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III. — Critique des résultats

Ou voit que la quantité des matières extractives, ou du a non dosé » organique, a varié pour 24 heures, en valeur absolue, de 6^, 9 à 19»*", 2 (moyenne : 12 gr.), et, en valeur relative, de 16,7 à 34,1 (moyenne : 26,7) pour 100 de matières organiques totales. Ce résultat a de quoi surprendre au premier abord, étant donné qu'avec les substances organiques que nous avons dosées (urée, acide urique, creatinine, corps xanthiques et ammoniaque), il semble qu'on a épuisé la liste des corps organiques que l'urine contient en quantité un peu importante, et qu'en faisant le total des poids des autres matériaux (acides oxalique, hippurique, glycuronique, phénols et corps analogues, matières colorantes, etc..) on doit rester bien loin des 7 à 19 grammes de matières extractives pour 24 heures, constatés par nous.

Nous nous sommes demandé tout d'abord si ces valeurs si élevées du poids des matières extractives ne sont pas dues en grande partie aux erreurs accumulées de toutes nos opérations.

Il y a d'abord à considérer Terreur provenant des deux termes de la différence entre le poids total des matières solides et celui des matières minérales. On peut objecter que le premier peut être affecté d'une certaine erreur en plus, la dessiccation, même dans le vide sulfurique, mais à froid, pouvant laisser subsister une certaine quantité d'eau, retenue par des substances très hygroscopiques. A la vérité le résidu attire l'eau avec rapidité: nous nous en sommes aperçus dans nos premiers essais, où nous le pesions dans de petits vases cylindriques plats, simplement recouverts par un verre de montre.

Mais le fait qu'au bout du deuxième jour on ne constate plus de diminution de poids pendant les vingt-quatre heures qui suivent, est un bon argument en faveur de l'exactitude de l'opération. Toutefois Texistence, dans ce résidu, d'hydrates non dissociables dans le vide sulfurique ne peut pas être niée a priori, mais ces substances ne peuvent constituer qu'une fraction assez minime du résidu, lequel est constitué surtout par l'urée, les sels minéraux, les urates et la creatinine, tous corps qui ne retiennent plus d'eau dans le vide sulfurique et qui constituent en moyenne 75 0/0 du résidu. L'erreur commise de ce côté ne peut donc pas être considérable.

Une erreur plus forte pouvait entacher la détermination des sels minéraux. Ici on court le risque de perdre surtout des chlorures, soit parce qu'on en volatilise pendant la carbonisation, soit parce que de l'acide chlorhydrique est chassé par des substances acides, produites pendant la calcination. Pour apprécier l'importance de cette cause d'erreur,' nous avons dosé les chlorures d'après le procédé ausulfocyanate de Volhard^ tel que Saikowsld ^ Ta appliqué à l'urine, à la fois dans l'urine primitive et dans le résidu de l'incinération de 10 ce. de cette urine. Nous avons trouvé ainsi, pour 1000 ce. d'urine, dans deux déterminations parallèles :

Chlore exprimé en NaCI

dans dans

Matières minérales l'urine primitive. le résidu d'incinération.

(?r gr gr

La perte en chlorures a donc été très minime. Ajoutons que les précautions que nous avons prises pendant la carbonisation et l'incinération (lente action

, • Sali^owski. Zeitachr, /*. physioL Cbew,, t. V, p. 290. .

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du feu, élimination des sels solubles) ont réduit au minimum les modifications bien connues que subissent nécessairement les matières minérales pendant la carbonisation. D'ailleurs ces modifications influent bien plus sur la répartition de ces matériaux entre eux que sur leur poids total.

Ce que nous avons dit à propos des méthodes employées pour le dosage des divers matériaux de l'urine, montre que Terreur totale qui pèse sur la somme des matières organiques dosées n'atteint pas 1 gr. pour l'urine des 24 heures. Si l'on admet que ces erreurs se produisent toutes en moins, sans aucune compensation entre elles, cela ne fait pour le poids total des matières extractives, qu'une erreur totale, en plus, de 1 gr., à laquelle il faut encore ajouter Terreur inconnue, due à la persistance d'un peu d'eau dans le résidu sec de l'urine. Mais, outre que rien ne démontre que toute Teau n'est pas chassée, on peut admettre que Terreur qui de ce chef serait venue grossir le poids des jiiatières extractives est petite, relativement à la valeur absolue considérable de ces matières.

Le& erreurs qui entachent nos opérations n'enlèvent donc rien à la signification de ce résultat final de nos constatations, à savoir qu'en dosant dans Turine des 24 heures Turée, l'acide urique, les corps xanthiques, la creatinine et Tammoniaque, on a laissé en dehors de ï analyse de 6^^, 9 à 19^,2, en moyenne 12 grammes de matières organiques^ soit de 16 J à 34 J y en moyenne 26,7 0/0 de ces matières.

La quantité des matières extractives est donc beaucoup plus considérable qu'on ne l'admet généralement. Ainsi pour Turine des 24 heures, Hammarslen 1 compte en moyenne environ 35 grammes de matières organiques, comprenant 80 grammes d'urée, 0^, 7 d'acide urique, 1 gramme de creatinine, 0»',7 d'acide hippurique et seulement 2^,6 de matières extractives.

Montrons maintenant dans quelle mesure nos analyses nous renseignent sur la composition de ces matières extractives, et considérons d'abord la partie azotée de ces matières.

- La quantité d*azote extractif, c'est-à-dire d'azote non dosé, a varié entre 0^',64 et lff',33 (moyenne 0^,92). Or, il est facile de calculer que parmi les matières extractives actuellement connues, il en est un certain nombre que ùous pouvons d'emblée éliminer, comme n'apportant évidemment qu'une fraction très minime de cet azote. Ce sont l'acide sulfocyanique, Tindican urinaire, le mucoïde de Môrner, Talbumine normale et les matières colorantes*. Restent comme matériaux azotés entrant pratiquement en ligne de compte les amino^cides^ et V acide oxyprotéique*, qui suffisent pour expliquer sans effort la teneur en azote de nos matières extractives.

* Hahmarsten. Lehrb. d. pbysioL Chcm.^ 4* édil. Wiesbadon, 1899, p. 486.

' En nous servant des indications des auteurs, et en prenant partout les résultats les plus élevés, nous sommes arrivés pour Tensemble de ces corps à un poids total de Oc, 16 avec 0«',045 d'azote environ pour 24 heures [Neubauer et Vogel, op. cit, — A. Heffter, Ergebaisse d. alJg. Physiol. (I. Biocbemie, p. 438), publié par L. Asher et K. Spiro, Wiesbaden, 190i.

* Dans les urines normales, ce groupe dos amino-acides comprend Tacide hippurique, des corps analogues à la cystine, et peut-être d'autres acides aminés non encore isolés. C'est la fraction de Tazote qui n'est pas précipitée par Tacide phosphotungstique et qui ne fournit pas d'ammoniaque par chauffage en présence des acides ù 180*. Dans l'urine pathologique, ce groupe est représenté par la leucine, la tyrosine, etc.

* L'acide oxyprotéique G"H"Az**0'*S est un corps à poids moléculaire élevé, encore très proche de l'albumine, et que Bondzynski et Gottlieb ont découvert dans l'urine normale en 1897 (Bondzynski et Gottlieb, Centra ibl, f. die med. Wissensch., 1897, p. 577. -— Gloetta, Arch. /. exp. Path., t. XL, p. â9. — Precl, Pllûgcr'a Archiv, t. LXXV, p. 87}.

LE oc NON DOSE » ORGANIQUE DE L'URINE a«5

En effet, les amioo-acides représentent, d'après Pfaundler, environ' 4^8, d*après Krùger et Schmid* (sur url seul sujet) de 5 à 6 0/0 de l'azote total.. Nous avons fait sur Turine n** 7 un dosage d'acides amides qui nous a donné, dans deux opérations parallèles, 0«%li et 0«^,11 d'amino-azote, soit 3,5 0/0 de Tazote total. Mais Pfaundler a (démontré que 40 à 45 0/0 environ de Tazote de Tacide oxyprotéique sont comptés comme amino-azote. Or, d'après Bondzynski et Gottlieb, Turine des 24 heures contient de 2 à 3 grammes d'acide ' oxyprotéique, représentant 2 à 3 0/0 de Tazote total et F. Pregl rapporte qu'il a pu isoler de l'urine des 24 heures jusqu'à 4»', 25 de cet acide, en ajoutant que cette extraction est nécessairement accompagnée de pertes notables. Il est donc probable que la part qui, dans l'azote extractif, revient aux aminoacides préexistants est relativement faible, et que l'acide oxyprotéique fournit, sans doute la majeure partie de cet azote. Quoi qu'il en soit, on peut compter que ces deux groupes de corps apportent ensemble environ 5 0/0 de l'azote total, c'est-à-dire à peu près la quantité d'azote extractif, fourni en moyenne par nos huit urines.

Mais ces matériaux azotés ne constituent pas évidemment toutes les matières extractives. Si nous laissons, en effet, de côté l'urine n^ 3, qui à cet égard a donné un résultat tout à fait aberrant, on peut calculer qu'à 100 parties de matières extractives correspondent de 3,9 à H,2, en moyenne 7,2 parties d'azote non dosé, tandis que l'acide oxyprotéique, qui forme certainement la mabse principale de ces corps e^ctractifs azotés, est à 14.80/0 d'azote, et que les amino-acides qui l'accompagnent, s'ils sont du type de l'acide hippurique, de la cystine ou de la leucine, en renferment au moins de 8 à 12 0/0 environ. C'est que l'urine contient, comme on le sait par ailleurs, des quantités appréciables d'hydrates de carbone qui, confondues avec les matières extractives azotées, abaissent la teneur en azote du mélange, tout comme ils contribuent à renforcer dans l'urine totale la proportion de carbone par rapport à celle de l'azote.

Nous n'avons malheureusement pas déterminé pour les urines en question

le rapport du carbone total à l'azote total, mais nous pouvons nous servir ici

de la valeur moyenne de ce rapport pour l'urine normale, que des détermina-

tionsasseznombreusesdeM. Bouchard2fixentà0,89.Or, nousavonscalculéque

pour nos huit urines, les valeurs du quotient — pour l'ensemble des

matériaux dosés (urée, ac. urique, corps xanlhiques, creatinine et ammoniaque) sont les suivantes ^ :

Pour les urines n*>« 1, 2 et 3 (urines D.) 0,45 0,45 0,45

Pour l'urine n° 4 (urine L.) 0,48

Pour les urines n»» 5, 6, 7 et 8 (urines S.) . • . . 0,47 0,48 0,48 0,48 ,

• Pflaundler. Zoitschr. f. phystoL Cbem,, t. XXX, p. 75. — Krûger et Sc.hmid. Ibm., t XXXI, p. 556.

* Ch. Bouchard. Carbone urinaire et coefûcieDts urinaires [Journ. do Physiol, et de Pathol, gcn., t. I, p. 81).

^ Ainsi on calcule que pour l'urine n" 1 le carbone et l'azote de l'urée, de l'acide urique,

des corps xanthiques, de la creatinine et de l'ammoniaque de l'urine des 24 heures, donnent

respectivement un poids total de 6c^31 de carbone et de 14b%5 d'azote, ce qui donne un

G quotient -~ égal à 0,45 pour l'ensemble des matériaux dosés. . , Az

t3i G. DONZE ET E. LAMBLING

* L*écart entre ces valeurs, dont la moyenne est 0,47, et la moyenne 0,89 de l!urine normale, traduit Tinfluence des matières extractives sur la valeur du

quotient — de Turine totale. Or, les matières extractives azotées ne peuvent

pas à elles seules produire cet écart, ca» si Ton suppose que tout Tazote extractif est à Tétat d*acide oxyprotéique (ce qui représente Thypothèse la plus rapprochée des faits), c'est-à-dire si Ton ajoute au carbone des matériaux dosés de chaque urine, 2»', 68 de carbone pour chaque gramme d'azote

extractif*, on constate que le rapport -r— prend pour Tensemble des maté-

riaux dosés (en y comprenant donc cette fois toutes les matières extractives azotées exprimées en acide oxyprotéique) les valeurs que voici :

Pour les urines n~ 1, 2 et 3 (urines D.) 0,62 0,58 0,61

Pour Turine n* 4 (urine L.) 0,61

Pour les urines n»» 5, 6, 7 et 8 (urines S.) ... . 0,61 0,56 0,58 0,56

Moyenne générale 0,59

On voit que Ton reste assez loin delà moyenne 0,89 fixée par M. Bouchard. On reste même au-dessous de la valeur la plus faible qu'il ait observée, et qui est de 0,64. D'autre part, la très grande majorité des quotients déterminés par Scholz* se placent aussi entre 0,7 et 0,9. Cet écart entre cotre moyenne de 0,59 et les résultats de M. Bouchard et de M. Scholz traduit évidemment

l'influence exercée par les hydrates de carbone sur la valeur du quotient — .

Ce sont, en effet, les hydrates de carbone qui constituent la majeure partie des matières extractives non azotées, les autres matériaux non azotés, acides oxalique, glycuroniqiie, glycéro-phosphorique, acides gras volatils, phénols, acétone 3, n'intervenant qu'en quantité tout à fait négligeable.

Beaucoup plus considérable est la quantité d'hydrates de carbone que contient l'urine normale. Exprimée en glucose, elle s'est élevée, dans les recherches de L. von Udranski, Luther, Baisch, Rosin, von Alfthan, Salkowski, et d'autres observateurs, à 2-3 grammes et même davantage (jusqu'à 6 grammes) pour l'urine des 24 heures. Ces hydrates de carbone se composent de la petite quantité de glucose normal que contient l'urine, d'isomaltose et de la gomme animale de Landvvehr (laquelle est sans doute une pentosane). On sait, en outre, depuis les belles recherches de Salkowski, que l'urine peut contenir aussi une pentose.

D'autres hydrates de carbone ont encore. été signalés. Mais la quantité

' I/acide oxyprotéique contient, pour 1 gr. d'azote, 2k%63 de carbone. Donc, pour Turine n» 1 par exemple, ir,^ d'azote extractif ou azote non dosé, transformé en acide oxyprotéique, apporterait 1,27 X 2,63 =^3K'',:i4 de carbone, qur, ajouiés au poids total du carbone des matériaux déjà dosés, soit 0<%31, donnent 9k%65 de carbone total. L'azote total étant

de 15ï',32, le coemcient -— devient 0,62.

Az

• Cité d'après Pregl, loe. cit.

* Le poids total de ces substances n'atteint probablement pas 0k'',25 pour 24 heures. — Voy. pour ces matériaux, outre l'ouvrage de Neubauer et Vogel, les récentes déterminations d'Autenrieth et Barth pour Tacide oxalique [Zciischt. f. physioL Chem., t. XXXV, p. 327) et celles de Mayer et Neuberg pour l'acide glycuronique (Ibid,, t. XXIX, p. 256).

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