‹ Journal de physiologie (volume 2)Chapitre 48 sur 146 · J. COURMONT ET GH. LESIEUR · texte numérisé non relu

J. COURMONT ET GH. LESIEUR

des culture's. Tout au plus ce pouvoir peuMl, en faisant végéter la culture en amas, masquer sa réussite à un examen superficiel.

Il n'y a pas non plus de rapport entre le pronostic de F affection et le retard de certaines cultures. On trouve ce dernier aussi bien dans les formes mortelles que dans les formes suivies de guérison.

Ce qui est bien certain, c'est la difficulté qu'éprouve le bacille d'Eberth du sang des typhiques à végéter rapidement en bouillon. Même dans les cas les plus favorables, la culture n'est jamais aussi abondante en 24 heures qu'une culture obtenue avec une semence de laboratoire ou avec une semence provenant de la rate. Cette difficulté de la végétation nous parait tenir bien plus à une action empêchante du sérum typhique ajouté au bouillon, et peutêtre aussi à une certaine adaptation du bacille au milieu sanguin, qu'au petit nombre des microbes contenus dans le sang.

En effet, lorsque nous avons cultivé du sang sur milieux solides (voir plus loin), nous avons eu parfois des boîtes de Pétri couvertes d'une très grande quantité de colonies de bacilles d'Eberth avec le même sang qui poussait tardivement en bouillon.

En second lieu, nous avons fait quelques expériences sur des serums typhiques additionnés, dans des proportions analogues à celles des cultures, (2«« 1/2 pour 250'^*'), à du bouillon ensemencé avec du bacille d'Eberth de laboratoire, et nous avons pu constater nettement cette action bactéricide. Si l'on prend trois flacons contenant 250 ce. de bouillon, si l'on additionne l'un d'entre eux avec 2 ce. 1/2 de sérum humain normal, le second avec la même quantité de sérum de typhique, et si l'on ensemence tous les trois simultanément, avec la même dose d'une culture de laboratoire de bacille d'Eberth, on voit une différence marquée dans la rapidité de végétation de ces flacons. La culture est très abondante dès le premier jour en bouillon pur, elle l'est déjà un peu moins en bouillon additionné de sérum normal; elle l'est beaucoup moins en bouillon additionné de sérum typhique. Dans ce dernier cas, les variations sont très considérables ; ainsi le sérum du malade de l'observation XXV a pu retarder de 10 jours le développement abondant d'une telle culture, alors que le sang du même sujet végétait assez rapidement : le sérum avait, dans ce cas, gêné le développement du bacille de laboratoire plus que celui du bacille du malade. Cet état bactéricide du sérum ^e\xi donc suffire à expliquer la difficulté et le retard des cultures du sang des typhiques.

Il ressortirait de ces faits qu'il vaut mieux ensemencer le sang typhique privé de son sérum. Nous avons fait quelques essais en ce sens, laissant coaguler le sang pour n'ensemencer ensuite que le caillot. Les résultats ont été variables : parfois la culture a été aussi lente, peut-être grâce à l'emprisonnement des bacilles dans le caillot, pourtant dissocié. Bref, nous y avons renoncé.

III. — Cultures du sang sur des milieux autres que le bouillon ordinaire.

Nous avons essayé, pour nos derniers cas, comparativement avec le bouillon ordinaire, le milieu préconisé par M. Cambier * pour l'isolement du

* R. Cambier. C\ H. de l'Acad. des scienceSt 1901; Revue d'bygiènc, 1902, p. 64.

BACILLE D'EBERTH ET SANG DES TYPHIQUES 339

bacille d'Eberth à travers les bougies filtrantes, et dont voici la formule :

Solution aqueuse à 3 0/0 de peptone Defresne 1000**°

— à 1 0/0 de soude caustique 100

— saturée à froid de chlorure de sodium 100

(stériliser par filtration).

Gé milieu très alcalin nous a paru donner de meilleurs résultats que le bouil* ion ordinaire. Nous le conseillons, et nous ne doutons pas que la moyenne de la rapidité de végétation des cultures, ci-dessus énoncée, n'eût été plus rapide avec ce milieu. Pour nos recherches ultérieures, c'est lui que nous utiliserons. Faisons remarquer en passant combien le prix de revient en est meilleur marché que celui du bouillon de viande.

• Nous avons aussi essayé les milieux solides^ qui auraient l'avantage d'être d'un maniement plus facile pour le transport, et d'exiger une asepsie moins rigoureuse. Nous nous sommes adressés à la gélose et à la gélatine ordinaires, à la gélose phénriquée tournesolée, préconisée par Chantemesse, à la gélose au neutralroth et au krystallviolet de Hume, à la gélatine lactosée et phéniquée de Rémy, au sérum de bœuf et de cheval coagulé, et enfin à une gélose simplement lactosée à 20 p. 1000.

Sur tous ces milieux, nous avons obtenu des résultats positifs. Ceux-ci sont aussi nets qu'en bouillon lorsqu'on a aiïaire à un sang végétant rapidement dans ce dernier, et ils ont alors en plus l'avantage de permettre la numération des colonies, ce qui donne une indication sur l'abondance du bacille dans le sang (Avoir soin de répartir ces milieux en boîtes de Pétri, de les ensemencer avec 2 ce. environ de sang, bien étalé à la surface, et de les maintenir inclinés pour que le sérum se collecte au point déclive). Mais dans les cas où la culture en bouillon est lente, la culture sur milieux solides est absolument nulle.

Quoi qu'il en soit, le milieu solide auquel nous donnons la préférence est la gélose obtenue avec du bouillon lactose, salé et peptone, dont nous avons parlé plus haut.

Nous ne croyons donc pas, jusqu'à nouvel ordre, que la culture sur milieux solides puisse remplacer la culture en milieux liquides, malgré l'incommodité de ces derniers.

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