OBSERVATION
G. . . Marie, 29 ans, ménagère, entre à THéteUDieu, le 29 octobre 1904. Père mort de congestion pulmonaire. Mère rhumatisante. Rougeole dans Tenfance. Pas d'autre maladie infectieuse. Pas de rhumatisme.
11 y a 10 ans : Pleurésie gauche. Apr,ès deux semaines de traitement, la malade partait en convalescence à la campagne. C*est depuis cette époque qu'elle est sujette aux palpitations de cœur.
Elle n'a jamais été anémique. Réglée à 17 ans, régulièrement. Deux enfants bien portants. Une fausse couche il y a 5 ans. Le mari se porte bien.
Le début de l'afTection actuelle remonte au 25 septembre 1904, c'est-à-dire à un mois environ.
Auparavant la malade avait été très surmenée, obligée de passer les nuits auprès de son enfant Âgé de 2 ans 1/2, atteint d'eniérite. Cette entérite a duré un mois et s*est accompagnée de fièvre' assez forte pfendanit 15 jours. Les selles avaient les caractères qu'elles présentent dans la colite infectieuse.
Chez notre malade, les premiers symptômes ont été, une grande faiblesse
' J. GouitMONT. Sur la présence du bacille d'Ëberih dans le sang des typhiques (Joura, de PhyaioL et patboL géûéraie, 2 janvier 18Ui et mass 1909). *
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générale, de la céphalée, de la fièvre et des palpitations très fortes. Pas d'épista.sis. Ces malaises duraient depuis 15 jours, lorsque le médecin appelé, constata une température de plus de 40^. La fièvre a continué pendant tout le mois d'octobre, avec de grandes oscillations thermiques. Il semble que ces variations se produisaient même en dehors des abaissements provoqués par les antipyrétiques qui ont été prescrites à cette période : aspyrine, cryogénine, pyramidon, quinine. Parfois survenaient de véritables accès fébriles avec les trois stades de frisson, chaleur et sueur.
En même temps la céphalée persistait, avec quelques vomissements. Les palpitations étaient fortes et douloureuses, accompagnées d^oppression.
Le 22 octobre, il y a huit jours, à la suite d'une émotion ? l'état général s est aggravé, et dans la nuit qui a précédé l'entrée à Thôpital, la malade a eu un grand accès fébrile.
Actuellement (29 octobre) ce qui frappe tout d'abord c'est une pâleur extrême. La peau a une teinte jaune, cireuse, les muqueuses sont décolorées, la langue et les lèvres sont sèches. La soif est vive, l'anorexie absolue • L'abattement est considérable ; Tinsomnie persiste, la céphalée a disparu.
Le ventre est un peu ballonné. Les lavements sont nécessaires pour combattre la constipation. Le foie parait normal.
La rate difficile à sentir par la palpation semble grosse à la percussion.
Dyspnée considérable. 40 respirations par minute. On entend des bouffées de râles fins inspiratoires à la basé des deux poumons. Ailleurs on ne constate rien d'anormal à la percussion ni à l'auscultation.
Au cœur^ la pointe bat au niveau du 5^ espace intercostal. L'impulsion cardiaque est forte et étendue. Oa a parfois à la main Pimpression d'une vibration brève et rapide.
Les bruits du cœur sont assourdis, modifiôs dans leur tmbre. Le .premier • bruit est soufflant, prolongé. On a de la tachycardie arythmique .avec parfois rythme embryocardique. On n'entend pas de souffles cardio-vasculaires anémiques. ...
Le pouls est vibrant, fort, rapide j Ï35 pulsations.
Les battements des carotides sont perceptibles à la vue.
Température à l'entrée 40*».
Les urines sont abondantes, elles sont très colorées, renferment un disque net d'albumine et des urates.
Le toucher vaginal est négatif.
31 octobre, — La pointe du Cœur bat un peu en dehors de la ligne mamelonnaire mais il faut tenir compte d'une dépression thoracîque' existant à caniveau.
Accident préystolique à la pointe faisant penser à un rétrécissement mitral.
Le foie déborde légèrement les fausses côtes. Il n'est pas douloureux. On constate un léger œdème du dos du pied.
2 novembre^ — Hier la malade a eu un état syncopal. La faiblesse «st très grande.
Poumons, Quelques râles sonores disséminés.
3 novembre. Hématologie. — Globules , rouges, 1.084» 000; globules , blancs 8.400 ; quelques globules rouges â noyau ; Poikyloeytose ; Valeur globulaire, 0.91.
Culture du sang, — On pratique une ponction veineuse au pli du coude avec une seringue de Roux stérilisée (Voir plus loin les détails). Pas de souffle cardio-vasculaire anémique.
4 nooembre. -pj32 respirations. Légère augmentation des râles de ' bronchite i^aps prédominance aux sommets. Augmentation de la quantité d0s. urines 2 1. "200, conservant pourtant leurs caractères. Elles sont encore rouges, uratiqnes.
9no9em6re.<— Pouls 120. Disparition de la dyspnée : 20 respirations par minute. On entend toujours des rftUs vibrants du haut en bas dans les deux pou-
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mons. La malade tousse depuis quelques jours. Les râles ont été entendus avant l'apparition de la toux. Celle-ci s'accompagne de quelques crachats muco-purulents.
On constate sur Tabdomen, quatre taches rosées lenticulaires.
Faiblesse toujours grande. Les réflexes rotuliens sont abolis.
Dosage de l'urée, 12 ^',15 par litre.
16 novembre. Les urines sont moins rouges. L'albumine a diminué. On sent la rate qui dépasse les fausses côtes. Les râles sont moins nombreux. L'état général est bien meilleur. Le visage est moins jaune ; l'expression est plus vivante. Pouls toujours rapide : 128.
12 décembre 1904. — L'apyrexie s'est établie lentement et progressivement, l'albuminurie a disparu. Le pouls est devenu normal. Le cœur présente nettement les signes d'un rétrécissement mitral (frémissement cataire, roulement presystolique, éclat parcheminé de la mitrale).
Les symptômes abdominaux ont presque fait défaut. Au début il existait du ballonnement avec constipation. Plus tard on a aperçu trois ou quatre taches ayant l'aspect des taches rosées mais qui n'ont duré que deux jours. La rate était grosse sans être très volumineuse, on la sent encore au dessous du rebord des fausses côtes.
La malade se nourrit avec deux litres de lait et deux potages par jour. Son état général est transformé. Elle n'a plus le teint jaune et l'anémie considérable qu'elle présentait au moment de son entrée.
7 janvier 1905. — Amélioration progressive. La malade sort guérie.
HÉMATOLOGIE *
2» examen. — Monucléaires, 66.4 ; polynucléaires, 38.6 ; Eosinophiles, 1/200 ; quelques globules rouges à noyau.
3« examen. — Mononucléaires, 72 0/0 ; polynucléaires, 27 p, 0/0.
Bactériologie
7" SévO'diagnostic typhiqiw (faiblement positif). — Agglutination forle à 1 p. 10, faible, mais nette à 1 p. 30, très faible à 1 p. 50.
^° Cultures du sang (ponction veineuse). — o) le sang, ensemencé en eau peptonée a donné après 24 heures une culture abondante.
A l'examen microscopique cette culture a montré un bacille très mobile, se colorant par le violet de gentiane, ne gardant pas le Gram /
b) quelques gouttes de cette culture ont été réensemencées en bouillon ; ces derniers bouillons ont poussé en 24 heures ; microscopiquement nous avons retrouvé le même bacille que précédemment.
Nous avons alors fait plusieurs cultures solides;
c) agar-agar : culture très mince, formée de bacilles assez longs ne gardant pas le Gram ;
d) pomme de terre : culture également mince, bacilles avec les mêmes caractères ;
e) gélatine : après quelques jours à la température de 22*, développement d'une culture très mince, puis de plus en plus épaisse n'ayant pas liquéSé I» gélatine, même après 8 jours;
' Examen dû à l'obligeance de M. Favre chef de clinique.
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/) en présence de tous ces caractères qui nous faisaient penser hu bacille d'Eberth, nous avons fait des cultures sur les milieux spéciaux habituels :
Laitf n*a pas été coagulé par le développement du bacille, bouillon lactose tournesoléy a conservé sa teinte bleue, malgré le développement d'une culture abondante;
g) enfin nous avons recherché à Taide d'un sérum typhique si les cultures de ce bacille pouvaient être agglutinées (sang Lancelot, service du D' Pic).
Agglutination de notre culture dans le délai normal. Agglutination complète macroscopique à 1 p. 30 et presque complète à 1 p. 50.
L'agglutination était à peu près aussi nette avec les cultures tirées du sang Gen... qu'avec celles dont nous nous servons au laboratoire pour faire les séro-diagnostics typhiques ;
h) Quant à la virulence du bacille, nous ne Tavoiis pas recherchée ; d'ailleurs cette virulence ne nous aurait pas instruits beaucoup sur la nature du bacille trouvé.
En résumé. — Le sang Gen..., retiré par ponction veineuse et ensemencé de suite en eaupeptonée a donné des cultures contenant un bacille très mobile. Ces cultures ne présentaient aucun coccus^ staphylocoque ou streptocoque, ni à l'examen des cultures, ni à l'examen des préparations.
Le bacille obtenu présente en outre V ensemble des principaux caractères connus à l'heure actuelle comme spéciaux au bacille dEberth.