‹ Journal de physiologie (volume 2)Chapitre 55 sur 146 · C. — EXABfEN CYTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

C. — EXABfEN CYTOLOGIQUE

1" Ponction (20 novembre). Liquide rosé,

Polynucléaires 37 %

Lymphocytes 46

Douteux (polynucléaires probables) 7

Endothéliales 10

2« Ponction (5 décembre), 16 jours après la première. Liquide rosé.

Polynucléaires 19 Vo

Lymphocytes ou débris cellulaires 81

Endothéliales 8 à 10

3« Ponction (8 décembre) j 19 jours après la première. Liquide rosé.

Polynucléaires 7 à 10 «/q

Lymphocytes 89

Endothéliales altérées là 4

A l'examen de ces formules, on est d'abord frappé du grand nombre de polynucléaires au début et de la présence de quelques cellules endothéliales

Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.

en placards. Ces polynucléaires ne nous paraissaient pas très nets. Vus à de forts grossissements, nous avions souvent l'occasion de rencontrer des cellules en voie de destruction, comme le montrent les figures ci-jointes.

844 V. ^fONTAGARD

Dans quelques cas [fîg. i)^ le polynucléaire éclate par sa périphérie, il se fendille.

D'autrefois (Rg. 2), le protoplasma se vacaolise, devient flou, prend mal la couleur, et les noyaux gagnent la périphérie [Bg, 3).

Fîg. 4. Fig. 5. Fig. 6.

Le protoplasma perd sa netteté, le noyau, au contraire, est gonflé, déformé, gros, avide de couleurs.

L'examen de ces mêmes préparations au triacide donne des résultats encore plus démonstratifs. La fixation employée était le passage des préparations

Fig. 7. — Un polynucléaire vacuolairc Fig. 8. — Un polynucléaire au milieu de au milieu de globules rouges. globules rouges. Le protoplasma est éclate dans toute son épaisseur.

Fig. 9. — Deux polynucli'.'iires au milieu de Fig. 10. — Trois polynucléaires »u milieu de globules rouges. Les noyaux sont expulsés globules rouges. Proloplasma vacuolaire. du protoplasma. Expulsion des fragments du noyau.

2 heiires à Tétuve à 110° le plus souvent, quelquefois le chloroforme. On voit, alors très nettement cette scission du polynucléaire [Hg, 4). Chaque noyau.

CELLULES DES ÉPANGHEMENTS PLEURAUX 346

gagne la périphérie, entraînant avec lui une zone protoplasmique dans laquelle on reconnaît encore des grains neutrophiles très nets, tandis que les grains du centre se sont dissous dans le plasma, sont deyenus obscurs, ou ont disparu souvent (lîg. 5 et 6). On a des noyaux isolés, bordés de cette zone neutrophile granuleuse, et que toute autre coloration non élective pour la granulation neutrophile surtout avec des grossissements moyens aurait fait prendre pour des éléments mononucléaires.

l^s figures 7, 8, 9 et 10 représentent des photographies justificatrices, dues à MM. Lumière et Périgot.

La transformation des polynucléaires en fragments nucléaires simulant des lymphocytes ne nous parait donc pas douteuse dans ce cas.

Lapossibilité pourdes polynucléaires de se désintégrer pour donner naissance à des pseudolymphocytes n'est pas discutable. Elle est d'ailleurs admise par Khrlich «.

Voici les principales raisons qui nous font admettre Torigine polynucléaire des pseudolymphocytes de Tépanchement que nous avons examiné.

Ajoutons que notre conviction s'est fortifiée par une foule d'examens d'autres épanchements. Nous ne les relatons pas, n'ayant pu les suivre aussi complètement.

i"" Les éléments mononucléés des épanchements ont des dimensions très variables, les uns plus petits que des hématies^ d^autres faisant songer à un mononucléaire volumineux.

2** Leur forme est également variable. Avec des préparations bien étalées, sans déformation des hématies^ ces cellules prennent des aspects allongés, réniformes, en larmes.

Ces variabilités d'aspect ne sont pas dues, selon nous, à l'étalement, comme M. Barjon nous l'avait objecté lors de notre communication préliminaire a la Société médicale des hôpitaux de Lyon *. Nous les avons retrouvées sur des liquides non étalés et non fixés.

3* Avec de forts grossissements, on n'a presque jamais la netteté du halo protoplasmique des lymphocytes du sang. D'ailleurs, si on examine les belles préparations publiées dans les Cliniques de l'Hôtel-Dieu (1902) par M. Dieulafoy, on retrouve ces cellules déformées et réniformes, avec un protoplasma irrégulier dans ses contours.

4** La coloration au triacide montre dans quelques cas, très nettement, des grains neutrophiles autour du noyau de ces psoudolymphocytes.

* Ehrlich, dans son Traité de la Collodion Noihnagcl \Dic Anœmic, Spec. Palb., VIII. Wien, Holder, 1898), admet cette transform ^ition du polynucléaire cl des élémenls ressemblant aux lymphocytes. Il donne même dos signes distinctifs pour les reconnaître d'avec les myelocytes (dimensions moins grandes, coloration du noyau plus intense, limites moins nettes dans les pseudolymphocytes). Ehrlich admet cette désintégration du polynucléaire possible même dans le sang. Il Ta observée dans un cas de variole hémorragique. Dans le très grand nombre de préparations de sang de variole hémorragique que nous avons examinees, nous n'avons, il est vrai, jamais vu ce phénomène.

' V. MoNTAOARD. Sup les pseudolymphocytes des épanchements pleuraux {Soc. méd, des hôp. dû Lyon, 31 décembre 1902, p. 566/.

S46 V. MONTAGARD

5<^ Le passage de la formule polynucléaire à la formule lymphocytique (cas de Widal, Barjon, etc.) plaide en faveur de notre hypothèse. L'explication de ces transformations dans la formule n'a jamais été donnée. M. Barjon pense que les polynucléaires disparaissent et qu'ils sont remplacés par des éléments mononucléés venus par desquamation de la fausse membrane pleurale. Cette explication concorde avec l'apparition tardive des lymphocytes dans les épanchements.

6* L'opinion de M. Widal que le lymphocyte est le résultat d'un processus chronique s'explique bien, si on admet que le lymphocyte provient d'une

désintégration du polynucléaire.

En résumé^ il est indiscutable que, dans notre cas tout au moins {pleurésie tuberculeuse primitive^ diagnostic clinique confirmé par l'inoculation au cobaye), la formule lymphocytaire de la fin s'est établie par désintégration des polynucléaires du début. Selon nous, le polynucléaire se leucolyse plus facilement dans les épanchements tuberculeux que dans les autres liquides, mais nous ne pouvons pas en donner la raison.

Cette explication de l'origine du pseudolymphocyte des épanchements n'enlève rien à la valeur du cytodiagnostic, si on ne veut attribuer au lymphocyte que la valeur d'un témoin de processus chronique.

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