‹ Journal de physiologie (volume 2)Chapitre 33 sur 146 · V. — Essai (T interprétation théorique · texte numérisé non relu

V. — Essai (T interprétation théorique

. Les phénomènes que nous venons de mesurer semblent au premier abord se classer entièrement parmi ceux que l'on qualifie habituellement de psychologiques. Tel n'est pas notre avis, et nous allons chercher à montrer qu'une hypothèse simple jointe aux connaissances histologiques reçues, permet de rendre compte d'une partie au moins du phénomène.

On sait par les travaux de Ramon y Cajal que les connexions nerveuses dans la rétine ne sont pas fixes, mais se font par des contiguïtés variables

* Pûùger'a ArcbiVy 1882.

SENS VISUEL DES PORMErf 805

entre les prolongements des cellules nerveuses. C'est par ce mécarïisine que se produit certainement l'abaissement de Tacuité visuelle quand la lumière baisse. Pour expliquer les phénomènes dont nous venons de nous occuper, nous proposons d'admettre l'hypothèse suivante: Quand une zone rétinienne est excitée par une plage uniforme, les connexions horizontales de Ramon y Cajal sont quelconques. Quand sur une plage il y a des inégalités de lumière^ il se produit un phénomène réflexe tendant à former entre les éléments rétiniens des groupes suffisamment petits pour permettre une conduction nerveuse nettement isolée pour chacun des détails à percevoir.

£n admettant cette hypothèse, tous nos résultats se comprennent, car les temps nécessaires pour la perception d'un détail sont d*autant plus longs que ce détail est plus délicat, c'est-à-dire que l'acte physiologique d'isolement que nous venons de définir est plus complexe.

D'un autre côté, pour une même finesse de détail, le temps est d'autant plus court que l'intensité lumineuse, c'est-à-dire la puissance mécanique mise à la disposition de la rétine dans l'unité de temps, est plus grande.

Ceci d'ailleurs, d'après l'expérience même, n'est vrai que quand la fatigue rétinienne est faible. Nous avons en efiet montré que, quand la lumière est très intense, la fatigue rétinienne se manifeste, et peut même aller jusqu'à faire inverser le phénomène, mais seulement quand une série d'impressions successives a plus ou moins épuisé nos cellules nerveuses. Ces cellules épuisées devront avoir des réactions plus lentes que les cellules intactes, et les résultats de l'expérience sont donc une conséquence nécessaire de notre hypothèse.

D'autre part, dans notre hypothèse, la segmentation de la rétine en territoires indépendants, pour se faire le plus vite possible, doit se faire avec ordre, à partir d'un point fixe. Cela est confirmé par le fait énoncé ci-dessus que les phénomènes sont d'autant plus rapides que Ton s'adresse à des points plus voisins du point de fixation exact, ce qui produit leur limitation à ces parties centrales pour les temps très courts.

Nous ne pouvons, d'ailleurs, pa» conclure avec sécurité de nos expériences la vitesse de propagation de cette segmentation autour du centre. Nous mesurons en effet les temps d'admission de la lumière, c'est-à-dire les quantités d'énergie nécessaires pour que les phénomènes se produisent, mais nous n'avons aucune donnée sur le temps écoulé entre le phénomène physique et le phénomène rétinien. Nous pouvons seulement affirmer qu'il y a une onde de segmentation qui se propage sur la rétine quand elle est sollicitée à reconnaître une forme.

Conclusions.

1" Le sens des formes dans sa modalité la plus simple manifeste son inertie par le fait qu'il exige pour sa mise en train des temps variables avec l'éclairage et l'acuité visuelle demandée à l'œil ;

2* Cette inertie se manifeste par un temps perdu d'autant plus long que la lumière est moins intense. Ceci est absolu pour les éclairements inférieurs à 80 lux et le diaphragme de 2"°, 5 placé devant l'œil;

3* Pour l'éclairement considérable de 160 lux, la fatigue rétinienne inter-

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