INFLUENCE DES HAUTES ALTITUDES SUR LA NUTRITION GÉNÉRALE
Par MM. H. GUILLEMARD et R. MOOG
Préparateurs à la Faculté de Médecine de Paris.
(Travail du laboratoire des travaux pratiques de chimie biologique.)
Les recherches dont nous nous proposons d'exposer les résultats ont été [itreprises au cours d'une expédition faite en juillet dernier au mont Blanc. i. Janssen, qui nous a accueillis avec une grande bienveillance, a bien voulu ous permettre de séjourner aux observatoires des Grands-Mulets et du ommet, et a facilité notre tâche en nous faisant bénéficier des ressources de L Société du montBlanc; nous lui exprimons ici tous nosremerciments. Nous îmercions également notre maître M. A. Gautier, qui a bien voulu s'intéîsser à notre travail et nous aider de ses conseils.
Nos observations ont porté sur les variations que subissent d'une part les bénomènes de nutrition, d'autre part le nombre et la richesse des globules inguins quand on passe de l'altitude de Paris à celle du mont Blanc. Nous les vous complétées par des recherches de laboratoire qui avaient pour but 'étudier isolément certains éléments caractéristiques de cet ensemble comlexe qu'est le climat de la haute montagne. Nous exposerons dans ce mémoire os résultats concernant la nutrition.
Très peu de travaux ont été exécutés sur ce sujet en montagne. Veraguth * a étudié ir lui-même les variations de la quantité d'urine, des poids d'urée et d'acide urique 1 passant de Zurich (4i2 m.) à Saint-Moritz (4,856 m). A. Jaquet et R. Stâhelin 'ont udié sur eux-mêmes les variations de l'élimination azotée en passant de Bale 65 m.) au Chasserai (1,600 m.).
Enfin, im certain nombre d'observateurs ont noté des faits intéressants, mais isolés, es travaux, que nous citerons au cours de ce mémoire, n'ont porté que sur une itite quantité d'éléments urinaires, ils ne tiennent aucun compte des coefficients rologiques si importants pour rinterprétation des résultats; enfin, ils ont été fectués à des altitudes relativement faibles. Plus nombreux sont les observateurs li ont cherché à mesurer les combustions intra-organiques en étudiant les hanges respiratoires; nous ne citerons que le dernier en date de ces travaux, celui i M. Kûss ', où on trouvera une bibliographie complète de la question.
» Vkriouth, Thèse de Paris, 1877.
« A. Jaqubt et R. Stâhelin, Arch, fur exp. PysioL, t. XXXXVI, 1901.
' Kûss, Journal de Physiologie et de Pathologie généralCy 1905.
guillemârd et MOOG
CONDITIONS EXPERIMENTALES
Nous avons examiné les variations que subissent les éléments de l'urine les rapports urinaires quand on passe de l'altitude de Paris à celle du mo Blanc (4,810 m.).
La fixité du régime alimentaire a une importance de premier ordre et constitue principale difficulté dans les études de ce genre. S'il est en effet relativement aisé a^ mettre en équilibre azoté et de suivre un régime rigoureusement constant à Pai il est très difficile de maintenir ce régime quand on séjourne au-dessus de 4,000 mètr où on éprouve toujours une notable anorexie. Nous avons dû remplacer, dans noi ration ^otée journalière, une partie de la viande, qui est mal acceptée, par des œi et du fromage de Grujère en quantité équivalente ; nous sommes parvenus ainsi maintenir très sensiblement constante la quantité d'azote ingérée, tout en apporta à l'alimentation les modifications rendues indispensables par le changement climat ; il faut s«ulement noter que la quantité de liquide absorbée au sommet a < supérieure à celle qu'on absorbe en plaine, l'ingestion de liquides chauds étant meilleur procédé de lutte contre le froid; nous absorbions tous les jours de 2,âOC 2,500 c. c. de liquide.
Partis de Chamonix le 20 juillet, nous sommes arrivés au sommet le 21 à mi< après avoir passé la nuit aux Grands-Mulets. Nous sommes redescendus auxGran< Mulets le 26 dans l'après-midi, puis à Chamonix le 29. Nous avons donc pai 5 jours entiers à l'altitude de 4,810 mètres, puis 3 jours à 3,050 mètres.
L'ascension s'est effectuée sans aucune fatigue jusqu'au col du Goûter et nous r sentions seulement un peu d'anhélation eu arrivant au refuge Vallot (3,350 m.), partir de ce point la gêne respiratoire augmenta sensiblement et avec elle la dif culte de la marche, sans toutefois que nous ajons jamais ressenti une notable fatig musculaire; nous n'éprouvions quelque soulagement qu'en accomplissant voient rement des inspirations très profondes et très prolongées. Nous n'avons d'aillei ressenti ni céphalalgie, ni somnolence, ni nausées, tous symptômes qui caractérise le mal de montagne. D'ailleurs, à aucun moment de notre séjour au somm nous n'avons présenté les symptômes aigus du mal de montagne classique. Ne éprouvions en revanche un malaise général caractérisé par un sentiment de li situde qui rendait pénible tout effort (notre microscope nous semblait avoir doul de poids), une anorexie à peu près complète avec un dégoût accentué pourlavian( une céphalalgie frontale et occipitale fréquente dans le courant de la journée, presq constante et très vive au réveil, un sommeil troublé et peu réparateur. Les syn tomes se sont d'ailleurs peu à peu amendés et une amélioration notable a colnci nettement avec la débâcle urinaire qui a eu lieu chez tous deux dans la jouri du 25. Au retour, nous avons retrouvé aux Grands-Mulets notre état normal ; note que la fatigue musculaire causée par la descente a été de beaucoup supérieure à ce ressentie à la montée.
Parmi les éléments caractéristiques du climat du Mont-Blanc nous citerons suivants : pression atmosphérique moyenne de 410 mm.; très grande séchere: de l'atmosphère, froid vif (moyenne en juillet — 5"), intensité lumineuse consi< rable. Le ciel s'est montré le plus souvent découvert, mais nous dominions fréque ment une véritable mer de nuages qui voilait la vue des vallées; nous avons ei affronter un orage de nuit pendant lequel la foudre globulaire a traversé une c pièces de l'observatoire sans y causer d'ailleurs le moindre dégât.
A l'observatoire, grâce à une suffisante quantité de combustible (bois, charbo on peut durant la journée avoir une température de 7 à 8**; pendant la nuit la te pérature descend au-dessous de 0^ et tous les liquides gèlent ; c'est ainsi que ne
KUTRITION GÉNÉRALE AOT HAUTES ALTITUDES
avons perdu un certain nombre de réactifs conlenti« dans des flacons trop pleins; les flacons dïinnc» au contraire, que nous avions eu soin de ne remplir iju'aui trois quarts, sont restes mtacts. bien que leur eontenu Alt transformé en glace compacte. Les dosages ont été effectués sur Turine émise successivement à Paris, au mont Blanc, aux Grands-Mu lete et enfin à Chmmonix, par chacun des deux observateurs. Nous ayons constate que les chiJTrcs fournis par ces deux séries d'analyses ont constamment varié dans le même sens, quoique de quantités inégales; il faut en conclure que l'effet produit sur deux organismes différents eisl le même et se présente comme un fait vraisemblablement général.
Les chifîres obtenue ont été réunis dans les deux tableaux I el U(p. suîv.); ils sont rapportés en kilogrammes par M heures. Nous allons passer en revue les résultats les plus intéressants.
VARIATIONS DES ÉLÉMENTS CON STl TUAIS TS DE l'uBINE ET D£S AAfPOETîi
UHINAIRES
Wolumede Punnt,-^LG vnlume de l'urine éliminée en 24 heures a considerable' ment diminué pendant les deux premiers jours du séjour au sommet (moyennes à Pari^ parkilog. : 14-",*>^>ct li'^/ljû: moyennes des deux premiers jours au sommet: 9",35 et 6«,5:i) Ces variations sont représentées par le graphique ci-joint (fig i) \
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Variations de volume de l'urine.
Divers observateurs ont d ailleurs note ce fait. Le colonel BaufTojr observe que, bien qu'il bût continuellement, la quantité de son urine était minime et de couleur très foncée. Kohrdorf lit In même remarque Lepilcur ' déclare qu'au mont Blanc » les urines sont rares et de "'OU le itr foncée chez tout le monde ». Marlens, Spitaler ', Piéchaud, Lortel * lirml la même *ihservaliiui
Ce fatt peut paraître surprenant si on considère d'une part l'eicés de Ijiiuide absorbé, d'autre part la diminution de la transpiration cutanée due à l'abaissement
* Dans tous le» ^raiihlques le trait plein se rapporte à M. Gutïleiuard et le trait pointillé à M. Moog.
' Lepilbur, l\È\'iiz méàirnlt, t. Il, ISini, ' Spitaler, Œtitrr. mtdâtxhrh.^ L XXXU, !843,