‹ Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire ChinoisChapitre 31 sur 44 · VOYAGE EN CHINE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN CHINE

laissant à la maison le paralytique M. Fang et un autre jeune ecclésiastique indigène. Ceux-ci m'apprennent qu'il y a déjà treize jours que, par leur entremise, le Fou-léang était parti pour me prendre; mais, en vrai Chinois, ce batelier a cherchéä faire d’abord ses affaires. Aussi crois-je à propos de gronder de nouveau mon homme, afin qu'il ne me fasse plus perdre de temps.

21 janvier 1874. Voyage de Kien-tchang à Kioukiang. Beau temps.

Aujourd’hui nous voyageons sans interruption du matin jusqu’à sept heures du soir; mais lés fréquents ensablements occasionnent de grandes pertes de temps, et, d'autre part, la rivière coule lentement désormais. Pendant tout le jour, nous avons en vue des collines et de petites montagnes isolées, qui consistent en grès divers, en phyllades, en terre meuble mêlée de cailloux roulés.

Parmi les oiseaux qui passent près de nous je distingue encore plusieurs aïîgles pygargues, le Mergus merganser, le Podiceps philippensis, le Gary rudis, le Cormoran, etc.

22 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Beau temps, avec faible vent du Nord.

L'amélioration de ma santé continue avec le beau temps. Ce matin, la rivière est plus profonde et plus large, et elle est bordée de jolis groupes de maisons et de villages; il n’y a plus de hauteur en vue. Nous voyageons fort avant dans la nuit,

EN CHINE. "807 parce que les bancs de sable sont devenus rares. — Rien de nouveau observé en route, si ce n’est quelques Larus melanurus, et, ce soir, une grande quantité d'oies sauvages qu’il me semble, à leur cri, reconnaître pour l’Anser albifrons et l'Anser erythropus.

28 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Beau temps.

Ce matin encore, nous entendons et voyons beaucoup d'oies, de cygnes et d’autres oiseaux aquatiques, qui nous avertissent que nous approchons du Po-yang. Bientôt après, nos bateliers nous avertissent que nous nous trouvons en effet dans les eaux du fameux lac, qui, à cette époque de l’année, ne consiste plus qu’en un réseau de canaux et de rivières, séparés par d'immenses plages boueuses. Nous voyageons tout le reste de la journée à travers une plaine incommensurable de limon, accidentée d’étangs et de criques, que les eaux couvrent en entier pendant l'été. Cependant, à l'approche de la nuit, nous distinguons au loin, vers le nord, de petites collines isolées.

Ce soir encore, comme les jours précédents, les hommes préposés à la sécurité publique crient à nos ateliers de suspendre le voyage à l’approche de la nuit. Mais ceux-ci, qui ne possèdent rien qui vaille la peine d’être volé et qui se fient à nous, continuent à ramer jusque fort avant dans la nuit.

Après avoir. voyagé jusqu’aujourd’hui à peu près du sud au nord, nous nous sommes dirigés

au nord-ouest pendant cette journée et nous continuerons à suivre les canaux du bord occidental, afin de mieux éviter les vents septentrionaux.

. 24 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Ciel nuageux.

L'influence des lieux marécageux où nous sommes engagés se fait sentir sur ma santé; la fièvre m'est revenue, et, d'autre part, la poitrine me fait toujours mal et ma toux est presque incessante.

Nous passons ce matin à côté des collines que nous avions vues hier soir : elles sont inhabitées, mais surmontées de pagodes; les unes sont nues et les autres verdâtres, d’une végétation clairsemée.

Sept ou huit hufîtriers (Ostralega osculans) que j'observe sur les boues sans limite que nous cttoyons excitent mon attention par un agréable cri en roulement que je ne leur connaissais pas encore. Les cygnes, les oies, les canards, continuent à être innombrables. Les goëlands que je distingue, sont : Larus argentalus, Lar. Melanurus, Lar. ridibundus; mais point de Slerna.

Les pêcheurs au filet sont très-nombreux sur notre route, et leur vue récrée un peu la monotonie de notre voyage. À mesure que nous avarçons, nous voyons les collines se multiplier sur notre droite et se suivre sans interruption ; tandis que sur notre gauche il n'y a que des mamelons recouverts de sable. Les rochers portent bien vi siblement la marque des grandes eaux : c’est une quinzaine de pieds au-dessus du niveau actuel.

Ce soir, par mesure de prudence, j'oblige mes rameurs à s'arrêter au poste qui nous a été indiqué par les gardes de la sûreté publique, c'est-à- dire, à côté de la maisonnette de ces employés et d’un groupe considérable d’autres bateaux. Malheureusement, je n’ai pas lieu de me réjouir de ce voisinage; car, s'étant aperçus de ma présence, deux espèces de soldats viennent au milieu de la nuit se placer avec leur nacelle à côté de notre ‘barque, et, dans l'intention évidente de pousser ma patience à bout, ils se mettent à vociférer toutes les infamies qu'ils peuvent imaginer contre les Européens, les missionnaires, la Sainte-Enfance, etc. J'essaye d’abord de faire la sourde oreille et de dévorer les insultes en silence; mais, comme leurs malédictions se prolongent trop -longtemps et que j'ai un très-grand besoin de calme et de repos, je suis obligé de les menacer fortement moi-même, pour les obliger à se taire et à s'éloigner... Comme un homme de notre Occident a besoin de bien veiller sur luimême pour ne pas compromettre par un acte de colère les intérêts de sa civilisation et de sa religion! |

25 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Le temps est devenu mauvais, et il pleut.

Ce matin un vent épouvantable du nord nous retient à l’amarre longtemps, à une trentaine de li de distance seulement d'Ou-tching. Pendant cette halte forcée, je vois sur la plage quelques intéres-

santes coquilles bivalves que l’eau y a déposées : Unio alata, un Unio rugueux, une petite mulette, etc. Malheureusement, par le temps qu'il fait, je ne puis aller collectionner sur ces boues humides : j’ai eu la fièvre hier et cette nuit; je me sens encore très-souffrant, et je me fonds en sueurs..…

Enfin, nous partons à onze heures; et à une heure et demie nous parvenons sous la ville d'Ou-tching. Mais mes bateliers ont la maladresse de heurter un bateau, en arrivant ici, comme ils en ont heurté ce matin un autre au moment du départ. Là, ils ont été quittes pour quelques sapèkes, qu'ils ont déboursés comme dommagesintérêts ; mais ici c’est le bateau des gardes-mandarinaux qu'ils ont endommagé, et notre barque a été obligée de s'arrêter là jusqu’à ce qu'on ait réparé le dégât, aux frais de nos rameurs. Or, comme le mauvais temps empêche de faire cette opération ce soir, force est de nous arrêter là et d'y passer la nuit au bruit continuel du tambour des veilleurs.

À ce propos, mes hommes me soutiennent que ce tapage incessant n’est pas faituniquement pour tenir les voleurs à l'écart, mais bien pour tenir le monde éveillé et sur ses gardes contre les maraudeurs : c'est bien là faire un mal pour en éviter un autre ! — Le fait est que les pauvres voisins se trouvent fort incommodés par ce bruit incessant, et que je passe la nuit sans dormir, partie à cause du vacarme, partie à cause de ma fièvre.

26 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Encore gros temps, pluie et violent vent du Nord.

La ville d’Ou-tching n’est pas considérable, mais elle est, dit-on, l’entrepôt d’un grand commerce, comme nous pouvons en juger par le grand nombre de bateaux qui sont ancrés au port. Je ne vois autour d'elle que des plages boueuses ; et actuellement la rivière est éloignée de ses remparts d'un } de distance. De médiocres montagnes s’aperçoivent au loin vers le nord.

Il y a un certain nombre de chrétiens dans cette ville ; un prêtre chinois, le P. Yén, s’y trouve en ce moment, occupé à faire bâtir une église pour eux. Il est venu me trouver dès hier soir ; et, ce matin encore, c'est par ses bons soins que l’on me trouve une autre barque pour continuer mon voyage, et que le Fou-léang termine son affaire avec le bateau mandarinal, moyennant le payement de quatre cents sapèkes pour la rupture, plus quatre cents sapèkes pour le pourboire des employés, et puis encore huit cents sapèkes pour les secrétaires d’un tribunal supérieur !

27 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang:. Ciel de plomb, petite pluie, pas de vent.

Je continue à avoir la fièvre, à suer continuellement et à tousser comme un malheureux.

Toute notre matinée est employée à nous transborder dans notre nouvelle barque : notre dernière arche n’est pas aussi bonne à l’intérieur qu’elle en avait l'air ; le bois est pourri, les fentes

sont nonibreuses, et l’eau y entre en abondance. En outre, elle est à peu près ouverte au vent et à la pluie : mais nous n'avons plus à choisir. Espérons qu'elle tiendra bon pendant les quatre ou cinq jours que nous avons encore à voyager !

Enfin, vers midi, nous nous remettons en route: mais, bien que nous descendions dans le sens du courant, nous ne faisons que trente-cinq li de route, à cause du vent contraire.

28 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Il a plu toute la nuit, et le mauvais temps conlinue tout le jour.

Nous partons de bonne heure, malgré le vent contraire ; mais celui-ci devient si impétueux qu'il nous force à nous amarrer pour tout le jour, au bord d’une plage sablonneuse et humide. La pluie entre avec le vent dans notre barque, el nous ne pouvons pas éviter d’être mouillés, habits et couvertures. C’est, je pense, un typhon lointain qui nous envoie notre part de tourments et de dangers... Tout ceci est bien mauvais pour moi; car ma fièvre et mes sueurs ne cessent point.

29 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang.

Le vilain temps a continué pendant toute la

nuit; mais, quoique le ciel soit encore d’un sombre alarmant, livide, le vent à cessé et nous nous trouvons heureux de ce répit. Au point du n°" je vois vers le nord, \tois colonnes noires

suspendues aux nuages : trois trombes ! C'est donc une tourmente électrique sans tonnerre à laquelle nous avons eu affaire.

Remis en marche à sept heures, nous passons une heure plus tard devant Nan-kang-fou, derrière lequel s'élèvent des montagnes assez grandes. Les collines voisines sont rouges, consistant peut-être en latérite marneuse; mais je vois aussi des schistes bleuâtres, et le sable et la plupart des pierres qu'on aperçoit sont du quartz.

De -cette ville à Kiou-kiang on ne compte que quatre-vingt-dix là de route par terre; mais il nous faudra peut-être des jours encore pour y parvenir dans notre barque.

Nous marchions assez bien au milieu du grand Fleuve-lac quand, vers neuf heures et demie, le vent contraire s'élève si fort que notre bateau, de même que {ous ceux qui voyagent dans le même sens, est obligé de faire volte-face et de revenir sous Nan-kang se mettre à l'abri contre le retour du mauvais temps. Notre mistral continue à souffler tout le jgur ; et nous voyons plusieurs autres barques, qui tentaient néanmoins de franchir le passage réputé dangereux que nous avons devant nous, battre aussi en retraite en pliant les voiles et se mettre en rang d’ognons à côté de la nôtre.

11 faut bien convenir que les contrariétés de toute sorte ne m’épargnent guère dans ce voyage du Kiangsi! Le troisième rameur de notre barque n'était qu’un passager déguisé, et d'accord avec le Laopan pour nous tromper : ennuyé de nos re-

tards, cet homme a pris terre ce matin sans plus se laisser voir.

En attendant, nos provisions s’épuisent rapidement, et mon domestique Lu ne trouve à acheter à la ville que de l’ail et de la pâte de haricots.

30 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Temps refroidi, flaques de neïge et de grêle sur la plage ; encore rafales de vent contraire.

Nos bateliers n'osent pas se mettre en route au matin ; tandis que bon nombre d'autres bateaux descendent le lac en louvoyant : c'est le manque d'un troisième homme qui nous empêche d'en faire autant. Cependant, à midi, le temps ayant paru meilleur, mes gens se hasardent à partir; mais bientôt ils retournent à l’amarre, une première et une seconde fois. — Il paraît que plus bas il n’y a pas de lieu sûr pour s’amarrer, jusqu’à trente li; et le vent du nord-est est si violent, que beaucoup de bateaux n’ont pu franchir cette distance aujourd’hui. Nous les voyons revenir à côté de nous, après une matinée d'efforts inutiles et de dangers. |

Maintenant, le grand massif du Ly-Chan est à notre nord-ouest, à quelques lieues seulement d’éloignement; les montagnes sont blanches de la neige tombée la nuit passée.

Enfin, vers trois heures, notre barque se met aussi en mouvement, el, à force de louvoyer à angles aigus, elle parvient à franchir le point criti-

à que et à faire une \renkaine de li e route. Nous

venons nous amarrer au miHeu d'une centaine d'autres barques qui sont ancrées à l’abri d'une colline. Au soir, visite inquisitoriale des veilleurs de nuit, pour demander les cinq sapèkes de coutume.

31 janvier 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Ciel serein.

Le vent nous est toujours contraire; de faible qu'il était au matin, il devient violent plus tard.

Ce n’est qu’en louvoyant que nous pouvons avancer, et en subissant un roulis fatigant et les éclaboussures des flots.

Enfin nous parvenons, à neuf heures et demie, à la grande douane impériale de Kou-tching, où les employés ont la politesse de me dispenser de la visite de mes caisses; mais mes bateliers doivent payer quatre piastres de droit de passage, et nous perdons encore là un temps précieux.

C'est vers midi que nous pouvons reprendre no- ‘tre voyage, en louvoyant toujours. Après avoir passé devant la pittoresque Ile à la Tour, nous venons nous arrêter, peu avant la nuit, devant Hou-keou-shién. Après avoir encore rempli des formalités doganales sous cette ville, nous laissons enfin le Po-yang et nous entrons dans le majestueux Yang-tsé. Grâce à un vent favorable, cette fois, nos bateliers continuent à remonter le fleuve à pleines voiles, jusque fort avant dans la nuit. L'air est calme maintenant; le ciel est pur et la lune nous régale de ses pâles lueurs. Un gros oi-

seau que j'ai vu passer sur nos têtes n'a paru être un Jbis nippon.

1e" février 1874. Voyage de retour à Kiou-kiang. Arrivée. Ciel couvert, pas de vent.

Bien que l’on ne compte que soixante 4 de distance de l'embouchure du lac Po-yang à Kiou-kiang, nous n'arrivons dans cette ville que vers trois heures de l'après-midi.

Comme toujours, j'éprouve une vive consolation à me retrouver avec mes chers confrères et compatriotes; mais, aujourd’hui, cela ne suffit pas pour dissiper mes maux: la fièvre et la toux me liennent malade, sans d’autres soulagements que des intervalles d’apaisement.

Notre résidence épiscopale est animée par la présence de Mgr Bray, de M. Portès, de M. Moloney et de M. d'Orio. Les travaux de l’église neuve sont terminés et les réparations de la maison sont complètes.

2 février-13 mars 1874. Kiou-kiang.

Comme Kiou-kiang jouit d’un climat salubre, que la maison de ta mission, réparée à neuf, est commode et agréable, que Mgr Bray et ses confrères sont pour moi d’une bonté et d’une prévenance sans bornes, et que j'ai eu l’avantage d’être soigné par un bon médecin anglais, le docteur G. Shearer'j'ai cru bien faire en prolongeant mon

jour dans cette ville pendant près d'un mois et

emi, pour essayer de recouvrer mes forces et

ma santé. J'espérais aussi que pendant ce temps le marché me fournirait des animaux utiles pour mes collections.

Le commencement de février a été marqué par une série de mauvais temps, par des neiges et des pluies abondantes, et par des vents forts et froids; cet état météorologique a continué, plus ou moins, jusque dans la première décade de mars. Aussi ma santé n’a-t-elle pas fait de grands progrès : la fièvre revient continuellement, la toux est rebelle aux traitements du docteur; la poitrine est loujours oppressée et me fait souffrir de douleurs asthmatiques qui m'’inquiètent fort. Aussi ai-je perdu l'espoir de pouvoir guérir en Chine, et ne me reste-t-il plus qu’à me rendre à Changhay et à m'y embarquer pour l'Europe. ; __ Pendant ces quarante jours, aucun animal

important n’a été apporté sur le marché de Kioukiang, à l'exception de l’Hydropotes inermis. Ce cervide paraît être fort abondant dans certains districts peu éloignés d'ici; nos chasseurs européens de Kiou-kiang et de Han-keou en tuent un grand nombre. En mi-février, quelques chasseurs russes en ont abattu quatre-vingl-neuf, dans une partie qui a duré une semaine. Il a été aussi tué un porc<pic, que M. Kopchsy m'a fait l'amitié de me donner.

Parmi les oiseaux élalés dans les bouliques, j'ai eu la bonne chance de trouver et d'acheter trois exemplaires mâles du Fulix Baeri; ce canard nou-

veau ne paraît pas être irès-rare dans son passage en Chine.

Sur le point de quitter pour toujours l’établissement de Kiou-kiang, je noterai qu'actuellement la petite colonie européenne de cette ville se compose de trente messieurs et de dix dames, avet une vingtaine d'enfants. Excepté les missionnaires catholiques, on n'y compte point de Français. Les sujets anglais sont les plus nombreux; mais il y a aussi des Américains, des Allemands, des Autrichiens, des Belges, des Danois et des Suédois. En dehors des missionnaires protestants, tout ce monde, si varié, est employé aux douanes impériales et au service des bateaux à vapeur.

14 mars-5 avril 1874. Départ de Kiou-kiang pour Changhay.

J'e m'embarque le 14 sur l’un des plus beaux bateaux de la Compagnie Russel, et j'arrive à Changhay après quarante-quatre heures de navigation. Comme l’état de ma santé ne s’améliore point dans celte ville, où les secours de l’art et de : l'amitié ne me font pas défaut, je hâte mes préparatifs de départ pour la France; et, le 3 avril, je monte sur le Sindh, des messageries maritimes, qui arrive à Marseille le 15 du mois de mai, après une heureuse traversée.

Les derniers jours de mon séjour en Chine ont aussi été marqués par le mauvais temps el par la souffrance : des vents froids, des pluies, la neige et le grésil, d'un côté: el, de l'ankre,, La fièvre con-

tinuelle, la toux, l’asthme et des défaillances fréquentes.

Voici les dernières notes que j'ai prises sur les questions relatives à l’histoire naturelle de la Chine : 1° Un négociant francais, M. Évrard, possède un cerf inconnu, qu’on dit provenir de Niou-tchouang (Léao-tong); je fais un effort (une imprudence!) pour l'aller voir. Cet animal est un peu plus grand que le chevreuil; mais son bois trifide est beaucoup plus développé. Son pelage est d'un fauve brun uniforme el sans taches. Nous avons peut-être Jà une espèce analogue au Cervus sika du Japon. 2° La société asiatique de Changhay ayant résolu d'entreprendre la formation d’une collection généraledes productionsnaturelles dela Chine, jeme fais un plaisir de lui offrir et de faire agréer mon chasseur Ouang, de Pékin, comme préparateur taxidermique pour les mammifères et les oiseaux : cet homme a appris assez bien son métier à mon service, et comme il est très-adroit et patient, 1l sera d’une grande utilité pour empailler les animaux du cabinet naissant. 3° Parmi les résidents anglais de Changhay, il y en a un bon nombre qui s’occupent à former des collections d'histoire naturelle : j'ai vu chez M. Fraser une nombreuse et très-intéressante réunion de lépidoptères, qui ont été capturés dans les environs de cette ville; et chez M. Kingsmill, une très-importante collection de mollusques et de fossiles. J’ai été émerveillé de trouver dans ses tiroirs une immense quantité d’ossements antiques, qu’il a achetés ou fait acheter

chez les marchands de drogues : Éléphants, Mastodontes (plusieurs espèces), Dinotherium, Rhinoceros, Anoplotherium, Equus, Hipparion, Singe, Fehis: la’ plupart de ces fossiles sont empâtés dans un calcaire roux, dur, et proviennent, pense M. Kingsmill, du Setchuan ou du Yunan. Les fossiles du Diluvium du Hoang-ho lui manquent entièrement. 4° Un ami de M. Swinhoe, M. Mitchie, collectionne pour lui avec beaucoup de zèle : je vois chez lui le Calophasis Ellioti, pris au Tchékiang (trois peaux), des Fulix baeri, un autre Fu- : hæx que nous prenons pour le F, mariloïdes, et une photographie d’un chevrotin dont il vient d’envoyer la peau en Angleterre, dans laquelle je reconnais notre Elaphodus cephalophus, de Moupin. M. Mitchie m'apprend que M. Swinhoe, qui s’en est aussi retourné malade en Angleterre, a décrit une cigogne nouvelle sous le nom de Ciconia boyciana : c'est très-pronablement l’espèce que j'ai rencontrée jadis à Takou.

Tout ceci me prouve que les richesses scientifiques que la Chine peut procurer aux naturalistes sont loin d’être toutes connues; et je n’en ai que plus de regret de me voir obligé, par la ruine de ma santé, à laisser inachevés mes plans d’explorations : l’homme propose et Dieu dispose !

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