‹ Journal de physiologieChapitre 262 sur 578 · LAMY ET MAYER · texte numérisé non relu

LAMY ET MAYER

niques circulatoires des polyuries provoquées par injections de cristalloïdes'.

Il nous a semblé qu'il était surtout nécessaire de multiplier les expériences: et nous avons vu alors que si, dans certains cas, la pression s'élève quand se produit la polyurie^ dans un très grand nombre d'autres, elle reste invariable ou même s'abaisse. L'élimination surabondante d'eau n'est donc pas le fait d'une filtration.

A la vérité on peut objecter que l'élimination copieuse d'eau peut être le fait, non d'une augmentation de travail mécanique dû à une différence de pression, mais d'un surcroît de puissance dû à une brusque augmentation de débit du sang, de l'eau du sang irriguant le rein. On argue que^ la vitesse du sang étant exagérée, le débit de l'urine augmentera. Nos expériences nous permettent de répondre nettement qu'il peut y avoir de très fortes polyuries aqueuses sans augmentation de vitesse du sang. D'abord nous avons fait des mesures indirectes : en explorant simultanément la pression, le calibre des vaisseaux et la viscosité du sang, — les trois facteurs de la vitesse sanguine, — on voit qu'ils peuvent être invariables, alors que se produit une abondante sortie d'eau. Mais de plus nous avons fait des mesures directes, sar lesquelles nous allons revenir dans un instant, et qui aboutissent au même résultat.

Ainsi les plus fortes éliminations d'eau que l'on connaisse ne sont pas le fait des variations des conditions mécaniques circulatoires. Elles ne peuvent être attribuées à la filtration. On ne peut non plus les attribuer à Vosmose. En effet, pour qu'il y ait osmose d'eau, il faut qu'il y ait, d'un côté d'une membrane, une solution très concentrée et, de l'autre, une peu concentrée- Or c'est au cours des éliminations les plus copieuses d'eau que la concentration de l'urine est la moins grande. Elle est d'autant moins forte que l'élimination est plus copieuse. Il est même facile de réaliser des cas (par ingestion forcée) où la concentration de l'urine est plus faible que celle du sang. Comme à ce moment, le débit d'eau est abondant, le courant va de la solution la plus concentrée (sang) vers l'urine.

Ce n'est donc pas une osmose.

Ce n'est pas non plus un processus analogue à la difftision. Tout processus simple de cette nature impliquerait que Taugmentation du débit de l'eau à travers le rein est corrélatif d'une augmentation de la quantité d'eau du sang, et du débit de l'eau sanguine dans les vaisseaux rénaux. Or, par des mesures directes, nous avons montré " qu'il est des cas, nombreux et bien définis, où le débit (quantité et vitesse) de Teau du sang se ralentissant, le débit de l'eau urinaire augmente. L'expérience démontrée dans la figure 1 ci-dessous en est un exemple : quantité du sang, vitesse du sang diminuent — quantité d'eau de l'urine, débit de l'urine, s'accroissent. Aucun processus physique simple, tel que la filtration, la diffusion, l'osmose, ne peut rendre compte de ce phénomène.

4, Examen des idées sur le mécanisme du passage des cristalloïdes, — A. Théories simples, — Remarquons d'abord qu'on ne peutpréciser les conditions du passage des cristalloïdes qu'à la condition de comparer, à chaque moment,

* Ce Journal, novembre 1904, n« 6.

a Ce Journal, 1906, n» 2, p. 258.

au poiDt de vue de leur teneur en cristalioVdes, le sang et Turine. C'est cette méthode que nous avons toujours employée. Le plus souvent, nous nous en sommes servis avant et après avoir fait sciemment varier la composition du sang.

fUrêe

Sfc^

Temps an S mmaies

/" Bo^ffy^ ^ft-

FiG. i. (Expnienee 9 décembre i905.)— Courbe des débits de l'eau sanguine et de l'eau iirinaire avant et après injection intra-cranienne massive (4 gr. par kilog.) d'urée. La courbe du débit urinaire est amplifiée. L'échelle est 50 fois plus grande que celle de la courbe sanguine.

L'élimination des cristalloïdes est-elle le fait d'une filtration? Non, à coup sûr. Une filtration simple aurait pour effet le passage des cristalloïdes à la même concentration que dans le sang ; les rapports des concentrations des éléments de l'urine devraient être les mêmes que ceux des éléments du sang; et ce n'est point le cas.

Il ne peut non plus s'agir d'une dialyse simple, ni d'une diffusion. En effet ces processus ne se produisent qu'entre des solutions inégalement concentrées, et le cristalloïde va de la plus concentrée vers la moins concentrée; or c'est l'urine qui le plus souvent est plus concentrée en cristalloïdes que le sang; le processus de diffusion est donc impossible.

5. Discussion générale des processus simples. -- D'ailleurs il existe une raisojd générale pour qu'aucun des processus simples que Ton invoque pour expliquer soit le passage de l'eau, soit celui des cristalloïdes, ne puisse l'être à bon droit. Tous impliquent que le travail fourni par le rein est le fait d'une énergie extérieure à lui-même :-énergie mécanique (filtration), énergie de con* centration (osmose, diffusion, dialyse). Or, grâce à nos expériences, nous pouvons prouver directement que le travail est fourni par le rein lui-même, par les éléments cellulaires.

Page 1