IV. — Résultats
Ce qui précède montre que les résultats doivent être différents suivant qu'on s'adresse à un critérium ou à Tautre. Nous avons, en effet, vérifié des différences considérables. Quand on opère en exigeant seulement la reconnaissance une fois sur deux d'une image incomplète, on obtient les résultats que nous avons publiés aux Comptes Rendus (t. CXXXILI, p. 658 ; 1901) et que nous reproduisons ici :
Durée T de réclair correspondant au critérium adopté, Eclairement E. pour Tacuité visuelle 1. Produite ET.
160 lux 0,01 1.6
Le produit de Téclaireinent nécessaire pour donner Tacuité visuelle 1 par le temps correspondant est constant, c'est-à-dire que pour amener la rétine à rétat voulu pour cette acuité visuelle, il faut dépenser une énergie totale indépendante de l'éclairement dans les limites d'éclat où nous opérions.
Si, au contraire, nous exigeons une perception plus parfaite, non seulement les temps nécessaires augmentent beaucoup, mais le produit de l'éclairement nécessaire pour donner une acuité visuelle donnée par le temps correspondant augmente notablement à mesure que la lumière baisse.
Nous avons ainsi obtenu, pour la même acuité visuelle 1, les résultats suivants :
Eclairement E. Durée T. Produits ET.
160 lux 0,062 10,0
On voit qu'ici la loi ne se vérifie plus» le produit passant par un minimum.
Si nous nous adressons au critérium relatif à la vision complète et constante, nous retrouvons un fait analogue. Voici un résultat d'expérience avec Tacuité visuelle 0,7, obtenu dans ces conditions :
Éclairement E. Durée T. Produits ET.
160 lux 0,062 10,0
Dans ce cas, le minimum semble se manifester pour un éclairage un peu plus bas que tout à l'heure.
Nous pouvons tirer de là une conclusion pratique, c'est que le minimum d'énergie correspondant à une acuité visuelle donnée dans le cas le plus important, celui de la vision sûre, se produit avec le diaphragme de 2'"",5 devant Tœil, pour Téclat pris par une surface de magnésie soumise à un éclairement de 40 à 80 lux *. Ceci nous montre a priori que la fatigue rétinienne, qui est liée à la dépense d'énergie lumineuse, doit être minima dans ce cas-là.
En somme la meilleure intensité pour la lecture est entre 40 et 80 lux, et plutôt 40, puisque, dans la pratique, la pupille est plus grande que notre diaphragme artiflciel.
Dans ces expériences, à côté de la fatigue rétinienne pure que nous venons de décrire (abaissement de la sensibilité lumineuse aux hautes lumières), il y en a une autre qui se manifeste par un malaise général. Ces expériences ne donnent, en effet, de résultats nets qu'avec des observateurs exercés a soutenir énergiquement leur fixation oculaire absolue et leur attention, ce qui ne va pas sans un grand effort cérébral.
Tels sont les résultats bruts de l'expérience, quand on observe les éclairs par séries de 10^ en fermant l'œil pour le laisser reposer toutes les fois qu'une série de 10 éclairs a amené la vision sans ratés. Quand, au contraire, on expose la rétine à une longue série d'éclairs, les résultats changent notablement. Il suffit d'avoir fait une fois l'expérience pour se rendre compte que l'observation de l'image intermittente avec l'éclairement de 160 lux produit une fatigue très prononcée de la rétine. L'examen de nos courbes de la sensation lumineuse en fonction du temps permet de se rendre compte de ce fait, puisque, pour les temps de 0"*,06 trouvés pour la vision des traits avec réclairement de 160 lux, l'action sur la rétine est la même que celle qui est produite par une lumière quatre ou cinq fois plus forte agissant en régime permanent. Aussi ne tarde-t-on pas à voir les effets de cette grande fatigue se traduire par une diminution de l'acuité visuelle. Si l'on prolonge l'expérience pendant plus de 10 passages (pour Sulzer) ou 6 passages (pour Broca), les temps nécessaires pour donner à l'œil une acuité visuelle voisine de 1 deviennent plus longs pour l'éclairement de 160 lux que pour celui de 80. Il est donc naturel que, même avant que la fatigue ait produit cet effet extrême,
* Nos test objets étaient en papier blanc bien propre, et nous avons vérifié qu'ils donnaient à peu de chose près le même éclat qu'une surface de magnésie fraîchement déposéei
elle se manifeste cependant par un allongement du temps, qui cause Taugmentation du produit ET.
Retenons de ce qui précède que la fatigue rétinienne joue un rôle considérable dans les temps nécessaires à la constitution de la notion de forme. D'ailleurs, l'expérience montre que la production des ratés à haute lumière se produit, comme nous l'avons indiqué déjà, par la disparition des traits marginaux avant les centraux, ce qui prouve que la partie centrale de la fovea est la moins fatigable. C'est pour cette partie centrale moins fatigable seule que la loi des produits sus-énoncée se vérifie sensiblement.
Pour avoir des chiffres aussi comparables que possible, ces expériences ont été faites en gardant une distance fixe d'observation et en réglant chaque fois l'intensité et le temps des éclairs lumineux. De la sorte, l'état de la rétine est peu variable dans le cours d'une expérience. Si nous faisions concourir à l'élude de ce phénomène des déterminations empruntées aux courbes que nous allons décrire maintenant, nous n'aurions aucun résultat net, car les points correspondants proviendraient d'expériences faites à des intei*valles de temps considérables et, par conséquent, à des états très différents de la rétine.
Les trois expériences ci-dessus ont été faites avec le disque de l'épiscotister et le fond P^, noirs tous les deux.
Nous avons ensuite cherché à étudier plus complètement le phénomène, en traçant les courbes relatives aux divers éclairages. Dans ces conditions, l'éclairage restant fixe, nous donnions au disque tournant une vitesse toujours la même, puis, réglant la fente à une valeur donnée, nous déterminions te distance de Toeil au test objet pour laquelle se produisait la vision sûre.
De la sorte, les résultats relatifs à un même éclairage sont dignes de confiance, la comparaison des résultats relatifs aux divers éclairages le serait beaucoup moins.
La figure 2 ci-jointe nous montre l'ensemble relatif à une série complète. Nous avons porté en ordonnées les valeurs des acuités visuelles demandées à l'œil, et en abscisses les temps correspondant à la vision sûre. Les courbes présentent l'allure ordinaire des courbes relatives aux phénomènes sensitifs. Cette forme est celle que Ton obtient pour la sensation lumineuse en fonction de l'intensité quand on admet l'hypothèse de Fechner, et aussi celle que l'on obtient pour les variations de l'acuité visuelle en fonction de Téclairage. Cette allure de courbes peut se représenter par une fonction logarithmique. Les éléments dont nous disposons nous permettraient de calculer cette fonction, nous ne le faisons pas, car ce calcul n'ajouterait rien aux résultats indiqués par les courbes.
Pour les temps très courts, les variations de l'acuité visuelle en fonction du temps sont très rapides, et cela se produit dans la région où la sensation n'a pas le temps d'acquérir la valeur qu'elle a en régime permanent, c'est-àdire où l'éclat de l'image est à peu près proportionnel au temps d'admission de la lumière. Mais pour des temps un peu plus longs, où la sensation lumineuse brute est plus forte qu'en régime permanent, l'acuité visuelle est plus faible que dans ce dernier cas. Nous répéterons ici en 8 et 4, les figures de notre précédent mémoire pour que le lecteur puisse vérifier lui-même. Elle augmente d'ailleurs constamment à mesure que le temps devient plus
long, et dans ce cas, la sensation lumineuse devient moins forte, pour tendre vers la sensation permanente. Nous pouvons donc conclure de là que le