N. C. PAULE8C
s*a88urer « que la cellule hépatique était fonctionnellement normale, j'ai suivi, — dit-il, — chez des chiens, avec fistule biliaire permanente, avant et après la splénectomie, le cours d'un autre processus spécifique propre au foie, la formation des acides biliaires ». La proportion d'acides biliaires fut déterminée en dosant le soufre d*une certaine quantité d'extrait alcoolique de bile. L'auteur répète, en outre, les analyses faites dans les expériences précédentes. Ces recherches furent faites sur deux chiens : une chienne normale et un chien splènectomisé.
« Les résultats de ces nouvelles recherches concordèrent pleinement avec ceux des expériences précédentes. La splénectomie n'eut pas d'influence bien certaine sur la quantité de bile sécrétée et ne modifia notablement, ni le résidu sec, ni l'extrait alcoolique de la bile. Mais, comme alors, après qu'on eut extirpé la rate, les pigments biliaires diminuèrent notablementy au point que l'on obtint une bile fluide, non filante, qui colorait très peu les doigts. On trouva, en outre, que la quantité, pour cent, de la bile, en cendres, oscilla dans des limites très restreintes et la détermination du contenu de la bile en soafre, c'est-à-dire en acides biliaires, conduisit à la même conclusion. La splénectomie ne modifia done pas la propriété de la cellule hépatique d'élaborer les acides biliaires ».
Recherches de MM, Charrin et Moussu.
Récemment, MM. Charrin et Moussu ^ ont repris la question et sont arrivés à des conclusions qui confirment, jusqu'à un certain point, celles de M. Pugliese. «< Nos recherches, — disent ces auteurs, — nous autorisent à conclure que la rate exerce sur le foie une indéniable action; cette action^ en dehors probablement des influences hématopoiétiques, an ti toxiques, martiales, etc., consiste essentiellement dans une fonction biligénique dont l'importance est liée à celle de la bile elle-même. »
Voici la technique suivie par ces auteurs dans leurs recherches et les résultats qu'ils ont obtenus.
Dans un premier temps, ils ont pratiqué, sur des chiens (au nombre de 16), une fistule au 'fond de la vésicule biliaire et ils ont analysé la bile qui s'en écoulait.
Dans un second temps, ils ont enlevé la rate de ces animaux; c 4 fois cette ablation a été faite 8 et ,15 jours après la création d'une fistule ; chez 12 animaux elle a été pratiquée sans attendre ». Puis ils ont de nouveau analysé la bile, et voici les résultats qu'ils ont obtenus. Dès le lendemain de la splénectomie et surtout après 4 à 6 jours, « habituellement^ la bile se décolore partiellement; ses divers éléments deviennent moins abondants ». Ces résultats se trouvent consignés dans le tableau suivant :
Chien normal
Chien avec fistule
Chien avec fistule et dératé..
BXTBAIT BEC.
HATlàBB»
minérales.
aATiàus ori^aDiqvet.
Les chiffres de ce tableau (moyennes de 20 analyses) représentent des quan tités rapportées à 100 de bile.
Ils montrent d'abord, — ce que Ton savait d'ailleurs depuis longtemps, —
* Charrin et Moussu. Physiologie de la rate (fonction biligénique), in C. i?. i4wi.
scioDces, 1905, p. 1118.
Notre travail était déjà terminé quand parut la communication de MM. Charrin et Moussa.
que la bile provenant d'une fistule est plus diluée que la bile prise dans la vésicule normale.
Ils montrent ensuite, — faits inconnus jusque là, — que : 1"* La bile, coulant par une fistule, est encore plus diluée après la splénectomie qu'avant cette opération ;
2* Cette bile contient relativement moins de matières organiques après la splénectomie qu'avant cette opération.
Si Ton examine attentivement les résultats de MM. Charrin et Moussu, on s'aperçoit que la dilution de la bile, observée après la splénectomie, est peu importante, étant donné que des chififres approchés ont été obtenus avant la splénectomie (v. tableau).
Ces auteurs ont constaté, en outre, après la splénectomie, une diminution notable du taux des matières organiques contenues dans la bile. Or, ces matières organiques sont : les pigments et les sels biliaires, la pseudo-mucine» la cholestérine et de faibles quantités de léoithine, de graisses neutres, de savons, d*urée. Les résultats numériques donnés par MM. Charrin et Moussu ne nous renseignent pas sur la nature des substances organiques sur lesquelles porte la diminution. Ces auteurs nous disent, il est vrai, que la bile se décolore partiellement après la splénectomie; mais la proportion des pigments contenus dans la bile est tellement minime que sa diminution ne peut pas influer d'une façon aussi notable sur le poids de l'extrait sec. On peut en dire autant de la cholestérine, de la lécithine, des graisses et des savons qui s'y trouvent également en proportions relativement faibles.
La diminution considérable du poids de l'extrait sec, notée par les auteurs, après la splénectomie, ne peut donc porter que sur la mucine et sur les sels biliaires.
Or, s'il en est ainsi, les résultats de MM. Charrin et Moussu ne concordent pas avec ceux de M. Pugliese, qui a trouvé que la splénectomie ne modifie notablement ni le résidu sec, ni l'extrait alcoolique de la bile, ni la proportion des sels biliaires.
Mais il y a plus, et les résultats rapportés par MM. Charrin et Moussu ne sont pour ainsi dire pas catégoriques. Ces auteurs ont eu d*ailleurs le soin d'en atténuer eux-mêmes la portée et d'estomper l'apparente rigidité des chiffres :
> Il nous paraît utile d*indiquer que, spécialement chez les sujets de nos expériences, la bile présente dans sa composition de nombreuses variations liées sans doute, en partie, à des influences nerveuses, circulatoires, alimentaires, etc. L'ancienneté de la fistule qui, parfois, retentit peut-être faiblement sur le foie, peut-être aussi le séjour du liquide dans l'intérieur de la vésicule, divers facteurs sont susceptibles d'agir sur cette composition ».
Ils constatent de grandes oscillations dans la composition de la bile chez les chiens porteurs de fistule biliaire, mais non dératés. Ils les constatent même chez les chiens normaux. « Toutefois, ajoutent-ils, quelque indiscutables que soient ces oscillations, elles ne sont, en général^ jamais aussi prononcées que dans les cas d'ablation de la rate ».
C'est donc une simple question de plus ou de moins.
• Ajoutons, — disent les auteurs, — qu'à la longue les différences s'atténuent; des suppléances paraissent s'établir ».
Des modifications peu nettes dans la composition de la bile, — modifications quiy à la longue, s'atténuent, — tels ont été, en résumé, les résultats de la splénectomie dans les expériences de MM. Charrin et Moussu.
Les recherches de M. Pugliese et celles de MM. Charrin et Moussu conduisent donc à la conclusion que la rate joue un rôle important dans la formation de la bile.
26 N. C. PAULEBCO
Or, les résultats auxquels ont abouti nos propres recherches ne concordent nullement avec une pareille conclusion. — Cela tient, sans doute, au fait que la méthode que nous avons employée difTère de celle qui a été suivie par ces distingués expérimentateurs.
Rechbrchbs personnelles.
!• Méthode et technique.
Pour déterminer si la rate a, ou non, une influence sur la sécrétion biliaire, il faut évidemment analyser la bile avant et après la splénectomie.
Mais, comment se procurer la bile nécessaire à ces analyses?
La [première idée qui vient à l'esprit est de pratiquer une fistule au fond de la vésicule du fiel et de recueillir le liquide qui s'en écoule. Telle a été, d'ailleurs, la manière de procéder de M. Pugliese, de MM. Charrin et Moussu, et aussi la nôtre, au début de nos recherches.
Cependant, nous n'avons pas tardé à constater que la bile, obtenue dans ces conditions, n'est pas normale et n'a pas une composition constante, ce qui, du reste, était à prévoir. En effet, par suite de rétablissement d'une fistule de la vésicule et surtout par suite de la ligature (avec résection) du cholédoque, la bile ne pénétrant plus dans l'intestin et la résorption biliaire intra-intestinale n'ayant plus lieu, sa composition se modifie considérablement : la teneur en pigments et en sels organiques de la bile, — sécrétée dans ces conditions et recueillie par la fistule, — est forcément moindre qu'à l'état normal.
Mais ce n'est pas là l'unique inconvénient de la méthode des fistules. Non seulement il n'est pas toujours facile de faire garder aux chiens leurs canules que, malgré toutes les précautions prises, ils arrachent constamment, — mais, souvent, par le seul fait de la présence de la canule et de la communication anormale des voies biliaires avec l'extérieur, il se produit une irritation et même une inflammation suppurative des parois de la vésicule qui se tuméfient et sécrètent un exsudât muco-séreux, parfois muco-purulent, qui se mélange à la bile, — de sorte qu'il faut se garder de prendre pour de la bile le produit qui s'écoule par la canule, du moins pendant les premières semaines qui suivent l'établissement de la fistule.
Enfin, quoi que l'on en puisse dire, un animal porteur d'une fistule biliaire se trouve dans des conditions de digestion qui sont loin d'être normales.
En somme, — par la méthode des fistules vésiculaires, — les observations sont faites sur une bile anormale ; par conséquent, les résultats obtenus dans ces conditions sont suspects et ne peuvent pas être rapportés, sans contrôle préalable, à la bile normale, — notre travail ayant pour but de chercher l'influence de la splénectomie sur la production de la bile normale.
Obligé de choisir une aulre méthode, nous avons procédé de la manière suivante :
I. Dans une première série d'expériences (voir tableau 1), nous avons pris
SÉCKÉTION BILIAIRE APRÈS SPLÉNECTOMIE 27
des chiens sains de différentes tailles (poids compris entre 7 kilogr. et 20 kilogr.) et nous avons analysé la bile contenue dans leur vésicule biliaire* (27 analyses).
II. Dans une seconde série d'expériences (voir tableau II), nous avons pris des chiens de différentes tailles (poids compris entre 7 kilogr. et 19 kilogr.) et nous leur avons extirpé la rate^. Puis, au bout de 17 à 158 jours» nous avons analysé la bile contenue dans leur vésicule biliaire (19 analyses).
III. Enfin, dans une troisième série d'expériences (voir tableau III), portant sur trois chiens à peu près de même taille (poids compris entre 7 et 8 kilogr.), et nourris exclusivement avec du pain de maïs, nous avons analysé chez le MEME AMiMAL, à plusieups roppises^ la bile (recueillie par ponction de la vésicule* après laparotomie), avant la splénectomie et après la splénectomie — à des intervalles de temps variant de 18 à 66 jours après cette opération (18 analyses).
Technique, — Voici la technique employée dans ces analyses :
La bile, immédiatement après sa sortie de la vésicule, est placée telle quelle dans le godet du colorimôtre Duboscq et l'on note l'épaisseur sous laquelle elle donne une teinte identique à celle d'un verre étalon ^,
Ensuite, une certaine quantité de bile (5 c. c. par exemple), mesurée toujours avec une môme pipette jaugée à double trait, est pesée dans une balance de précision. Nous avons ainsi le poids de la bile.
La bile pesée est évaporée, d'abord au bain-marie^ ensuite dans une étuve à glycérine réglée à 115*, — jusqu'à dessication complète, c'est-à-dire jusqu'à ce que son poids demeure constant. Le chiffre ainsi obtenu représente, en grammes, le résidu see de la bile ; ce chiffre déduit du poids de la bile donne la proportion de Veau,
Le résidu sec est carbonisé (dans un creuset en platine) ; il est traité ensuite par de l'eau bouillante qui dissout les sels solubles et notamment les chlorures. Après filtration, on incinère le reste charbonneux ; aux cendres obtenues, on ajoute le liquide filtré ; on évapore au bain-marie, on sèche à Tétuve à 115<*, jusqu'à poids constant. Le poids obtenu représente les cendres ou plutôt la partie minérale de la bile.
Une autre quantité de bile (5 ce. par exemple), exactement mesurée avec la pipette jaugée, est évaporée au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse. Elle est ensuite traitée à chaud, au bain-marie, à plusieurs reprises, par de l'alcool absolu.
' La quantité de bile trouvée dans la vésicule a varié, principalement avec la taille des chiens, entre 8 et 30 ce.
' Dans quelques cas, en même temps que nous enlevions la rate, nous chassions, par une compression avec les doigts, le contenu de la vésicule dans Tinlestin.
' Une objection qui pourrait être adressée à notre méthode est que, en analysant la bile contenue dans la vésicule, nous ne connaissons pas la quantité de bile produite dahs les 24 heures, pour y rapporter les résullats. L'objection est sérieuse, mais elle perd de sa valeur devant le fait que la vésicule d'un même animal, maintenu dans des conditions identiques, renferme toujours à peu près la même quantité de bile, et que la composition de cette bile, chez les chiens normaux, est remarquable par sa constance (voir tableaux).
De plus, nos recherches n'étant que comparatives, leurs résultats sont suffisamment précis du moment qu'ils nous permettent d'établir un parallèle entre la bile des animaux ayant leur rate et la bile des mêmes animaux dératés.
' Dans trois cas, la teinte de la bile vésiculaire a été un peu verdâtre, ne correspondant pas à celle du verre étalon; nous ne tiendrons pas compte de ces cas dans le présent mémoire.
N. C. PAUI.E8C0
II se produit un précipité abondant et, pour que ce précipité soit total, il faut employer un grand excès d'alcool absolu, c'est-à-dire plus de 100 ce. pour 5 ce. de bile. On filtre sur filtre taré. Le résidu est lavé à l'alcool et séché, dans Tétuve à 115^ jusqu'à poids constant. Le poids ainsi obtenu représente la pseudo-mucine et les sels minéraux insolubles dans Valcool^ en un mot, le résidu alcoolique.
Le liquide filtré est évaporé au bain-marie, desséché à Tétuve à 115<», carbonisé avec précaution et finalement incinéré. Les cendres sont dissoutes dans de Teau distillée bouillante acidulée avec de Tacide chlorhydrique. On y ajoute ensuite un excès d'une solution concentrée de chlorure de baryum, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de précipité blanc. Ce précipité, retenu sur un filtre sans cendres, est lavé à l'eau acidulée (HCl), puis à l'eau distillée bouillante ; finalement il est calciné et pesé. Le poids obtenu, représente, sous forme de sulfate de baryum^ le soufre contenu dans les sels organiques (taurocholates) de la bile du chien.
2* Résuliats.
Les résultats de nos recherches se trouvent résumés dans les trois tableaux suivants :
Le tableau I donne les chifhres obtenus dans 27 analyses de bile trouvée dans la vésicule des chiens ayant leur rate. Ces chiffres se rapportent à 10 ce. de bile.
Tableau I. — Bile de chiens ayant leur rate.
ANIMAUX
Chien
CbfcQ
Chien .., , .
Le m&mr , Chicniif? ..
Chien
Chipnni?.,.
La mèmp . ,
CUeîï
Chiî^n ,., ., Chifïn , . , * .
Cbieo
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Cbiimnf^ . , ChîejÉno . ► ChipQ . . . . , Chien .♦. .
Chleîi .„.
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Chkn ....
Chien ». ,.
Chienne*., Cbienae ., Chien . ,. .
8,ffâÛ 7,950
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10,400 10,330 iO,37fl 10,350 10,390 t0,3î5
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