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III. — Examen- des pièges osseuses

A) Région sagittale, — L'animal n'était visiblement pas destiné à posséder, do par le fait de sa race, une créle sagittale comparable à celle que Ton observe parfois sur le crâne de très vieux chiens de certaines races spéciales; néanmoins il était facile de prévoir que, si aucune mutilation n'avait été faite, il aurait certainement présenté, des deux côtés, la disposition qu'on peut voir du côté laissé normal (voy. fig, 2), c'est-à-dire : 1° en arrière, une crête médiane formée toute entière par l'os interparietal (cette crête, sur le sommet de laquelle s'insèrent les muscles long abducteur de

Fig. 1. — Le crâne, norma vorticalis (d'après une photographie).

1, 08 et crête inlerpariéiale; 2, crête pariéto-frontaie donnant insertion au crotaphyte droit (elle est absente à gauche); S, cicatrice; 4, limite de l'insertion du crotaphyte gauche au moment de la mort; 5, arcade zygomatique; 6, ligament orbitaire postérieur.

Toreille et auriculaires supérieurs avait, sur le sujet, une longueur de 29 millimètres ; 2® une sorte de crête latérale ne se réunissant pas à celle du côté opposé, en forme de S débutant à 1/2 centimètre à peu près de la protubérance occipitale externe, et rejoignant en avant, après un contournement caractéristique, le ligament orbitaire, dont elle continue le bord postérieur; cette crête marque la limite d'insertion du crotapbyte (voy. fig. 2).

Cette disposition normale, que l'on rencontre chez beaucoup de chiens, avait été modifiée chez mon sujet par le fait de la mutilation.

En effet, la crête formée par l'os interpariétal s'était déviée du côté laissé normal, le muscle crotaphyte du côté droit ayant étendu ses insertions au-delà de la ligne médiane. Non pas qu'une pression, à proprement parler, ait été exercée par le muscle crotaphyte droit en ce point, mais parce que tendant à augmenter ses insertions au cours du développement, il n'avait pas rencontré

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do Tautre côté de la ligne médiane la résistance égale en puissance à la sienne qu'il rencontre ordinairement, le faisceau postérieur épargné du crolaphyte ayant été considérablement diminué d'épaisseur. Aussitôt que les deux crotaphytes s'éloignaient de la crêle interpariétale pour suivre, Tun sa ligne d'insertion normale, Tautre la ligne A6, Tos interpariétal n'ayant plus aucune raison pour être dévié tendait à reprendre sa place habituelle sur la ligne médiane; celte tendance commençait à se manifestera 15 mill. 4 environ de la protubérance occipitale externe *.

Quant à la crête d'insertion du muscle crotaphyte qui était si nette du côté droit, elle était absolument effacée du côté gauche, et l'os semblait d'ailleurs, sur tout remplacement de la crête absente, avoir augmenté d'épaisseur depuis la protubérance occipitale externe jusqu'à l'orbite.

Manouvrier, avec lequel je causais un jour des résultats de cette expérience, me disait, et je partage absolument sa manière devoir, que l'action des mus« des crotaphytes, se développant et se rapprochant de plus en plus de la ligne médiane, pouvait absolument être comparée à celle de deux mains glissant en appuyant de leurs bords, le long d'un bloc arrondi de terre glaise, sur lequel elles tenteraient de produire une crête en forme de cimier enlevant chaque fois de la matière sur les faces latérales pour la reporter sur le sommet. Le muscle agirait de même.

On pourrait admettre également que l'épaisseur anormale de l'os et son aspect arrondi en cette région sont le résultat de l'absence de la pression qu'exerce normalement sur la paroi crânienne le muscle crotaphyte sanglé par son aponévrose. A la vérité les deux actions doivent entrer en jeu.

Quant à la ligne de suture sagittale, elle n'était en rien déviée, ce qui montre bien que l'ablation du crotaphyte n'avait pas eu de retentissement sur la symétrie propre du crâne.

Il en était à peu près de même de la gouttière du sinus longitudinal, quoique celle-ci m'eût semblé toutefois très légèrement incurvée à partir du point de terminaison de l'os interpariétal, présentant une légère concavité du côté opéré.

Le sinus longitudinal présentait lui-même une disposition identique, mais plus accentuée et indiscutable, comme si l'hémisphère cérébral gauche avait eu une tendance à se développer davantage que le droit et à empiéter sur lui.

B) Région fronto-temporo-pariétale. — La limite de la portion restante du muscle crotaphyte gauche est représentée sur la figure par la ligne AB (voir fîg, 2).

La première chose qui frappe en jetant les yeux sur celte figure est l'existence d'une double cicatrice assez marquée provenant probablement de l'action trop vive en ce point du thermocautère. A la partie inférieure et postérieure de cette cicatrice était un léger bourrelet osseux dont la présence semblait due à l'action des fibres du crotaphyte qui n'avaient pu vraisem-

' Il est superflu de faire remarquer, je pense, que la traction par le faisceau postérieur du crotaphyte droit involontairement oublié, mais diminué d'épaisseur par rapport à son homologue du côté opposé, ne peut être invoquée pour expliquer la déviation de la crête interpariétale. Fick avait d'ailleurs obtenu, on enlevant complètement un crotaphyte» la même déviation dans le même sens de la crête sagittale tout entière.

blablemenl, au cours du développement, dépasser celle limite, le périoste n'existant plus au-delà.

En examinant de près les régions fronto-temporo-pariétales concurremment des deux côtés, on s'apercevait facilement que, comme il Ta déjà été dit, cette région était nettement plus bombée à gauche sur remplacement de la crête du temporal absent, et qu'en cet endroit l'os avait une épaisseur plus considérable qu'à droite. En outre, la surface de Tos pariétal du même côté semblait aussi très légèrement plus bombée dans la région située ou-dessous. Ce dernier bombement ne pouvait, comme le précédent, s'expliquer par l'augmentation d'épaisseur de l'os.

En effet, sur une coupe du crâne on voyait très bien qu'au contraire la paroi crânienne était sensiblement plus mince à gauche qu'à droite, probablement à cause de la destruction partielle du périoste du côté gauche.

Fig. 3. — Le crâne; vue latérale gauche (d'après une photographie).

AB, limite de l'insertion du crotaphyte gauche au moment de la mort; 3, cicatrice; 6, ligament orbitaire postérieur déformé; EP, hauteur de Tarcade zygoma tique; Z, milieu de la suture temporo-malaire.

La suture coronale était un peu déformée à gauche, s'avançant un peu plus antérieurement qu'à droite, déformation ayant probablement à son origine la cicatrice osseuse déjà signalée.

En considérant la surface intra-crânienne de la région fronto-temporo-pariétale, on voyait aussi que, si du côté gauche les impressions des vaisseaux étaient nettement plus marqués qu'à droite, les impressions des circonvolutions cérébrales l'étaient par contre beaucoup moins *.

Si on rapproche ce fait très net et indiscutable du très léger bombement du pariétal gauche et de la très légère déviation de la gouttière du sinus longitudinal ainsi que du sinus lui-même, on peut dire qu'il semble en somme que l'hémisphère cérébral gauche ait tenté de prendre un développement plus considérable que le droit '. L'os n'étant plus comprimé entre les hémis-

* Ceci mérite d'être rapproché de fails analogues, quoique très difTérents, observés par Bourneville et G. Paul Boncour (Morphol. crânienne et états patholog. du cerveau. BuU. Soc. d'anthropologie do Paris, janvier 1902).

* Les observations faites sur les muscles et le crane ayant demandé plusieurs jours, il arriva que, lorsque je voulus examiner le cerveau, ce dernier déjà en décomposition ne pouvait plus se prêter à aucune étude anatomique sérieuse.

phères cérébraux d*une part et le muscle temporal d'autre part, on s*explique qu'il n'ait pas présenté aussi nettement les empreintes des circonvolutions. Les fibres superficielles du muscle temporal exercent donc incontestablement une pression très nette sur les os du cnàne, et cette pression n*est sans doute pas sans rapport avec le développement moindre du cerveau chez le chien.

Si cet obstacle n'avait pas existé, le cerveau de ces animaux n'aurait-il pas pu prendre une expansion plus grande au cours de la phylogénie?

C'est une question que Ton peut se poser ; comme on s'en rend facilement compte en efîet d'ailleurs, le grand développement du muscle temporal et la présence de la crête sagittale qui en est la conséquence sont en rapport avec une dentition carnassière et un cerveau relativement peu considérable.

L'écartement des bords des muscles temporaux accompagne au contraire un cerveau très développé; en effet, l'homme qui, à l'âge adulte a, comme les jeunes carnassiers, des crotaphytes distants, a comme eux, à cette époque de leur existence, un cerveau plus considérable par rapport au poids de son corps, que les carnassiers adultes. Il semble donc qu'il y ait une sorte de rapport entre le développement des crotaphyies, la dentition carnassière d'une part et la petitesse relative du cerveau d'autre part, sans qu'on puisse savoir lequel caractère a phylogénétiquement précédé l'autre.

D'après ce que l'on peut supposer de l'évolution humaine cependant, on peut croire, mais ce ne sera là qu'une hypothèse, que la diminution des besoins matériels a amené peu à peu l'atrophie de la dentition et des muscles temporaux, disposition qui a permis au cerveau de se développer, et à l'état jeune de persister jusqu'à un certain point.

'f) Arcade zygomatique et ligament orbitaire postérieur. — Considérée en elle-même, l'arcade zygomatique est plus haute du côlé anormal que du côté

Fig. 3. — Figure schématique destinée à expliquer pourquoi l'arcade zygomatique est plus épaisse du côté opéré que du côté laissé normal.

normal. J'ai mesuré cette hauteur suivant une ligne ef tracée normalement aux bords supérieur et inférieur de celte arcade et la coupant au milieu de la ligne de suture tempoiro-malaire (voy. fig. 2).

mm

ef (à gauche) 9,0

ef (à droite) 8,3

De même, à la palpation, Tarcade zygomatique gauche semble légèrement plus épaisse que la droite.

Ce caractère est trop peu marqué pour qu'on puisse l'exprimer par des chifTres. La longueur des arcades en projection est identique des deux côtés, ce qui revient à dire que la distance séparant les deux racines de cette arcade est identique à droite et à gauche, mais la longueur réelle de l'arcade droite (normale) est plus considérable que celle de l'arcade gauche fanormale), cette

dernière étant plus rapprochée du crâne et par conséquent ayant un rayon de courbure plus considérable que la première.

Pour exprimer cette sorte d'aplatissement, j'ai mesuré concurremment, à droite et à gauche, les distances du milieu des arcades, à des fioints dont la position n'avait pas été changée par le fait des résultats de l'expérience, situés soit latéralement, soit de préférence sur la ligne médiane (conduit auditif, bregma, point incisif, etc.). Les chiffres que j'ai obtenus ainsi ont tous très nettement exprimé cet aplatissement. Mais l'opération par laquelle j'ai le plus nettement rendu la chose évidente est la suivante : à l'aide d'une tige métallique absolument droite et aplatie sur deux de ses faces, analogue à l'une de celles dont on se sert dans l'emploi du Gléréographe de Broca pour suivre les contours des objets que Ton veut dessiner, j'ai pris la longueur de la distance du point e à la partie latérale du crâne en prenant bien soin que ma tige métallique soit à la fois perpendiculaire à la surface crânienne, ainsi qu'au bord supérieur de l'arcade zygomatique.

Ma tige métallique tomba en un point qui se trouva être par le fait même de l'aplatissement irrégulier de l'arcade et de la déformation de la suture temporo-malaire à 4 millimètres environ plus en avant du côté anormal que du côté normal, mais comme la paroi latérale du crâne du chien est à peu près plane en cette région, l'erreur est négligeable. De plus, le très léger bombement pariétal gauche déjà signalé n'était plus appréciable dans cette région. J'ai donc trouvé cette distance (à gauche) = 18"™, 3; (à droite) = 21™,5.

Cet aplatissement de l'arcade, qui est d'ailleurs visible à l'œil, peut facilement s'expliquer par la destruction d'une partie du système temporo-masséter lequel en se contractant à l'état normal tend toujours, en augmentant de volume dans le sens transversal, à écarter l'arcade de la paroi du crâne.

Par cet aplatissement lui-même on arrive à expliquer l'augmentation de hauteur de l'arcade en son milieu : en effet, par le fait du raccourcissement, l'empiétement réciproque des extrémités des os malaires et temporaux s'est produit en des points plus rapprochés des racines antérieures et postérieures de l'arcade que dans les cas normaux. Si dans ces derniers cas le milieu de la suture temporo-molaire correspond à la superposition des deux hauteurs a et b dans les cas de paccourcissemeut de l'arcade, il correspondra à la superposition des hauteurs c eid (voir /Iff. 3).

La ligne de suture est d'ailleurs, pour la même raison, comme on le conçoit, plus courte à gauche (22™"*, 3) qu'à droite (26 mm.) etmoins obli(|ue. Quant au ligament orbitaire postérieur il a subi, comme il l'a déjà été dit à propos des muscles peauciers de la part du fronto-scutellaire, une traction s'étant traduite d'abord par la production d'une sorte de prolongement en arrière, ensuite par un léger allongement de l'ouverture de l'orbite de haut en bas et d'arrière en avant.

o) Surfaces articulaires temper o-maxillair es, — Voici les résultats des mesures que j'y ai prises. Largeur maxima de la surface articulaire, de l'extrémité interne à l'extrémité externe (dimension transversale)

A gauche 22,9

Adroite 23,0

Longueur de la surface articulaire au niveau du canal temporal (dimension antéro-postérieure)

A gauche 11,6

A droite 12,7

Il s'ensuit que la surface articulaire était moins étendue surtout dans le sens antéro-postérieur, du côté gauche que du côté droit.

La chose est facile à expliquer.

En effet, c'est surtout le muscle crotaphyte qui, en raison de sa disposition, commande chez le chien aux mouvements angulaires de la mâchoire inférieure de haut en bas dans un plan perpendiculaire a Taxe de l'articulation temporo-maxillaire. Or les fibres de ce muscle ayant été, par le fait de la mutilation (voy. limite supérieure du muscle crotaphyte gauche), considérablement diminuées de longueur, il en résulte que les mouvements angulaires de la mâchoire inférieure de ce côté avaient dû consécutivement diminuer d'amplitude; les^ dimensions de la surface articulaire correspondante étaient en rapport avec cette diminution d'amplitude. De plus, comme cela arrive vraisemblablement dans toutes les expériences de ce genre, Tanimal devait certainement se servir plus volontiers et plus librement de sa mandibule droite que de sa gauche *. Les autres parties du crâne n'avaient subi aucune déformation.

A) Mandibule. — Corps de l'os : la longueur de la mandibule mesurée depuis l'extrémité externe du condyle ou depuis l'extrémité de l'apophyse angulaire jusqu'à la partie antérieure et supérieure de la symphyse était identique des deux côtés. Son épaisseur de même était également sensiblement identique à tous les niveaux. Mais il en était tout autrement de la hauteur prise en diCTérents points de la série dentaire :

Au niveau de l'espace compris entre la 1"^ molaire et la

3® prémolaire 26,6 26,6

Au niveau de Textremite antérieure de la carnassière . . 26,7 26,7

Au niveau de l'extrémité postérieure de la carnassière. . 27,0 25,6 Au niveau de l'extrémité postérieure de la dernière

molaire 20,9 20,3

11 résulte de ces chiffres que, comme dans l'expérience de Fick, le maxillaire inférieur du côté opéré présentait une atrophie très nette dans toute sa portion la plus rapprochée des insertions des muscles, atrophie diminuant à mesure qu'on se rapprochait de l'extrémité antérieure de Tos.

Les dents étaient semblables des deux côtés et concordaient parfaitement avec celles du maxillaire supérieur.

* Dans le premier age, la symphyse mandibuiaire n'étant pas encore soudée, les mouvements des deux maxillaires inrérieurs ne sont pas comme à l'âge adulte absolument solidaires l'un de l'autre. Lorsque cette symphyse est soudée, on comprend encore comment mécaniquement Tune des branches de la mandibule peut néanmoins, grâce à la laxité des articulations temporo-maxillaires, effectuer des mouvements légèrement plus amples que l'autre.

B) Branches montantes et apophyses coronoïdes. — J'ai pris dans ces régions les mesures suivantes :

1» Distance du sommet de Tapophyse coronoïde à celui de l'apophyse angulaire 36,0 40,0

2^ Distance du sommet de Tapophyse coronoïde au point

le plus antérieur de la fosse massétérine 45,6 46,4

3» Largeur de Tapophyse coronoïde à sa base 22,9 20,5

Il résulte de ces chiftres que la branche montante du maxillaire inférieur et Tapophyse coronoïde étaient d'une part plus développés dans le sens de la hauteur et moins développés dans le sens de la largeur du côté opéré que du côté laissé normal.

Cette chose extraordinaire en apparence peut, à mon sens, s'expliquer de la façon suivante :

Le temporal et le masséter constituent, comme on le sait, un seul et même muscle que, pour la commodité de la description, on peut artificiellement diviser chez le chien en trois parties, qui, dans la réalité, sont indistinctes :

!• Une partie prenant son attache fixe sur le crâne, et son attache mobile sur l'apophyse coronoïde; c'est le crotaphyte proprement dit ;

2? Une partie prenant son attache fixe à l'arcade zygomatique et son attache mobile sur la face externe de la branche montante du maxillaire inférieur, c'est-à-dire sur toute l'étendue de la fosse massétérine; c'est la couche profonde du masséter;

3° Une partie prenant son attache fixe à l'arcade zygomatique et son attache mobile à l'apophyse angulaire; c'est la'couche superficielle du masséter.

C'est la portion 1, c'est-à-dire le crotaphyte qui avait été enlevé, en partie du moins, lors de l'opération pratiquée à gauche ; or, cette portion s'insère en bas sur la partie supérieure de l'apophyse coronoïde, il est donc naturel que cette dernière ait pris un développement moins considérable.

Quant à la partie 2 que l'opération n'avait pas intéressée, elle prend son insertion mobile dans la fosse massétérine ; or, on voit très nettement que la fosse massétérine était un peu plus étendue en avant et plus profonde à gauche qu'à droite, il s'ensuit que le muscle 2 s'était plus développé à gauche qu'a droite, tendant probablement à suppléer, comme je l'ai déjà dit, le crotaphyte absent.

Ce fait, que nous n'avons pu établir par les pesées, se voyait d'ailleurs assez nettement à la dissection.

L'apophyse coronoïde, de forme plus élancée à gauche qu'à droite, ne semblait pas cependant nettement plus infiéchie, en arrière du côté normal, comme on aurait pu s'y attendre.

C) Condyle. — Les dimensions du condyle étaient naturellement en rapport avec celles qu'on a trouvées pour la surface articulaire correspondante du cnino, c'est-à-dire diminuées à gauche dans le sens transversal et plus encore dans le sens antéro-postérieur.

Conclusions.

Tels sont les résultats que m'a donnés cette première expérience sur le rôle morphogénétique du crotaphyte chez le chien. Le sujet est, on le conçoit, loin d'être épuisé, toutefois il semble que de ces faits qui concordent d'ailleurs avec les données de Tanatomie comparée ainsi que de ceux mis en lumière par Fick *, on puisse déjà tirer les conclusions suivantes:

1° C'est le crotaphyte qui, en se développant, fait naitre sur le crâne cette crête sagittale qui caractérise les animaux dont la mâchoire inférieure accomplit des mouvements presque exclusivement de haut en bas, mouvements dont il est le principal agent *.

Chez les animaux dont la mâchoire peut, en plus des mouvements de haut en bas, exécuter facilement des mouvements de latéralité^ la crête sagittale n'existe pas, et les muscles temporaux, plus réduits, restent le plus souvent, chez l'adulte, distants Tun de l'autre, c'est-à-dire au stade qui caractérise le jeune âge chez les animaux à crête sagittale développée. Cette crête sagittale, indice de muscles temporaux très puissants, faisant mouvoir la mandibule de haut en bas, se rencontre avec un cerveau relativement peu développé.

Les carnassiers, dont les mouvements de la mâchoire s'accomplissent principalement de haut en bas, ainsi qu'il vient d'être dit, et qui ont par conséquent, avec une force considérable, des crotaphytes développés et souvent une crête sagittale, possèdent un cerveau de dimension réduite.

Ceux qui, au contraire, comme l'homme et la plupart des singes, peuvent mouvoir leurs mâchoires, un peu dans tous les sens, et qui ont, avec une face réduite, des temporaux peu développas et distants, ont un cerveau très considérable.

Il est donc permis de supposer que nos ancêtres, chez qui le fonctionnement des mâchoires semble avoir joué un plus grand rôle que chez nous, non seulement pour la mastication des aliments, mais même pour la défense et l'attaque, possédaient, sinon une crête sagittale, du moins des temporaux plus développés que les nôtres.

2* C'est aussi lui qui, concurremment avec les muscles profonds de la nuque détermine la présence de la crête occipitale.

8* Les fibres superficielles du crotophyte exercent sur la surface du crâne à travers les fibres plus profondes qui s'y insèrent, une compression énergique, et c'est par cette compression même que peut s'expliqeur le petit volume relatif du cerveau des carnassiers par rapport à celui des Primates.

La preuve de l'existence de c^tte compression se voit très nettement sur le crâne du chien dont la paroi est à l'état normal proportionnellement beaucoup moins épaisse que chez l'homme et dont les impressions digitales produites par les circonvolutions se voient beaucoup plus nettement que chez ce dernier au voisinage de la ligne médiane sagittale par exemple.

* Fick. Loc. cit.

Les chameaux et les dromadaires sont les seuls ruminants actuels qui présentent une crête sagittale, et ils sont en même temps les seuls qui possèdent encore des canines et même des crochets incisifs à la mâchoire supérieure.

Il pourrait donc être supposé que lorsque, grâce à des conditions d'existence plus faciles, l'homme ou plutôt l'animal qui devait le devenir a vu son appareil masticateur diminuer d'importance, et se modifier, abandonner le type exclusivement carnassier pour s'adapter à un régime omnivore, ses muscles temporaux se sont en môme temps écartés de la ligne médiane ; et c'est alors seulement que son cerveau a pu prendre librement et peu à peu l'expansion qu'on lui connaît. La régression de l'appareil masticateur dans le cours de la phylogénie aurait donc permis l'augmentation de volume graduelle du cerveau. Nouvel argument à l'appui de cette loi connue, à savoir que toute transformation progressive est accompagnée d'une régression *.

4* C'est le crotaphyte, ou mieux, le système crotaphyto-masséter tout entier qui modèle, en quelque sorte, l'arcade zygomatique qui n'est, du reste, comme le pense avec raison notre collègue Papillault, qu'une portion ossifiée de son aponévrose. C'est lui qui détermine, par son développement, ses dimensions et son écartement du crâne. C'est, en effet, chez l'homme où, par rapport aux dimensions de son crâne, le système musculaire masticateur est le moins développé, qu'on rencontre les zygômes les plus grêles et les plus rapprochés de la boîte crânienne. Chez les carnassiers, au contraire, et surtout chez les grands félins et chez l'hyène en particulier, on sait combien l'arcade zygomatique est puissante et combien elle est éloignée de la paroi latérale du crâne.

b^ Il est probable que l'absence de la cloison postérieure de l'orbite qui existe chez l'homme et tous les singes, et qui fait défaut chez les lémuriens, les insectivores et les carnassiers placentaires et implacentaires, est en rapport avec le grand développement du crotaphyte, dont les contractions incessantes l'auraient empêché de se développer ou défoncée peu à peu dans le cours de la phylogénie, si l'on admet qu'elle ait pu exister chez le type primitif.

Cette dernière conclusion ne peut, dès maintenant, être établie par l'expérimentation morphogénélique : elle ne peut se déduire que d'études d'anatomie comparée. L'absence de cette cloison semble être, en effet, un caractère fixé depuis assez longtemps pour qu'il continue héréditairement à se produire, même si les causes fonctionnelles étaient modifiées ou supprimées*.

6* C'est le crotaphyte qui modèle rapoi)!iyse coronoïde et détermine sa direction, suivant celle des composantes des mouvements représentés par la traction de chacune de ses libres. C'est ainsi que dans un cas d'ablation de la partie moyenne du crotaphyte et de la portion correspondante de l'apo-

' Dbmoor, Massart et Vandervelde. L'évolution régressive en biologie et en sociologie^ Paris, 1897.

* Il reste naturellement dans ceci bien des points obscurs; d'une façon générale, les explications que l'on donnera ainsi sur le développcmenlphylogénétique d'un organe ne peuvent être que des hypothèses, tant que les études embryologiques seront aussi peu avancées. Les carnassiers proviennent-ils par exemple d'animaux à temporaux distants ? (On peut le supposer en rcmai*quant que chez les jeunes chiens cette disposition existe, les temporaux ne se rapprochant qu'avec Tâge). Le rapprochement des temporaux constitue -l-il au contraire la disposition primitive ? De même les ancêtres des carnassiers ont-ils possédé autrefois la cloison orbitaire postérieure ? L'étude d'embryons d'âge avancé, de fœtus et de nouveau -nés peut seule donner des renseignements sur ce point. Cette partie de l'embryologie, l'étude des stades avancés du développement, a été trop négligée jusqu'à ce jour et c'est elle qui nous donnera la solution de beaucoup de problèmes que l'anatomie comparée et la paléontologie sont impuissantes à résoudre.

Journal de phtsiol. et de patuol. oénér., 1903. 17

physe coronoïde, Fick a constaté la présence consécutive de deux petites apophyses divergentes correspondant, à mon avis, chacune à Tune des portions restantes du muscle ; de même, on peut voir que les ruminants, dont le crotaphyte est dirigé nettement de bas en haut et d'avant en arrière, presque couché sur le crâne, ont une apophyse coronoïde nettement dirigée en arrière. Ce n*est pas à dire que ceci soit le résultat des tractions que le muscle exerce sur Tapophyse coronoïde, mais plutôt, à mon avis, qu'une certaine longueur du tendon s*ossifie.

7* Enfin, c'est le crotaphyte, ou mieux, l'appareil musculaire masticateur tout entier, qui détermine dans les différents groupes et pour chaque type d'adaptation, la forme et les dimensions des surfaces articulaires temporomaxillaires et du maxillaire inférieur tout entier. Chez le chien, en particulier, où les mouvements de la mâchoire inférieure sont surtout des mouvements angulaires de bas en haut, on a pu voir que l'ablation partielle du crotaphyte a eu pour effet de diminuer l'étendue des surfaces articulaires, principalement dans le sens antéro-postérieur.

D'autres expériences, actuellement en cours, viendront bientôt, je l'espère, corroborer ces conclusions, peut-être un peu trop hâtives, et qui ne doivent être considérées, en tout cas, que comme des faits particuliers et des notions spéciales venant à l'appui des principes généraux de morphogénie osseuse.

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