n’y trouvons plus que les restes d’une faune qui a dû être très riche.
Le Macacus tcheliensis se propage en petit nombre sur les rochers, depuis les froides montagnes de Pékin jusqu'au Setchuan et au Fokién. Le Mocacus tibetanus vit dans le centre de l'empire, de l’ouest à l’est, dans les régions boisées. Le curieux Rhinopithecus roxellana n’a été observé que dans les hautes forêts du Tibet oriental et du Kokonoor. Un quatrième grand singe noir, inconnu, ayant une longue queue, est indiqué vers le Yunan et le Kouy-tcheou. M. R. Swinhoe signale le Macacus cyclopis à Formosa; le Mac. sancti joannis dans les îlots de Hong-kong, et le Mac. erythœus, à l'île de Haïnan. D’après le même naturaliste, un Hylobates et un Nycticebus existeraient encore dans la partie occidentale du Kouang-i. Cela ferait déjà
neuf quadrumanes pour la Chine; mais il est probable qu’il y en a davantage. |
CaÉrkopTÈREs. — Le total des chauves-souris ob-
servées en Chine par M. Swinhoe et par moi monte à trente-cing espèces. De ce nombre, le Vesperus serolinus, le Vesperugo akakomuli el le Vespertilio Davidi ont été trouvés à Pékin. Quatre autres vivent à Moupin : Rhinolophus larvatus, Vespertilio moupinensis, Murina aurata et Murina leucogaster. Le Vesperugo pumiloïdes est très-abondant au Kiang-si et au Setchuan,; j'ai rencontré aussi le magnifique Phyllorhina Swinhoi au Kiang-si oriental, ainsi que l'espèce fructivore connue sous le nom de Cynonycteris amplexicaudata, qui est si commune à Hong-kong.
MAMMIFÈRES INSECTIVORES. — Les Chinois citent le hérisson dans toutes les parties de leur empire; je ne l’y ai vu que dans deux endroits. La race qui abonde à Pékin est remarquable par ses teintes päles (dans les individus femelles!}, et a été décrite par Swinhoe sous le nom d’Erinaceus dealbatus. La race dont j'ai vu les débris sur les confins du Setchuan différerait de la précédente. La taupe commune de la Chine { Talpa longirostris) est assez commune au Setchuan, au Chensi et au Fokién. C’est une espèce particulière de ce genre (Talpa insularis) que M. Swinhoe a trouvée à Formosa. La province de Pékin et la Mongolie m'ont fourni un falpien (Scaptochirus moschatus\ aui &t
fère des vraies taupes par son système dentaire, et qui est remarquable par sa forte odeur de musc. Un fort curieux insectivore qui a les mœurs des taupes (Anourosorex squamipes) vit en ahondance au Setchuan, au Chensi et à Moupin. Le Nectogale elegans, remarquable par les reflets irisés que prennent! ses poils dans l’eau, séjourne auprès des eaux claires des torrents et vit de poisons, à Moupin et au Chensi. Le nord de la Chine ne nous a fourni aucune musaraigne; mais le Scaptonyx fusicaudatus a été pris au Tsing-ling et au Kokonoor. Le Setchuan et Moupin ont donné l’Uropsilus soricipes, " le Crocidura attenuata, le Sorex cylindricauda et le Sorex quadraticauda. D'un autre côté, j'ai ren- contré au Kiang-si et au Fo-kién le gros Sorex murinus, qui pue tant le musc et qui abonde aussi à Canton, et un autre petit Sorex non encore décrit. De plus, M. Swinhoe indique une autre espèce de ce genre à Formosa.
CARNASSIERS. — Le grand figre est répandu, heureusement en petit nombre, depuis les limites méridionales de l’Empire jusque et y compris la Mantchourie, ainsi que la panthère, qui offre la variété jaune au sud et au centre, et la variété {Felis fontanieri) à couleurs pâles, à Pékin et plus au nord. L’once, au doux poil blanc tacheté de noir, parait limitée aux régions septentrionales, tandis que ke léopard marbré (Felis macroscelis) a été observé au Chensi, au Setchuan et à Formosa, aussi bien que dans la Malaisie. Le Felis chinensie et le Felis ur
EN CHINE. 327 verrina paraissent propres à la moitié méridionale de l’Empire et à ses grandes îles; le Felis scripta a été pris au Setchuan et au Chensi, et le Felis tristis, le Felis microtis et le Felis manul ont été procurés au Tchely et en Mongolie. J’ai vu aussi des débris de peaux de {ynæ provenant du Kansou et du Setchuan. Cela porte à douze le nombre des félins rencontrés en Chine.
Le Putorius sibiricus est répandu dans tout l’'Em-
pire et y forme trois ou quatre races distinctes- Un Putorius à ventre jaune (Put. astutus) esl propre aux plus hautes montagnes de Moupin, et une espèce analogue vit au Fokién. Une variété de notre marte habite la Corée et s’avance jusque dans Ja Chine septentrionale, tandis que les provinces du sud nourrissent communément le grand Martes flavigula. La fouine, qui est très-rare dans les montagnes de Pékin, ne paraît pas différer de l'espèce européenne. Trois loutres sont bien connues des Chinois : le Lutra chinensis, qui fréquente les rochers de la mer; le Lutra Swinhoi, qui vit dans les rivières, et la grande et rare loutre de mer (Enhydris), qu'on ne trouve plus que sur les côtes de la mer de Corée.
Le Fléuve-Jaune paraît être la limite septentrionale de l'habitat du Viverra zibetha, du Viverrula malaccensis et du Paguna larvata, tandis que l'Urva cancrivora se tient au sud du Fleuve- Bleu.
L'Helictis moschata, qui offre la variété à ventre jaune aussi bien sur le continent que dans For-
328 JOURNAL DE VOYAGE mosa, n’a été pris qu'au midi du Yang-tsé, Trois blaireaux différents ont été rencontrés en Chine : le Meles leptorhynchus, s'étendant de Pékin au Fokién; le Meles leucolæmus, vivant à l’ouest, de- puis la capitale jusqu'au Chensi inclusivement, et le Meles obscurus propre à Moupin.
L'ours noir à croissant blanc sur la poitrine el à museau roux (Ursus libetanus) se trouve encore, quoique en petit nombre, dans toutes les grandes montagnes du nord et de l’ouest. Il paraît qu'il existerait un autre ours, de couleurs grisâtres, vers la Mantchourie; mais le rare Airulopus melanoleucus n’a été rencontré que dans les forêts les plus élevées du Setchuan occidental et du Kokonoor. C'est aussi seulement des forêts de Moupin que j'ai eu le curieux petit ursien à longue queue, dit Panda (Ailurus fulgens), qui a été d’abord découvert dans l'Himalaya.
Le chacal n'existe pas en Chine; mais le loup . vulgaire y est partout abondant, landis qu'une espèce plus rare de Canis, peut-être le C. alpinus de Pallas, n’a été pris que sur les frontières occidentales du Petchely. De même qu’en France, le renard offre en Chine la variété à ventre noir et la grande variété à ventre blanc. Les races du midi paraissent différer du renard ordinaire, et M. Swinhoc en a décrit deux sous les noms de Vulpes hooly et de V. lineiventris. Le petit renard, connu des naturalistes sous le nom de Nyctereutes procyonoides, est répandu depuis Canton jusqu'au Léaolong, en s'avancant jusan à Kan-keau.
Ronceurs.—Le porc-épic de Chine, qu'on a voulu distinguer sous le nom d’Hystrix subcristatus, est connu dans toutes les montagnes du sud et du centre jusqu'au Hoang-ho. Les plus grandes hauteurs du Setchuan et du Kokonoor nourrissent, à la proximité des neiges perpétuelles, une grande et belle marmotte, qui a recu le nom d’Arctomys robustus. Le Spermolegus mongolicus, une marmotte de la taille d’un écureuil, se propage en grand nombre sur les plateaux découverts de la ‘ Mongolie et jusque dans les plaines sèches de Pékin et du Chensi. La plus petite miniature de tous lès lièvres connus du monde, le Lagomys tibetanus, qui n’est pas plus gros qu’un rat, a été aussi rencontrée dans les montagnes de Moupin. Tandis que le sud de la Chine ne connaît que le Lepus sinensis, de la taille et de la couleur d’un lapin de garenne, le lièvre mongol (Lepus tolaï), qui ressemble beaucoup au nôtre, est répandu dans tout le centre et le nord de l’Empire, ainsi que dans la Mongolie. Le lapin sauvage manque absolument dans l'extrême Orient. La douce et élégante gerboise (Dipus annulatus) brouie l'herbe rare des hauts plateaux du nord du Tchély et de la Mongolie, et dans les mêmes localités se propagent en grand nombre deux jolies gerbilles (Gerbillus psammophilus, Gerb. unguiculatus). C’est dans le nord-ouest de l’Empire que sont cantonnés les étranges rats-taupes : Siphneus psilurus, Siphn. Fontanieri et Siph. Armandi, genre dont on ne connaissail précédemment que la seule espèce
sibérienne. Ces gros rongeurs ont les ongles des pattes de devant énormes, ce qui leur permet de vivre sous terre à la manière des taupes. Les Rhizomys, autres rongeurs à mœurs souterraines, sont des campagnols monstrueux et croissant jusqu'à acquérir le poids de trois livres chinoises, qui 8e nourrissent de végétaux, et vivent parmi les bambouseraies des montagnes vers trois mille mètres d'altitude. J'ai rencontré le Rhizomys vestitus au Chensi, au Kokonoor, au Setchuan et au
Fokién. Je ne sais pas si le Rh. sinensis obtenu de Canton par les Anglais est une espèce distincte de
la nôtre. La Chine n’a donné jusqu'ici que deux
vrais Arvicola : l’Arvicola mandarinus, propre aux
plateaux élevés du nord-ouest, et l’Arvicola mehr
nogaster, rencontré dans les montagnes du Cheni,
du Setchuan’et du Fokién. Des Hamsters de taille
moyenne (Cricetulus griseus, obscurus et longicau-
datus) abondent dans la plaine de Pékin, en Mon:
golie et jusque dans tout le Chensi, et y causent
souvent des dégâts considérables aux champs de
blé et de haricots.
Je doute qu'il y ait au monde un pays où le genre Mus soit représenté par des espèces aussi nombreuses que dans cet Empire; moi-même j'en ai collectionné vingt-sept espèces différentes, et à ce nombre il faut ajouter plusieurs autres espèces trouvées par M. Swinhoe à Formosa. Sur ces trente et quelques espèces de rats et de souris dont est riche la Chine, une seule est sûrement européenne (Mus decumanus).
Sur neuf espèces connues d'écureuils de Chine, deux paraissent être représentées aussi en Europe, car nous avons à Pékin un écureuil noir qui peut être considéré comme une simple variété de notre Sciurus vulgaris, et le Tamias strialus, qui vit aussi en Pologne. Le Sciurus Davidi séjourne dans les monts Si-chan, du Petchely. Au Chensi méridional et au Setchuan, cette espèce est remplacée par une forme voisine (Sciurus Pernyi) et par le Sciurus Mac-Clellandi, qui vit aussi au Fokién, au Kiangsi, à Formosa et dans l'Himalaya. Les environs de Changhay ont donné le Sciurus chinensis, le Tchekiang le Sc. griseipectus, qui a le veatre roux; et Canton, Formosa et le Fokién le Sciurus castaneiventris. Je viens d'obtenir dans les montagnes occidentales de cette dernière province un écureuil qui diffère des précédents par une taille moindre et par sa poitrine teinte de jaune tendre (Sc. fluipectus).
Les écureuils-volants indiqués par M. Swinhoe à Formosa sont au nombre de trois : Pteromys kaleensis, Pteromys grandis el Pteromys pectoralis. Moupin, le Setchuan et le Chensi m'ont donné en plus le Pteromys aiborufus, le Pteromys melanopterus et une troisième espèce indéterminée, de moindre taille. Les bois du nord de la Chine continuent à nourrir encore le Pteromys œanthipes, qui y est très-rare. Je ne dois pas omottre de citer ici un dernier rongeur, que je viens de trouver au Fokién, et qui doit constituer un genre nouveau : ce trèscurieux animal a la taille et les couleurs cendrées
de la souris, avec les yeux microscopiques des s0rex et une longue queue terminée par un bouquet de poils raides.
RUMINANTS. — Quatre formes de la famille des antilopes vivent dans la Chine : 1° l’Antilope guttorosa, au nord-ouest, sorte de grande gazelle, propre aux plateaux découverts ; 2° le Budorcas laxicolor, étrange animal ayant les formes du bœuf, avec la taille et les proportions. de l’Ovibos, qui vit dans les plus hautes montagnes du Chensi, du Kansou et de Moupin, de même que dans l’Himalaya oriental; 3° le Nemorhedus Edwardsü, de la taille du daim, habitant par paires les hauteurs boisées du Chensi, du Kansou, du Setchuan et du Fokién ; et 4° le Nemorhedus caudatus, répandu par petites bandes dans les grandes montagnes rocheuses de tout l’Empire, où il est représenté par quatre variétés différentes : la typique s’étend depuis Pékin et la Corée jusqu'aux monts Tsing-ling au Chensi; le Setchuan et Moupin nourrissent le Nem. griseus etle Nem. cinereus,et Formosa contient le Nem. Swinhoi, tandis que le Japon et Sumatra possèdent aussi leurs formes alliées de cette espèce.
Deux Ovis se perpétuent encore dans notre Empire : l'Ovis argali, devenu très-rare dans les hauts plateaux du nord-ouest, et l'Ovis nahoor, que j'ai rencontré au-dessus de quatre milles mètres à Moupin et au Kokonoor oriental.
Le Chevrotin à musc vit dans les montagnes à rhododendrons, non-seu\ement au Thibet, au Sel-
chuan et au Chensi, mais encore au Fokién et au Kiangsi d’une part, et à Pékin de l’autre, en Mon golie, en Corée et jusqu'en Sibérie. Les couleurs de cette élégante créature, dont l’aire d'habitation est si vaste, sont sujetles à varier considérablement, non-seulement suivant les lieux, mais aussi suivant l’âge et le sexe. Le musc sans musc, nommé Hydropotes inermis à cause des mœurs aquatiques qu’on lui a supposées, et qu'on croyait d’abord limité à quelques îlots du bas Yang-tsé-kiang, vit aussi, et en très-grand nombre, dans les collines qui longent le grand fleuve, aux environs de Kioukiang, et jusqu'au delà de Han-keou : c'estun animal très-prolifique. D'après mes renseignements, une espèce analogue habiterait aussi la Corée. Les Cerfs de toutes grandeurs rencontrés en Chine montent à quinze espèces : le nord nourrit l'Elaphodus davidianus, le Cervus xanthopygus, le C. mantchuricus, le C. sika et le C. pygargus; la frontière occidentale du Setchuan et le Chensi possèdent le Cervus Hippelaphus et le C. affinis (outre deux autres espèces ressemblant au C. mantchuricus et au C. sika), avec l’Elaphodus cephalophus et le Cervulus lacrymans; les provinces du sud du Yang-tsé ont donné le Cervus Kopschi et le Cervulus Reevesi; l'ile de Formosa a le Cervus Swinhoi et le C. pseudaxis, et Haïnan possède le Panolia frontata et le Cervulus vaginalis. Le Cervulus lacrymans et J'Elaphodus cephalophus s'étendent depuis le Thibet jusqu'au Fokién, tant au nord qu’au sud du Fleuve-Bleu.
Quant au (hameau sauvage, les renseignements que j'ai pris dans mes divers voyages en Mongolie et vers le Kokonoor m'ont fait croire que cet animal vit encore dans son état primitif et indépendant dans les régions inhabitées qui s’étendent. à l’ouest du Kokonoor et du Kansou.
L'animal connu des Chinois sous le nom de Yé-lu (mulet sauvage) est l'Equus hemionus, propre aux plaines mongoles, et que je ne pense pas avoir jamais été vu dans les limiles de la Chine proprement dite.
Le Sanglier est abondamment répandu dans toutes les régions montueuses de la Chine. Celui du nord paraît identique avec le Sus aper d’Europe; mais la race de Moupin a été distinguée sous le nom de Sus moupinensis. Quant à celle de la : Chine orientale, M. Swinhoe pense retrouver en elle le Sus leucomystax du Japon, tandis que la petite forme de Formosa constituerait une espèce différente, Sus faïvanus.
Les anciennes descriptions de la Chine parlent du tapir, du rhinocéros, et de l'éléphant, comme d'animaux vivant dans l'empire. Ïl est certain que ces pachydermes n'existent point dans les confins actuels du Royaume du Milieu.
Le seul édenté que l’on connaisse ici est le Pangolin (Manis Dalmanni), lequel habite en petil nombre les provinces méridionales, jusqu’au Fleuve-Jaune : cet ulile animal, que les Chinois nomment perceur de montagnes, ne quitte que la nuit ses galeries souterraines, Qout thereher les
fourmis blanches et autres qui font sa nourriture ordinaire. C’est là une espèce que l’homme devrait protéger et propager dans ous Îles pays chauds, où les thermites et les fourmis de toute sorte font tant de dégâts.
Je ne pense pas qu'il existe en Chine beaucoup d'autres mammifères terrestres que ceux que je viens de passer en revue. Et sur ces deux cents espèces, je n’en vois qu’une dizaine qui soient européeïines; encore plusieurs d’entre celles-ci offrentelles des caractères différentiels tels, que les naturalistes ne voudront pas les identifier aux animaux similaires de notre occident. D’un autre côté, la faune japonaise ne paraît non plus comprendre. qu'une douzaine des quadrupèdes qui vivent sur notre continent: mais, je ne saurais rien dire de précis à cet égard, parce que je ne possède que des notions incomplètes sur les animaux de ces régions isolées. |
Oiseaux. — Comme j'ai le désir et l'intention de publier un catalogue historique des oiseaux qui ont été observés en Chine jusqu'aujourd’hui, je ne veux pas m'étendre beaucoup ici sur ces animaux et sur leur habitation. Je noterai seulement que le nombre des espèces chinoises consignées dans mes listes monte déjà à sept cent soixante-quatre, c'est-à-dire deux cent trente-deux de plus que toutes celles de l’Europe. Sur ces sept cent soixante-trois oiseaux, il n’y en a que cent quarante-six qui se retrouvent aussi en Europe, c'est-à-dire un qe
moins d’un cinquième. D'un autre côté, l'Amérique septentrionale nourrit une soixantaine d'espèces qui vivent en Chine, et qui sont surtout des espèces aquatiques.
Voici dans quelles proportions se répartissent, en Chine et en Europe, quelques-unes des familles ornithologiques principales :
Sur 45 espèces de Rapaces diurnes de Chine, 19 sont aussi européennes.
— 20 — Rapaces nocturnes — 3 — — 917 — Fissirostres 1 — 9 — 40 — Grimpeurs — 3 — — 19 — Tenuirostres — 3 — — 30 — Laniides — 0 — — 22 — Gobe-mouches — O0 — — 923 — Turdides — 8 — — — 81 — Sylviens — 6 — — — 21 — Mésanges — 0 — — — 19 — Corvides — à — — — 9 — Sturnides — 0 — — — 60 — Gros-becs — 15 — — 15 — Colombiens 1 — 23 — Phasianides — 0 — — — 19 — Perdiciens — 1 — — % — Échassiers — Ji — — 10 — Palmipèdes — 38 —
On voit par ces exemples que ce sont les oiseaux aquatiques et les oiseaux de proie diurnes qui offrent le plus d'espèces communes aux deux extrémilés de l’ancien monde; tandis que les oiseaux inscctivores et les gallinacés sont dans le cas contraire. |
Un fait digne d'être remarqué, c’est que certains groupes d'oiseaux (el on pourrait étendre l’observation à d'autres groupes À animaux se trouvent
cantonnés dans certaines limites et représentés par de nombreuses espèces voisines, qui paraissent remplir aux mêmes lieux des rôles exactement identiques ; tandis qu'ils manquent totalement sur d’autres points de la terre, où ils pourraient parfaitement vivre, sans qu'ils soient remplacés là par des espèces équivalentes. Ainsi, la riche et admirable tribu des Phasianides possède près de quarante espèces, dont plusieurs très-ressemblantes entre elles, groupées autour du massif thibétain ; tandis qu'elle n’a aucun de ses membres dans le reste du monde entier. Ainsi encore, c’est par trente et quarante qu'il faut compter les oiseaux, trèsvoisins entre eux, de la famille des cratéropodes que l’on trouve en Chine et dans les pays voisins, et qui n’ont aucun de leurs parents en Europe. D’après ces faits et beaucoup d’autres, pourraiton croire qu’un si grand nombre d’espèces voisines, quoique bien distinctes, ont été créées et placées ab origine toutes dans les mêmes lieux et avec des aptitudes et une organisation identiques, en laissant manquer de leurs representants tout le reste du: monde? Ne serait-il pas plus rationnel d'admettre que les types principaux des animaux. et des plantes étant une fois apparus sur la surface de la terre, quand et comme il a plu au Créateur (ce qui sera sans doute toujours un mystère pour l’homme), ils ont subi des modifications qui les ont divisés en races, en variétés, en espèces, en genres.., qui ont continué à se propager près des lieux de leur origine? Nous comprendrions ainsi VOYAGE EN CBINE. 1 — 22
pourquoi l’Amérique possède plus de quatre cents espèces de colibris, quand il n’en existe pas une seule en Afrique, dans l'Inde, dans l’Australie, où abondent aussi les fleurs, etc., etc., etc.
REPTILES. — On connaît en Chine une dizaine d'espèces de tortues, dont aucune n’est européenne. Sur dix-neuf squriens il n’y en a non plus aycun d'Europe; de même, de trente-cinq ophidiens, aucun ne se retrouve en Occident. Les quatre salamandres connues de la Chine lui sont propres; et le monstrueux Sieboldia Davidi paraît différer de son congénère du Japon. Sur une quinzaine de batraciens anoures que nous ayons rencontrés en Chine, deux sont rapportés à des espèces euro- … péennes : le Rana esculenta et le Rana temporaria. Il y a des doutes pour le Hyla viridis, qu reinette.
Poissons D'EAU DOUCE. — Je ne veux rien dire à ce sujet sinon que les espèces d’eau douce sont relativement très-nombreuses ; qu'aucune d'elles peutêtre n’est européenne, à l'exception de l’anguille vulgaire ; que le genre Salmo manque totalement à la Chine, et que c’est avec l'Amérique septentrionale que notre faune ichthyologique a le plus de rapports.
ANIMAUX ANNELÉS. — Je n’ajouterai, en fnissant, que quelques mots sur les animaux annelés ou articulés. L'écrevissen’existe pas en Chine, maison
EN CHINS. 339 prétend qu’elle a été vue en Corée. En revanche, plusieurs espèces de crabes d’eau douce et de ereveites pullulent dans tous nos cours d’eau, à plusieurs centaines de lieues dans lintérieur du continent, et jusqu’en Mongolie et au Thibet.
Les coléoptères du nord de l'empire appartienneai pour la plupart aux genres européens, mais ce sont des espèces presque toules différant des nôtres. Aucun de nos carabes ne se retrouve en Chine ; et sur vingt espèces de cicindèles que j'y ai récoltées aucune n’est européenne. Il faut dire la même chose des 'cerfs-volants, des cétoines, des hannetons : Jes trois hannetons-foulons que j'ai reucontrés dans ce pays diffèrent spécifiquement de celui de Franes. Mais certainsautres insectes, comme le Coccinella labilis, le Cocc. duodecim-punciata, } Hydrophilus piceus, ete., s’y trouvent partout, du nord au sud ; et notre Ægasoma séabricarne abonde dans les arbres pourris de Pékin. Les melolonthides du genre Anñnomala sont particulièrement eommuns dans la Chine, de même que les cantharides; les Donacia sont remplacées par les Sagra. En avançant au midi, les insectes ressemblent à ceux de l'Inde et de la Malaisie, comme le prouve la eapture que je viens de faire au Kiangsi d'un Frictenotoma et d'un Euchiride.
Quelques-uns des papillons communs de France vivent aussi en Chine; els sont le Papikio machæon, le Vanessa aniiopa, le Van. Lo, le Pyrameis eardui, le Pieris raneæ, le P. Daplidiçe, le Leucophasia sinapis, le Leuconœa cratægi, le Lycœna bæ-
tica, le Polyommatus phlæas, le Polyom. virgaureæ, le Macroglossa stellatarum, Y'A cherontia atropos, le Deilephila convolvul, le Del. elpenor. Notre vulcain, notre petite lorlue, notre Robert-le-diable, notre carte géographique, notre citron, y sont représentés par des espèces correspondantes très-voisines. Le genre Zygæna, si riche en Europe, fait défaut totalement; et sur quarante-cinq espèces de satyres que j'ai récoltées, aucune n’est européenne. Le ver à soie type, dont les Chinois eux-mêmes ne savent point indiquer la patrie originaire, a été rencontré par nous dans les monts Ourato, dans son état sauvage et primitif, et nulle part ailleurs. Au sud, les lépidoptères prennent un facies tout indien, et on ÿ voit voler les ornithoptères, les Leptocircus aux très-longues queues, les Papilio aux couleurs noires, les Diadema. Nos gracieuses dianes (Thaïs) sont remplacées par les genres Sericina et Armandia, dont les chenilles se développent aussi sur les Aristoloches; tandis que les Parnassius des grandes montagnes du nord et de l’ouest ressemblent beaucoup à ceux qui voltigent à la cime de nos Alpes et des Pyrénées. Nos paons de nuit sont remplacés en Chine par d’autres nombreux Bombyx, dont quatre ou cinq sont utilisés pour obtenir une soie de qualité inférieure. Le géant de tous les bombicides de l’ancien monde, Attacus atlas, se propage en grand nombre sur le camphrier, et fait sa chrysalide dans de beaux cocons à mailles, dont les Chinois savent aussi extraire un fil très-so-
lide.
Mais un fléau des papillons en Chine, c’est cette incroyable quantité qu'il y a dans ce pays de lbellules (demoiselles) de toute sorte, que l’on voit occupées sans cesse à donner la chasse aux plus gracieuses d’entre les créatures ailées,