‹ Journal de Paul de Vendée, capitaine huguenot, 1611-1623Chapitre 1 sur 10 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LE BOI8-OH;A.FEIjBA.XJ

La terre et seigneurie du Bois-Chapeleau , à laquelle se réfère le journal que nous publions, relevait en arrière-fief de la baronnie de Vouvent en Bas-Poitou. Elle est située à un kilomètre environ du bourg de la Ghapelle-Thireuil , canton de Coulonges-sur-l'Autize, qu'on appelait autrefois Coulonges-les- Royaux.

Aussi loin que nos recherches nous ont fait pénétrer dans le passé historique de cette seigneurie, dont les archives nous ont été gracieusement communiquées par les propriétaires actuels, nous y trouvons les Appelvoisin , que Thibaudeau (1) fait venir de Gênes dès le xi^ siècle. Cette famille se fixa d'abord dans un site pittoresque, auquel elle donna son nom. Le château d' Appelvoisin est assis près d'un ruisseau qui sépare la paroisse de Saint-Paul-en-Gâtine de celle du Breuil-Barret, et délimite en cet endroit les diocèses de Poitiers et de Luçon. De là les membres de cette famille s'étendirent , soit par leurs alliances, soit par des acquisitions, dans tout le voisinage.

Le premier qui soit mentionné dans les archives comme pro-

(l) Hist. du Poitou, t. m, p. 310.

priétaire du Bois-Ghapeleau, est Guillaume d'Appelvoisin qui, le 21 juin 1380, rend hommage pour cette terre à Guillaume L'Archevêque, seigneur de Parthenay et de Vouvent.

Ce dernier domaine, antique propriété des Chabot , bienfaiteurs de l'abbaye naissante de FAbsie, était passé dans la maison des Lusignan, par le mariage d'Eustache Chabot avec Geoffroy de Lusignan, second fils de Hugues VIII et de Bourgogne de Rançon, et père du trop célèbre Geoffroy à la grand'dent qui mourut heureusement sans postérité (1).

Valérie, sa nièce, fille de Guillaume , troisième fils des précédents, apporta en dot la seigneurie de Vouvent à Hugues L'Archevêque, sire de Parthenay, vers 1230.

L'hommage que Guillaume d'Appelvoisin avait rendu à Guillaume VII de Parthenay, il le renouvelle au fiis aîné de celui-ci, le 21 octobre IhOh,

A la mort de Guillaume, la terre du Bois-Chapeleau devint l'héritage de Guichard d'Appelvoisin, son fils aîné. Ce capitaine fut un des plus dévoués à la fortune des L'Archevêque, pendant leurs luttes avec Je Dauphin qui fut plus tard Charles VIL

Il se mit, avec son frère Gilles, à la tête de la noblesse poitevine décidée à défendre la ville de Parthenay. En reconnaissance des grands services qu'il recevait alors de Guichard d'Appelvoisin, Jean L'Archevêque lui signa, pendant le siège de sa petite capitale, des lettres par lesquelles il lui accordait le droit de haute justice dans la terre du Bois-Chapeleau (2),

Quelques années plus tard, Charles VII éleva Guichard d'Appelvoisin à la dignité de chambellan, et en vue de le favoriser lui accorda, en l/i29, la permission de fortifier le bourg de la Chapelle-Thireuil (3). Les fossés creusés à cette époque sont encore fort apparents tout autour du bourg de la Chapelle et surtout dans la prairie , au sommet de laquelle se dressait la forteresse principale. Sur la place qu'elle occupait, M. le

(1) Mgr Gousseau, Hist. de Lusignan, p. 403-404, et M, Ledain, la Gâtine historique, p. 126-127.

(2) Nous donnons aux pièces justificatives sous le n» l ces lettres, datées de Parthenay le 13 juillet 1419.

(3) "Voir pièces justifie, n» 2,

comte de Touchimbert vient de construire une maison d'école pour des religieuses.

Guichard d'Appelvoisin mourut vers 1M5. Il avait épousé Jeanne Juvenel des Ursins qui, l'année suivante, rendit hommage pour la terre du Bois-Chapeleau à Arthur de Bretagne, comte de Richemont, que le testament de Jean II de Parthenay avait constitué le maître de toute la Gâtine (1).

Voici les termes de cet aveu que nous copions intégralement et qui nous dispensera de transcrire les suivants ;

H Scachent tous que de très-redoubté et très-puissant sei- (( gneur, Monsieur le comte de Richemont, seigneur de Parce thenay et de Vouvant , connestable de France, je Jehanne « Juvenel des Ursins , dame d'Appelvoisin et du Boys-Chap- « pelleau, par don à moy faict par feu Monseigneur Guichart « d'Appelvoisin, jadis mon feu espoux, tien et advohe à tenir, « tant pour moy que pour mes parsonniers, hommes, teneurs (( et subjects de mon dit seigneur, à cause de son chastel, « baronnye et chastellenie de Vouvent, à foy et hommage lige « et au devoir de rachapt , quand le cas y advient , selon la « coustume et à un chappeau de roses (2) , rendu au chastel (( de Vouvent, chascun an, en chascune festede Penthecouste, « c'est assavoir mondit lieu et herbergement du Boys-Chap-

(1) Ledain. Gâtine histor., p, 205 et suiv.

(2) Ce chapeau de roses , une des plus gracieuses redevances féodales dont les aveux fassent mention , est appelé tantôt la couronne, tantôt le chapeau, et d'autres fois, par diminutif, le cfiapelet de roses dû à Vouvent. Ne serions-nous pas autorisé à déduire de cette appellation le nom même de la seigneurie du Bois-Chapeleau ? Il n'existe à notre connaissance aucune région comme la nôtre où le mot chapelle et ses dérivés se retrouvent plus fréquemment répétés. Il semble que ce fut par l'érection de chapelles que la religion prit autrefois possession de la Gâtine. Ainsi la Chapelle-Thireuil, la Chapelle- àux-Lys, la Chapelle Seguin , berceau de la paroisse actuelle de l'Absie, la ChapeUe-Sa.mi-Elieane, la ChapelleSamt-LSiUreni, la Chapelle- Bertrand, la Chapelle-Bêiton, la Chapellerie, près Hérisson, la Chapelle, à Fénery, etc.

Avant d'aliéner la terre de "Vouvent au président de Lamoignon, le duc de Longueville avait décidé que le chapelet de roses, au lieu d'être porté au château, serait offert à l'église de Vouvent. Depuis 1040, les reriis portent en effet la signature des curés de Vouvent.

« pelleau, assis en la paroische de la Chapelle-Tireuil, ô toutes « ses appartenances et appendances, soient lesdites choses en « maison, terres gaignables et non gaignables, prés, boys, (( estangs, garennes, vignes, terrages, terrageries, complans, « hommages, hommes levans et couchans, moulins, dixmes, « dixmeries de bleds, vins, bestes, cens, rentes, taillées, bians « et autres choses quelxconques. Et ay et advohe et tiens et ay « acoustumé à avoir et à tenir en et soubs le dict hommage, « es dits herbergements , appartenances et appendances, et (( sur et par raison d'icelles, haulte moïenne et basse justices <( et jurisdicions et tout ce qui s'en deppend et puet deppendre. « Et fay, je la dite des Ursins, protestacion d'accroistre, d'ace mender et corriger, spécifier et plus à plain desclairer s^il « est mestier, en cestuy présent fief ou adveu, touteffois que « requise en seray et qu'il viendra à ma notice, que aucune « chose y auray mal baillé et desclairé, trop ou moins advohé. « En tesmoing desquelles choses, j'ay faict mettre et apposer à H cestuy présent adveu , le scel estably aux con tracts à Parte- (( nay , pour mon dit seigneur et faict signer à ma requeste du H seing manuel du notaire dessoubs escript, le xu^ de moys de u novembre, l'an mil quatre cens quarente et six. » (( J. BuTAUT, signant à la requeste de la dame advohante. »

(Pièce en parchemin. Le sceau est brisé.)

Quand le comte de Richement , par la mort de son neveu, parvint au trône ducal de Bretagne , Charles VII disposa des seigneuries de Parthenay et de Vouvent en faveur de Jean de Dunois, comte de Longueville (1). Dès le mois suivant, le 10 janvier 1/158-59, Jeanne des Ursins, qui vivait encore, rend hommage de sa terre du Bois-Chapeleau à son nouveau suzerain de Vouvent.

Nous pensons que Bernard d^Appelvoisin , abbé de l'Absie, de l/j56 à 1A62, était fière de Guicbard, dont nous venons de parler, et que François d'Appel voisin, également abbé de

(l) P. Anselme, l. i, p. 461.

TAbsie, de 1/i72 à 1A82, était fils dudit Guichard et de Jeanne des Ursins.

C'est à ces deux abbés et surtout au premier que nous devons la reconstruction de notre belle église abbatiale, aujourd'hui paroissiale de l'Absie, qui porte, gravées à toutes ses clefs de voûte, les armes (1) de ses généreux fondateurs. Commencée sous le gouvernement du premier, elle ne fut achevée que par les soins du second.

L'écusson de la dernière travée, près de la grande porte , se distingue de tous les autres par un franc canton dextre , également d'azur, autant qu'on en peut juger sous l'épaisse couche de badigeon qui les afflige.

Quand Louis XI eut injustement confisqué la seigneurie de Thouars, Marguerite d'Amboise, épouse de Louis I" de la Trémoïlle, vint en 1475 demander un repos pour ses cendres à François d'Appel voisin, abbé de l'Absie, son parent. Sept ans après son mari la rejoignait. Nous avons eu la bonne fortune de retrouver ces deux sépultures ignorées dans la chapelle portant le nom de La TrémoïUe, et qui forme le prolongement du transept de notre église (2).

A la mort de Jeanne des Ursins, survenue vers 1479, Guillaume d'Appelvoisin, son fils aîné, lui succéda dans sa terre d'Appel voisin et du Bois-Chapeleau. 11 avait épousé Catherine de la Noue, comme il paraît par une lettre en latin de Charles VIII, donnée à Paris le 13 août l/i90, tendant à faire punir Geoffroy, Jehan, Marie et Catherine Guischars, ses voisins, d'excès et

(1) Ces armes sont : d'azur à la herse d'or, el pour support deux anges. L'écu est sommé tantôt d'une mitre , tantôt d'une crosse et d'autres fois d'une croix cardinalice .

N'est-ce point par erreur que le P. Ménestrier {Méthode du blason, p. 129) blasonne les armes des Palavicini -. cinq points équipollés à quatre d'azur, chargé d'une estacade alezée de sable ; cette estacade est de pals voisins les uns des autres.

Nous observerons que cette estacade ne se retrouve ni sur les clefs de voûte de l'Absie, ni sur une porte du château en ruines d'Appelvoisin, ni enfin sur les cachets de lettres que nous avons vues.

(2) Bulletin de la Société des antiquaires de l'ouest^ t. xiv, p. 442, où il est rendu compte de cette découverte.

voies de fait, commis par ceux-ci contre la dite dame de la (( Nohe » .

Guillaume eut pour fils aîné et pour successeur René ou Reigné d'Appelvoisin, seigneur du Bois-Chapeleau, qui épousa en l/i90, Louise dePuiguyon. En 1/196, le !i septembre, il rend hommage de sa terre à la comtesse de Dunois, Anne de Savoie.

Les archives du Bois-Chapeleau nous fournissent, pour l'année 1A90, une très curieuse commission , donnée par Jacques de Beaumont, seigneur de « Bersuyre » , lieutenant-général et sénéchal du Poitou, à Jehan Laydet, Hugues Bertaud et Jehan Busseau, à l'effet d'informer sur de graves excès dont se plaignait René d'Appelvoisin, commis dans l'égUse de la Chapelle-Thireuil. Il y est dit que René d'Appelvoisin , qui est extrait de noble et très-ancienne lignée, est seigneur du Bois- Chapeleau, fondateur, dotateur et grand augmentateur par lui et les siens de Téglise paroissiale et presbytère dudit lieu de la Chapelle, qu'à ce titre il a droit de sépulture dans le chœur de ladite église, comme d'y mettre, tant au dehors qu'au dedans la titre de ses armes pleines, qu'au mépris de ses droits Jacques Archambault et Marc Rataux, s' étant transportés en l'église de la Chapelle, le jour de la Pentecôte dernière, ils ont dérompu, brisé et abattu par terre les armes de René d'Appelvoisin , qui étaient au grand vitrail de l'église.

En réparation de ces excès le seigneur du Bois-Chapeleau demandait que les frères Rataud fussent mandés à Poitiers, afm d'y rendre compte de leur conduite et en être punis. Signé

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