‹ Journal de physiologieChapitre 184 sur 578 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Nous ne voulons pas faire l'historique delà question de la septicémie éberthienne, ni décrire la maladie dans son ensemble à propos de notre cas isolé. MM. F. Bezançon et Philibert en ont fait une étude trop complète et trop récente * pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. Nous désirons seulement faire une analyse des diverses particularités présentées par notre malade, au point de vue clinique, hématologique et bactériologique.

Clinique, — Nous ne trouvons pas l'origine certaine de l'infection. Cependant signalons que notre malade a été auparavant très surmenée par l'obligation de passer les nuits auprès de son enfant atteint d entérite. Cette entérite était-elle d^origine éberthienne ? La mère a-t-elle été contagionnée par son enfant? Rien ne permet de l'affirmer.

Le début, très insidieux, a été marqué par une grande asthénie générale, de la céphalée, de la fièvre, et de plus par des palpitations de cœur très fortes. Il n'y a pas eu d'épistaxis. Ces symptômes sont communs à la plupart des formes de la dothiénentérie. Seules les palpitations ne sont pas classiques. Il est probable qu'elles ont été la conséquence de la production d'une anémie brusque et considérable chez une femme atteinte d'une cardiopathie antérieure.

Quelques jours plus tard ont apparu de grands frissons, accompagnés de claquement de dents, suivis en général d'un stade de chaleur et de sueurs

* Bezaj«çon et Philibert : Formes septicômiques de riafecUon éberlhienne {Journal de Pbysiol. et de Patbol. générale, 1904. p., 74.)

F. MOUISSET, G. MOURIQUAND ET L. THÉVENOT

abondantes. Ces phénomènes, qui simulent l'accès de paludisme, se retrou vent, comme accident initial de la septicémie, dans deux cas signalés pai Karlinski '. La forme sudorale de la fièvre typhoïde ne revêt pas cette allure. La malade transpire abondamment d'une façon continue, parfoi: paroxystique, mais, en général, sans frissons.

Le jour de l'entrée à l'hôpital, le symptôme le plus frappant était lapâleui extrême du visage. Il ne s'agissait pas de la pâleur habituelle qui accoropa gne certains états fébriles. La décoloration portait non seulement sur le: téguments, mais aussi sur les muqueuses qui étaient complètement blanches, Le teint avait la couleur de la cire jaune qui caractérise les malades profondément anémiés, et la première impression éveillait l'idée d'une anémie pernicieuse. Les auteurs ne signalent pas dans leurs observations cette anémie intense.

D*autre part, ils meniïouneni Pabaence de phénomènes abdominaux. Chez notre malade, sauf un peu de constipation au début, avec ballonnement léger, rien n'attirait l'attention du côté de l'abdomen, malgré un examen quotidien et attentif ; au point que la constatation de taches rosées discrètes et très passagères ne paraissait pas suffisante pour affirmer le diagnostic de dothiénentérie qui avait été longuement discuté.

Les symptômes intestinaux manquent dans presque tous les cas (Bozzolo, Eiselt, Karlinski) ; seuls Blumenthal et Kuhnau signalent de la diaiThée et du météorisme chez leurs malades.

La présence des taches rosées est peu fréquente (Karlinski, Bozzolo, Beatty). Elles font défaut dans 25 cas sur 30 environ. Karlinski aurait toutefois observé une éruption généralisée.

La rate de notre malade était un peu grosse, elle avait le volume que Ton constate habituellement chez les typhiques. La palpation profonde permettait de sentir son pôle inférieur au dessous du rebord des fausses côtes. Cette hypertrophie est constante ; elle alteint parfois des dimensions considérables dans la variété de septicémie éberlhienne dite spleno-typhus.

La maladie a duré du 25 septembre au 4 décembre (70 jours environ). La température irrégulière, surtout au début, a oscillé entre 88° et 40°.^ La courbe générale a la forme du tracé thermo métrique de la dothiénentérie avec une rechute.

La convalescence a été longue sans incidents notables.

L'anémie a persisté après la sortie de l'hôpital, mais elle était complètement transformée, il s'agissait d'une anémie légère sans caractère particulier.

Chez notre malade, le diagnostic avait été intéressant à établir, car, en raison de la nature des symptômes insolites» il n'était pas facile de se faire une opinion.

. Si le f$cies était celui de l'anémie pernicieuse, il ne pouvait pas être question de la maladie de Biermer, ou du moins on sait aujourd'hui que les caractères de cette aflection se retrouvent dans certaines anémies grates secondaires, et dans le cas particuher il fallait rechercher . la maladie primitive.

KàMjHeKj {Wieoor klia, Wocbeuscb, 15^ mai 1902.)

SEPTICÉMIE ÉBBRTHIBNNE 51S

Pendant quelques jours les oscillations de la température rappelaient les grands accès fébriles du paludisme ; mais celte forme dé la fièvre n'a pas duré, d'autres symptômes demandaient une explication différente, la rate n'était pas très hypertrophiée, les anamnestiques n'étaient pas en faveur de cette hypothèse, on ne pouvait pas accepter cette étiologie.

Dès le début les troubles cardiaques avaient été très marqués. 11 était log^ique de penser à une endocardite aifi^uë infectieuse, maladie qui s'accompagne de grands accès fébriles dans la forme dite pyohémique. On était retenu dans cette interprétation par l'état de la rate. En général, l'endocardite infectieuse infectante donne lieu à des embolies, et, à défaut d'autres localisations importantes, on constate une hypertropliie assez notable et douloureuse de la rate qui constitue un signe précoce de grande valeur pour le diagnostic. Plus tard révolution de In maladie n'a pas permis de conserver de doute. La malade a guéri. Elle est bien atteinte d'une endocardite mitrale ; mais il ne parait pas y avoir eu sur l'endocarde de poussée inflammatoire récente ; les symptômes dus à une cardiopathie ancienne ont été révélés et exagérés à l'occasion d'une infection générale.

Quelle que soit l'anomalie des symptômes, en présence d'un état aigu infectieiix fébrile, il faut toujours discuter la possibilité d'une forme particulière de tuberculose. Ici, rien ne permet d'incriminer le bacillede Koch.

Il n'existait pas non plus de foyer de suppuration, et en particulier pas d'infection des organes génitaux.

Les symptômes du début, la longue durée de la fièvre, l'albuminurie, l'hypertrophie de la rate faisaient bien rechercher la dothiénentérie. Toutefois les taches rosées avaient été si discrètes et si fugaces, qu'elles n'entraînaient pas la conviction, surtout en l'absence de troubles intestinaux chez une malade qui était dans un état grave et à une période avancée de la maladie. Ces hésitations rendaient nécessaire l'examen du sang, et la bactériologie a permis d'affirmer la nature de l'affection, en montrant qu'il s'agissait d'une septicémie éberthienne.

Hématologie. — Les trois examens hématologiques successivenf^Qt pra* tiques chez notre malade ont donné les résultats suivants :

Les hématies^ 1.084.000, sont très diminuées de nombre, comme dansi^e anémie sévère. Les classiques ' indiquent une diminution généralement peu marquée dans la dothiénentérie. Sauf dans les cas rares où on a vu une anémie pernicieuse succéder à une fièvre typhoïde (Hayem, Thayer, Quincke, Rosenstein). Tel n'est pas notre cas, l'examen hématologique ayant été pratiqué en pleine affection.

Beaucoup d'hématies étaient en poikilocytose, avec des déformations très marquées, vues tant sur les lames sèches que sur l'hématimètre. Certainsglobules étaient diminués de volume, d'autres augmentés. La majorité avait subi des altérations diverses. Dans la fièvre typhoïde normale ces altérations profondes de l'hématie font ordinairement défaut.

Ajoutons qu'il existait quelques globules nuclés (2 ou â par préparation) qui faisaient encore mieux ressembler le sang de notre malade à celui de

Bbouabokl et iHomo?. {Trêité de Pathologie do Brouardel ot Gilbert, 1903.) ^

514 F. MOUISï^ET, G. MOURIQUAND ET L. THEVENOT

l'anémie pernicieuse. Dans les fièvres typhoïdes courantes les globule nuclés manquent, ils n'apparaissent qu'après des hémorrhagies abondante: Notre malade n'en a d'ailleurs jamais présenté.

Enfin, la valeur globulaire 0,91 ressemblait à la valeur globulaire ordi naire de la dothiénentérie 0,90.

Ainsi donc, au point de vue des éléments rouges du sang, notre cas préseii tait un type très spécial, rarement observé par les auteui*s. Diminution cons dérahle du nombre des hématies, poikilocytose, présence de globules rouge nuclés, rien ne manquait pour rappeler la formule hématologique de I maladie de Biermer, sauf un signe auquel M. le professeur Lépine attache uc grande importance, l'augmentation de la valeur globulaire. — Disons ceper dant que cette valeur globulaire est forte si on la rapproche de la diminutio considérable du nombre des globules.

Leucocytes : leur nombre était à peu près normal 8,400. — Hayem ( Chantemesse veulent que Thypoleucocytose soit de règle dans la fièvi .typhoïde.

Pour MM. Courmont et Barbaroux * au contraire, Thyperleucocytose sera habituelle pendant la période fébrile.

Au point de vue de l'équilibre leucocytaire, les classiques ont établi pour I dothienenthérié" les règles suivantes :

Pendant le premier septénaire, le nombre des polynucléaires est augmen (80 à 90 0/0) ; les mononucléaires et les lymphocytes sont diminués ; 1( éosinophiles absents.

Pendant le deuxième et troisième septénaire, se fait la diminution progre sive des polynucléaires, l'augmentation des mononucléaires et des lymphocyte qui s'accroissent encore à la defervescence.

La convalescence est annoncée par l'apparition des lymphocytes.

Dans notre cas, les mononucléaires se sont montrés toujours prépondéran 66.4 (2* examen), 72 (3* examen), avec une augmentation très nette ai approches de la convalescence.

Nous avons affaire à une septicémie à mononucléose. Dans les septicémii dues aux microbes habituels (staphylocoque, streptocoque), la polynucléoi est de règle (Virchow). — Dans le cas de septicémie éberthienne à localisatic articulaire publié par MM. Barjon et Lesieur^, une polynucFéose très nette e signalée (90 0/0).

Bactériologie, — Les cas analogues avec examens bactériologiques ne soi certainement pas rares ; mais très souvent ces examens ne sont pas des pli probants.

Tantôt, en eûet, les recherches portent sur des produits prélevés à Tautops et l'on sait toute la difficulté que comporte l'isolement d'un agent, lequel, i pareil cas, ne donne pas des cultures très typiques. Les observations de Ks linsky, de Beatty, de Blumenthal, de Picchi, de Guizetli, par exemple, rentrei dans cette première catégorie.

Tantôt, et ce sont les cas les plus rares, le bacille d'Eberth est obtenu p

* p. Courmont et Barbaroux. (Journal de pbysîol. ei de patbol. générale^ Juillet 190(

* Barjon et Lësieur. Septicémie éberthî<;^nne à forme d'arthroLyphus sans lésions intec nales, ni spléniquo, avec réaction de Widal positive. [Journal de pbysioL oi de pathoL géi ra7e, 1901, p. 250.)

SEPTICÉMIE ÉBERTHIBNNE 515

culture du sang des malades : nous relevons dans cette classe les observations de Bozzoli, de Bryant, un cas de Picchi, de Barjon et Lesieur.

Celui que nous rapportons ici fait partie justement de cette catégorie.

I.e serO' diagnostic éidiil faiblement positif (1 p. 30). Mblis la culture du sang a donné un bacille d'Éberth pur, avec ses caractères typiques sur les divers milieux de culture.

Bien plus, le bacille obtenu était immédiatement agglutinable ; on sait que d'ordinaire les bacilles d'Éberth, récemment isolés des eaux ou de Torganisme, sont peu ou pas agglutinables par les serums des typhiques ; Chantemesse, Rémy, Cambier, l'ont démontré pour du bacille extrait des eaux; Sacquepée, pour des bacilles provenant des produits d*autopsie ; Bancel, dans les cas d'abcès typhiques; le professeur J. Courmont* pour les bacilles obtenus par culture du sang des typhiques.

Le plus souvent d'ailleurs ces bacilles redeviennent agglutinables h In suite (le réensemencements fréquents (Rodet, J. Courmontet Bancel).

Dans notre cas, le bacille des deux premières cultures s'est montré agglutinable, à un degré presque égal à Téchantillon employé pour les sero-diagnoslics typhiques.

Donc, au point de vue bactériologique, ce cas de septicémie présentait un double intérêt.

1<* Existence classique du bacille d'Eberth typique dans le sang.

2* Grande agglutinabilité de ce bacille dès la première ou la deuxième

culture.

Conclusions.

Il s'agissait d'un état fébrile infectieux sans localisation viscérale, récente, importante. L'aspect de la malade indiquait un degré extrême d'anémie. L'hématologie révélait des modifications considérables du sang, permettant de dire que cette anémie grave avait certains caractères de l'anémie pernicieuse. Dans le cours de la maladie, il n'y a pas eu de complications dans les divers organes, et les altérations du sang ont été la .note caractéristique de cette affection. Le diagnostic de septicémie s'impose. L'examen bactériologique montre que cette septicémie était due au bacille d'Eberth.

Au point de vuebématologique. — Le nombre des hématies est beaucoup plus diminué que dans les formes habituelles de l'infection éberthienue.

La poïkilocytose et la présence de globules rouges nuclés rapprochent la formule hématologique de notre cas de la formule habituelle de la maladie de Biermer. La valeur globulaire était forte, mais non supérieure à la normale.

Nous avons rencontré dans le cours de l'infection une mononucléose intense (66,4-72 0/0) qu'on ne rencontre pas habituellement dans la fièvre typhoïde, même aux approches de la convalescence.

Au point de vue bactériologique. — Notre cas avait le double intérêt de présenter, l'existence du bacille d'Eberth dans le sang, démontrée par de nombreuses cultures, et la grande agglutinabilité de ce bacille dès la première ou la deuxième culture.

* Jules GouRMONT. Sur la présence du b. d'Eberth dans le sang dos typhiques. Application au diiagnostic de la Ûèvre typhoïde. (Journal de pbysioL et depathoL générélc,i90St, p.l55.j

■i^ki

fim

EMPLOI D'UN MILIEU TRANSPARENT, PERMETTANT LA REPRODUCTION DIRECTE DES GRAPHIQUES

Par M. L. CAMUS

Les expérimentateurs qui enlploîenl la méthode graphique se sont toujoui-s préoccupés de la (question de la reproduction des tracéi^. C'est qu'en effet en illustrant leurs mémoires de figure», ils à'ésire&t fournir aux lecteurs des documents d*une parfaite exactitude' et qui eûtrainëht laeonvîction'.Tant que la reproduction a été soumise à rhabileté plus ou moins grande des graveurs, les figures des mémoires ont évidemment manqué plus ou moins de valeur.

Marey, qui poursuivait avec passion le perfectionnement de la méthode graphique, désirait vivement amener tous les physiologistes à ne publier que des reproductions pl^otographique$f. Déjà dans la première session de la commission internationale de contrôle des instruments enregistreiirs et d'unification des méthodes en physiologie, il faisait adopter le vœu suivant :

8* « La reproduction typographique des tracés dey ra^ se iaire par des procédés dérivés de la photoffrapbie, c'est-à-dire sans l'intervention de la main du graveur ^. »

Dans cet ordre d'idées, j'ai depqi^ longtemps songé à employer le tracé original comme cliché, c'est-à-dire à supprimer même les imperfections ou déformations que donnent certains app^eils photographiques. Pour arriver à ce résultat, il fallait remplacer le papier opaque généralement en usage par une substance parfaitement transparente. 0^ pouvait, ce qui du reste a déjà été fait dans quelques cas, employer des plaques de verre enfumées, mais le verre est inutilisable, pour renregislrement sur les cylindres. Les papiers transparents sont d'autre part tous plus- ou moins opaques et beaucoup, insuffisamment glacés, ne permettent pas aux plumes de glisser régulièrement.

J'ai pensé que les bandes souples de gélatine qui ont remplacé les plaques de verre en photographie pourraient avantageusement être substituées au papier transparent. On trouve heureusement dans le commerce de grandes feuilles de gélatine de toutes les épaisseurs qne l'on vend pour la gravure sous le nom de papier glace. J'ai pu sur ce papier parfaitement transparent,

* Ciflçnième Congrès iaierptitioaal des Physiologist^a, Turin, 16-19 septembre 1901.

REPRODUCTION DIRBCTE DBS GRAPHIQUES

obleair sans grandes difRcuUés des tracés dont on trouvera ici quelques spécimens.

Ce papier s'enroule fort bien sur les cylindres, seul le collage en est un peu plus long que celui des feuilles ordinaires.

eu CD

JS a

«"eL' s 2

On peut à volonté obtenir des trflcés à l*encre OU sur ttoir de fumée.

L'enfumage du papier se fait très facilement mais il faut avec soin éviter <le chauffer trop fortement le cylindre. L'opacité du noir de ftimée peut être obtenue aussi intense qu'on le désire, les plumes glissent encore très bien après cette opération. La fixation des tracés se fait comme d'habitude mais il est avantageux de faire cette manipulation avant de détacher la feuille du cylindre. La gélatine qui a été* enroulée et ciiaufifée se recroqueville et le

Page 1